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University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/mmoires0105soci 



7 



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ET 







TQ 
1 o 



RELATIFS A 



L'HISTOIRE DU CANADA, 



PUBLIES PAR 



LA SOCIETE HISTOEiaUE I)E MONTREAL. 




'A 



■ V 



IMPRIMÉ PAR DUVERNAY, FRÈRES, 

10 & 12. RUE ST. VINCENT. 



1850. 



SOCIETE HISTORIQUE 



CE 



MO]SrTREAJL. 



PATRONS. 
L'HoN. Sir L. H. Lafontaine Bt.-L'Hon, D. B. Vigek. 

OFFICIERS. 

Messire h. a. Verreau, Président. 
Mr. R. Bellemare, Vice-Prés., Mr. J. U. Baudry, Très. 
_Mr. L. a. h. Latour, Biblioth., Mr. George Baby, Sec. 



t 



^i^tOMU 



i@@ii?i ffiiiwôSig'Pi 



DE 



^SIOIsrTIlE^L. 



La Société Historique de Montréal, foiulée en 1857, n'a 
été définitivement organisée qu'en 1858, sous la Présidence 
de feu M. le Commandeur Viger, dont elle ressent aujour- 
d'hui vivement la perte. Cette société se propose de re- 
cueillir et de publier tout ce qui pourra jeter un nouveau 
jour sur notre Histoire et rendre plus facile et plus sûre la 
tâche de ceux qui l'écrivent. Il n'y a personne, en eflet, 
qui ignore combien d'erreurs sont imprimées tous les jours, et 
combien de difficultés on rencontre, pour ainsi dire, à cha* 
que page, quand on étudie sérieusement l'Histoire du Ca- 
nada. Et cela ne doit pas nous surprendre ; car pendant 
longtemps on s'est mis peu en peine de conserver les do- 
cuments et les pièces originales. Nos pères, contents d'a- 
voir fait leur devoir, ne songeaient guères à transmettre leurs 
belles actions à la postérité ; voilà ce qui explique la perte 
de documents vraiment précieux. Tous les jours encore la 
vétusté, les incendies, la négligence et une foule d'accidents 
qu'on ne saurait prévoir, diminuent le nombre de ceux qui 
nous restent. Ces derniers même se trouvent dispersés dans 
les papiers de famille, dans les différentes archives de la 
province et jusques à l'étranger. Il est donc très difficile de 
se procurer aujourd'hui tous les renseignements dont on peut 
avoir besoin pour étudier avec avantage l'Histoire du Cana- 
da, si féconde en actions héroïques et en nobles dévoue- 
ments dont les détails sont encore ignorés. C'est ce qui a 
engagé la Société Historique de Montréal à commencer la 



n 

mission qu'elle s'est imposée. Elle sent bien que cette tâche- 
est aussi difficile qu'ingrate, car les documents qu'elle pur 
bliera ne sont que des matériaux pour l'histoire, et par con- 
séquent, ne peuvent avoir rien d'émouvant ni de bien attra- 
yant pour la plupart des lecteurs. Cependant si ses recher- 
ches peuvent être utiles, si elles peuvent rectifier quelques 
inexactitudes touchant des faits saillants de notre histoire, la 
Société Historique croira avoir atteint son but. Elle est d'ail- 
leurs encouragée par le noble exemple des Sociétés Histo- 
riques de France, d'Allemagne et d'Italie, où plus que jamais 
on s'eflbrce d'arriver à la vérité, jusque dans les moindres 
détails de l'histoire. Du reste, elle n'aura pas besoin d'aller 
à l'étranger pour trouver un modèle à suivre, il lui suffira de 
marcher sur les traces de la Société Historique fondée à 
Québec il y a nombre d'années. Ello n'a d'autre ambition 
que de devenir son auxiliaire à Montréal. Nous n'avons pas 
besoin de dire qu'elle accueillera toujours avec plaisir et 
avec empressement toute rectification qu'on pourra lui sug- 
gérer. 

La première livraison qu'elle présente au public contient 
un travail sur la question de l'existence de l'esclavage dans 
le Canada, commencé par feu M. J. Viger, et complété par 
Sir L. H. LaFontaine, savant jurisconsulte dont le pays 
s'honore à plus d'un titre. 

Nous nous empressons de le publier, parce que cette 
question de l'esclavage en Canada, très importante en 
elle-même, se trouve actuellement controversée dans l'Etat 
du Missouri et que d'elle dépend l'issue de procès intéres- 
.sants chez nos voisins. M. Viger avait dû communiquer son 
travail, tout imparfait qu'il était, et une grande partie des 
documents qui l'accompagnent, à des avocats distingués de 
cet Etat, et à quelques-uns de nos jurisconsultes, entre [au- 
tres à l'Honorable Juge Badgley, dont le témoignage a été 
invoqué sur ce point. 



DE L'ESCLAVAGE EN CANADA. 



L'Esclavage a-t-il existé en Canada ? — Oui l'esclavage a 
existé en Canada. — Il y a existé par abus, dira-t-on peut être; 
mais toujours il a existé de fait et sous le gouvernement fran- 
çais et sous le gouvernement anglais. 

Voici quelques documents publics et authentiques et quel- 
ques faits qui prouvent que l'esclavage a vraiment et vir- 
tuellement existé en Canada, longtemps même après 
la conquête. A d'autres qu'à moi d'examiner sérieusement 
ces pièces et de donner à ma question une réponse catégori- 
que : sous le rapport historique, c'est un point important à 
éclaircir que l'existence de l'Esclavage pendant un temps 
quelconque dans notre beau pays du Canada. Fev. 1858. J. V- 



I 

Extrait de lettres des 10 Août, 31 Octobre et 6 Novembre 
1688, de MM. de Denonville, Gouverneur, et De 
Champigny, Intendant du Canada, au Ministre 
Secrétaire d'Etat. 

" Les gens dfe travail et les domestiques sont d'une rareté 
*' et d'une cherté si extraordinaire, écrit M. de Lagny, (1) en 

(1) Le M. de Lagny dont il est question dans ce document 
important, que nous devons aux recherches de M. Jacques Viger, 
est en toute probabilité M. Jean Baptiste de Lagny, Sieur des 
Brigandières, mentionné dans un arrêt du Conseil Supérieur de 
■Québec, du 14 Octobre 1677, arrêt que nous transcrivons ici : 

<' Vu la requête présentée par les sieurs Germain Panin, essav- 



'' succession les distribuent entr'eux et les prisent par con- 
" îribution au sol la livre de leur dû, et comme dans l'isle 
" de St. Domingue l'on suit la Coutume de Paris, les nègres 
" de cette islc ne font point partie du fond ; mais se ven- 
" dent ou se partagent comme meubles, ce que nous attes- 
" tons véritable, laquelle disposition n'est pas conforme à ce 
" qui se pratique dans les pays de Droit-Ecrit, mais est une 
" loi municipale qui est toujours observée dans les lieux qui 
" se régissent par la Coutume de Paris^ 

Reprenons la suite de nos documents, 

II 

Ordonnance au sujet des Nègres et des Sauvages appelés 
Panis, du 13 Avril 1709. 

Jacques Raudot, etc., 

" Ayant une connoissance parfaite de l'avantage que cette 
" Colonie retireroit si on pouvoil sûrement y mettre par des 
" achats que les habitants en feroient, des Sauvages qu'on 
" nomme Partis, dont la nation est très éloignée de ce pays 
" et qu'on ne peut avoir que par les Sauvages qui les vont 
" prendre chez eux et les trafiquent le plus souvent avec les 
" Anglais de la Caroline, et qui en ont quelquefois vendu 
" aux gens de ce pays, lesquels se trouvent souvent frustrés 
" des sommes considérables qu'ils en donnent par une idée 
" de liberté que leur inspirent ceux qui ne les ont pas ache- 
" tés, ce qui fait qu'ils quittent quasi toujours leurs maîtres, 
" et ce, sous prétexte qu'en France il n'y a pas d'esclaves, 
" ce qui ne se trouve pas toujours vrai, par rapport aux Co- 
*' lonies qui en dépendent, puisque dans les Iles de ce con- 
*' tinent, tous les Nègres que les habitants acliètcnt sont tou- 
" jours regardés comme tels ; et comme toutes les Colonies 
•' doivent être regardées sur le môme pied, et que les peu- 
** pies de la nation Panis sont aussi nécessaires aux habi- 



5 

*' tants de ce pays pour la culture des terres et autres ouvra- 
" ges qu'on pourroit entreprendre, comme les Nègres le sont 
" aux Iles, et que même ces sorte d'engagements sont très uti- 
" les à cette Colonie, étant nécessaire d''en assurer la pro- 
" priété à ceux qui en ont acheté et qui en achèteront à Vave- 
" nir : 

*' Nous, sous le bon plaisir de Sa Majesté, ordonnons que 
" tous les Panis et Nègres qui ont été achetés et qui le seront 
" dans la suite, appartiendront en pleine propriété à ceux qui 
" les ont achetés comme étant leurs esclaves ; 

" Faisons défense aux dits Panis et Nègres de quitter 
*' leurs maîtres, et à qui que ce soit de les débaucher, sous 
" peine de 50 livres d'amende. 

" Ordonnons qiie la présente Ordonnance sera lue et pu- 
** bliée aux endroits accoutumés, es Villes de Québec, Trois- 
" Rivières et Montréal, et qu'elle sera enregistrée au Greffe 
" des Prévotés d'icelles, à la diligence de nos subdélégués. 

" Fait et donné en notre hôtel à Québec le 13 Avril mil 
sept cent neuf. 

Signé, Raudot. 

" Lue et publiée à l'Eglise de la Basse-Ville, à l'issue de 
^' la messe de sept heures et à la porte de l'Eglise Paroissiale 
" de cette ville de Québec, issue de grande messe, 21 Avril 
*' 1709, par moi huissier audiencieren la Prévoté de Québec 
** y demeurant rue St. Pierre. 

Signé, " CoxGNET." 

m 

Ordonnan'ce concernant les formalités requises pour l'af- 
franchissement des Esclaves du 1er Sept. 1736. 

Gilles Hocquart. 

" Sur ce que nous avons été informé que plusieurs particu- 
** liers de cette Colonie avoient affranchi leurs esclaves sans 



" antre formalité que celle de leur donner la lilx'rlé verbale- 
'■'■ ment, et étant nécessaire de iixer d'une manière invariable 
*' l'état des esclaves qui pourront être affranchis dans la suite; 
" Nous, après en avoir conféré avec M. le Marquis de Beau- 
" hamois, Gouverneur et Lieutenant Général pour le Roy de 
" cette Colonie, Ordonnons qu'à l'avenir tous les particuliers 
" de ce pays de quelque qualité et condition qu'ils soient, qui 
" voudront affranchir leurs esclaves, seront tenus de le faire 
" par un acte passé devant notaire, dont il sera gardé minute 
" et qui sera en outre enregistré au greffe de la jurisdiction 
" royale la plus prochaine; déclarons ions autres affranchisse- 
" ments qui ne seront pas dans la forme ci-dessus, nuls et de 
" nul effet. 

" Et sera la présente Ordonnance lue et publiée en la ma- 
" nière accoutumée et registrée au greffe des jurisdictions 
" royales de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières. 
" Mandons, etc. 

" Fait à Québec, le premier Septembre mil sept cent tren- 
" te-six." 

Signé, " HocQUART." 

IV 

Arrêt du Coxseil d'Etat du Roi, portant que les Nègres 
qui se sauvent des Colonies des ennemis aux Co- 
lonies Françaises, appartiendront à Sa Majesté, du 
23 Juillet 1745, registre au Conseil Supérieur de 
Québec le 19 Juin 1748. 

" Le Roi étant informé que trois Nègres et une Négresse^ 
" esclaves de l'Ile Anglaise d'Anligiies (1), s'étant sauvés à la 
" Guadeloupe, il y aurait des difficultés sur la question de 
" savoir à qui le produit de la vente des dits Nègres devoit 
" appartenir ; que le Juge de l'Amirauté se serait contenté 

{^l) Antigues on Antigoa, Tpetitc \\e Anglaise entre St. Chris- 
tf»phf et la Guadeloupe. 



^L-.V-^:-.: 



'-'■ de donner un avis, portant que le dit produit serait déposé 
" à la caisse du domaine d'Occident et que" sur l'appel in- 
" terjeté au Conseil Supérieur de la dite Ile Guadeloupe 
" par le Directeur du dit Domaine, de l'avis du dit Juge, 
" le dit Conseil Supérieur auroit rendu, le 7 Janvier dernier, 
*' un arrêt par lequel il auroit déclaré que \e produit des dits 
" esclaves appartenait à Sa Majesté, et les Nègres esclaves 
" des ennemis de VEtat qui passent dans les Colonies Fran- 
" çaises devant en effet appartenir à Sa Majesté seule, ainsi 
^' que cela s'est pratiqué dans les différentes guerres, et 
" qu'il en est usé par rapport aux vaisseaux et effets des 
" ennemis qui échouent aux côtes de la domination de Sa 
" Majesté, qui peut seule, dans les dits cas, exercer le droit 
" de guerre, lequel ne se peut communiquer à personne ; Sa 
" Majesté auroit jugé à propos d'expliquer ses intentions, 
" tant pour l'exécution particulière du dit arrêt du Conseil 
" Supérieur de la Guadeloupe que sur la matière en géné- 
" rai, afin de prévenir les difficultés qui pourroient se pré- 
•' senter aux dites Colonies, et après s'être fait représenter 
" l'arrêt du Conseil d'Etat du 6 Mars 1692, rendu à l'occa- 
" sion de l'échouement d'un vaisseau ennemi sur les côtes 
" de Calais, et par lequel il auroit été déclaré que les vais- 
" seaux et effets des ennemis de l'Etat qui échouent aux 
" côtes du royaume, appartiennent au Roi seul, et en con- 
" séquence a ordonné que les effets qui composoient le char- 
" gement du dit vaisseau, demeureroient confisqués au profit 
" de Sa Majesté, et les deniers qui en proviendroient, remis 
" es mains de qui il seroit ordonné par Sa Majesté, vu aussi 
■ ' les ordres particuliers adressés en différens temps aux 
" Gouverneurs et Intendants des Colonies : 

" Ouï le rapport, et tout considéré, le Roi étant en son 
" Conseil, a déclaré et déclare que les Nègres esclaves qui 
" se sauvent des Colonies ennemies de l'Etat aux Colonies 
" Françaises, et les effets qu'ils y apportent appartiennent à 
■" Sa Majesté seule, ainsi que les vaisseaux et effets des dits 



8 

" ennemis qui échouent aux cotes de sa domination, sans 
" que personne y puisse rien prétendre, et en conséquence 
" confirmant en tant que besoin l'arrêt du Conseil Supé- 
*' rieur de la Guadeloupe du 7 Janvier dernier, a ordonné 
" et ordonne que les deniers provenant de la vente des dits 
" quatre Nègres esclaves qui se sont sauvés d'Antigues à la 
*' dite Ile de la Guadeloupe, seront remis, si fait n'a été, 
" dans la caisse du commis aux Iles-du-Vent des Trésoriers 
*' Généraux de la Marine, pour l'emploi en être fait aux 
" dépenses des fortifications des dites Iles-du-Vent, suivant 
" les ordres qui en seront donnés par Sa Majesté. 

" Mande et ordonne Sa Majesté, aux Sieurs Marquis de 
*' Beauharnois^ Gouverneur et Son Lieutenant Général, et 
*' Ilocquart^ Intendant de la Nouvelle-France, de tenir la 
" main, chacun en droit soi à l'exécution du présent arrêt, 
" qui sera registre au Conseil Supérieur de Québec. 

" Fait au Conseil d'Etat du Roi, Sa Majesté y étant, tenu 
*' au camp de Bort le vingt-trois Juillet mil sept cent qua- 
rante-cinq. 

Signé, " Phelypeaux." 

" Registre, ouï et ce requérant le Procureur du Roi, sui- 

*' vant l'arrêt de ce jour, par nous Greffier en Chef du dit 

<' Conseil à Québec, le 19 Juin 1748. 

Signé, " Boisseau.'' 



Extraits de la Capitulation de Montréal du 8 Septembre 
1760. 

" Article 37. Les Seigneurs de terre, les Ofiiciers Militai- 
" rcs et de Justice, les Canadiens, tant des villes que des 
•" campagnes, les Français établis ou commerçant en toute 
"*' l'étendue de la Colonie du Canada, et tout autre personne 
•" que ce puisse être &c., conserveront l'entière, paisible pro- 
" priété et possession de leurs biens seigneuriaux et rotu- 
*' riers, mettbles et immeubles, marchandises etc. — Accordé. 



" Article 42. Les Français et Canadiens continueront 
" d'être gouvernés suivant la Coutume de Paris et les lois et 
" usages établis pour ce pays. — Ils deviennent sujets du Roi. 

" Article 47. Les Nègres et Panis des deux sexes reste- 
" ront en leur qualité cfesclaves en la possession des Fran- 
" çais et Canadiens à qui ils appartiennent ; il leur sera 
*' libre de les garder à leur service dans la Colonie ou de 
" les vendre ; ils pourront aussi continuer à les faire élever 
" dans la Religion Catholique. 

" Accordé : ^excepté ceux qui auront été faits prisonniers." 

VI 

Lettrk (inédite) de M. le Marquis de Yaudreuil à M. do 
Belestre, commandant au Détroit, à la suite de la 
capitulation de Montréal. 

(Extrait de Ma Saberdache, lettre M, tome I, p. 158 et sui- 
vantes. ) 

A Montréal, le 9 Sept. 1760. 

" Je vous apprends, Monsieur, que j'ai été dans la néces- 

" site de capituler hier à l'armée du Général Amherst 

" à des conditions très avantageuses pour les colons et par- 
" ticulièrement pour les habitants du Détroit,. .En effet ils 
" conservent le libre exercice de leur religion, et sont main- 
" tenus en la possession de leurs biens meubles, immeubles 

" et leurs pelleteries ; ils conservent leurs Nègres ei 

" Panis, mais ils sont obligés de rendre ceux pris aux an- 
" glais " 

Voilà une suite de documents publics qui tendent, ce sem- 
ble, à bien établir que l'esclavage des Nègres et des Panis 
a été introduit en Canada dès à peu près 1689, et que la plu» 
haute autorité du pays était sous l'impression qu'il y exis- 
tait encore lors de la capitulation de Montréal de 1 760, Ce- 
]pendant M, Garneau ne parait pas être de cette opinion. 



ÎO 

voici ce qu'il dit à ce sujet au t. 2mc de son Histoire du 
Canada^ p. 447 et suiv. Ire édition. 

"Nous ne croyons pas devoir omettre de mentionner ici une 
" décision du gouvernement français qui lui fait le plus grand 
" honneur; c'est celle relative à l'exclusion des esclaves du 
*' Canada, cette colonie que Louis XIV aimait par dessus 
" toutes les autres, à cause du caractère belliqueux de ses 
" habitants, qu'il voulait former à l'image de la France, cou- 
" vrir d'une brave noblesse et d'une population vraiment na- 
" tionale, catholique, française sans mélange de race. 

" Dès 1688, il fut proposé d'y introduire des nègres ; cette 
" proposition ne rencontra aucun appui dans le ministère qui 
" se contenta de répondre qu'il craignait que le changement 
" de climat ne les fit périr (1); c'était assez pour faire échouer 
" une entreprise qui aurait greffé sur notre société la grande 
" et terrible plaie qui paralyse la force d'une portion si consi- 
" dérable de l'Union Américaine, Vesclavage, cette plaie in- 
" connue sous notre ciel du Nord qui, s'il est souvent voilé 
" par les nuages de la tempête, ne voit du moins lever vers 
" lui que des fronts libres au jour de sa sérénité." 

M. Bibaud, jeune, page 121 de ses Institutions de P His- 
toire du Canada parle un peu différemment de M. Garneau, 
sur la question de l'existence de l'esclavage en Canada 
sous la domination française. Il n'hésite pas à dire ; " VEs- 
clavage a été connu en Canada,^^ et voici comme il croit en 
fournir la preuve. 

" XLVIII. L'Esclavage fut une autre- tache à la constitu- 
" tion de la Nouvellf-France, et c'est à tort qu'on a cru jus- 
" qu'à présent qu'il n'y a jamais existé. Si, à la proposition 

(1) M. G. cite à son appui le " docuTTient^^ C02)i6 ci-devant 
(page 1, ) qui, certainement, dit phis que M. G. ne lui fait dire, 
(voir apostille p. 2,) M. G. en a éliminé la partie princii>alc; l'au- 
torisation du roi d'acheter des esclaves ! 



11 

" de l'établir, faite en 1688, le Roi ou ses ministres répondi- 
" rent qu'il était à craindre que la rigueur du climat ne fît 
" périr les nègres et que l'acquisition en fût par là même 
" inutile, (1) trois documents prouvent, sans réplique, que l'es- 
" clavage fut introduit vers la môme époque ou peu après. 
" Ces documents sont : V Ordonnance de Raudot du 15 (13) 
" Avril 1709 qui, sous le bon plaisir du roi, ordonne que tous 
" les Panis et Nègres qui ont été achetés ou qui le seront 
" par la suite, appartiendront en pleine propriété à ceux qui 
" en ont fait ou en feront l'acquisition, en qualité à'^esclaves. 
'■^ Celle de Hocquart, du premier Septembre 1736, qui dé - 
" clare nul et de nul effet tout affranchissement d^esclaves 
" non fait par ac^e devant notaires, dont est gardé minute 
" et en outre enregistré au greffe de la jurisdiction royale. 

" Et l'Arrêt du Conseil Supérieur du 5 juillet 1745, (2) qui 
" déclare que les nègres qui se sauvent des colonies enne- 
" mies aux colonies françaises, et leurs effets appartiendront à 
" S. M. T. a 

"Ces trois documens constatent même trois phases de l'es- 
" clavage en Canada. Le premier légalise ce qui n'était 
" encore qu'un abus, le deuxième constate un ordre de choses 
" établi contre lequel on ne peut aller qu'en se sers^ant des 
" formes les plus solennelles ; et le troisième est le complé- 
" ment qui conduit le système aux extrêmes." 

Pour compléter la preuve que l'esclavage des nègres et 
sauvages Panis a existé en Canada, sous la domination fran- 
çaise, j'aurais aimé à citer ici quelques uns des jugements 
portés par les cours de Prévôté ou de Jurisdiction royale 
(entre 1689 et 1760) contre quelque embaucheur d'esclave, 

(1) I\I. Bibaud n'a pas vu la dépêche de 1688, ni l'apostille de 
1689, il croit que M. G. cite VapostUle sans la mutiler. 

(2) Non, il faut dire l'Arrêt du Conseil dCEtat du Koi du 23 
juillet 1715, (vcui document 1\' p. 6.) 



12 

ou à l'occasion de {|iielque ve7ite ou désertion d'^esclave ; on 
encore en plainte de non-conformité à l'ordonnance de M. 
Hùcquart pour leur affranchissement. Je n'ai pas encore 
pu faire des recherches à ce sujet dans les régitres du temps. 
On doit y trouver plusieurs de ces jugements. Les études 
des Notaires et les greffes des cours doivent aussi fournir 
plus d'une preuve de maîtres honnêtes et conscientieux qui 
se sont conformés à l'ordonnance de 1736, en affranchis- 
sant leurs esclaves. J'indique ce travail à qui voudra le 
faire et j'en ferai Appendice à ce cahier. 



Aux autorités citées par M. Viger, on peut ajouter les sui- 
vantes : 

lo. " Traité de neutralité conclu à Londres entre les Rois 
de France et d'Angleterre, touchant les limites des pays dos 
deux Rois en Amérique," le IG Novembre 1686, enregistré 
à Québec le 21 Juillet 1687. 

Le 10e article est en ces termes : 

*' Qu'aucuns sujets de l'une ou de l'autre nation ne reti- 
reront les sauvages habitants du lieu, ou leurs esclaves^ ou 
les biens que les dits habitants emporteront appartenant aux 
sujets de l'autre nation, et qu'ils ne leur donneront aucune 
aide ni protection dans les dits enlèvements ou pillages." 

2o. " Edit du Roi portant l'établissement de la Louisiane 
par le Sieur Crozat, du 14 Septembre 1712," enregistré au 
Conseil Supérieur, le 30 Juillet 1714. Art. 14, " Si pour les 
cultures et plantations que le dit Sieur Crozat voudra faire 
faire, il juge à propos d'avoir des Nègres au dit pays de la 
Louisiane, il pourra envoyer un vaisseau tous les ans les 
traiter directement à la côte de la Guinée en prenant par lui 
permission de la C«iiiipagnie de Guinée do le faire ; il pourra 
vendre ces nègres aux liabitants de la Colonie de la Loui- 



13 

siane, et faisons défenses à tontes compagnies et autres per- 
sonnes que ce soit, sous quelque prétexte que ce puisse être, 
d'en introduire ni d'en faire commerce dans le dit pays, et 
au dit Sieur Crozat d'en porter ailleurs." 

Le Roi en donne le monopole exclusif au Sieur Crozat, 
qui ne le conserva pas longtemps, car il remit son privilège 
au Roi dès le mois d'Avril 1717, ainsi que le constatent : 

3o. " Les Lettres Patentes pour l'établissement d'une 
compagnie de commerce sous le nom de " Compagnie d'Oc- 
cident," du même mois d'Août 1717, enregistrées au Con- 
seil Supérieur de Québec le 2 Octobre 1719. 

Par le oe article, la Province de la Louisiane est cédée à 
cette nouvelle compagnie, " ainsi et dans la même étendue 
que nous l'avions donnée au Sieur Crozat par nos Lettres 
Patentes du 14 Septembre 1712." Puis on lit dans le 53e 
article : " Comme dans l'établissement des pays concédés 
à la dite compagnie par ces présentes, nous regardons par- 
ticulièrement la gloire de Dieu, en procurant le salut des 
habitants Indiens, Sauvages et Nègres, que nous désirons 
être instruits dans la vraie religion, la dite compagnie sera 
obligée de bâtir des Eglises, etc., etc" 

4o. " Lettres Patentes du Roi, en forme d'Ediî, concer- 
nant le commerce étranger aux Isles et Colonies d'Améri^ 
que," du mois d'Octobre 1727, enregistrées au Conseil Su- 
périeur de Québec, le 17 Septembre 1728. 

Ces lettres concernent toutes les Colonies Françaises en 
Amérique, et par conséquent le Canada. 

On lit, dans le préambule : " Nos Isles et Colonies con- 
sidérablement augmentées, sont en état de soutenir une na- 
vigation et un commerce considérable, par la consommation 
et le débit des Nègres, denrées et marchandises qui leur sont 

portés par les vaisseaux de nos sujets Les justes 

mesures que nous prenons, pour qu'il leur soit fourni de 
France et de nos autres colonies, les Nègres, les denrées et 
les marchandises dont elles peuvent avoir besoin, etc., etc. 

2 



14 

Il est statué et ordonné " qu'il ne soit reçu dans les Colo- 
nies soumises à notre obéissance, que les Nègres, effets, den- 
rées et marchandises qui y seront portés par des vaisseaux 
ou autres bâtiments de mer François, qui auront pris leur 
chargement dans les ports de notre royaume, ou dans nos 
dites Colonies, et qui appartiendront à nos sujets, nés dans 
notre Royaume, ou dans les dites Colonies " 

" TITRE PREMIER. 

" Art. 1. Défendons à tous nos sujets nés dans notre 
Royaume, et dans les Colonies soumises à notre obéissance, 
de faire venir des pays étrangers et colonies étrangères, au- 
cuns Nègres, effets, denrées et marchandises, pour être in- 
troduits dans nos dites Colonies, à l'exception néanmoins 
des chairs salées d'Irlande, etc., etc." 

" Art. 2. Défendons, sous les mêmes peines, à nos dits 
sujets, de faire sortir de nos dites Isles et Colonies, aucuns 
Nègres, effets, denrées et marchandises, pour être envoyés 
dans les pays étrangers et Colonies étrangères." 

" Art. 11, Quant aux vaisseaux, ou autres bâtiments 
étrangers... qui seront obligés de relâcher dans les Colonies, 
*' ordonnons au Gouverneur, etc., etc., d'envoyer sur le 
champ un détachement de quatre soldats et un sergent à 
bord des dits vaisseaux et autres bâtiments, avec ordre d'em- 
pêcher l'embarquement d'aucuns Nègres, effets, denrées et 
marchandises, pour quelque cause et sous quelque prétexte 
que ce soit, lequel détachement demeurera à bord des dits 
vaisseaux et autres bâtiments, aux dépens des propriétaires 
d'iceux, tant qu'ils resteront dans les ports et rades de nos 
Colonies." 

" Art. 13 Voulons aussi qu'en cas qu'il soit débar- 
qué des Nègres, il en soit dressé un rôle où ils soient exac- 
tement signalés, qu'ils soient remis en séquestre entre les 
mains de quelque personne solvable, pour les représenter 
îors du rechargement du navire ou bâtiment dont ils auroni 



10 

été débarqués, et qu'au défaut d'un séquestre, le capitaine 
donne au bas du dit rôle sa soumission de les représenter 
lors du rechargement du navire, sans qu'il puisse en être 
distrait aucun par vente ou autrement, le tout à peine de 
confiscation de la valeur des dits Nègres, du bâtiment et de 
la cargaison." 

Art. 14. Dans certains cas, pour satisfaire aux dépen- 
ses des vaisseaux étrangers ainsi relâchés, le Gouverneur 
pourra permettre " de vendre une certaine quantité de Nè- 
gres, etc. etc." 

" Art. 15. Voulons qu'aussitôt que les dits navires étran- 
gers qui auront relâché, seront en état de reprendre leur 
chargement, les dits Nègres, etc., qui en auront été débar- 
qués, y soient rembarques et qu'il soit fait un recollement 
sur le procès-verbal de débarquement des Nègres, etc., etc., 
pour connaître s'il n'en a rien été tiré, etc., etc." 

" Art. 16. Faisons défenses aux capitaines des dits na- 
vires étrangers, facteurs et autres, tels qu'ils puissent être, 
de débarquer, vendre ni débiter aucuns Nègres etc., ni d'em- 
barquer aucuns Nègres etc., à peine, etc." 

TITRE SECOND. 

Des nègres, effets, denrées et marchandises qui seront trouvés 
sur les Grèves, Ports ou Havres, provenant tant des Vais- 
seaux François faisant le Commerce étranger que des 
Vaisseaux étrangers. 

Article I. — Les nègres, effets, denrées et marchandises 
qui seront trouvés sur les grèves, ports et havres et qui pro- 
viendront des navires, appartenants à nos sujets, faisant le 
commerce étranger, seront confisqués, ensemble le bâtiment 
d'où ils auront été débarqués et son chargement, le capitai- 
ne condamné à mille livres d'amende, et en outre à trois ans 
de galères, la moitié de laquelle amende appartiendra au 
dénonciateur. 

II. Les nègres, effets, denrées et marchandises qui seron 



16 

pareillement trouvés sur les grèves, ports et havres et qui 
proviendront des navires étrangers, seront aussi confisqués, 
ensemble le bâtiment d'où ils auront été débarqués et son 
chargement, et le capitaine condamné à mille livres d'amen- 
de, qui sera payée solidairement avec les gens de l'équipa- 
ge, et dont moitié appartiendra au dénonciateur. 

TITRE TROISIÈME. 

Des nègres, effets, denrées et marchandises qui seront trouvés 
à terre provenant tant des Vaisseaux Fi^ançois, faisant le 
Commerce étranger, que des Vaisseaux étrangsrs. 

Article I. — Les nègres, effets, denrées et marchandises 
qui seront trouvés à terre et qui proviendront des navires 
appartenants à nos sujets faisant le commerce étranger, se- 
ront confisqués, ensemble le bâtiment d'où ils auront été 
débarqués, le capitaine condamné à mille livres d'amende, 
et en outre à trois ans de galères. 

II. Les nègres, effets, denrées et marchandises qui seront 
pareillement trouvés à terre et qui proviendront des navires 
étrangers seront aussi confisqués, ensemble le bâtiment d'où 
ils auront été débarqués el son chargement ; et le capitaine 
condamné à mille livres d'amende, qui sera payée solidai- 
rement avec les gens de l'équipage. 

III. Ceux chez qui il se trouvera des nègres, effets, den- 
rées et marchandises provenant des navires français, faisant 
le commerce étranger, et des navires étrangers, seront con- 
damnés à quinze cents livres d'amende, et en outre à trois 
ans de galères. 

IV. Les dites amendes et confiscations appartiendront, 
savoir : moitié au dénonciateur et l'autre moitié au fermier 
Je notre domaine. 



1? 

TITRE CINQUIÈME. 

Des marchandises provenant des Vaisseaux étrangers, intro- 
duites par le moyen des vaisseaux Français. 

V. Voulons que toutes personnes, de quelque qualité 
qu'elles soient, qui seront convaincues d'avoir fait le com- 
merce étranger par le moyen des bâtimens de mer à elles 
appartenans ou qu'elles auront pris à fret, qui auront favori- 
sé l'introduction des marchandises venues par les vaisseaux 
étrangers, ou qui auront envoyé dans les pays ou colonies 
étrangères des nègres, effets, denrées ou marchandises de 
nos colonies, soient condamnées, outre les amendes portées 
en ces présentes, à trois ans de galères. 

VI. Voulons que les contraventions pour raison du com- 
merce étranger et de l'introduction des nègres, effets, den- 
rées et marchandises étrangères dans nos colonies, de même 
que pour l'envoi des nègres, effets, denrées et marchandises 
de nos isles et colonies dans les pays étrangers, puissent 
être poursuivies pendant cinq ans après qu'elles auront été 
commises, et que la preuve par témoin ou autrement puisse 
en être faite pendant le dit temps. 

5o. Voici une ordonnance de l'Intendant Hocquart, du 8 
Février 1734, qui, je crois, n'a jamais été publiée : 

Gilles Hocquart, etc. 

" Sur les plaintes qui nous ont été faites par le Sieur 
Joanne, Capitaine de Navire, qu'en 1732 il aurait amené en 
ce pays un esclave Caraybe à luy apartenant et emplo^'é 
pour matelot sur son Rolle d'Equipage, lequel aurait déserté 
dans le temps que le supliant estoit prest à s'embarquer 
pour retourner aux Isles ; que le supiiant auroit reconnu et 
trouvé depuis peu le dit Caraybe dans la paroisse de Saint 
Augustin ou l'ayant reclamé, quelques personnes mal inten- 
tionnées auroient facilité l'évasion du dit esclave ; pourquoy 
le supliant nous aurait requis de luy accorder noire ordre 



18 

pour le faire arrester partout ou il le poura trouver. — A quoy 
ayant égard. 

Nous ordonnons à tous capitaines et autres officiers de 
milice requis de donner toute protection et assistance au dit 
Sieur Joanne et de luy prester main-forte pour recouvrer et 
faire conduire en lieu de seureté le dit Esclave Caraybe au 
désir du dit supliant qui fournira aux frais de conduite et 
récompensera ceux qui le découvriront. 

DefTendons à toutes personnes de receler le dit esclave ny 
faciliter son évasion à peine d'amende arbitraire, et de plus 
grande peine si le cas y escheoit. Mandons, etc. 

Fait à Québec le huit Février 1734. 

HOCQUART." 

60. Dans toutes les pièces d'un procès criminel dont le 
dossier est au greffe de Montréal, la négresse de Madame 
de Francheville, qui subissait ce procès, est appelée Vesclave 
de celle Dame. Elle avait été achetée dans les Colonies 
Anglaises. Dans la nuit du 10 au 11 Avril 1734, elle mit 
le feu à la maison de sa maîtresse, ce qui causa un incendie 
qui détruisit une partie de la ville de Montréal. Le procès 
s'instruisit aussitôt, et trouvée coupable, la malheureuse fut 
pendue dans le mois de Juin 1734. 

7o. " Traité sur le Gouvernement des Esclaves," par M. 
Petit. Ce traité renferme plusieurs lois concernant l'escla- 
vage. Les premières sont des lois locales. Il y a d'abord 
Tarticle 3 et l'article 6 d'un Règlement général de police du 
19 Juin 1G64, fait par M. de Tracy, Lieutenant-Général pour 
le Roi es Islcs Françaises d'Amérique ;" puis trois arrêts 
de Règlement du Conseil Supérieur de la Martinique (1670, 
1G71 et 1677), une ordonnance du Gouverneur Lieutenant- 
Général des fsles, sur la chasse des esclaves déserteurs, du 
5 Septembre 1678 ; enfin un arrêt du Conseil d'Etat qui dé- 
fend la saisie des Nègres attachés à la terre, du 5 Mai 1681, 
et un autre arrêt de règlement du Conseil Supérieur de la 



19 

Martinique, sur les saisies réelles : " Après l'adjudication, 
sera faite une ventilation de la valeur des dits nègres et bes- 
tiaux, sur le pied d'icelle adjudication, pour être le prix pro- 
venant de la terre distribué aux créanciers hypothécaires, et 
celui provenant des nègres et bestiaux distribué, comme 
meubles. Toutes ces lois sont antérieures à la célèbre or- 
donnance du Roi de France du mois de Mars 1685, appelée 
le Code Noir. 

60. Nous lisons dans Petit, déjà cité, t. 2, p. 4 : " La 
" première loi relative aux Isles, qui parle du commerce des 
*' Nègres, est Pédit du 28 Mai 1664, portant création de la 
" Compagnie des Indes Occidentales, entre les concessions 
" de laquelle on compte la permission de faire exclusive- 
" ment le commerce sur toute la côte de l'Afrique, depuis 
" le Cap- Vert, jusqu'au Cap de Bonne-Espérance. Un édit 
" du mois de Décembre 1674, en révocation de cette com- 
" pagnie, en réunit an domaine les concessions, et nommé- 
" ment la côte d'Afrique, depuis le Cap-Vert, jusqu'au Cap 
" de Bonne-Espérance, et la propriété des fort et habitation 
" du Sénégal, commerce du Cap- Vert, et Rivière de Gam- 
" bie. La compagnie en avait engagé les établissements, 
" et le commerce, par contrat du 8 Novembre 1673 ; et ce 
" contrat avait été confirmé par arrêt du Conseil d'Etat, du 
" 11 du même mois. On lit dans ces deux pièces, que ces 
" établissements avaient été commencés par des négocians 
" de Rouen, qui en avaient traité avec la compagnie, par 
" acte du 28 Novembre 1664 ; et, dans un arrêt du 13 Jan- 
'^ vier 1672, que le commerce de cette côte avait été encou- 
" ragé par une gratification de treize livres en faveur des 
" armateurs, par tête de Nègres importés dans les Isles. 
" Une compagnie dite du Sénégal, traita, le 21 Mars 1679, 
" du commerce de la côte d'Afrique, avec les directeurs du 
" domaine d'Occident ; traité confirmé par arrêt du Conseil 
" d'Etat, du 25 du même mois de Mars, et par des Lettres 
" Patentes du mois de Juin suivant, avec privilège exclusif." 



20 

Les deux Edits de création et de révocation de la Com- 
pagnie des Indes Occidentales ont été enregistrés au Con- 
seil Supérieur de Québec. 

On trouve dans les Registres de la Paroisse de La Longue 
Pointe à la date du 13 Mars 1755, le certificat d'inhumation 
du " Corps de Louise, Négresse apj^artenant à M. Descham- 
bault âgée de 27 jours." 

Et le 4 Novembre 1756, certificat de Baptême de " Marie 
" Judith, PaniSf âgée d'environ 12 ans, appartenant au Sieur 
'' Preville de cette Paroisse." 

Le 22 Janvier 1757, le nommé Constant est condamné 
par Jacques Joseph Guiton de Monrepos, Lieutenant-Général 
civil et criminel en la Jurisdiction de Montréal, à la peine 
du carcan en la place publique un jour de marché, et à être 
banni ensuite à perpétuité de la dite Jurisdiction. Dans le 
procès, il est constamment désigné sous le nom de " Cons- 
tant, esclave Partis du Sieur de Saint Blain, Officier d'In- 
ftmlerie, etc." 

Passons maintenant à la domination anglaise. 

Nous avons vu l'article de" la capitulation relatif aux es- 
claves, cité par M. Viger. On trouve en outre : lo. Un Acte 
du Parlement Impérial, de 1732, chap. 7, contenant la dis- 
position suivante : " And be it furiher enacted by ihe autho- 
" rity aforesaid, ihat from and after the said twenly ninth 
" day of Septembcr 1732, the houses, lands, negroes^ and 
*' other hereditaments, and real estâtes, situate or being 
.*' within any of the said plantation:^ belonging toany pcrson 
" indebtcd, shall be liable to, and chargeablc with ail just 
*' debts, duties, anddcmands of what nature and kind soever, 
*' owing by sucli perron to His Majosty, ov any of his sub- 
" jects, and shall and may bc Assets for the satisfaction 
" thereof in like manner as real estâtes are by the law of 
'■'■ England liable to the satisfaction of dobf? due by Bond^ 



21 

*' or other specialty, and shall be subject fo thc likc renie- 
" dies, proceedings, and process in any Court of Law or 
" Equity, in any of the said plantations respectively, for 
" seizing, extending, selling, or disposing of any such hoii- 
" ses, lands, îiegroes, and other hereditaments and real esta- 
" tes, towards the satisfaction of such debts, duties, and de- 
" mands, and in like manner as personal estâtes in any of 
" the said plantations respectively are seized,extended, sold, 
" or disposed of for the satisfaction of debts." 

2o. Nous lisons dans l'Acte de Québec (1774) : 
14e. Geo. III, chap. 83, Sec. XVIII. 

" Pourvu toutefois, et il est par ces présentes établi, que 
' rien de ce qui est contenu dans cet acte ne s'étendra, ou 
' ne s'entendra s'étendre à infirmer ou annuller dans la dite 
' Province de Québec tous Actes du Parlement de la Grande 
' Bretagne, ci-devant faits, qui prohibent, restreignent ou rè- 
' glent le commerce des colonies et plantations de Sa Ma» 
' jesté en Amérique, et que tous et chacun des dits Acles, 
' ainsi que tous Actes de Parlement ci-devant faits, qui ont 
' rapport, ou qui concernent les dites colonies et plantations 
' seront, et sont par ces présentes, déclarés être en force 
' dans la dite Province de Québec, cl dans chaque partie 
' d'icelie." 

3o. Dans la Gazette de Québec du 18 Mars 1784, No. 
969, on lit l'avertissement qui suit : 

" A VENDRE, 

" Une Négresse qui est présentement en ville. L'on pouna 
s"'adresser à Madame Perrault pour le prix." 
Et dans celle du 25 Mars, même année : 

" A VENDRE. 

" Un Nègre âgé d'environ 25 ans, qui a eu la petite vé- 
role. Pour plus amples informations, il faut s'adresser à 
l'imprimeur." 

4o. J'ai vu deux actes de vente de la même négresse, 
l'un du 9 Juin 1783, par Elias Smith à James Finlay, et 



22 

l'autre par Finlay à Patrick Langan du 14 mai 1788, à cha- 
que fois pour la somme de £50. On la désignait sous le 
nom de Peg. 

5o. Voici copie d'une déposition faite le 16 Juillet 1788 : 
^' This day personnally appeared before me James Finlay 
'* one of Ilis Majesty's Justices of tlie Peace for the Province 
" of Québec, John Munro Esq. of Matilda in said Province, 
" who maketh oath on the Holy Evangelists Ihat in the year 
" one thousand seven hundred and eighly he was ordered 
" by Ilis Excellency, General Sir Frederick llaldimand, to 
" take the command of a detachment of His Majesty's 
" troops and Indians and proceed lo the ennemy's frontiers 
" at Balls-town and its vicinify. That the troops and In- 
" dians then under his command captured a number of 
" Negroes, some of which were in the house of a Colonel 
" Gordon (them in the service of the American States) 
" which Negroes were claimed and detained by the respec- 
" live white men and Indians who captured them, and were 
" brought to Montréal and sold, asivas customary insuch cases ^ 
" ail cxccpting one Negroc namcd Dublin, who being known 
" to be a free-man was liberatcd and inlisted in His Majes- 
" ty's service. This déponent farther adds that he never 
" considered those captived Negroes as Prisoners of War, 
" and consequently did not report them to the Commander 
" in Cliief, or to any other ofïicer commanding a District or 
" Garrison in the Province : and further this déponent saith 
" not. 

" Swom before me at Montréal this 16th day of July in 
" the year of Our Lord one thousand seven hundred and 
" eighty eight, and in the twenty eight year of Mis Majesty's 
" Reign." 

(Signed,) ' Jchn Munro. 

(Signed,) James Finlay, J. P. 

Go. Déclaration de Isaac Ilill, chef Mohawk : 

" I, Isaac Ilill, a Mohawk Chief, living at the Grand, or 



23 

" Oswego River, do hereby testify that I accompanied Capt. 
" Munroe of the late Royal Regt. of New-York, with.a party 
" of my Warriors on an expédition against Balls-town in the 
" late Province, now state of New- York, in the year 1780, 
" on which expédition we captured some Negroes among 
" which was one sold by Lient. Patrick Langan (who then 
" acted as oiir officer) that was captured by one of my war- 
" riors. And I dofurthertestify that the said Lient. Langan 
" acted as agent in that sale for my Tribe or Party and that 
" the said Negroe was sold by him for our sole use and 
" benefit, and that we received from him the money the said 
" Negroe was sold for, and further the déponent sait not." 
(Signed) Isaac Hill., Anough Sokter. 

" I Simon Clarke, do hereby testify that I well and truly 
" interpreted the contents of the above affidavit to Isaac 
" Hill , alias Anoughsokter , before he subscribed his 
" name to it, and that the said Isaac Hill declined qualify- 
" ing to it before a magistrate from an ancient custom 
" preserved among his nation which forbids their making 
" oath, which is customary among white people, but that he 
" solemnly alîirms the above affidavit is the whole truth and 
" and nothing but the truth. 

(Signed) Simon Clarke. 

" This day personally appeared before me, Thomas 
" McCord, Esquire, one of His JMajesty's Justices of the 
" Peace for the said District, Simon Clarke of this City, an 
" occasional interpréter employed in the Indian Depart- 
"• ment ; who being duly sworn on the Holy Evangelists 
" deposeth and saith, that the déclaration signed Isaac Hill 
" on the other side, was made by the said Isaac Hill and 
" subscribed by him, in the présence of this déponent, and 
" that the certiiicate at the bottom of the same was signed 
" at same time by this déponent, the whole of which this 
" déponent déclares to bc true. 

(Signed) Simon Clarke. 



24 

• Swom before me at Montréal ihis îwcnly-six day of 
'' January 1789." 

(Signed) Thomas McCord, J. P. 

7o. Acte du Parlement Impérial de 1790, ch. 27, intitulé : 
" An Act for encouraging new Seltlers in His Majesty's 

Colonies and Plantations in America. 

" Whereas it is expédient ihat encouragement should 
" be given to persons tliat are disposed to come and settle 
" in certain of His Majesty's Colonies and Plantations in 
" America and tlic West Indies ;" be it therefore enacted by 
ihc King's rnost excellent Majesty by and witli the advice 
and consent of the Lords Spiritual and Temporal and Gom- 
mons, in tins présent Parliament assembled, and by the 
Authority of the same, that from and alter the first day of 
August one ihousand seven hundred and ninely, if any per- 
son or persons, being a subject or subjects of the Territories 
or Countries belonging to the United States of America, 
shall come from thence, togelher with his or their family or 
families, to any of the Bakamaj Bermuda or Somcrs Islands, 
or to any part of the Province of Québec, or of Nova Scotia, 
or any of the territories belonging lo His Majesty in North 
Amej'ica, îoï the purpose of residing and scttling there, it 
shall be lawful for any such person or persons, having first 
obtained a licence for that purpose from the Governor, or, 
in his absence, the Lieutenant Governor of the said Islands, 
Colonies, or Provinces respectively, to import into the same, 
in Briiish ships owncd by His Majesty's subjects, and na- 
vigatcd according to law, any Negreos, household furniture, 
utensils of husbandry, or cloalhing free of Duly ; provided 
always, that snob household furniture, utensils of hus- 
bandry, and cloathing, shall not in the whole excoed the 
value of fifty pounds for every while person that shall belong 
to such family , and the value of forly shillings for every 
Negro brought by such while person ; and if any dispute 
shall arise as to the value of '^uch hou.-^r'hold furniture, uicn- 



25 

sils of husbandry, or cloathing, Ihc samc shall be hcard and 
determined by llie arb'ilration of three British merchants at 
the port where the same shall be imported, one of such 
British merchants to be appointed by the Govemor, or in his 
absence, the Lieutenant Governor of such Island or Provin- 
ce, one by the Collectors of the Customs at such port, and 
one by the person so coming with his family. 

"IL — Andbe itfurtherenacted, that ail sales and bargains 
for the sale of any Negroe, household furniture, utensils of 
husbandry, or cloathing so imported w-hich shall be made 
within twelve calendar months after the importation of the 
same, (except in cases of the bankrupcty or death of the 
owner thereof), shall be nuU and void to ail intents and pur- 
poses whatsoever." 

80. Le 9 Juillet 1793, le Parlement du Haut-Canada, dans 
sa 2de session, passa l'acte suivant, intitulé, " An Act to 
prevent the iurther introduction of Slaves, and to limit the 
term of contracts for servitude within this Province." 

" Whereas it is unjust that a people who enjoy freedom 
by law should encourage the introduction of slaves ; And 
lohereas it is highly expédient to abolish Slavery in this Pro- 
vince so far as the same may gradually be donc without 
violating private property : Be it enacted by the King's Most 
Excellent Majesty, by and with the advice and consent of 
the Législative Council and Assembly of the Province of 
Upper Canada, constituled and assembled by virtue and 
under the authority of an Act passed in the Parliament of 
Great Britain, intituled : " An act to repeal certain parts of 
an act passed in the fourteenth year of His Majesty's Reign, 
intitaled, " An Act for mak.'r>< more effectuai provisions for 
the Government of the said frovi.'ice, and to make further 
provision for the Government of the said Province," and by 
the authority of the same, That from and after the passing 
of this Act, so much of a certain act of the Parliament of 
Gieat Britain, passed in the thirtieth year of His présent Ma- 



â6 

jesty, inlituled, " An act for eneouraging new Setllers in 
His Majesty's Colonies and Plantations in America," as may 
enable ihe Governor or Lieutenant Governorof this Province, 
heretofore parcel of His Majesty's Province of Québec, to 
grant a license for importing into the same any Negro or 
Negroes, shall be, and the same is hereby repealed ; and 
that from and after the passing of this Act, it shall not be 
lawful for the Governor, Lieutenant Governor, or person ad- 
ministering the Government of this Province to grant a li- 
cense for the importation of any Negro or other person to be 
subjected to the condition of a slave, or to a bounden invo- 
luntary service for life, into any part of this province ; nor 
shall any Negro, or other person who shall corne or be brought 
into this Province after the passing of this act, be subjected 
to the condition of a Slave, or to such service as aforesaid, 
within this Province, nor shall any voluntary contract of 
service or indentures that may be entered into by any parties 
Avithin this Province, after the passing of this act, be binding 
on them, or either of them, for a longer time than a term of 
nine years, from the day of the date of such contract. 

IL Provided always^ — That nothing herein contained shall 
extend, or be construed to extcnd to liberate any Negro, or 
other person subjected to such service as aforesaid, or to dis- 
charge them, or any of them from the possession of the owner 
thereof, his or her executors, administrators or assigns, who 
shall hâve come or been brought into this province, in con- 
formity to the conditions prescribed by any authority for that 
purpose exercised, or by any Ordinance or Law of the Pro- 
vince of Québec, or by proclamation of any of His Majesty's 
Governors of the said Province, for the time being, orofany 
Act ofthe Parliament of Great Britain, or shall hâve other- 
wise come into the possession of any person, by gift, bcquest, 
or bonâfide purchase before the passing of this act, w hose 
properly thcrein is hereby confirmed, or to vacate or annul 
unv contract for service that may heretofore hâve been law- 



27' 

fulîy made and entered inlo, or lo prevent parents or guard- 
ians from binding out children until ihey shall hâve obtained 
the âge of twenty-one years. 

III. And in order to prevent ihe continuation of slavery 
within this Province, be it enacted hy the authority aforesaid^ 
That immediately from and after the passing of this Act. 
every child that shall be born of a Negro mother, or other 
woman subjected to such service as aforesaid, shall abide 
and remain with the master or mistress in whose service 
the mother shall be living at the time of such child's birth, 
(unless such mother and child shall leave such service by 
and with the consent of such master or mistress) and such 
master or mistress shall, and is hereby required to give pro- 
per nourishment and clothing to such child or children, and 
shall and may put such child or children to work when he, 
she or they shall be able to do so, and shall and may retain 
him or her in their service until every such child shall hâve 
attained the âge of twenty-five years, at which time they 
and each of them shall be entitled to demand his or her dis- 
charge from, and shall be discharged by such master or 
mistress from any further service." 

9o. Quant au Bas-Canada, voici ce qui eut lieu dans la 
Ire session du Parlement : 

Séance du 28 Janvier (Journal page 189.) 
" M. P. L. Panet, propose qu'il lui soit permis d'intro- 

" duii-e un Bill intitulé — Acte qui tand à l'abolition de Ves- 

" clavage en la Province du Bas-Canada." 
" Secondé par M. Dunière. 
" Accordé unanimement et permis en conséquence." 

Séance du Mardi 26 Fév. 93 (J. p. 255.) 

" M. P. L. Panet^ en conséquence de la permission de 
cette Chambre a apporté et lu en françois et en anglois le 
projet d'un " Acte tendant à l'abolition de l'esclavage en la 
Province du Bas-Canada." 



28 

" Séance du Vendredi, 8 Mars 1793. (J. p. 315.) 
*' M. Bonav : Panet^ propose à cette Honorable Chambre 

(ju'un projet de Bill tendant à l'abolition de l'esclavage soit 

mainlunant lu pour la première fois. 
" Secondé par M. Berlhdot. 

" Et le dit projet de loi ou bill intitulé "Acte tendant à 
l'abolition de l'esclavage," a été lu en anglois et en fran- 
çois pour la première fois." 

Séance du Vendredi 19 Avril 1793. (J. p. 541.) 

" M. P. L. Panet a proposé que cette Chambre se résolve 
en un Comité de toute la Chambre sur le Bill tendant à l'a- 
bolition de l'esclavage, jeudi prochain. 

" Secondé par M. Berthelot. 

" Débats sont survenus. 

" Et M. Debonne a proposé pour amendement à la mo- 
tion de INir. P. L. Panet, qu'après le mot " que" à la pre- 
mière ligne, le reste de la dite motion soit effacé et les sui- 
vants substitués : — " le bill tendant à l'abolition de l'escla- 
vage reste sur la table." 

" Secondé par M. McBeth. 

" Débats se sont ensuivis et l'amendement de M. Debon- 
ne a passé, — pour 31 ; contre 3. — Majorité 28. 

" Alors la quef^tion étant mise — la proposition telle qu'a- 
mendée sera-t-elle accordée ? — Accordée unaniment dans 
l'alfirmative, et : 

" Ordonné que le Bill intitulé — " Acte tendant à l'aboli- 
tion de l'esclavage" — reste sur la table." 

Ici, M. Viger fait remarquer "qu'à partir du 19 Avril 1793, 
jusqu'au 19 Avril 1799, on ne trouve aucun procédé ulté- 
rieur sur la question de l'esclavage, mais, en 1799, elle fut 
reprise par la Chambre sur requête de certains citoyens de 
Montréal, présentée par M. Joseph Papineau. Voici copie 
de cette requête et des procédés parlementaires auxquels sa 
présentation en Chambre donna lieu." 



29 

Séance du Vendredi, 19 Avril 1799. (Jour. p. 123.) 

" Une Requête de plusieurs habitants de la Cité de Mont- 
réal a été présentée à la Chambre par M. Papineau, laquelle 
a été reçue et lue. 

" Exposant — Que par une Ordonnance de Jacques Rati- 
dot^ Intendant du Canada, portant date le 13e jour d'Avril 
qui était dans l'année de Notre Seigneur 1709, registrée et 
publiée suivant la loi. Il est ordonné, sous le bon plaisir de 
Sa Majesté très-Chrétienne, que tous Panis et Nègres qui 
alors avoient été ou qui à l'avenir seroient achetés en Ca- 
nada, appartiendroient en pleine propriété aux acquéreurs 
d'iceux, comme leurs propres esclaves ; et les dits Panis et 
esclaves sont par icelle enjoints de ne point laisser le ser- 
vice de leurs maîtres, et toutes personnes de ne point les en- 
courager à déserter, ni de leur donner azile, sous peine de 
60 livres d'amende. 

" Que Sa Majesté très-Chrétienne n'a jamais signifié son 
déplaisir ou désapprobation de la dite Ordonnance, c'est 
pourquoi elle étoit en force au traité définitif de paix et à la 
cession de cette Province à Sa Majesté, et conséquemment, 
suivant le Statut de la 14e George III, chap. 83, vulgaire- 
ment nommé l'Acte de Québec, elle fait maintenant partie 
des Lois, Usages et Coutumes du Canada. 

" Que l'importation des Nègres de V Afrique aux Indes 
Occidentales et dans les Plantations Britanniques, a été re- 
gardée comme légale depuis le premier établissement d'une 
Compagnie Africaine, et depuis que le commerce est devenu 
libre pour tous les sujets de Sa Majesté, sous des Règle- 
ments parlementaires, et que les propriétaires de tels Nègres 
ont été revêtus du droit et du pouvoir de les vendre, ainsi 
que leurs enfants ; et c'est ce qui a effectivement établi l'es- 
clavage dans les Isles et les Plantations. 

" Que par le Statut de la 5e Geo. II, ch. 7, sect. 4e inti- 
tulé, — " Acte pour faciliter le recouvrement des dettes dans 
" les Plantations et Colonies de Sa Majesté en Amérique," 

3 



30 

il est statué : — '' Que depuis et après le ijoti jour de Sep- 
" tembre 1732, les maisons, terres. Nègres et autres hérita- 
" ges et biens réels, situés ou étant dans quelqu'une des 
" dites Plantations, appartenant à aucune [personne quel- 
" conque endettée, seront sujets et pourront être chargés de 
*' toutes les justes dettes, droits et demandes de quelque na- 
" ture ou espèce que ce soit dus par telle personne à Sa 
" Majesté, ou à aucun de ses sujets, et pourront être vendus 
" pour les satisfaire, en la même manière que les biens'réels 
" sont par les loix d'Angleterre sujets à satisfaire les dettes 
" dues par obligation ou autre acte spécial, et seront] sujets 
" aux mêmes moyens, procédures et procès dans aucune 
" Cour de Loi ou d'Equité dans aucune des dites Planta- 
" tions quelconques, respectivement, quant à ce qui regarde 
" la saisie, exécution, vente ou disposition d'aucunes telles 
" maisons, terres. Nègres et autres héritages et biens réels 
" quelconques, pour satisfaire telles dettes, droits et deman- 
'' des, et en la même manière que les biens personnels, dans 
*' aucune des dites Plantations quelconques respectivement, 
" sont saisis, exécutés, vendus, ou qu'il en est disposé pour 
" satisfaire les dettes." — Lequel Statut forme une partie des 
loix de cette Province en vertu de l'Acte de Québec, par 
lequel tous les Actes du Parlement alors passés concernant 
les dites Colonies et Plantations sont déclarés être en force 
dans la dite Province de Québec, et chaque partie d'icelle. 

" Que par le Statut de la 30e Geo. III, chap. 27, intitulé, 
— " Acte pour encourager ceux qui viennent s'établir dans 
" les Colonies et Plantations de Sa Majesté en Amérique,''^ 
— il est statué, — " Que depuis et après le 1er jour d'Août, 
" 1790, si quelque personne ou personnes, étant sujet ou su- 
" jets des territoires ou pays appartenants aux Etats-Unis 
" de V Amérique, viennent de là, avec sa famille ou leurs 
" familles, dans quelqu'une des Isles de Bahama ou Ber- 
" mudes ou Somers^ ou dans quelque partie de la Province 
" de Québec, ou de la Nouvelle- Ecosse, ou de quelqu'un des 



31 

" territoires appartenants à Sa Majesté dans V Amérique Sep- 
" tentrionale, à l'effet d'y résider et de s'y établir, il sera 
" loisible à toute telle personne ou personnes, ayant pre- 
" mièrement obtenu une licence à cet effet du Gouverneur, 
" ou en son absence, du Lieutenant-Gouverneur des dites 
" Isles, Colonies ou Provinces respectivement, d'y importer, 
" dans des vaisseaux Britanniques, appartenants à des su- 
" jets de Sa Majesté, et manœuvres suivant la loi, aucuns 
" nègreSj meubles de ménage, ustensils d'agriculture ou 
" hardes quelconques, exempts de droits." — Et il est aussi 
statué par le dit Acte, — " Que toutes ventes ou marchés 
" pour la vente d'aucuns Nègres, meubles de ménage, us- 
" tensils d'agriculture, ou hardes, ainsi importés, qui seront 
" faits dans 12 mois de calendrier après l'importat'on 
" d'iceux, (excepté dans les cas de banqueroute ou de mort 
" des propriétaires d'iceux) seront nuls et d'aucun effet à 
" toutes fins et intentions quelconques." 

" Que sur la foi du Gouvernement de Sa Majesté, solen- 
nellement garantie par les Loix ci-dessus mentionnées, les 
habitants de cette Province en général, et les habitants de 
la Cité et District de Montréal en particulier, ont acheté à 
grands prix, un nombre considérable d'esclaves Panis et 
Nègres ; et diverses personnes, ci-devant sujets des Etats- 
Unis de V Amérique, — ont sur la foi du Statut ci-dessus en 
partie récité, de la 30e Geo. III, chap. 27, importé dans cette 
Province, suivant Ja loi, un nombre d'esclaves Nègres, leur 
appartenants ; et lesquels esclaves Panis et Nègres se sont 
toujours comportés d'une manière convenable, jusqu'à der- 
nièrement, qu'ils sont devenus réfractaires par un esprit de 
désobéissance dont ils se sont imbus, sous prétexte qu'il 
n'existe point d'esclavage dans ce pays, 

" En Février 1798, une nommée C^arZo//e, femme né- 
gresse, appartenant à Mademoiselle Jane Cook, s'absenta 
du service de sa maîtresse, et ayant refusé d'y retourner fut, 
sur plainte sous serment, arrêtée en vertu d'un ordre d'un 



32 

Magistrat, et ayant encore persisté à refuser de rentrer dans 
son devoir, elle fut d'après conviction légale, commise à la 
prison du District, (faute d'une Maison de Correction) ; — 
mais ayant demandé et obtenu un Writ d^Habeas Corpus, 
elle fut, durant les vacations, déchargée par Son Honneur 
le Juge en Chef de ce District, sans être tenue de donner 
des sûretés pour sa comparution dans la Cour du Banc du 
Roi. 

" Sur cet élargissement, les Nègres dans la Cité et Dis- 
trict de Montréal, menacèrent d'une révolte générale ; et une 
nommée Jude, femme négresse, appartenant à Elias Smith, 
négociant de Montréal, pour l'avoir achetée à Albany, le 27 
de Janvier 1795, pour la somme de 80 livres courant de 
New- York, s'absenta et refusant de retourner fut, sur con- 
viction, commise à la Prison ; mais sur une requête qu'elle 
présenta à la Cour du Banc du Roi de Jurisdiction Crimi- 
nelle pour ce District, elle fut d>'*ciiargée le 8e jour de Mars 
1798, sans qu'il fut décidé sur la question d'esclavage ; le 
Juge en Chef déclarant en même temps, audience tenante, 
que sur VHabeas Corpus il déchargerait tout Nègre, appren- 
tif sous brevet et domestique qui dans de semblables cas, 
serait commis à la Prison par ordre des Magistrats. 

" Que les Juges à Paix de Sa Majesté n'ayant ainsi au- 
cun pouvoir d'obliger les esclaves qui s'absentent à rentrer 
dans le scr\'ice de ceux à qui ils appartiennent, ni les pro- 
priétaires aucun pouvoir de forcer leurs esclaves à obéir ou 
de les tenir à leur service, les suppliants prévoyent qu'il en 
résultera pour cette Province des conséquences alarmantes, 
sans compter la grande perte que les sujets de Sa Majesté 
de celte Province, étant propriétaires d'esclaves nègres, et 
les créanciers de tels propriétaires, pourront souffrir par le 
manque de moyens où sont maintenant tels propriétaires de 
conserver leur propriété dans leurs esclaves. 

" Qu'ils prient donc cette Chambre de former un Acte, 
qui sera passé en Loi, par lequel il soit Ordonné et Statué, 



33 

que (jusqu'à ce que provision soit faite par la Loi pour éta- 
blir une Maison de Correction), toutefois que quelque escla- 
ve, Panis ou Nègre désertera du service de son Maître dans 
cette Province, il sera loisible de procéder contre lui ou elle 
en la manière dirigée et pourvue contre les apprentifs sous 
brevet et domestiques en Angleterre dans la Grande-Breta- 
gne, et de le commettre à la Prison Commune du District 
où il pourra être arrêté, pour y être détenu aussi efficace- 
ment que si c'étoit dans une maison de correction, ainsi 
qu'il est entendu par les Loix concernant les apprentifs sous 
brevet et domestiques en Angleterre ; et que le Gardien de 
la Prison pourra être tenu de recevoir et détenir tel esclave 
ou esclaves sous les mêmes pénalités auxquelles est assu- 
jetti le gardien d'une maison de correction lorsque des ap- 
prentifs sous brevet et domestiques en Angleterre lui sont 
envoyés, jusqu'à ce que tel esclave soit délivré suivant le 
cours ordinaire de la Loi. Et de plus, qu'aucune personne 
quelconque n'aide sciemment, ou ne favorise, reçoive chez 
elle ou ne cache aucun tel esclave qui désertera ainsi ; ou 
qu'une loi puisse être passée déclarant qu'il n'y a point 
d'esclavage dans la Province ; ou telle autre provision con- 
cernant les esclaves que cette Chambre, dans sa sagesse, 
jugera convenable. 

" Datée,— Montréal, 1er Avril, 1799." 

" Ordonné, que la dite Requête reste sur la table pour la 
«onsidération des membres." 

Ici, M. Viger dit que " le Gouverneur Général Robert 
Prescott donna la sanction royale à plusieurs Bills publics 
Lundi le 3 Juin 1799, jour de clôture de la 3e Session du 2d 
Parlement Provincial, B.-C, et entre autres à l'un d'eux, 
intitulé : " Acte qui pourvoit des Maisons de Correction dans 
•les différents Districts de cette Province, (J. p. 259.J" 



34 

1800. 
4e Session du 2d Parlement Provincial du Bas- Canada. 
Séance du Vendredi, 18 Avril 1800, (J. p. 151.) 

" Une requête de divers habitants du District de Mont- 
réal, a été présentée à la Chambre par M. Papineau, la- 
quelle a été reçue et lue, 

" Exposant, — Qu'on a entretenu dernièrement des doutes 
en combien, suivant les Loix et Statuts en force dans cette 
Province, la propriété des Nègres et Panis peutêtre mainte- 
nue. Ces doutes ayant affecté les intérêts de plusieurs des 
suppliants, ils se trouvent réduits à la nécessité d'obtenir une 
décision par la législature, " que l'esclavage, sous certaines 
" restrictions, existe dans cette Province : qui investisse les 
*' maîtres d'une manière plus efficace de la propriété de 
*' leurs esclaves ; et qui pourvoie des Loix et Règlements 
" pour le gouvernement de celte classe de gens qui tombe 
" sous la dénomination d'esclaves." Les suppliants conçoi- 
vent humblement, qu'un tel acte tendra à l'avantage géné- 
ral de la Province. 

" Les suppliants prennent la liberté de représenter, qu'une 
Ordonnance do M. Raudot^ Intendant du Canada, en date 
du 13me Avril 1709, ordonne, sous le bon plaisir de Sa Ma- 
jesté très-Chrétienne, " Que tous les Panis et Nègres, qui 
*' ont été achetés, ou qui le seront par la suite, appartien- 
" dront en pleine propriété à ceux qui en ont fait ou qui en 
" feront l'acquisition, en qualité d'esclaves." — Cette loi qui 
a été duemcnt enregistrée et publiée, et qui n'a jamais 
été changée ni révoquée, était, suivant les suppliants, en 
pleine force, lors du traité définitif de paix, et sous la 14e 
de Sa présente Majesté fait partie des loix de cette Province. 

" Qu'il parait aux suppliants que, depuis l'établissement 
de la Compagnie Africaine, en 1661, l'existence de l'escla- 
vage, en tant qu'il regarde les Niigres, a été établie et con- 
firmée dans toutes les Dominations de Sa Majesté en Amé- 



85 

Tique. Par une variété de Statuts, depuis ce temps jusqu'à 
ee jour, il est permis d'acheter des esclaves sur la Côte 
d^ Afrique qui, avec leurs enfants et postérité, ont été décla- 
rés la propriété des acheteurs et de ceux à qui ils seraient 
vendus dans la suite. Par le Statut de Geo. 3, ch. 27, fait 
après la dernière guerre Américaine, il est statué : " Que 
" depuis et après le 1er jour d'Août, 1790 ; lorsqu'aucune 
" personne ou personnes, étant sujets des Territoires ou Paï's 
" appartenants aux Etats-Unis de V Amérique, et venant de 
" là avec sa ou leur famille ou familles, à aucune des Isles 
" de Bahama, des Bermudes ou à aucune partie de la Pro- 
" vince de Québec, ou de la Nouvelle-Ecosse, ou à aucuns 
" des Territoires appartenants à Sa Majesté dans VAméri- 
" que Septentrionale, pour y résider et s'y établir, il soit loi- 
" sible à aucune telle personne ou personnes, ayant au préa- 
" lable obtenu une licence pour cet effet, du Gouverneur, ou 
" en son absence du Lieutenant-Gouverneur des dites Isles, 
" Colonies ou Provinces respectivement, d'y importer dans 
" des vaisseaux Britanniques appartenant à des sujets de 
*' Sa Majesté, et navigues suivant la loi, aucuns Nègres, 
" meubles de ménage, ustensiles d'agriculture, ou habille- 
" ments, sans payer aucuns droits." — Et il est aussi statué 
par le dit statut, — " Que toutes ventes et marchés pour des 
" Nègres, meubles de ménage, ustensiles d'agriculture, ou 
" habillements ainsi importés, qui seront faits sous douze 
" mois après l'importation d'iceux, (excepté en cas de fail- 
" lite ou de mort du propriétaire de tels effets) seront nuls 
" et de nulle valeur, à tous égards et intentions quelcon- 
*' que s." 

" Qu'en admettant qu'il restait quelque doute avant la 
passation de cet acte," — si l'esclavage sous certaines res- 
trictions existait réellement dans ce'tte Province," — les sup- 
pliants se flattent que ce statut le reconnaît expressément 
de la même manière qu'il avait lieu dans toutes les Planta- 
tions »de Sa Majesté avant la dernière guerre. 



36 

" Que les suppliants osent assurer cette Chambre avec 
confiance, qu'un nombre de loyaux et fidèles Siujets de Sa 
Majesté, après avoir exposé leurs vies à son service, et y 
avoir sacrifié presque tous leurs biens durant la dernière 
guerre calamiteuse, sont venus avec leurs esclaves dans 
cette Province, sous la promesse sacrée qui leur est faite 
par le statut sus-mentionné, lesquels aujourd'hui sont aban- 
donnés et mis au défit par leurs esclaves, qui formaient leur 
unique ressource, et cela à l'abri de l'idée qui s'est répan- 
due dernièrement que l'esclavage n'existe plus dans ce pays. 
Les suppliants désirant ardemment de mettre cette Cham- 
bre en possession de tous les faits qui ont rapport à cette 
cause, demandent la permission d'informer la Chambre 
qu'un M. Fraser de leur District a dernièrement obtenu un 
ordre de trois Juges à Paix, pour mettre son esclave à la 
maison de correction, pour avoir déserté de son service. (Cet 
esclave était un des trois qui formaient toute la propriété 
sauvée par M. Fraser des ravages de la dernière guerre, et 
son unique ressource pour se soutenir dans sa vieillesse.) 
Qu'un ordre de Habeas Corpus ayant été obtenu, la Cour 
du Banc du Roi déchargea l'esclave, sous l'idée que la pro- 
priété n'en était pas suffisamment prouvée par M. Fraser. 
Les suppliants, quoiqu'ils aient un profond respect pour l'au- 
torité de cette honorable cour, ne peuvent se dispenser de 
remarquer, que le témoignage rendu à cette occasion était, 
suivant eux, le meilleur qu'il soit possible de produire, et 
que la cour en exigeant plus a demandé ce qu'il ne serait 
presque jamais possible d'obtenir ; et par là a privé les maî- 
tres de toute propriété de leurs esclaves. 

" Qu'il était mentionné dans le jugement de la cour que 
l'acte de la 37e de Sa présente Majesté, ch. 119, avait révo- 
qué toutes les loix concernant l'esclavage, mais ce statut, 
dans l'humble opinion des suppliants, ne va qu'à déclarer 
que les esclaves, à l'avenir, no pourront être saisis pour le 
î)aiement des dettes de leiu-s maîtres. Il ne s'étend pas à 



37 

priver les maîtres de la propriété de leurs esclaves, ni peut- 
on le considérer comme émancipant les esclaves dans les 
Plantations de Sa Majesté, bien loin de là, des actes posté- 
rieurs admettent l'existence de l'esclavage plus directement, 
«n autorisant l'importation des Nègres de la Côte d'Afri- 
que. 

" Que les suppliants sont très mortifiés d'occuper la 
Chambre si longtemps sur un sujet si intéressant pour eux, 
comme ayant payé des sommes considérables pour des es- 
claves qui les ont quittés. Et ils sont tous très convaincus 
que cette classe d'hommes, actuellement lâchée, et qui mène 
une vie oisive et abandonnée pourrait tenter de commettre 
des crimes, qu'il est du devoir de tout bon citoyen de s'ef- 
forcer de prévenir. 

" Que les suppliants, sous les circonstances qu'ils ont 
pris la liberté d'exposer, osent se flatter de l'espérance que 
cette Chambre voudra bien prendre ce sujet sous sa sérieuse 
considération ; et qu'elle passera un acte déclaratoire, qui 
donne de la force et de l'effet aux loix et statuts qui y ont 
rapport ; et qu'en même temps, la Chambre assurera aux 
maîtres leurs esclaves par tels moyens qu'elle jugera con- 
venables, et qu'elle fera tels autres règlements pour le gou- 
vernement des esclaves que sa sagesse lui suggérera. 

" Qu'il plaise donc à cette Chambre de former un acte 
<}ui déclare, que l'esclavage existe sous certaines restrictions 
dans cette Province, et qui investisse parfaitement les maî- 
tres de la propriété de leurs Nègres et Panis ; et de plus, 
que cette Chambre pourvoie tels loix et règlements pour le 
gouvernement des esclaves que sa sagesse lui suggérera être 
convenables. 

" Sur motion de M. Papineau^ secondé par M. Black., 

" Ordonné, — Que la dite Requête, avec les papiers y an- 
nexés, et celle aux mêmes fins présentée à cette Chambre, 
le 19e Avril de l'année dernière, soient référées à un Co- 
mité de cinq membres dont trois formeront un quorum, pour 



faire rapport à cette Chambre, avec toute la diligence pos- 
sible, des matières et choses y contenues ; et que le dit Co- 
mité s'assemble demain à lOh. du matin dans une des cham- 
bres de comité. 

" Ordonné, — Que MM. Papineau, Grant, Craigie, Cuth- 
bert et Dumas composent le dit Comité." 

Séance de Lundi 21 Avril 1800. (J. p, 159.) 

" M. Cuthbert^ président du comité auquel avoit été réfé- 
rée la Pétition de divers citoyens du District de Montréal, 
relative aux esclaves, avec les papiers y annexés et celle au 
même effet présentée à cette chambre le 19 Avril de l'année 
dernière, a fait rapport que le comité en avoit examiné le 
contenu et la matière ; et qu'il lui étoit enjoint d'en faire 
rapport à la chambre ; et il a lu le rapport à sa place, et en- 
suite l'a délivré à la table, où il a été relu par le Greffier, 
lequel est comme suit, savoir : 

" Résolu, que c'est l'opinion de ce comité qu'il existe des 
fondements raisonnables pour passer une loi qui règleroit la 
condition des esclaves, qui limiteroit le terme de l'esclavage, 
et qui préviendroit l'introduction ultérieure des esclaves en 
cette Province. 

" Résolu,— Que c'est l'opinion de ce comité que le Prési- 
dent demande à la chambre, qu'il soit permis au dit comité 
d'y introduire un Bill en conséquence. 

" Sur motion de Mr. Cuthhert, secondé par M. Berthelot. 

" Ordonné, que la question de concurrence soit maintenant 
mise sur les résolutions, séparément rapportées par le comi- 
té. 

" Et les dites résolutions ont été lues de nouveau, et la 
question de concurrence ayant été mise séparément sur cha- 
cune, elles ont été accordées par la chambre. 

" Résolu, — Qu'il soit permis au dit Comité d'introduire 
im Bill pour l'objet ci-dessus." 

Séance dn Mercredi 30 Avril 1800. (Jour. p. 219.) 

" Conformément à l'ordre, M. Cuthbert, a pré-scnté un Bill 



39 

qui règle la condition des Esclave?, et qui limite le terme de 
l'esclavage ; et qui prévient l'introduction ultérieure des es- 
claves en cette Province ; lequel a été lu pour la première 
fois. 

" Sur motion de M. Cuthbert^ secondé par M. Papineau. 

" Ordonné que le dit Bill soit lu une seconde fois vendre- 
di prochain." 

Séance du Vendredi 2 Mai 1800. (J. p. 223.) 

" L'ordre du jour pour la 2e lecture du Bill qui règle la 
condition des esclaves et qui limite le terme de l'esclavage, 
et qui prévient l'introduction ultérieure des esclaves en cette 
Province, ayant été lu. 

" Sur motion de M. Cuthbert, secondé par M. Berthelot, 

" Ordonné, que l'ordre du jour qui vient d'être lu, soit re- 
mis à demain." 

Séance du Lundi 5 Mai 1800. (J. p. 227.) 

" Le Bill qui règle la condition des esclaves, qui limite 
le terme de l'esclavage et qui prévient l'introduction ulté- 
rieure des esclaves en cette Province, a été lu pour la 2e 
fois. 

" Sur motion de M. Cuthbert, secondé par M. Papineau. 

" Ordonné, — Que le dit Bill soit référé à un Comité de 
toute la Chambre. 

" Résolu, — Que cette Chambre se forme maintenant en 
Comité de toute la Chambre sur le dit Bill. 

" En conséquence la Chambre s'est formée en Comité sur 
le dit Bill. 

" M. l'Orateur a laissé la chaire. 

" M. Berthelot a pris la chaire du Comité. 

" M. l'Orateur a repris la chaire. 

" Et M. Berthelot a fait rapport, que le Comité avoit fait 
quelques progrès et lui avait enjoint de demander permission 
de siéger de nouveau. 

" Ordonné, — Que le dit Comité ait la permission de sié- 
ger de nouveau demain." 



40 

Séance du Vendredi 7 Mai 1800. (J. p. 243.) 

" L'ordre du Jour, pour que la Chambre se forme en Co- 
mité de toute la Chambre sur le Bill qui règle la condition 
des esclaves et qui limite le terme de l'esclavage, et qui pré- 
vient l'introduction ultérieure des esclaves en cette Province, 
ayant été lu, 

" La Chambre s'est formée en Comité. 

" M. l'Orateur a laissé la chaire. 

" M. Bedard a pris la chaire du Comité. 

" Et plusieurs Membres s'étant retirés, 

M. l'Orateur a repris la chaire ; 

" Et les noms des membres présents ont été pris comme 
suit, savoir : 

« M. l'Orateur, 

" Messieurs Paquet, De Rocheblave, Dumas, Lees, Fisher, 
Craigie, Martineau, Durocher, Berthelot, Bedard, Têtu, 
Périnault et Planté. 

*' A sept heures et demie du soir, M. l'Orateur a ajourné 
la Chambre, faute de Qworwm." 

Séance du Samedi 17 Mai 1800. (J. p. 269.) 

" Sur motion de ]\L Lees^ secondé par INÎ. Craigie^ 

" Résolu, — Que le Comité de toute la Chambre auquel a 
été référé le " Bill qui règle la condition des esclaves, qui 
" limite le terme de l'esclavage et qui prévient l'introduction 
" ultérieure des esclaves en celte Province," — soit rétabli, 
et que cette Chambre se forme maintenant dans le dit 
Comité. 

" En conséquence la Chambre s'est formée en Comité 
sur le dit Bill. 

" M. rOrateur a laissé la chaire. 

" M. Berthelot a pris la chaire du Comité. 

*' M. l'Orateur a repris la chaire. 

*' Et M. Planté a proposé, secondé par M. Berthelot, 

" Que cette chambre s'ajourne à lundi prochain. 

" La Chambre s'est divisée sur la question, — ^pour j6u 



41 

Contre 10. 

" Majorité de 4 pour la négative. 

*' Plusieurs Membres s'étant retirés, les noms de ceux 
présents ont été pris comme suit, savoir : 
" M. l'Orateur, 

" Messieurs — Planté, Huot, Bedard, Perinault, Raby, 
Martitieau, Papineau, Fisher, Black et Dumas. 

" A 7 heures et demie du soir, M. l'Orateur a ajourné la 
Chambre faute de Quorum^ 

Ire Session du 3e Parlement Bas-Canada. 

Journal p. 55 : 17 Janv. 1801. 

" Sur motion de M. James Cuthbert, secondé par M. le 
Juge Panet ; 

" Ordonné, que M. James Cuthbert ait la permission d'in- 
troduire un Bill pour régler la condition des esclaves, pour 
limiter le terme de l'esclavage, et pour prévenir l'introduc- 
tion ultérieure des esclaves en cette Province." 

" En conséquence, M. Cuthbert a présenté le dit Bill à la 
Chambre, lequel a été reçu et lu pour la première fois. 

Séance du 23 Janvier 1801. (p. 73.) 

" Le Bill pour régler la condition des esclaves, pour limi- 
ter le terme de l'esclavage et pour prévenir l'introduction 
ultérieure des esclaves en cette Province, a été lu, confor- 
mément à l'ordre, pour la seconde fois." 

" Sur motion de M. J. Cuthbert, secondé par M. Lees ; 

" Ordonné que le dit Bill soit référé à un Comité de toute 
la Chambre. 

" Résolu, que cette Chambre se formera en Comité de 
toute la Chambre Vendredi prochain sur le dit Bill." 

Séance du 6 Mars 1801. (p. 235.) 
" Lu l'Ordre du jour pour que cette Chambre se forme en 
Comité de toute la Chambre sur le Bill pour régler la con- 
dition des esclaves, pour limiter le terme de l'esclavage, et 
pour prévenir l'introduction ultérieure des esclaves en cette 
Province." 



42 

" Sur motion de M. le Juge Panel, secondé par M. Peii- 
nault, 

" Ordonné que le dit ordre du jour soit remis à demain. 

" Résolu que cette Chambre se formera en Comité de 
toute la Chambre demain sur le dit Bill." 

Séance du 9 Mars 1801, p. 291. 

Lu l'ordre du jour pour que cette Chambre se forme en 
Comité de toute la Chambre sur le Bill pour régler la con- 
dition des esclaves, pour limiter le terme de l'esclavage, et 
pour prévenir l'introduction ultérieure des esclaves en cette 
Province." 

" En conséquence, la Chambre s'est formée en Comité. 

" M. l'Orateur a laissé la chaire. 

" M. Badgley a pris la chaire du Comité. 

" M. l'Orateur a repris la chaire. 

. Séance du 1er Mars 1803, p. 161. 

" Sur motion de M. J. Cuthbert, secondé par M. le Juge 

Panet. 

" Ordonné que M. Cuthbert ait la permission d'introduire 

un Bill pour lever tous doutes au sujet de l'esclavage dans 

cette Province, et pour d'autres effets." 

" En conséquence, il a présenté le dit Bill à la table, lequel 
a été reçu et lu pour la première fois. 

" Ordonné, que le dit Bill soit lu une seconde fois lundi 
prochain." 

Séance du 7 Mars 1803, p. 189. 

" Conformément à l'ordre, le Bill pour lever tous doutes 
concernant l'esclavage dans cette Province, et pour d'autres 
objets, a été lu pour la seconde fois. 

" Sur motion de M. James Cuthbert, secondé par M, 
Vigé ; 

" Résolu, que le dit Bill soit référé à un Comité de cinq 
membres, dont trois formeront_^un Quorum, lequel s'assem- 
blera demain dans la Chambie de Comité, à dix heures du 
matin et fera rapport avec toute la dépêche convenable." 

Ordonné que M. James Cuthbert, M. le Juge de Bonne, 



43 

M. Caron, M. Craigie et M. Lees composent le dit Comité. 

Séance du 15 Mars 1803 p. 209. 

" Sur motion de M. James Cuthbert, secondé par M. 

^aron : 

" Résolu, que deux membres soient ajoutés au Comité 

auquel a été référé le Bill pour lever tous doutes concernant 
l'esclavage dans cette Province, et pour d'autres objets." 

" Ordonné, que M. Huot et M. Raymond soient ajoutés 
au dit Comité. 

12. Il faut maintenant se reporter en arrière, et voir quel- 
les ont été les décisions des cours de justices. 

COURT OF COMMON PLEAS, MONTREAL, 

Tuesday the 18th March 1788. 

Présent : The Hon. Hertel de Rouville, ) „ 

Edward Southouse, ) ^ 

Rossiter Hoyle Atty., ] The Plaintif!' having in 

to the Trustées of Mary Jacobs, j and by his déclaration de- 
vs. )■ manded of the Défendant 

Donald Fisher, and Elizabeth j the sum of £100, currency, 
his wife. j damages, or that the De- 

fendants do deliver up to îhe PlaintifF two negro wenches 
the oue named Silvia Jane, the other Ruth Jane, whicli said 
negro wenches the Défendant, for and in considération of 
the sum of £50 to them paid by Mary Jacobs, did on the 
4th of December 1785, by a deed passed before Gerbrans 
Beek, notary, sell and transfer to the said Mary Jacobs, to 
hold and possess during their natural lives. 

The Court having seen the original summons with the 
Sheriff's return duly certified, and having taken into consi- 
dération the default made by the Défendants, ou the lOth day 
of March instant, and the Défendants having been again 
duly called this day and not appearing in person nor by 
Attorney ; it is ordered that the Défendants do forthwith 
deliver the said negro wenches^ and on default thereof that 
the said Défendant be condemned to pay to the Plaintiff, in 
his quality aforesaid the sum of £50 with cost of suit. 



44 

Ï3. L'on trouve au greffe de Montréal, parmi les Records 
de la Cour des plaidoyers communs, celui d'une action in- 
tentée par John Mittberger contre Patrick Langan, en Juillet 
1788, pour le remboursement du prix d'un nègre que le De- 
mandeur avait acheté avec garantie du Défendeur, par acte 
sous seing privé fait à Montréal le 5 Décembre 1780 pour la 
somme de £60. 

Ce nègre était connu sous le nom de "Nero," Mr. Langan 
en avait garanti la possession à l'acheteur et s'était engagé 
à le défendre contre toutes réclamations quelconques. 

Après avoir relaté l'acte de vente, le Demandeur alléguait 
dans sa déclaration "that afler the said 5th day of December 
and before the 12th day of July 1781, the said negro man 
was taken and withheld from the Plaintiff by Allan Mc- 
Clean Esq., Brigadier General of His Majcsty's Forces, 
commanding at Montréal aforesaid as a prisoner of war and 
by the said Allan McClean confined and provisioned as 
such in the public Provot, until he made his escape entirely 
from the claim of the Plaintiff; and on the said 12th July, 
the Défendant having notice of the interruption of the Plain- 
tiffs' enjoyment of the said negro man by ihe said Allan 
McClean, did make and subscribe in his proper handwriting 
a certaid certificate purporting that the said negro man called 
Nero, was the property of one Gordon a Colonel then a pri- 
soner of war within the said province, captured by the Mo- 
hawk Indians, and by the Défendant sold on account of the 
said Indians. That notwithstanding such certificate the said 
negro man was detained from the Plaintiff until occasion 
offered for him to escape to the said Colonel Gordon whose 
property he was acknowledged to be, and with whom he 
now lives and remains without any possibility to the Plain- 
tiff of recovering him. 

Le Demandeur, concluant en conséquence au rembourse- 
ment de la dite somme de £60 et à £25 4 de dommages et 
les dépens. 



La défence du Défendeur fut , " tliat true it is that as 
agent for and on behalf of the Mohawk Indians he did bar- 
gain and sell to the Plaintiif a certain negro man that had 
been captured by the said Indians on an expédition to the 
Enemy's frontiers, and did deliver possession of the said 
negro to the PlaintifF, who thereby became legally possessed 
of him, that the Défendant is by no means liable for the op- 
pressive act of Brigadier General McCIean or of any other 
person ; tke law was open to the Plaintiff, and he ought and 
should hâve taken his recourse for the recovery of his proper- 
ty which he has lost by his avowed lashes ; that the Plain- 
tiff never considered the Défendant liable to him for the pur- 
chase money of the said negro, othervvise he would not hâve 
suffered seven years to pass without compelling the Défen- 
dant to the payment of the same." Par le Jugement rendu 
le 90 Janvier 1789, " It is ordered and adjudged that the 
Plaintiff do recover of the Défendant the sum of £60 cur- 
rent money,being the principal sum paid by him to the De- 
fendant for the negro mentioned in his déclaration, with 
interest on the said sum from the 4th day of July last (1788) 
until actual payment and costs of suit." 

N. B. Il faut voir la^déposition du capt. Munro, et celle 
de Isaac Hill, chef Mohawh, elles sont rapportées ci-dessus • 
les originaux sont entre les mains de l'hon. James Leslie 
gendre de M. Langan, ainsi que l'acte de vente du 5 Dec. 
1780. Le certificat du 12 Juillet 1781, était encore dans le 
record, lorsque j'en ai fait l'examen le 9 avril 1853. 

IN THE COURT OF COMMON PLEAS. 

Saturday lOth January 1789, 

"Présent the Hon. John Fraser^ H. de Rouville, Esqrs. 

John Mittleberger, ^ Simon Clarke- of Montréal, tavern 

vs. V keeper, examined on trial of this cau«;e 

Patrick Langan. ) by M. Powell of Counsel for the Plain- 

tif, after being sworn deposcth and saith ; that he has been 

an Indian Interpréter sincc the year one thousand sevcn 

4 



46 

hundred and sevenly five, but iliat lie ne ver was sworn : 
that he saw the negro in question, who was sold to the 
Défendant for a few days at Colonel Claus's in Montréal. 
That he docs not know whether the Plaintiff bought the said 
negro of Isaac Ilill-the Indian chief or any othcr savage and 
paid any money for him : an exhibit marked (A) filed by 
M. Walker of Counscl for the Défendant being shewn to 
Depont.; he says that the signature thercto " James Clarke," 
is in his hand writting ; that he does not know from bis 
own Personal knowledge, that the reason assigned în the 
said exhibit of not taking an oath is a custom among the 
Indians but that the said chief told him so at the time. Does 
not know that an Indian ever took an oath. That the said 
exhibit was signed some time in October last. Has heard 
that the said negro was in the Provot for running away from 
the Plaintiff, but never saw him there. That he never heard 
that said negro was detained there by order of the Com- 
manding Officer. (Signed on the minutes,) Simon Clarke. 

William Wallace of Montréal, shoemaker sworn to give 
évidence in this cause deposeth and saith : that he knows 
Colonel Gordon of Bolston of County, in the state of New- 
York, or in the United States that he knows the negro in 
question, whose name is Nero that he saw both said persons 
on the ninth day of October last at said Gordon's house at 
Bolston where said negro was Gordon's servant. That said 
Gordon told this depont., that said negro was his property 
and that he came back to his service upon being discharged 
from the Provot of Montréal by Brigadier PrIcLean his com- 
manding Officer, and that the said negro himself told this 
depont., that he had drawn provision at Montréal as a pri- 
soner. His déposition being read to him, says it is the iruth 
and déclares that he cannot sign his name. 

"George Young, keeper of the common gaol of Montréal 
being sworn to give évidence in this cause deposeth and 
ïaith : that he was gaoler of Montréal in the month of June 



47 

one thousand seven hundred and eighly one, and that he had 
ordinary access to ail ihe prisoners in the common gaol and 
in the military Provot. Knows that M. Levi Willard was the 
acting Commissavy who issued provisions to the military 
prisoners, that he had seen the said Willard at Montréal 
about eighteen months ago, but that he has not been résident 
in the Province thèse three years. That this depont., was 
the person at that time who received ail servants or slaves 
committed to the prison upon complaint of their masters to 
■ the civil authority. That he never did receive the said negro 
upon such complaint, so far as he can recollect, or even had 
him in his custody, (Signed on the minutes,) Geo. Young. 
The évidence being closed it is crdered that the cause be 
put in délibération. 

Tuesday 20th January 1789. 
Présent the sanie. 
The Court having considered the pleadings, évidence and 
exhibits filed in this cause, and having fully heard the parties 
by their counsel it is ordered and adjudged that the Flaintiff 
do recover of the Défendant the sum of sixty pounds current 
money, being the principal sum paid by him to ihe Défen- 
dant for the negro mentioned in his déclaration, with interest 
on the said sum from the fourth day of Jnly last until actual 
payment and costs of suit. 

District de ) COUR DES PLAIDOYERS COMMUNS.. 
Montréal. ) Terme Supérieur. 

Jeudy le 3e Juillet 1788. 

Les Honorables Jean Fraser, ^ . ^ 

Hertel de Rouville, et > t ^^^^^^/^ 
Edward Southouse, ^ Juges presens. 

J. Poirée, ^ Entre Joseph Poirée comparant par M. 
& > Walker, son avocat Demandeur, d'une part, et 

J. Lagord. ) Jean Lagord, comparant, par Me. Ross, avocat 
DefFendeur d'autre part. Après que M. Walker pour le 
Demandeur a conclu par sa déclaration tendante pour les 
faisons y contenues aux fins de condamnation contre le 



48 

De/Tendeur au payement de la somme de quarante septiivrea 
dix chclins pour le prix d'un nègre libre que le deftendeur 
lui a vendu et pour dômagcs et Irais qui ont résulté de celte 
vente, avec intérêt et dépens. Me. Ross pour le dcflendeur 
a présenté un écrit de deffenses, par lequel il conclut pour 
les raisons y contenues à ce que le demandeur soit renvoyé 
de l'action avec dépens, d'autant que dans la vente du nègre 
en question il ne lui a données d'autre assurance que ce qui 
est exprimé en l'acte du 7 septembre dernier, que d'ailleurs 
les Commissaires n'avaient aucun droit, pouvoir n'y autho- 
rité de prendre connaissance, n'y déterminer aucuns droits 
de propriété, et que d'autant que le dit Lagord n'était point 
partie en la dite sentence qu'ils ont rendue, il ne peut en 
souffrir ni être affecté ; a quoy Me Walker a répliqué par 
son écrit que nonobstant toutes les raisons données par le 
Deffendeur, il doit être tenu à lui rembourser l'argent qui 
lui a payé pour le dit nègre, ensemble les frais et dommages 
qu'il a souffert par cette vente frauduleuse laquelle il n'avait 
aucun droit de faire pourquoy persiste en ses conclusions. 
Parties ouies vu les pièces produites par les parties et leurs 
debas respectifs et tout considéré la Cour condamne le Def- 
fendeur a payer au Demandeur la somme de trente sept 
livres dix chelins du cours actuel pour le prix du dit nègre 
et renvoyé le Demandeur au chef des domagcs, aux intérêts 
de la dite somme à compter du vingt novembre dernier jour 
da la demande jusques à l'actuel payment et aux dépens 
taxé a 

ATnnfl'in>i Scf . 



49 

PROVINCIAL COURT OF APPEAL. 

FriJay 19th July 1793. 
Présent ; 
Ilis Ex. Alured Clarke, Esq : Lieut. Governor Président, 

The honble Mr. Cliief Justice Smith, 
Mr. FiNLAY, Mr. Baby and Mr. DeLongueuil, 

Peter McFarlane, Appellant ^ Judgment in appeal. 

and > 

Jacob Smith, Respondent. ) The debates on this appeal, 
went to points not raised by the case as it stands upon the 
aposlils. 

The Respondent was Plaintiff" in the Common Pleas, in 
an action of trespass for taking away his wife, and her 
cloaths of the value of £50, and detaining both from hira to 
his damage £2000. 

The defence admits the fact in charge, but justifies it as 
iawfull, avering the PlaintifF's wife to be the Defendant's 
slave, and the cloaths to be his property. 

Such being the pleadings, it lay upon the Défendant to 
prove his property in the Plaintiff's wife ; and that failing, 
nothing'remained but to liquidate the dam.ages due to the 
Plaintiff. The sentence below gives damages to £100. 

The merits of the appeal therefore, must turn upon the 
questions, 

1. Whether the Défendant supportcd his plea, and if not, 

2. Whether the damages were adjusted and ascertained 
in due form of law. 

Both parties failed, and the conséquence is, that llie pro- 
ceedings must go back on a reversai of the sentence for more 
ample and regular discussion. 

The record does not fumish proof of the property alledgcd 
to be in the Défendant as the justification of the trespass 
charged. The papcrs filed by the Défendant as exhibits 
avail nothing because they want auxiliary évidence to con- 
stitute .the proof of the points for which they are offorf^d 



50 

If ihe damages therefore are rightly adjudged, lliere \va» 
no ground for the appeal. 

There is no weiglit in the objection madc to the déclara- 
tion as a double demand for taking and detaining the goods 
or cloaths as well as the wife. The law of the conntry, as 
it stands upon the ordinance of 1785, dispenses with forma- 
lity in the déclarations, and allows at the outset of a cause 
of the joinder of différent demands. In the progress of it, the 
parties are to pursue, and the Court to instruct, what the 
law requires, for the légal décision of any point essential to 
the controversy. 

Nor is there any foundation for the objection to the action, 
for not making the wife one of the parties Plaintiff, the Cou- 
tume de Paris excluding the husband's right to sue alone 
without the wife's consent, only in causes tending to an 
aliénation of the rights of the wife ; and making it his duly 
to bring actions moveable and possessory, wilhout her, for 
the préservation of her inheritance and propres ; the husband 
being the wife's seigneur for her protection and benefit, and 
exposée! by the neglect of it, to be adjudged unwortliy of his 
trust, and of the right to cohabit with her, or in other words, 
giving to her, the right to sue for a séparation. 

But there was nevertheless great error in the sequcl, and 
too gross a departure from the law in practice and principle, 
to justify a confirmation of the sentence pronounced. 

The Common Pleas bench appear to hâve supposed what 
was impossible, that there was, and was not, before them an 
issue to be tried. 

If there was none, the settlement of the damages was the 
province of the Judges, wilhout a Jury — a jury trial obtain- 
ing only upon issue raised by the Provincial Ordinance of 
1785, the adjustement of the damages therefore by an inquest 
was not maintainable ; even if the jurors should be taken for 
the Experts allowable by the Frcnch law ; for in such case, 
îhe proceedings of the Experts are opcn to the discussion, 



61 



attendant upon the homologation of the report ; but as ihis 
cause was managed, the Court of Appeals has no knowledge 
of what was in évidence to the Jury ; nor therefore can say 
whethe^the sentence of confirmation stood upon good and 
pertinent proofs or not. 

If it were possible to confirm the sentence, an issue must 
be found in the pleadings, but of that opinion, the Court 
below was not, by their over-ruling the first plea of the De- 
fendant, and ordering him to plead de novo to the ments ;- 
taking his first defence for the exception declinatoire or dila- 
toire of the French law-most certainly it was neither, but 
a perfect bar of the action, if supported by proof relevant of 
the point that the Plaintiff had a wife, whose services and 
cloaths were the right and property of the Défendant. The 
Court should hâve decreed so, by an interlocutory for a iair 
enquête, but did not. Il decreed the reverse. 

The bar and bench appear to hâve seen ail in a cloud ot 
error, thro' the whole progress of the cause ; which is conso- 
nant, neither to the French nor English Law, nor to that 
patch work of jurisprudence, which it was the object of the 
ordinance of 1785 to introduce and establish. _ 

No costs therefore can be given to either party in appeal 
and the decree of the Court must give the parties a better 
full and fair investigation, and be this, 

The parties by their Counsel being fully heard ; it is by 
the considération ofthis Court adjudged, that the sentence 
of the Common Pleas be reversed, without costs to either 
party and that the proceedings be remitted for such further 
course below as law and justice may require." 

En 1797, fut passé l'Acte Impérial, ch. 119, auquel il est 
fait allusion dans la requête de certains citoyens de Montréal, 
présentée en l'année 1800, et ci-dessus rapportée. Il est 
intitulé. " An act to repeal so much of an act, made m the 
fifth year of the Reign of His late Majesty King George the 
Second, intituled, an act for the more easy recovery of debt 



Jii Ilis Majesty's Plantations and Colonies in America, as 
makes Negroes chatels for the payaient of debts." Le nouvel 
acte lut sanctionné le 19 Juillet 1797. 

Après avoir rapporté la disposition ci-dessus eitée de 
l'acte abrogé, il statue " that so much of the said in jiart 
recited act, as relates to Negroes in His Majesty's Planta- 
tions, is hereby repealed, and made void, and shall be of no 
elfect in future ; any thing in the above act or any other act 
to the contrary thereof in any wise notwithstanding." 

Voici des notes sur une cause commencée en 1798. 
Jervis George Turner and Mary Blaney, his wife, duly 

separated from her said husband, Plaintiffs, 

V8 

Thomas John Sullivan, Défendant. 

Action intentée en 1708, sous No. *52, dans la Cour du 
Banc du Roi du District de Montréal, et jugée le 18 Dé- 
cembre 1799. 

FAITS 

Par acte passé à Montréal le 25 Août 1797, devant Mtre 
Gray et son confrère Notaires, les Demandeurs reconnaissent 
" to hâve bargained, sold, assigned, transfcred and made 
" over, &c., to the Défendant " accepting thereof for himself, 
" his heirs and assigns, a certain Negro-man named Manuel 
*' of or about the âge of 33 years, for and during his natural 
" life." 

Prix £36 0. 

Le même jour, et devant les mômes Notaires, est passé 
im autre acte intitulé " Articles of servitude betwecn a negro- 
" man named Manuel and Thomas J. Sullivan." Il y est 
dit que Manuel " of his own free and voluntary will " s'en- 
gage comme " servant " au dit Sullivan pour l'espace de 
cinq ans à compter de la date de l'acte ; et Sullivan s'oblige 
de le loger, vêtir et nourrir jx-ndant ce temps. 

L'acte contient de plus la clause suivante : " Whcrcas the 
*' .said Thomas J. Sullivan has purehased the said Negro- 



53 

*' man, named Manuel, of and from J. G. Turner and hîs 
" wifc, by deed of sale bearing even date witli thèse pre- 
" sents ; in considération whereof and of tlic premises it is 
" furtlier agreed by and between the said parties to thèse 
" présents, that provided the said Negro-man named Ma- 
" nuel shall truly and faithfully do and perform the coven- 
" ants and clauses hereinbefore reserved and contained, ihe 
" said Ths. J. Sullivan doth hereby and for himself, his heirs 
" and assigns, covenant, promise and agrée, at the expira- 
" tion of the aforesaid term of five years to emancipate and 
" set at liberty by due form of law his said servant Manuel, 
" otherwise he is to be considered and to remain the property 
" of him the said Ths. J. Sullivan, his heirs and assigns, the 
" same to ail intents and purposes as if this agreement had 
" ne ver been made." 

L'action était portée pour le paiement de £30 15 2 ba- 
lance du prix de vente de ce Nègre, et les deux actes ci_ 
dessus sont relatés dans la " Déclaration." 

Le Défendeur plaida " that the sale was null and void in 
law, in as much as the said Negro-man was not at the period 
of said sale and transfer a slave of the Plaintiffs to authorize 
or empower them to dispose of the term of his natural life 
to the Défendant, whereby the PlaintifFs did impose upon 
and deceive the Défendant, and under such deceit and im- 
position and by error did obtain from the Défendant at diffé- 
rent times on account of the purchase of the said Negro-man 
£18, and the said Manuel, not being a slave of the PlaintifFs 
as aforesaid, did, on or about the Ist day of March last at 
Montréal, abscond from the Defendant's service, and has re- 
fused to returned, whereof the PlaintifFs had then notice ; and 
which said Manuel has since been and now is in the city of 
Montréal." 

Puis Sullivan fait une demande incidente pour le rem- 
boursement des £18 qu'il avait payés. 

Dans leur réplique, les Demandeurs soutiennent la vali- 



54 

dite des deux actes ci-dessus, " havin^ had ihe right lo disr 
" pose of tlieir title to the service of the said Manuel daring 
" the lerm in the said acts mentioned, having acquired the 
" said title from the late John Turncr in his life time by act 

5 the said John Turner having 
*' acquired the same title from Allen 

" who " 

Le 6 Oct. 1798, une Intervention faite au nom de " Ma- 
" nuel Allen a black man, of the city of Montréal, labourer" 
who " repre!«ents tliat the point in issue between the said 
parties Plaintiffs and Défendant in this suit raised on a con- 
Iract between them, whereby the said Pltffs did covenant 
with the said Défendant to seîl him the said Manuel Allen 
as a slave to the said Défendant, whereas he doth aver that 
hy the laws ofihis land he is not a slave but afreeman, and 
that they the said Pltffs had no right or power to enter into 
a covenant for selling him ; and altho' true it is that he the 
said Manuel, did on his part covenant to serve the said De- 
fendant five years in considération that he should be free at 
the expiration of the said term, yet he saith he ought not to be 
bound to perform the said covenant, the same being wholly 
nuU and void having been entered into by him under an 
erreur de fait in the supposition of his being a slave and 
being as to him tlic said Manuel a nudum factum obligatory 
on his part without any rcturn or considération to be made 
him by the other contracting parties, for which reason and 
because the final détermination of this suit may be injurions 
to him as a free subject of Ilis Majesty, he hurably prays 
that he may be permitted to intervene in the cause to défend 
his righls and that so far as regards him the said Manuel, 
that the said decds, acts of covenant mentioned in the décla- 
ration of the said Plaintiffs may be declared by tiiis Hono- 
raôle Court null and void in the same way as if the same 
had never been passed or entered into." 
Les Demandeurs contestent l'Intervention. 



55 

Le lémoin Francis Millan dépose que " llie said Manuel 
left Sullivan's service and told déponent lie had abseonded 
because he was a freeman." 

Le témoin Margery Campbell dépose " that the said Ma- 
nuel run away from the Defendant's service on a sunday 
evening in month of March last, alledging as a reason of so 
doing that other Biacks were free and that he wantcd to be 
free also." 

Voici le Jugement qui fut rendu dans cette cause le 18 
Février 1794. 

" The Court having lieard the parties by their respective 
Counsel, as well upon the principal as incidental demand, 
and duly considered the évidence of record ; and in as much 
as the Plaintiffs hâve shewn no title or right to transfer and 
sell the property claimed in Manuel, a Negro-man, to the 
Défendant, and that the Défendant is not in possession of 
the said Manuel so covenanted to be sold, nor can the 
Défendant upon the évidence adduced sustain a right to the 
same ; It is considered that the Plaintiffs be dismissed of 
their action and demand with costs to the Défendant, and in 
as much as it appears that Mary Blaney, one of the Plaintiffs, 
was duly separated from her husband, and then after had 
taken and received from the Défendant Thomas John Sulli- 
van the sum of eighteen pounds in part payment for the sale 
of the said Manuel, and whom she had nought to sell, and 
that the Défendant had not been legally maintained in a 
property so undertaken to be tranfered and conveyed, it is 
. further considered that the said Mary Blaney do pay to the 
said T. J. Sullivan, the incidental Plaintiff in this cause the 
sum of £18 with costs upon the incidental demand ; and the 
intervention of the said Manuel Allen is dismissed, each 
party to pay their own costs. 

N. B. — J'ai examiné ce recorder en Février 1853, j'y ai 
trouvé dûement certifiées copies de la Commission de l'In- 
tendant Raudot, et de son ordonnance du 13 Avril 1709 con- 



56 

cernant les esclaves ; ce qui prouve que les Juges en prirent 
connaissance avant de rendre leur Jugement. Ces docu- 
ments ont depuis été imprimés. Voir le 2d vol. des Edits 
et Ord : Royaux, in 4o. 

DoMiNus Rex, ) 

vs > 

Robin alias Robert, ) 

MONTREAL, KING'S BENCH, 

February Term 1800. 

M. Perry on the part of Robin alias Robert a black on the 
thirty first day of Januaiy in the présent year of Our Lord 
one thousand eight hundred unlawfully arrested and taken 
and forthwith unlawfully committed to the common goal 
and house of correction of the City of Montréal on a charge 
that he being a slave had absented himself from the house 
of James Fraser of the current of Saint Mary near the said 
City of Montréal in a w^arrant granted on the same day and 
year by Charles Blake, James Dunlop and Robert Jones 
Esquircs three of the justices of Our Lord the King assigned 
to keep the Peace within the said district the said Robin 
alias Robert was so arrested and taken and committed and 
is now unlawfully detained in the said common gaol and 
house of correction — stiled the owner master and proprietor 
of him the said Robin alias Robert, wilhout having obtained 
the leave or permission and against the consent of the said 
James Fraser — doth move this Honorable Court tl)at this 
Honorable Court bc plcased to award him the said Robin 
alias Robert His Majesty's remédiai writ of Habeas Corpus 
directed to the said keeper of the said common gaol and 
house of correction at Montréal aforesaid commanding him 
to hâve the body of the said Robin alias Robert by whatcver 
name he may bc called togcthcr wilh the day and cause of 
his caption and détention before this Honorable Court imme- 
diately on the rccript of the said writ to do and reccivc what 



b1 

this Honorable Court shall tlien and there consider concem- 
ing him in this belialf. 

4th May 1799 (signed) A. Perry, Advocate. 
(Endorsed) Filed 4 Feb 1800 (signed) J. Reid. 

Granted. 
Montréal, 

To the Honorable James Monk Chief Justice of the Court 
of King's Bench for the district of Montréal — and the Hono- 
rable Pierre Louis Panet and Isaac Ogden, Justices of the 
same Court. 

The Mémorial and request of Robin alias Robert a black 
most humbly sheweth. 

That your Memorialist on the thirty first day of January 
in the présent year of Our Lord one thousand eight hundred 
was arrested and taken under a warrant granted on the same 
day and year by Charles Blake James Dunlop and Robert 
Jones Esquires three of the Justices of Our Lord the King 
assigned to keep the peace within the said district and was 
forthwith under the said warrant and under another warrant 
granted on the same day and year by James Dunlop Esquire, 
one of the said Justices committed to the common gaol of 
the city of Montréal on a charge that he being a slave had 
absented himself from the house of James Fraser of the cur- 
rent of Saint Mary near the said city of Montréal iu the said 
warrant stiled the owner master and proprietor of him the 
said Robin alias Robert without having obtained the leave 
or permission and against the consent of the said James 
Fraser — Ail which will more fully appear by view of copies 
of the said warrants duly certified and annexed to the présent 
mémorial. 

That Your Mémorial doth most humbly pray that Your 
Plonors will be pleased to award him his Majesty's remédiai 
writ of Habeas Corpus directed to the said keeper of the 
said common gaol at Montréal commanding him to hâve the 
body of the said Robin alias Robert by whalevcr name lie 



may be called togelhor witli tlic day and cause of liis caplion 
and détention bcfove Vonr lîonors at sucli place as Your 
Ilonors shall appoint immediateJy on the rcceipt of ihe said 
writ to do and receive what Your Honors shall then and 
there consider concerning liim in ihis behalf and to havc 
there the said wiit. 

And Your Memorialist as in duty bound wjll evcr pray, 
•&c. 

3rd February 1800. 

Let a writ of Ilabeas Corpus 
cum causa detentionis issue 
as praycd. 
Montréal 3d February 1800. 

Annexed to the foregoing. 

District of Montréal, 

Charles Elake, James Dunlop and Robert Jones, Esquires, 
three of the Justices of Our Lord the King assigned to keep 
the peace within the said district. 

To George Sairy constable in the said district and to the 
keeper of the common Goal and house of correction at Mon- 
tréal in the said district. 

Thèse are to command you the said constable in bis Ma- 
jesty's name forthwith to convey and deliver into the custody 
of the said keeper of the said common Goal and house of 
correction the body of Robin a Nogro-man and slave charged 
before us with having absented himself from the house of 
James Fraser of the current of Saint Mary near the said city 
of Montréal fhe ouTier master and proprietor of iiim the said 
Robin without having obtained the Icave or permission and 
against the consent of the said James Fraser his master. And 
you the said keeper arc hereby required to reçoive the said 
Robin into your custody in the said common goal and house 
of correction at Montréal and him there safely keep 4ill he 
be thence delivered by the due order of the Law. 

Given under our hands and seals this thirty first day of 



59 

January in ihe fortieth year of the reign cl" liis Majesty King 
George the ihird. 

(Signcd) Charles Blake, J. P. [L. S.] 
Robert Jones, J. P. [L. S.] 
James Dunlop, J. P. [L. S.] 

James Dunlop Esquire, one of lus Majesty's justices of the 
peace — to Jacob Kuhn keeper of his Majesty's Jaii and house 
of correction. 

You are hereby authorized and required to receive into the 
prison or honse of correction a negro-man named Robert, 
who refuses to go home to his owner and him safely to keep 
till he may be discharged or otherwise dealt with according 
to law. 

Given under my hand and seal the thirty first day of Ja- 
nuary 1800. 

(Signed) James Dunlop, J. P. [L. S.] 

Montréal, 

I Edward William Gray, Esquire, SherifF of the district of 
Montréal in his INIajesty's province of Lower Canada do cer- 
tify that the foregoing are true and literal copies of the war- 
rants of commitment and détention by virtue of which the 
said Robin alias Robert hath been taken and committed and 
is now detained in the eommon gaol of the said district, and 
that the said Robin alias Robert hath not been taken and 
committed and is not now detained for any other cause or 
by virtue of any other warrant or warrants whatever. 

Given under my hand and seal of office at Montréal in the 
said district the third of February in the year of Our Lord 
one thousand eight hundred and in the reign of his Majesty 
King George the third the fortieth. 

(Signed) Edwd. Wm. Gray, Shexiff. 
(Endorsed) 

Banco Régis. Montréal February 1800. 

Pétition of Robin alias Robert, a Black man. 

Filed 4 Feb. 1800, (signed) J. Reid. 



60 

District of Montréal, 

TO WIT. 

James Fraser of tho cnrrcnt of Saint Mary ncar tlic city of 
Montréal farmer maketli oath and sayeth that from and since 
thc tenlh day of July one thoiisand seven hundred and se- 
venty tlirce this déponent hath been the triie master, owner 
and proprietor of a negro-man called Robin, and that on or 
about 'he nineteenth day of March last the said Robin the 
slave of this déponent absenled himsclf from Ihc house and 
service of this déponent without having obtained permission 
or leave of this déponent, and the déponent verily and in his 
conscience believes that the said Robin now résides in the 
house of one Richard Uillon of this cily tavern kecper against 
îhe consent of this déponent, and ail this is truth as the dé- 
ponent shall answer to God. 

(Signed) James Fraser. 

Sworn before me this twenty eighth day of January in the 
yearof Our Lord 1800. 

(Signed) Chas. Blake J. P. 

(Endorsed) 

Affidavit of James Fraser 1800. 

Filed,3Feb 1800. J. Retd. 

District of Montréal, 

KLN'G'S BENCII, 

February Term 1800. 
The King ) 

vs [ TO WIT. 

Robin. ) 

The Honorable Tsaac Ogden Esquiro one of the justices of 
this Honorable Court maketh oath and sayeth that on or 
about the mont h of Scptember in the year of Our Lord one 
thousand scvon hnndred and eighty throe one William Wal- 
ton was Magistrale of Police in and for îhe cify of New-York 
then under the Oovernment of His Majesty, in the United 
States of America, and that hc this dr-ponenf hath sccn tho 
suid ^Villiam Wulton writc and verily and in his conscience 



61 

believes that the name of " Wm. Wallon " in the pass ad- 
joined to this atfidavit is in the proper handwriting of liini 
ihe said William Walton, and ail this is truth as this dépo- 
nent shall answer to God. 

(Signed) J, Ogde:^. 

Sworn before me this twelfth day of Feb. 1800. 

(Signed) J. Monk, Ch. Just. 
(Endorsed) 

KING'S BEXCH, 
The King ^ February Term 1800. 

vs > 
Robin ) Affidavit of Mr. Justice Ogden. 
Filed 13 Feb. 1800. 

J. Reid. 
(Annexed to the above affidavit is a document purporting 
as fellows :) 

Permission is hereby given to Robin and Lydia two blacks 
to pass with their Master James Fraser to Nova Scotia he 
iiaving made it appear before me that they are his property. 
Given under my hand in the cily of New- York, the 19th day 
of September in the twenty third year of His Majesty Reigrij 

1783. 

(Signed) Wm. Waltox, 

Mage, of Police. 
TO ALL WHOM IT MAY CONCERN. 



Note. — The words then under the Government of His 
Majesty in ihe atïidavit of Mr. Justice Ogden, appear in thu 
margin of the original and are not paraphai, nor is ihe 
marginal note mentioned any wherc. 

The words " James Fraser " are interlined in the Pass. 
District of Montréal, 

KING'S BENCH, FEBRUARY TERM 1800. 
The King ^ 

vs [ TO WIT. 

Robin ) 

William Hewitt journeyman to William Logan of Mon- 



G2 

ireal Master Baker makclh oalli and sayelh ihal on or about 
tlie ninili of" Seplombcr in llic yoar of Oiir Lord one tliousand 
.scvei) liundrcd and cighty four lie ihis déponent came in llie 
Name vessol from Sliellbournc in Nova Scotia to the Island 
of St. .lolins with James Fraser now residin,*^ near tlio said 
•Mty of Montréal :ind that ihc said James Fraser was accom- 
panied by a Negro Boy called Robin who was alwise eonsi- 
dered as ibe property of biiii the said James Fraser and did 
acknowledge bimself to be sneh lo the déponent. And ihat 
he this déponent bas seen the said Rol^in at dillorent tinirs 
since the arrivai of ihc said James Fraser iiT this provincr 
and that the Défendant in this eausc^ is the same identical 
Negro-man that went from Slielbourne to St. Johns with this 
déponent and wlio alwise acknowledged liimsclftobe thr 
property of him tlie said James Fraser, and ail this is truth 
as lie sliall answer lo God. 

(Signed) WiLi,iAM IIkwitt. 

Sworn bcfore me ihis elev(;nl]i day of Fcbniary in the 
year of Onr Lord ISOO. 

(Signod) J. OoDEN, J. K. B. 

(Endorsed) 

KING'S BEXni, FEB. TERM 1800. 

113 
The Kinc "i Afiidavil of M. W'm. Ifcwitt. 
vs [ Filed 13 Feb IbOO. 

Robin ) (Signed) J. REin. 

PROCKEDIXCÎS BEFORE TIIE COURT. 

fn Jîcgistcrs. 

Tuesday 4tli Fcbruary 1800. 

C TiiK Cmikk JisrrcE, 

Présent : • Mu. .Iistue Panet, 

r Mr. J.stice Ogde.v. 

On the Mémorial and J Mr. Perry moves f<»r a writ of 
P(!tili((n of Rol)in,a/ja.9 , Habca.s Corpus, direcled lo thr 
Robert a Blacknian. ) ke(|)cr of iIk; Cornirion (îaol of the 
di.strict to bring iip bofore thi^ Court the bodv of one F{obin. 



63 

alias Robin (sic) a Blackman — logetlier witii tlie oanse of 
liis caption and détention. Ordered that a writ of Habeas 
ï'or]3us do issue as prayed returnable in Court. 
Monday lOth February 1800. 
Présent — The same Judges. 

DoMiNcs Rex ) On Habeas Corpus to bring tlie body of 

vs > one Robin alias Robert a Blackman. 

James Fraser ) The Gaoler made his return to the writ 
and brought up the body. 

M. Perry on the part of the prisoniier shewed cause wliy 
he ought not to be detained in Gaol. 

Mr. Kerr on the part of the Défendant replied — ordered 
that the furlher hearing stand over to 

Thursday 13 February 1800- 
Présent — The same Judges. 

DoMiNus Rex ^ The Court having heard M. Perry of 

vs > Counsel for the Défendant and Mr. 

RoBix A Blackman ) Reid on behalf of James Fraser, it is 
ordered that the cause be put under consuhation. 
Tuesday 18th February 1800. 

Présent — The same Judges. 

On Habeas Cor]:)US. The Court 
havinw heard Mr. Kerr of Counsel for 
James Frazer, clajmmg property tt- 
Robin, alias Robert a Blackman, now 
oonlined under a warrant annexed to the writ of Habeas 
Corpus, and Mr. Perry on the part of the said Robin, «//o* 
Robert and having seen the affidavits produced by the said 
James Frasen 

It is considered tliat the said Robin, alias Robert be di>:- 
charged from his confinement under the said warrant. 

Si l'Acte Impérial de 1797 a eu l'eflet d'abolir l'esclavage, 
il a du avoir cet eftct dans toutes les plantations de Sa Ma- 
jesté.. Cependant tel n'a pas été le cas. L'esclavage nii 
été abolie que par l'Acte de 1833, ch. 73. 



DoMiNus Rex 

vs 
Robin alias Robert 
A Blackman. 



A.DDEISroA 



A L'ARTICLE SUR L'ESCLAVAGE. 



Aux documents tirés des archives françaises on peut ajou- 
ter encore les suivants : 

lo. Déclaration du Roi au sujet des tuteurs et de l'admi- 
nistration des biens des mineurs en Amérique, du 15 Dec. 
1721, enregistrée au Greffe du Conseil Supérieur de Qué- 
bec, le 5 Octobte 1722, art. IV : 

" Les Mineurs quoiqu'émancipés ne pourront disposer 
" des nègres qui servent à exploiter leurs habitations, jusqu'à 
" ce qu'ils aient atteint l'âge de vingt-cinq ans accomplis, 
" sans néanmoins que les dits nègres cessent d'être réputé» 
" meubles par rapport à tous autres effets." 

2o. La même disposition est reproduite dans la Déclara- 
tion du Roi, du 1er Oct. 1741, enregistrée au greffe du Con- 
seil Supérieur de Québec, le 30 juillet 1742, art. VII. Il 
est par cette Déclaration enjoint aux " gens tenant notre 
'•' Conseil Supérieur de Québec que ces présentes ils aient 
" à faire lire, publier et enregistrer et le contenu en icelles 
" garder, observer et exécuter selon leur forme et teneur." 

3o. Elle est encore répétée dans - la Déclaration du Roi 
du 1er Fév. 1743, enregistrée au Greffe du Conseil Supé- 
rieur de Québec le 23 Sept. 1743, art. XI. 



^^ 



Jl£ES]MCOXX^£3SI 



ET 



DOCXJ]\d:El]SrT8 



HELATIFS A 



L.'HI8TOIR£ DU CAIVADA, 



PUBLIES PAR 



LA SOCIETE HISTORIQUE DE MONTREAL. 



®i 1L& w&mm&E SIS a^^s^sî. 



1. Les articles additionnels, (datés du 7 mai 1627) de la 
charte donnée à la Compagnie de la Nouvelle-France ou des 
Cent Associés, contiennent ce qui suit : 

Art. 21. Le Receveur rendra compte général par chacune 
année et enfin d'icelle " en présence du sieur Intendant des 
affaires du dit pays de la Nouvelle-France, &c." 

Art. 26. Le Cardinal de Richelieu sera supplié de don- 
ner V Intendance des affaires du dit pays de la Nouvelle- 
France et de la dite Compagnie au sieur de Lauson, " Con- 



66 

seiller du Roi en ses Conseils d'Etat et privé, Maître dec 
Requêtcs ordinaires de son Hôtel, et Trésidcnt au Grand 
Conseil." 

Art. 29. Les Associés seront tenus de s'assembler en la 
ville de Paris, le 15 Janvier de chaque année, en la maison 
du sieur Intendant. 

Art. 31. Les Directeurs et Administrateurs prêteront ser- 
ment es mains du dit sieur Intendant. 

Cette Intendance fut domiée à ce Monsieur de Lauson, 
qui s'appelait Jean de Lauson. 

2. Charlevoix : t. 1, p. 308," M. de Lauson, un des prin- 
cipaux membres de la Compagnie du Canada, fut nommé 
pour succéder à M. D'Aillebout (1650) dont les trois ans 
étaient expirés ; mais il n'arriva à Québec que l'année sui- 
vante.... Le nouveau Gouverneur avait toujours eu plus 
de part que personne aux affaires de la Compagnie. C'était 
lui principalement, qui avait ménagé en Angleterre la res- 
titution de Québec... Il avait toujours paru s'intéresser 
beaucoup à ce qui regardait le Canada." 

Ce n'est pas en 1650, comme le dit Charlevoix, mais 
bien en 1651, que M. de Lauson fut nommé Gouverneur. 
Ses Provisions sont datées du 17 Janvier 1651. Elle cons- 
tatent qu'il fut ainsi nommé sur la présentation qui fut faite 
au Roi de sa personne par la Compagnie de la Nouvelle- 
France. (Edits et Ordonnances, Ed. in-8o. t. 3, p. 16.) M. 
l'Abbé Ferland dit que M. de Lauson " s'était offert pour 
être Gouverneur de la Nouvelle-France, et que cette offre 
avait été acceptée par le Roi." 

3. Le nouveau Gouverneur arriva à Québec le 13 Octobre 
1651. (Journal des Jésuites, et /le/fl/ion* des mêmes pour 
cette même année, p. 1.) 

On lit, dans Vllistoire de VIIôtel-Dieu de Québec, p. 92 : 
" M. de Lauson vint en 1651 prendre possession du Gou- 
vernement. C'était un homme de qualité, très vertueux, 
'lui était Conseiller d'Etat, et qui avait été Intendant d^ 



67 

Guienne ; il emmena trois de ses fils qui, dans la suite, 
s'établirent dans ce pays. L'aine portait le nom de Mon- 
sieur son père. Il avait servi en France dans le régiment 
de Navarre, et dans celui de Picardie, et il était fort consi- 
déré de M. le Duc d'Espernon. On le fit Sénéchal ici. 
Mais il fut tué par les Iroquois en l'année Î660 et laissa 
deux filles qui ont été Religieuses aux Ursulines. Le se- 
cond s'appelait Lauson de Cliarni ; il épousa une fille de 
M. GifFard ; et le troisième que l'on nommait Lauson de la 
Citière se maria avec une demoiselle de Pau qui nous fut en- 
voyée de France par Madame la duchesse d'Aiguillon, en 
1655j pour être religieuse chez nous; elle avait beaucoup 
d'esprit et de piété, mais point du tout de vocation. Elle sévit 
bientôt veuve par un triste accident, car Monsieur son époux 
se noya le 4 (mai) de l'année 1659." Il y a dans ce passa- 
,ge quelques erreurs qui seront relevées dans le cours de cet 
-écrit. 

On lit dans le Journal des Jésuites, à la date du 13 Oct. 
1651 : " Le 11, arriva la flotte de 3 navires, le St. Joseph, 

"la Vierge, et un 3e, navire hollandais M. de Lauson 

mit pied à terre. Il alla droit au Fort, où, ayant présenté 
sa commission, on lui présenta les clefs, et entra dans le 
Fort. ... Le 18. . .M. le Gouverneur vint diner en notre ré- 
fectoire, M. Du Plessis, M. le Sénéchal et M. de la Sitière 
(Citière,) M. de Hautville, M. de Tilly, M. de Repentigny, 
M. Robineau, M. Dauteuil." 

Il n'y eut donc que deux fils de M. le Gouverneur, qui 
■ vinrent avec lui, M. le Sénéchal, et M. de la Citière. 
Quant à M. de Charny, il n'arriva à Québec que l'année 
suivante, ainsi que nous l'apprend- le Journal des Jésuites : 
" Le 23 (Juin 1652) arrive la chaloupe du premier navire 
venu de France, commandé par Mtre Jean Pointel, lequel 
oiavire échoua à l'Isle aux Coudres. ... Le 1er (Juillet 1652^ 



68 

arrivée de M. de Charny, et lo?5 hommes venus par ce pre- 
mier navire."(l) 

Nous voici donc en Canada avec le père et trois de ses 
fils. Il faut maintenant reprendre les choses d'un peu plus 
haut. 

4. M. de Lauson, père, longtemps avant de venir dans la 
Nouvelle-France, avait acquis l'Isle de Montréal. M. l'Abbé 
Faillon, dans son introduction à la vie de la Sœur Bourgcoys, 
dit, p. 35, en parlant dos Associés de la Compagnie de 
Notre-Dame de Montréal : " La première démarche qu'il? 
firent fut d'acquérir la propriété de l'Isle de Montréal. M. 
de Lauson, qui l'avait reçue de la Grande Compagnie du 
Canada, la leur céda, quoique contre ses intérêts et ses pre- 
mières intentions ; et cette cession fut confirmée bientôt par 
l'autorité du Monarque." 

" Il désirait, remarque M. l'Abbé Ferland, établir sa fa- 
mille en Canada, et il obtint à cet effet de vastes concessions, 
entre autres, la seigneurie de Lauson, l'Isle de Montréal 
qu'il céda, comme nous l'avons vu, et une étendue considé- 
rable de terrain sur la rive sud du lieuve en face de l'Isle de 
Montréal." 

Cette étendue considérable de terrain ne lui fut pas con- 
cédée à lui-même, mais il en fit faire la concession par la 
Compagnie de la Nouvelle-France, à un autre de ses fils, le 
15 Janvier 1635. L'acte de concession n'a encore pu être 
trouvé ; mais celui de mise en possession de cette seigneu- 
rie est transcrit dans les " Questions Seigneuriales," t. 1^ 
p. 81. Ce dernier acte constate la date de la concession, 
et que cette concession a été faite " au profit de François 

(!) On trouve, au Greffe de Montréal, uu acte de vente fait 
par Lambert Closse àCliarles d'Ailleboust, Sieur des Musceaux, 
Gouverneur de l'Islt de Montréal, " acceptant powr et au nom 
de Charles de Lauson, Escuycr, Sieur de Charny." Cet acte porte 
la date du 1er Juin 1G52, c'est-à-dire un mois avant l'arrivée d« 
M. de Charny à Québec. 



G9 

•de Lauson, Ecuyer, fils de Messire Jean de Lauson (on y 
écrit Lauzon) Chevalier, Conseiller du Roi en son Conseil 
d'Etat." Voici donc un autre fils du Gouverneur de Lauson, 
qui ne parait pas être venu en Canada. On donna à sa con- 
cession le nom de la Seigneurie de la Citière. Elle com- 
mençait à la Rivière St. François, sur le Lac St. Pierre, et 
s'étendait au-dessus du Sault St. Louis, en montant le dit 
Fleuve St. Laurent, La Seigneurie de Laprairie de la Mag- 
deleine, presque vis-à-vis Montréal, en faisait partie, de mê- 
me que l'Ile Ste. Hélène et l'Ile St. Paul. La Seigneurie 
de la Prairie de la Magdeleine fut concédée aux RR. PP. 
Jésuites, par " nous, François de Lauzon, Conseiller du Roi 
en sa Cour de Parlement de Bourdeaux. . . . Fait et concédé 
en notre Hostel, à Pam, le 1er jour d'Avril 1647." Dans 
un titre confirmatif de cette concession, dont il est fait men- 
tion dans les " Questions Seigneuriales," t. 1, p.p. 86 et 87, 
et qui doit avoir été donné postérieurement au 9 Févrit r 
1676, par l'Intendant Duchesneau, il est dit que la Seigneu- 
rie de la Citière était " d'une étendue de plus de soixante 
lieues de pays," et qae " la dite Seigneurie était de présent 
réunie au doin.ùae de Sa Majesté." (1) 

5. Le titre de concession de la Seigneurie de la Prairie 
de la Magdeleine, nous fait voir que le 1er Avril 1647, la 
Seigneurie de la Citière appartenait encore à M. François 
de Lauson, fils du Gouverneur. Il parait néanmoins que 
dans l'intervalle entre cette date et le 15 Octobre 1648, elle 
avait cessé de lui appartenir, et était devenue la propriété 
de son père. C'est ce qu'établit un acte de concession fait, 
à Paris, le 15 Octobre 1648, de deux cents ar^ients de terre 

(1) On voit, par un titre de concession dn 8 Juin 1672, qui se 
trouve au Greffe de Montréal, donné par le R. P. Frémin, que 
les Jésuites avaient été mis en possession de la Seigneurie de la 
Magdeleine, le 13 Juin 1649, par Monsieur d'Ailleboust, Gou- 
verneur et Lieutenant-Général pour le Roi en toute la Nouvclle- 
Trance. 



70 

dans la Seigneurie de Lauson. La miiinte de cet acte de 
concession se trouve dans Tétucle de feu Maître Becquet, 
Notaire, déposée à Québec. La concession est faite à Fran- 
çois Bissot, Sieur de la Rivière, par" Jean de Lauson, Con- 
seiller ordinaire du Roi en ses Conseils d'Etat et Privé, et 
Direction de ses finances. Seigneur de Lauson et de la Ci- 
Hère en la youvclle-Francey 

Une autre concession de même date, est faite, " dans no- 
tre terre de Lauson," par le même, prenant les mêmes qua 
lités que dans la première, à Guillaume Couture. Il y signe : 
" De Lauson.-' 

6. Venons maintenant à l'arrivée de M. le Gouverneur de 
Lauson à Québec, le 13 Octobre 1G51, avec deux de ses fils, 
c'est-à-dire Jean et Louis. Dès le 18 du même mois, M. 
de la Cititre dine au Réfectoire des RR. PP. Jésuites. C'é- 
tait Louis. Si c'était à raison de la seigneurie de la Citièrcs 
située en Canada, qu'il portait ce nom de la Citière, et non 
à raison d'une terre du môme nom, située en France, (et 
il y a tout lieu de le croire), il fallait que son père lui eût 
cédé la Citière du Canada, lui qui voulait établir ses enfants 
dans la Nouvelle-France. La même remarque s'applique» 
en ce qui concerne la seigneurie de Lauson, à M. le Séné- 
chal, qui portait le nom de son père, c'est-à-dire qui s'appe- 
lait Jean. Les actes dont suit la mention, et qui se trouvent 
tous à Québec, le prouvent. 

D'abord, quant à M. de la Citière, Louis de Lauson : 
lo. " Titres des Seigneuries" imprimés, p. 383, une con- 
cession est faite par " Jean de Lau.son, Conseiller ordinaire 
du Roi en ses Conseils d'Etat et Privé, Gouverneur et Lieu- 
tenant Général pour sa Majesté en la Nouvelle-France, éten- 
due du Fleuve St. Laurent," à " Louis de Lauson, Ecuier, 
Seigneur de la Citière et de Gaudarville". ..." Sur la cer- 
titude que nous avons," que le dit Louis de Lauson " aurait 
la volonté avec le temps de s'habituer en la Nouvelle-Fran- 
re, et de faire défricher et déserter, et ensuite habiter le plus 



71 

Ûe familles qui lui serait possible afin de loililier le pays 
contre ceux qui y voudraient entreprendre." Cette conces- 
sion, " donnée au Fort St. Louis de Québec," est du 8 Fé- 
vrier 1652, c'est-à-dire environ quatre mois après leur arri- 
vée en Canada. 

2o. " Titres des Seigneuries," imprimés, p. 384, autre 
concession faite par le même Gouverneur, d'un terrain ad- 
joignant la première concession du 8 Février, à " Louis de 
Lauson, Ecuier, Seigneur de la Ciiière et de Gaudarville," 
jugeant que le dit Louis de Lauson " se pourrait résoudre 
à la défense de ce poste, si on lui voulait accorder ce petit 
espace de terre et le joindre ensemble." Cette seconde con- 
cession, également donnée au Fort St. Louis de Québec, est 
du 15 Novembre 1653. 

3o. Le même jour, 15 Novembre 1653, " Jean, Seigneur 
de Lauson^ Chevalier, Grand Sénéchal de la Nouvelle-Fran- 
ce, et à tous ceux qui ces présentes verront,". . concède à 
" Louis de Lauson, Ecuier, Seigneur de la Ciiière et de 
Gaudarville". ... "en notre dite Seigneurie de Lauson." 
L'acte de cette concession se trouve au Greffe de Québec, 
il signe : " Delauson, Seneschal." 

4o. Le 26 Avril 1653, " Jean de Lauson, Conseiller Or- 
dinaire du Roi en son Conseil d'Etat, Gouverneur et Lieu- 
tenant Général pour Sa Majesté en la Nouvelle-France, en 
vertu du pouvoir à nous donné par la Compagnie de la Nou- 
velle-France," concède à Etienne DeMetz " d'un 

côté et d'autre, aux terres par nous concédées au Sieur de 
:la Ciiière^ 

5o. " Titres des Seigneuries," imprimés, p. 99. Dans le 
'titre nouvel, du 10 Juillet 1676, donné par l'Intendant Du- 
chesneau, concernant la Seigneurie de Longueuil, qui avait 
été obtenue en trois concessions distinctes, la première en 
date du 24 Septembre 1657, lequel -titre les réunit toutes en 
une seule, il est dit que cette première concession, qui était 
de 50 arpents de front sur cent de profondeur, avait été faite 



72 

par Je "Sieur Je Lauson de la Citière. Elle avait donc été 
faite après le départ dn Gouverneur de Lauson, puisqu'il 
avait déjà quitté la Nouvelle-France. L^ Histoire de PHôtet 
Dieu de Québec le fait partir en 1656, (p. ilO.) 

" Cette année (c'est-à-dire 1657), dit M. de Belmont) 
Histoire du Canada^ " M. de Charny commanda à la place 
de M. de Lauson, son père, et lui s'en étant allé, M. Dail- 
lebout reprit le gouvernement." (Voir, aussi. Journal des 
Jésuites, pour 1657.) D'après ce journal, M. de Charny se- 
rait parti pour la France, le 18 Sept. 1657, à bord du vais- 
seau du Capitaine Poulet, et le gouvernement intérimaire 
aurait été dévolu à M. D'Ailleboust, jusqu'à l'arrivée de M. 
D'Argeoson, successeur de M. de Lauson, c'est-à-dire jus- 
qu'au 11 Juillet 1658. (Voir le Journal des Jésuites, et la 
Relation des mêmes, pour cette même année 1658, p. 17.) 

7. Ainsi, jusqu'à cette année 1658, aucun des Lauson ne 
fut appelé de la Citière, si ce n'est Louis de Lauson, et je 
n'ai encore trouvé aucun acte dans lequel son père, Gou- 
verneur de la Nouvelle-France, ait pris le nom de la Citière, 
après son arrivée en Canada en 1651 ; d'où je conclus que 
la seigneurie de la Citière qui, en 1643, appartenait au père, 
était passée aux m.ains de son fils Louis, dès avant leur ar- 
rivée en Canada, ou du moins dans les cinq jours qui se 
sont écoulés du 13 Oet. 1651, date de cette arrivée, au 18 
du même mois que M. le Gouverneur alla diner avec son 
iils, M. de la Citière, chez les R. R. P. P. Jésuites. 

8- -Dans les Registres de Ja cure de Québec, à la date du 
5 Oct. 1655, se trouve l'acte de mariage de " Louis de 
Lauson de ia Citière, fils de Messire Jean de Lauson, Gou- 
verneur et Lieutenant-Général pour Sa Majesté en ce pays, 
et de défunte Dame Marie Gaudart, (c'est ainsi que j'ai pu 
lire le nom), avec Demoiselle Catherine Nau, fille de défunt 
Jacques Nau de Fossambault et Demoiselle Catherine Gran- 
ger." On a donné ce nom de " Fossambault" à une seigtieii- 
rie qui se trouve en arrière de celle de Gaudarvillr. 



"De ce mariage, étaient nés deux enfants qui furent ^^eule- 
iinent ondoyés, et qui, étant m^rts presqu'aussitôt, furent en- 
terrés, l'un le 31 Août 1G56, et l'autre le 8 Novembre 1658. 
Leur père, Mr Louis de Lauson de la Citière, perdit la vie 
en 1659. Voici ce qu'on lit, à ce sujet, dans le Journal des 
Jésuites : " 1659, Mai 5, versèrent dans un canot, retournant 
de l'Isle d'Orléans, par un gros vent du Nord-Est, M. de la 
Citière, Larchevesque et Hierosme." 

M. Louis de Lauson de la Citière est donc mort sans en- 
fants. Après sa mort, on voit que la seigneurie de la Citière^ 
située en Canada, devint la propriété de son frère aine Jean, 
le grand Sénéchal, qui était resté en ce pays. 

Maintenant, quant à ce M Jeq,n de Lauson, grand Séné- 
chal. 

lo. Dès le 6 Avril 1652, c'est-a-dire, six mois après son 
arrivée, on le voit, sous le nom de " Jean, Seigneur de Lau- 
son, chevalier, grand sénéchal de la Nouvelle-France," faire 
une concession dans la seigneurie de Lauson. L'acte de 
cette concession se trouve au Greffe de Québec. Il y signe : 
— " Jean de Lauson." Actes semblables de concession du 
20 A\Til et du 20 Juillet, du 20 Oct. du 11 Nov. 1652. A 
Pun des actes du 20 Juillet, il signe : — " J. de lauson." 
Le 15 Décembre de la même année 1652, il fait une conces- 
sion semblable à " Messire Charles de Lauson, chevalier, 
Seigneur de Charny, Grand Maître des Eaux et Forêts en 
la Nouvelle-France, de 8 arpents sur quarante, " situés en 
notre seigneurie de Lauson." Le 15 Nov. 1653, il fait à 
son frère "Louis de Lauson, Ecuyer, seigneur de la Citière 
et de Gaudarville," la concession dont il a déjà été parlé. 
Le 4 Mai 1654, semblable concession ; aussi le 29 Sept. 

1654 ; cette dernière concession est faite à " Paul de Cho- 
medey, Ecuyer, Sieur de Maisonneuve, Gouverneur de 
Montréal." Mêmes concessions sont faites, le 1er Février 

1655 à Antoine Martin, le 30 Mars à Jean Bourdon, Ecuyer, 
.Sieur de St. François, et le 20 Nov, à Jean Pré. Enfin, .le 



74 

29 Mui IG5S, concession par le même •' Jean de Lausoii., 
chevalier, grand sénéchal de la Nouvelle-France," érigeant 
en fief une concession, " en notre seigneurie de Lauson," 
en faveur de Jean Bourdon, Sieur de St. François, suivant 
le vexin le Français, et à la charge que les appels des Juges 
qui seront établis sur les lieux, ressortiront pardevant le 
Juge Provost de notre dite Seigneurie.-' Tous ces titres sont 
au greffe de Québec, et tous établissent que la seigneurie 
de Lauson était passée aux mains de M. le Sénéchal, Jean 
de Lauson. Cette seigneurie avait été originairement con- 
cédée à " Noble Homme, M. Simon LeMailre, conseiller du 
Roi, Receveur-Général des Décimes en Normandie," par 
la Compagnie de la Nouvelle-France. L'acte en fut passé 
a Paris " en l'IIôîcl de M. de Lauson, conseiller du Roi en 
ses conseils. Intendant de la dite compagnie, le 15 Juin 
1636," et au-dessous est écrit : " collationné à l'original 
étant en papier à moi présenté par Me. Jean, Seignevr de 
Lauson, chevalier, grand Sénéchal de ce pays de la Nou- 
velle-France, ce fait, à lui rendu par le Notaire Soussigné, 
le 28e jour d'Août 1658," signé Peuvret, nore. (Titres des 
seigneuries, p. 24.) 

9. Nous lisons, dans les Registres de la Cure de Québec, 
à la date du 24 Juin 1661 : " ont été enterrés ensemble dans 
l'Eglise, Messieurs Jean de Lauson, Sénéchal du Pays, 
Nicolas Couiliart dit Bellerive, âgé de vingt ans, fils de M. 
Guillaume Couiliart, ancien habitant de ce pays, et Ignace 
Sévestre dit DesRochers, âgé de 24 ans, lesqusls avaient 
été tués, le 22 du même mois, par les 'roquois." 

" Le môme jour et la même année, et en même temps, 
ont été enterrés dans le cimetière aussi ensemble, quatre 
hommes qui étaient avec les susdits, savoir. Elle Jacquet 
(lit Champagne, serviteur de Mlle de Repentigny, Jac(|nes 

Perroche, Toussaint , François , sénateurs de 

M. Couiliart." 

On voudra bien me permettre de citer ce que Charlevoix 
dit à ce sujet, t. 1, p. 348 : " M. de Lauson, Sénéchal de la 



75 

Ï^ouvelle-France, et fils du précédent Gouvernenr-Généraî, 
étant allé à l'Isle d'Orléans pour dégager son beau-frère, 
qui était investi dans sa maison, tomba dans une embusca- 
de. Les Iroquois, qui le connaissaient, et qui souhaitaient 
avec passion d'avoir un prisonnier de cette importance, le 
ménagèrent quelque temps, ne cherchant qu'à le lasser ; 
mais voyant qu'il leur tuait beaucoup de mcnle, ils tirèrent 
sur lui, et il tomba mort, avant qu'aucun eût osé l'appro 
cher." 

Le Journal des Jésuites rend compte de l'affaire comme 
suit : " Le 22 (Juin 1661), M. le Sénéchal étant parti un 
ou deux jours auparavant, avec 7 ou 8 autres, pour aller 
donner avis à M. de Lespiné, son beau-frère, qui était allé 
à la chasse quelques jours auparavant, du danger des Iro 
quois, le Nord-Est l'ayant empêché de passer outre, s'en 
alla s'engager dans la petite Rivière de René Maheu, où il 
fut tué avec tout son équipage par les Iroquois. Les corps 
en furent ramenés le 24." La Relation des Jésuites pour 
l'année 1661, pp. 4 et 5, contient un récit plus étendu de ce 
oombat. 

ît). Les * Titres des Seigneuries," nous font voir qu'après 
la mort de M. le Sénéchal, M. Jean de Lauson, son père^ 
" ci-devant Gouverneur et Lieutenant Général pour le Roi 
en ce pays," fit trois concessions dans l'étendue de la Sei- 
gneurie de la Citière. Il les fit comme étant le " tuteur, 
curateur et ayant la garde noble des enfants mineurs de dé- 
funt M. Jean de Lauson, Grand Sénéchal au dit pays, pro- 
priétaire delà dite Seigneurie de la Citière.''^ La première 
faite à Pierre Boucher, Ecuier, Sieur de GrosBois, est en 
date du 20 Avril 1662. (p. 81). Elle comprend la Seigneu- 
rie de St. François des Près, sur le Lac St. Pierre. La se- 
conde qui est celle de l'Isle St. Paul, presque vis-à-vis de 
Montréal, fut faite, à Paris, le 28 Janvier 1664, à Jacques 
LeBer, Claude Robutel, Sieur de St. André, et Jean de 
la- Vigne, (p. 124). La troisième est la concession de l'Ile 



Sic. Hélène et de l'Ilet Rond, vis-à-vis Montréal. Elle 
fut faite à Charles LeMoyne, Sieur de Longueuil, par le 
Sieur de Lauson Charny, " par billet de lui signé, en date 
du 30c Mai 16G4, aux charges qu'il plairait au Sieur de 
Lauson y apposer, ensuite de quoi le dit Sieur de Lauson j 
comme tuteur et ayant la garde noble des enfants mineurs 
de feu Sieur de Lauson, Grand Sotiéchal de ce pays, auquel 
appartenait la Seis;neurie de la Citière^ aurait donné et con- 
cédé au dit Sieur LeMoyne les dites Isles de Ste. Hélène 
et Islet Rond... par titre daté à Paris le 20e Mars 1665, 
signe de Lauson, et contresigné Jeanville, au bas duquel 
titre le dit Sieur Charny reconnait que la rente portée 
par icelui est exorbitante et beaucoup au-dessus de ce que 
l'on pourrait exiger pour la dite Concession, et en vertu du 
pouvoir à lui donné par le dit Sieur de Lauson, il réduit la 
dite rente à dix livres en argent, par écrit de lui signé, daté 
à Québec, le 12e Décembre au dit an 1665," (" Titres des 
Seigneuries," p. 99). Les dates de ces trois concessions 
sont énoncées dans des Titres-nouvels^ changeant la tenure 
du T'exin le Français, et donnés par l'Intendant Duchesneau, 
au Sieur de Longueuil, le 10 Juillet 1676, au Sieur LeBer 
pour les deux tiers de l'Ile St. Paul, le 18 Juillet de la même 
année, et au Sieur Crevier, pour St. François des Près, le 
10 Octobre 1678. On peut encore ajouter à ces titres nou- 
vel?, celui donné, pour un tiers de l'Ile St. Paul, à Claude 
Robutel, Sieur de St. André par le même Intendant, le 18 
Juillet 1676. {Ibib. p. 137.) Dansées quatre titres nouvels, 
il est dit que la seigneurie de la Citière avait été réunie au 
domaine de Sa Majesté. En l'année 1672, au nombre des 
seigneuries concédées par l'Intendant Talon, il s'en trouve 
plusieurs qui comprennent des terrains situés dans les limi- 
tes de cette grande seigneurie de la Citière, sans qu'il en 
soit néanmoins fait mention. La réunion au domaine avait 
donc eu lieu de 1665 à 1672. 

H. Venons maintenant aux trois fila de M. le Gouvcr^ 



T7.' 

aeur de Laiison, qui s'étaient établis en Canada, où ils se ; 
sont tous trois mariés. 

lo. Louis de Lauson de la Citière. 

Nous avons déjà vu que, le 5 Octobre 1655, il avait épousé 
DUe. Catherine Nau ; qu'il en avait eudeux enfants, morts 
presqu'aussitôt après leur naissance, en 1656 et 1658; que 
lui-même périt le 5 Mai 1659 ; que, par conséquent, il est 
décédé sans postérité; qu'après sa mort, son: frère, le Sé- 
néchal, eut la propriété de la seigneurie de la Citière, si ce 
ne fut pas immédiatement, du moins quelque temps après. 

Catherine Nau ne resta pas longtemps veuve. Elle épousa 
en secondes noces Jean-Baptiste Peuvret, Sieur de Mesnu. 
Je n'ai pu trouver l'acte du mariage. Mais j'ai une copie 
authentique de leurs conventions matrimoniales. L'acte en 
fut reçu, le 15 Juillet 1659, c'est-à-dire 2 mois et 10 jours 
après la mort du premier mari de la dite Catherine Nau 
par " Guillaume Audouart, Secrétaire du Conseil établi par 
le Roi à Québec, Notaire en la Nouvelle-France." Dans 
cet acte, les parties sont ainsi décrites : " Jean-Baptiste 
Peuvret, Sieur de Mesnu, fils de Mtre. Jacques Peuvret, 
Conseiller du Roy, Lieutenant Criminel en l'eslection du' 
Perche, et de Damoiselle Marie de la Garenne, ses père et 
mère, de la ville de Bellesme, Province du Perche, Diocèse 
de Seez, d'une part, et Damoiselle Marye Catherine Nau, 
fille de deffunct Jacques Nau, Escuyer* Sieur de Fossam' 
bault, vivant Conseiller du Roi, et Receveur-Général des 
Finances en Beriy, et de Damoiselle Catherine Granges vi- 
vant ses père et mère, veufve en première noce de deffunct 
Messire Louis de Lauson, Chevallier, Seigneur de la Ci- 
tyère, d'autre part." 

Dans ce contrat de mariage, Catherine Nau déclare que 
ses biens consistent " en la somme de trois mille livres 
tournois d'argent comptant, et en la somme de quatre cents 
livres de rente viagère à elle due par la succession ou héri^ 
tiers du dit defiunct Sieur de la Cytière, et en ce qui lui e»t 



aldvenu et oschu par le déceds des dits deiTuncts père «i. 
mère." Elle n'émet aucune prétention relativement à la 
seigneurie de la Citière. 

Du dit mariage sont nés Denis Pcuvret, baptisé le 8 Octo. 
bre 1C61 ; Alexandre Peuvret, baptisé le C Octobre 1664. 
(Registres de la Cure de Québec.) 

Le 16 Octobre 1681, second mariage du dit J.-Bte. Peu- 
-vTet, Sieur de Mesnu, Conseiller-Secrétaire du Roi, Greffier 
en Chef du Conseil Souverain, veufde/ette Marie Catherine 
Nau, avec Dlle. Marie Roger Lepage. Les actes de sépul- 
ture de la Paroisse de Québec manquant pour les années 
qui se sont écoulées entre 1671 et 1680, je suis porté à croire 
que c'est dans cet inter^-alle que la dite Catherine Nau a dû 
mourir. Car je n'ai pu trouver Pacte de sa sépulture. 

Catherine Nau avait une sœur qui, sous le nom de Mi- 
chèle Thérèse Nau, fille de Jacques Nau et de Catherine 
Granger, ou Granges, épousa, à Québec, le 22 Octobre 1663, 
Joseph Gifiard, fils de Robert GifFard et Marie Renouard. A 
ce mariage, qui fut célébré par Messire Charles de Lauson, 
Sieur de Charny, alors Prêtre et Grand Vicaire, assista M. 
Louis Gaudais Sieur Dupont, oncle de la dite Thérèse Nau. 

12. 2o. Jean de Lauson, Sénéchal de la Nouvelle-France. 

On a déjà vu qu'il était arrivé à Québec avec son père, le 
13 Oct. 1651. Dès le 23 du même mois, il y épouse " Da- 
moiselle Anne Desprès, fille de feu noble homme Nicolas 
Dcsprès et de Damoisellc Magdelaine Leblanc." 

De ce mariage, sont nés : 

lo. Le dernier jour d'Août 1652, Louis, baptisé le 1er 
Septembre. Il ne vécut que quelques jours, ayant été enterré 
le 13 du même mois. 

2o. Marie, baptisée le 8 Juin 1654. 

3o. Jean, né le 6 Dec. 1655, ondoyé le 21 du même mois, 
et baptisé le Ir Mars 1656. 

4o. Charles, né le 2 Août 1657, baptisé le lendemain. 



19 

6o. Anne Catherine, née le 21 Avril 1659, baptisée ie 
lendemain. 

6o. Angélique, née le 22 Janvier 1661, baptisée le lende^ 
main. 

(Registres de la Cure de Québec.) 

Anne Desprès, étant devenue veuve en 1661, convola en 
secondes noces, le 7 Juillet 1664, avec Claude de Bermen, 
sieur de la Martinière. Elle mourut en 1689, " âgée de 60 
ans ou environ," et fut inhumée, le 14 Mars, au cimetière 
de l'Hôtel-Dieu de Québec. 

Il existe à Québec, parmi les minutes de Mtre Gilles 
Rageot, notaire, un acte du 20 Janvier 1676, par lequel, le 
dit Claude de Eermen, sieur de la Martinière, " Juge Pro- 
vost des Seigneuries de Beauport et de Notre-Dame des 
Anges," concède, au nom et comme tuteur des enfants mi- 
neurs de défunt Messire Jean de Lauzon, Chevalier, grand 
Sénéchal de ce pays," aux RR. PP. Jésuites, une terre dans 
la seigneurie de Lauson. 

On a vu qu'il est dit, dans l'histoire de l'Hôtel-Dieu de 
Québec, que M. le Sénéchal avait laissé deux filles qui fu- 
rent Religieuses aux Ursulines. 

Je. trouve, dans les Registres de Québec, qu'à la date du 
26 Mai 1669, Marie-Anne LeMire eut pour marraine Marie- 
Anne de Lauson au nom de Madame de la Peltrie. Il n'y 
est pas dit de qui la dite Marie-Anne de Lauson était 
fille. Du fait que la particule de est préfixée à son nom, et 
de la qualité de la personne qu'elle représentait, on pourrait 
être porté à inférer qu'elle était la fille du grand Sénéchal, . 
baptisée, le 8 Juin 1654, sous le nom de Marie. 

Le 11 Juillet 1672, Joseph Gratton, baptisé dans la cha- 
pelle de Beauport, eut pour parrain Joseph Gifîard, sieur 
de Beauport, et, pour marraine, " Angélique de Lauson, 
fille de feu M. de Lauson, grand Sénéchal." 

Voilà tous les renseignements que j'ai pu me procurer sur 
les enfants du grand Sénéchal, M. l'Abbé Ferland dit qu'il 

7 



Su 

•^ut de Mlle DesPrès, sn lemrno, nn tWa qui retourna en 
France. 

Anne DesPrès avait deux sœurs qui se marièrent en 
Canada. L'une, Geneviève, épousa, le 29 Avril 1653, à 
Québec, Louis Couillard de Lespinay ; et l'autre. Etiennette 
DesPrès, le sieur Duplessis. 

13. 3o. Charles de Lauson de Chamy. 

Nous avons vu qu'il était arrivé en Canada le 23 Juin 
1652. Dès le 12 Août suivant, il épousa Marie-Louise 
Giffard, fille de Robert Giffard, seigneur de Beauport, et de 
Marie Renouard, sa femme. Louise Giffard était née en 
1639. Du moins elle fut baptisée le 30e jour do Mars de 
cette année. 

De ce mariage est née, le 14 Octobre 1656, Marie, qui fut 
baptisée le 16. Sa mère ne lui survécut que quelques jours. 
Elle mourut le 30 Oct. 1656, et fut enterrée le lendemain. 
" Le 30, à 6 h. du matin, dit le Journal des Jésuites, Dieu 
appela à soi Madame Chamy, après une maladie de seize 
jours, et une vie très pure et très innocente. Elle fut enter- 
rée, le 31, dans le nouveau chœur des Religieuses Hospita- 
lières." — (Registres de Québec.) 

Nous avons déjà vu qu'après le départ de son père, M. 
de Lauson de Charny eut, pendant quelque temps, l'admi- 
nistration du gouvernement de la colonie. Le Journal des 
Jésuites nous apprend qu'il paitit pour France, à bord du 
vaisseau du capitaine Poulet, le 18 Sept. 1657, et qu'il en 
revint en 1659, à bord du premier vaisseau, qui arriva le 16 
Juin. Il avait été fait prêtre en France, et accompagnait 
Monseigneur l'Evèque de Pétrée au Canada, où il exerça 
son ministère pendant plusieurs années. Le Journal 
des Jésuites dit qu'il partit de nouveau pour la Fran- 
ce le 17 Oct. 1666, à bord du St. Jean, " avec toutes 
nos lettres." Le mêm.e Journal finit au mois de Juin 1668, 
ou du moins le reste manque. Il n'y est pas fait mention 
Hu retour de M. Charny. Cependant ij a dû revenir en cett« 



SI 

même année 1668; car le 21 Octobre 1668, il célèbre, à 
Québec, le mariage de Jean de Chambre et de Catherine 
Paul. Le 16 Février 1671, il fait le baptême da Fabien 
Badeau. (Registres de Québec.) Enfin il repasse en France 
en cette même année 1671, ou peut-être en 1672, pour ne 
plus revenir, selon V Histoire de V Hôtel-Dieu de Québec, qui 
nous apprend que M. de Lauson Charny passa alors en 
France avec sa fille et la cousine germaine de celle-ci, 
Charlotte Magdelaine de la Ferlé, et qu'il les conduisit toutes 
deux aux Hospitalières de la Rochelle où elles ont été Reli- 
gieuses. 

On a vu que dans la concession du 15 Dec. 1652, que lui 
fit son frère, on donne à M. de Lauson Charny la qualité 
de " Grand-Maitre des Eaux et Forêts en la Nouvelle-Fran- 
ce." Devenu Prêtre, il parait qu'il conserva cette qualité, 
ou plutôt ce même titre. En effet, le 7 Sept. 1661, nous 
voyons que " Charles de Lauson, chevalier, seigneur de 
Charny, Grand-Maitre des Eaux et Forêts en ta Nouvelle- 
France, à tous ceux qui ces présentes Lettres verront, salut," 
concède à Jean Juchereau, Sieur de la Ferté, et à Nicolas 
Juchereau, Sieur de St. Denis, " la consistance des lieux 
qui ensuivent, en notre seigneurie de Charny (Isle d'Orléans), 
c'est à savoir, huit arpents de terre de front sur le fleuve de 
St. Laurent, du côté du Nord, pour le Sieur Jean Juchereau 
et autres huit arpents pour le dit Sieur Nicolas Juchereau, 
faisant le tout la quantité de seize arj^ents de terre de haut 
sur le dit fleuve St. Laurent, etc. etc." Cette concession 
aux deux MM. Juchereau, se termine ainsi : " Car a été 
ainsi accordé, en foi de quoi nous avons signé la présente 
concession, et à ieelle fait apposer le cachet de nos armes, 
et contresigner par notre secrétaire à Québec, le 7 Sept. 
1661 ; signé : — de Lauson Charny, plus bas, par Monsieur. 

P. Vachon, Secrétaire." 

14. L'Isle d'Orléans avait été concédée le 15 Janvier 
Î636, par la^compagnie de la Nouvelle-France, à " M. Jae< 



8-2 

rjues Casiillon, bourgeois de Paris." (" Titres des Seigneu- 
ries," p. 350). Un acte du dernier Février 1636, portail 
que la concession avait été laite tant pour le dit Sieur Cas- 
iillon que pour Messieurs de Lauson et Fouquet, conseillers 
d'Eiat, et six autres, chacun pour un huitième, du nombre 
desquels était le Sieur Cheffault ; et l'on ajoute : " au 
moyen de ce que le dit Cheffault avait reconnu, par le dit 
acte susdaté, que les terres mentionnées par autre conces- 
sion à lui faite (celle de la côte Beaupré, à lui concédée, le 
15 Janvier 1636," à "Paris, en PHôtel de Monsieur de 
Lauson, conseiller du Roi en ses Conseils, Intendant de la 
dite compagnie," {Titres des Seigneuries, p. 342), étaient 
tant pour lui que pour les dits Sieurs Fouquet, de Lauson, 
etc. etc., chacun pour un huitième." Tout cela appert par 
Vacie de mise en possession, donné par le Gouverneur, M. 
de Montmagny, " fait au Fort St. Louis, au dit Québec, le 
1er jour de Juillet 1638." Cet acte se trouve au greffe de 
i^néboc. 

Il résulte de tout ce qui vient d'être relaté, que M. le 
Gouverneur de Lauson, qui voulait établir ses enfants dans 
la Nouvelle-France, n'avait pas négligé les moyens de par- 
venir à ce but. En effet, dans plusieurs litres de concession 
de seigneuries, il est porté que les appellations des Juges 
des seigneurs, ressortiront " pardevant le Grand Sénéchal 
de la Nouvelle-France, ou son lieutenant en la Jurisdiction 
de Québec." (Titres des seigneuries, p. 352, du 15 Nov, 
1653 ; p. 383, du 8 Février 1652 ; p. 341, du 1er Avril 1656 ; 
p. 390 , du 15 Dec. 1653. Et le fils était le Grand Sénéchal. 

Dans quehiues autres titres de concession, le " Mande- 
îuent " de mettre les concessionnaires en possession, est 
idressé au '^ Grand Sénéchal de la Nouvelle-France, ou ses 
Lieutenants." (Titres des seigneuries, p. 50, du 13 Mars 
1 051, /ai/ à Paris ; p. 115, du 30 Dec. 1653 ; p. 341, du le 
Avril 1656 ; p. 75, du 1er Juillet 1656 ; p. 88, du 5 Août 
16.56. 



83 

Dans d'autres titres, il est dit que la Fol et Hommage 
sera portée " en la Sénéchaussée de Québec." (Titres des 
seigneuries, p. 352, du 15 Nov. 1653 ; p. 383, du 8 Février 
1652 ; p. 341, du 1er Avril 1656.) 

Toutes ces concessions me paraissent avoir été faites du- 
rant le gouvernement de M. de Lauson, à l'exception de 
celle du 13 Mars 1651, faite à Paris, par la Compagnie 
de la Nouvelle-France, avant l'arrivée de M. Lauson en 
Canada, mais après sa nomination comme gouverneur, puis- 
que sa commission de gouverneur est en date du 17 Janvier 
Î651. (Ed. & Ord. t. 3, p. 16.) 

15. C'est principalement dans les concessions faites par 
M. le Gouverneur de Lauson, que l'on voit la Coutume du 
Vexîn-le-Français introduite , 

Coutume de Paris, art. Ili. 

Quand aucun fief éohet par succession de père et mèie, ayeul ou 
ayeule, il n'est dû au seigneur féodal du dit fief, par les descen- 
dants en ligne directe, que la bouche et les mains, avec le ser- 
ment, de fidélité ; qnnnd les dits père et mèrcj ayeul ou ayeule, 
ont fait et payé les cirjits et devoirs en leurs teras ; en ce non 
compris les fiels qui relèvent et se gouvernent selon la coutume 
du Vexin-le-Français; esquels fiefs qui se gouvernent selon la 
coutume du dit Vexin, est dû relief à toutes mutations ; et aussi ne 
sont dûs quints. 

16. M. l'Abbé Ferland, qui nous promet une histoire re- 
marquable du Canada, et surtout honnêtement écrite, a eu 
l'obligeance de me communiquer l'extrait suivant d'un mé- 
moire qui est entre ses mains : " Monsieur de Lauson, (le 
gouverneur,) ayant été prévenu qu'il ne pouvait plus être 
soutenu, il anticipa son rappel en repassant en France, où 
depuis, il a servi en qualité de Sous-Doyen du Conseil, logé 
au Cloistre de Notre-Dame (à Paris,) chez son fils, chanoine 
de la dite Eglise." 

Voici donc un autre fils de M. de Lauson. Ne serait-il 
;pas, par hasard, cet Abbé de Lauson, dont il est fait mcntioE. 



84 

dans une concession donnée par le gouverneur de Lauson au 
î^ieur Jean Bourdon le 15 Décembre 1G53 ? Celle concession 
comprend " toule l'étendue de terre qui se rencontre sur le 
Fleuve St. Laurent du coté du nord depuis les bornes de la 
concession du sieur Abbé de Lauson jusques à celle du 
(tciimt sieur Dos Chatelets." (Titres des Seigneuries, p. 
;)00.) La " Liste des Prêtres du Canada," publiée à Québec 
vn 1834, ne fait pas mention de cet Abbé de Lauson. 

17. Il iaut convenir que M. de Lauson avait su faire à sa 
famille une part assez belle des terres du Canada : " Les 
membres de la Société de Notre-Dame de Montréal,^^ dit M. 
TAbbé Faillon, Vie de Mademoiselle Mance^ Introduction^ 
\>p. XXXIII et XXXIV," songèrent à acquérir la propriété 
de rilc de Montréal. Elle avait alors pour maître, M. Jean 
do Lauson, Intendant du Dauphiné, qui ne l'avait reçue que 
sous la condition expresse d'y établir une colonie. M. de 
liauson ayant négligé jusque alors d'y faire passer des 
colons, cl d'y entreprendre aucun défrichement, la prudence 
ne permettait pas aux Associés d'envoyer à grands frais, 
dans la même Ile, une recrue d'ouvriers avant d'en avoir 
assuré la possession à leur Compagnie. Il eut été à crain- 
dre en effet que les dépenses qu'ils se proposaient de faire 
pour cet objet, ne tournassent à l'avantage personnel du pro- 
priétaire, et ne missent par là un obstacle insurmontable à 
leur dessein. C'est pourquoi, conformément à la résolution 
qu'ils avaient prise de se cacher aux yeux du monde, et de 
faire leur œuvre en secret, ils obligèrent M. de la Dauver- 
sière et M. de Fancamp à aller trouver M. de Lauson en 
Uauphiné pour lui demander la concession de celte Ile. 

" M. de Lauson, dont les vues n'hélaient pas aussi pures 
ni aussi désinterressées que celles de la Compagnie^ cl qui 
môme n'avait demandé la propriété de l'Ile de Montréal que 
dans l'espérance d'en iclircr un jour de grands avantagcs^ 
pour sa famille, ne put écouter paisiblement une proposition 
qu'il jugeait si contraire à ses intérêt»; et à toutes les ins- 



85 

tances de M. de la Dauversière il ne répondit que par des 
rebuts. Le mauvais succès de cette première négociation 
au lieu de ralentir le zèle des Associés, sembla n'avoir servi 
qu'à le rendre plus ardent. Ils arrêtèrent entre eux que M. 
de la Dauversière ferait un second voyage en Dauphiné ; 
que M. de Fancamp qui ne pouvait se joindre à lui cette 
lois, lui donnerait une procuration pour accepter la donation 
de l'Ile au uom des deux, ce qu'il fit le 12 Juillet de l'an 1640, 
et qu'enfin le P. Charles Lallemant, Jésuite, accompagne- 
rait M. de la Dauversière, pour presser lui-même M. de 
Lauson. Ce voyage eut tout le succès qu'on s'en était pro- 
mis : car M. de Lauson, par acte du 7 Août, passé à Vienne 
en Dauphiné, céda purement et simplement à M. de Fan- 
camp et à M. de la Dauversière l'Ile de Montréal aux 
mêmes conditions qu'il l'avait reçue." 

18. Si mes données sont exactes, et j'ai toute raison de 
croire qu'elles le sont, (du moins j'en indique les sources,) il 
s'ensuit que le No. 1 sans nom de baptême, dans le " Dic- 
tionnaire des Hommes Illustres" de M. le Professeur Bi- 
baud, et de son " Panthéon Canadien," et le No. 2 du 
Dictionnaire, à l'article des Lauson, ne comprennent qu'un 
seul et même individu, et non pas deux, c'est-à-dire, comme 
l'exprime le susdit No. 2, " Jean de Lauson, Gouverneur et 
Lieutenant-Général de la Nouvelle-France pour le Roi et la 
Compagnie ;" que le No. 5 et le No. G du Dictionnaire sont 
erronés, en ce qu'ils nous présentent deux individus, tandis 
qu'il n'y a eu qu'un M. de Lauson de Charny, qui est le No. 
4 du Panthéon Canadien. Mais ce No. 4 est aussi erroné, 
en ce qu'il fait revenir M. de Charny de France en 1657, 
tandis qu'au contraire c'est cette même année là qu'il passa 
en France, on il fut ordonné Prêtre, et d'où il ne revint qu'en 
1659. Il s'ensuit encore que le No. 3 du Dictionnaire et le 
No. 2 du Panthéon, " François Louis de Lauson," ne sont 
pas exacts, en ce qu'ils nous présentent un seul et même in- 
dividu, tandis qu'ils devraient nou;? en présenter deux, Fran^ 



86 

çois et Louis; François^ qui est celui du No, 5 du Panihéop. 
Conseiller au Parlement de Bordeaux, qui n'est pas venu 
au Canada, et auquel fut originairement concédée la sei- 
gneurie de la Cilière, mais qui ne fut jamais Seigneur de 
Gaudarville, quoiqu'en disent le susdit No. 3 et le susdit 
No. 5 ; et Louis, qui n'est appelé que Louis dans tous les 
actes que j'ai vus, qui fut seigneur de Gaudarville, et qui 
fut aussi appelé de la Citière^ lorsqu'il vint en Canada. Où 
M. Bibaud a-t-il puisé pour faire l'article 2 du Panthéon ? 
" François Louis de Lauson, Gouverneur et Lieutenant-Gé- 
néral de la Nouvelle-France pour le Roi et la Compagnie 
11 se fixa en Canada, et eut la garde noble des enfants du 
suivant (le Sénéchal) après sa mort !" Ce Gouverneur est 
encore à venir. Ce fut M. Jean de Lauson, ci-devant Gou- 
verneur, qui eut, après la mort de son fils, le Sénéchal, la 
garde noble des enfants de ce dernier. 

Le No. 3 du Panthéon, " Messire Jean de Lauson," le 
Grand Sénéchal, est aussi erroné, en ce qu'il le dit fils de 
François Louis de Lauson, Gouverneur, et encore en ce 
qu'il le décrit Chevalier de CJiarny. Le Chevalier de Char- 
ny était M. Charles de Lauson qui, après la mort de sa fem- 
me, Louise Giffard, embrassa l'Etat Ecclésiastique. C'est 
le No. 6 du Dictionnaire. Le No. 4 de ce même Diction- 
naire est exact : " Messire Jean de Lauson, Chevalier, fils 
du Gouverneur, Grand Sénéchal de la Nouvelle-France, tué 
dans un combat contre les Iroquois." 

19. M. Bibaud dit que le Prêtre, M. Charles Lauson Char- 
ny est mort le 22 Avril 1673. Si c'est le cas, alors le " Mon- 
sieur de Lauzon" dont il est fait mention dans la concession 
ci-devant citée du 20 Janvier 1676 par M. de la Martinière 
aux RR. PP. Jésuites, comme logeant alors " au Collège de 
la Rochelle," pourrait fort bien avoir été un des fils du 
Grand Sénéchal. L'on a vu que M. l'Abbé Ferland dit qu'un 
fils du Sénéchal passa en p-rance. 

50 Depuis que ce qui précède a été écrit, j'ai eu occa' 



87 

sioR de voir deux actes qui concernent cette famille des Lau- 
son. Le premier, qui porte la date du 21 Octobre 1651, fait 
partie des minutes de M. Audouart, Notaire à Québec. Ce 
sont les " articles de mariage entre Messire Jçan de Lauson, 
Chevalier, Seigneur de la Coste, terre et Seigneurie de Lau- 
son, Grand Seneschal de la Nouvelle-France, Lieutenant au 
Gouvernement de la Nouvelle-France, estendue du Fleuve 
St. Laurent, iils de Messire Jean de Lauson, Chevalier, Con- 
seiller du Roy en son Conseil d'Estat, Gouverneur et Lieu- 
tenant-Général pour le Roi en la Nouvelle-France, et de dé- 
funte Dame Marie Godart, ses père et mère, d'une part, et 
de Demoiselle Anne Desprès, fille de feu noble homme Ni- 
colas Desprès, et de Damoiselle Magdeleine Leblanc, ses 
père et mère :" 

" Jouira la dite future épouse de la somme de quatre cents 
livres de pension viagère pour son douaire préfix, suivant la 
Coutume de Paris, à les avoir et prendre sur les biens du 
dit futur époux." 

A cet acte ont signé : 

Jean de Lauson. Paul Ragueneau, 

Anne Desprès. Supérieur. 

De Lauson. Barthélémy Vimont, 

Thiennète Desprès. Curé. 

Geneviève Desprès. " Louis de Lauson. 

DUPLESSY QUERBODO, , GUILLAUME DeSPRÈS. 

Le second acte est une transaction entre les " héritiers et 
créanciers^dë défunt Monsieur de la Citière, et Jean Bap- 
tiste Peu vret, Sieur de Mesnu et Catherine Nau, sa femme," 
du 6 Février 1662. (Audouart, Notaire.) Parmi les person- 
nes, parties à cet acte, est M. " Charles de Lauson, Prêtre, 
Chevalier, Seigneur de Charny, Officiai de Monseigneur 
l'Evêque de Pétrée, Vicaire Apostolique en ce dit pays de 
la Nouvelle-France, au nom et comme fondé de procuration 
de Mtre. Jean de Lauzon, Conseiller du Roi en ses Conseils 
d'Etat et Privé," passée à Paris le 24 Mars 1660. ... " le 



88 

'lit Seigneur de ivau.son, père cl héritier bénélieiaire du dit 
défunt Sieur de la Citière. ..." 

Cet acte constate, qu'en paiement du " restant du prcci- 
put et de la pension viagère" stipules au profit de la dite 
Catherine Nau, alors femme du dit Sieur de Mesnu, le Sieur 
de Lauson Charny en sa dite qualité et les créanciers de la 
succession de M. de la Cilière^ leur cédèrent : lo. le fief de 
Champigny, situé dans l'Isle d'Orléans, 2o. tout le bétail, 
meubles, ustensiles et vivres fournis à Jean Foucher, fermier 
du dit lieu, 3o. dix arpents de terre situés sur le Cap aux 
Diamants, 4o. enfin, la terre et Seigneurie de GauJarville, 
'' moyennant quoi le dit Sieur et Damoiselle de Mesnu se 
sont contentés, et ont icelles dites choses prises pour l'entier 
paiement du dit restant de préciput et extinction de la dit€ 
pension viagère." 

21. Voici, sur le compte des trais filles de M. le Grand 
Sénéchal, des renseignements que je dois à l'obligeance de 
M. l'Abbé Ferland, et qu'il a eu la bonté d'obtenir pour moi 
des Dames Ursulines de Québec. 

'' Anno 1668 : Entrée de Dlle. Marie Magdeleine de Lau- 
son." Elle n'avait fait que passer par le grand monde pour 
s'ensevelir dans la solitude; elle prit le nom de Sœur St. Char- 
les. Elle fut élevée par la fondatrice, toute jeune comme 
pensionnaire, v.\ ensuite comme novice. En la présentant à 
la communauté, sa famille obtint qu'elle eût une sœur pour 
son service ; mais peu après l'on s'aper(^ut que Mlle, de 
Lauson ne se contentait pas de se servir elle-même, mais 
qu'elle allait en cachette faire l'ouvrage de la sœur. Pour 
i'inbtruction des élèves sauvages, elle était infatigable, et 
elle s'y est livrée avec le plus grand succès tous les jours do 
sa longue vie. Elle mourut en 1731, à 77 ans (1), ayant 59 
ans de profession religieuse. 

(1) Cet âge répond à celui de Marie de Lauson, qui fut bap- 
tisée sous ce nom le 8 .hiin 16.'i4'. Ayant, a sa mort, 59 ans de 
profession, elle a du être reçue en 1672, à l'âge de 18 ans, (elle 
fut reçue le \\ Seplrmbre 1672. Voir la ^uite.} 



89 

" L'entrée de Dile. Angélique de Lauson, Sœur de la R, 
jMère St. Charles eut lieu en 1675. Cette bonne mère fut 
un prodige de vertu. Elle vivait si détachée du monde 
qu'elle avait peine à entretenir la moindre correspondance 
avec Mesdames de Lauson, ses tantes ; et quand M. de 
Champigny, Intendant ou autres parents venaient lui faire 
visite, elle était toujours ingénieuse pour trouver le moyen 
de s'éloigner. Comme Madame de la Peltrie, elle lavait 
les filles sauvages, les peignait de ses propres mains, les 
instruisait avec une patience d'Ange, et les servait nuit et 
jour durant leurs maladies. Elle mourut en 1732, à 72 ans 
(1), 55 ans de profession. Après chaque élection, elle allait 
trouver la Mère Supérieure lui demander la grâce de lui 
donner l'office le plus bas qu'il y eut dans la maison. 

" Dlle. Marie Magdeleine de Lauson fut obligée, pour 
l'arrangement de ses afi'aires temporelles, de retarder sa pro- 
fession religieuse. Cette cérémonie n'eut lieu qu'au 14 
Septembre 1672. Uainée (2) de ses sœurs, Marie Anne de 
Lauson, qui était alors pensionnaire, attendait Page requis 
pour l'entrée du noviciat. Dieu la retira si subitement de 
ce monde, qu'on n'eut pas le temps de lui administrer les 
sacrements. Le 13 Novembre 1672, elle mourut à l'infir- 
merie des Religieuses." 

(1) Cet âge répond à peu près à celui d'Angélique de Lauson, 
qui fut baptisée sous ce nom le 23 Janvier 1661. A.yant, à sa 
mort, 55 ans de profession, elle a dû être reçue en Tannée 1677 
à l'âge de 16 ans. 

(2) Il y a ici une erreur évidente. Cette Marie Anne de Lau- 
son ne pouvait être autre que la dite Anne Catherine de Lauson, 
qui fut baptisée sous ce nom le 22 Avril 1669. Si, en 1672, elle 
attendait l'âge requis pour l'entrée du noviciat, elle ne pouvait 
être Vainée ; elle était bien l'ainée d'Angélique, mais non de la 
Sœur St. Charles, qui fut reçue le 14 Septembre de cette même 
année 1672, et qui avait alors 18 ans. Celle-ci était rainée dg 
ses soeurs 



Les trois filles dn Grand Sénéchal n'ont donc point quitte 
leur pay-T» natal. Il avait eu trois iils, Louis de Lauson, né 
le dernier jour d'Août 1653, mort deux semaines après ; puis 
Jf an et Charles de Lauson. C'est, en toute probabilité, à 
ces deux «lernicrs que peut s'appliquer ce passage de " l'His' 
loire de THôtel-Dieu de Québec," p. 208 : 

" Nous élevions depuis l'âge de 6 ans Mademoiselle de 
Lauson de Charny ; elle suivait les traces de sa famille qui 
s'était distins^uée partout par sa vcrtii; cett'é jeune vierge 
ne soupirait qu'après la vie religieuse. Monsieur de Lau- 
son, son père, notre Supé^rienr, ravi de voir que les in- 
clinations de sa ciière fille, favorisaient celle qu'il avait de 
nous faire du bien, passa un contrat avec nous, par lequel 
il nous donnait 12000 livres, monnaie de France, pour la dot 
de sa fille, à condition seulement, qu'attendu qu'elle était 
d'une complexion délicate, on lui servirait une entrée de 
table. Il avait dessein aussi de nous faire ses héritières, 
après avoir donné à ses neveux ce qui devait leur revenir ; 
mais quelques-unes de nos Religieuses craignirent que cette 
petite distinction que M. de Lauson demandait pour sa fille, 
ne causât de la jalousie et du trouble dans la maison, elles 
en parlèrent à Monseigneur l'Evêque qui entra dans leurs 
raisons, et voulut retrancher cet article du contrat. M. de 
Lauson s'opposa ; il eut là-dessus quelque différend avec 
M. de Laval. Enfin, pour terminer la dispute, il se résolut 
d'emmener en France sa iille. Elle partit cette année (1G71) 
avec Mlle. Charlotte Magdcleine de la Ferté, sa cousine 
germaine ; il les conduisit toutes deux aux Hospitalières de 
la Rochelle, où elles ont été Religieuses, et ont beaucoup 
édifié et servi le couvent. M. de Lauson les gratifia de tout 
ce que nous aurions pu espérer." 

P. S. Une partie du plus ancien registre de l'Etat civil, 
conservé à la cure de Québec, est rédigée en latin, d'une 
écriture et avec des abréviations qui en rendent la lecture 
très difficile. Dans un vf)yaye que je viens de faire à Québec, 
j'ai eu occasion d'examiner do nouveau ce registre, v\ d'y dé 



91 
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^^vjuveue 

^^xiai ues Jésuites n'en fait pas mention'. 

Uétranger devait être jeune, et il ne parait pas avoir, à 
ce premier voyage, fait un long séjour à Québec. 

L'on voit, dans l'étude de Mtre. Audouart, Notaire à 
Québec, un acte du 16 Sept 1660, par lequel le Grand Sé- 
néchal Jean de Lauson " à présent majeur de 25 ans," con- 
firme la renonciation par lui ci-devant faite à la succession 
de sa mère Marie Gaudart, par acte au Châtelet de Paris, 
du 24 Avril 1651, et renonce d'abondant etc., etc. 

P. S. (No. 2.) Dans le même voyage récemment fait à 
Québec, j'ai trouvé, dans un ancien registre des insinua- 
tions, conservé au greffe de cette ville, copie d'un acte passé 
à la Rochelle, le 1er Juillet 1689, qui me porte à croire que 
M. Bibaud a commis une erreur en donnant le 22e jour d'Avril 
1673, comme étant le jour du décès de M. de Lauson de 
Charny, Prêtre ; erreur qui se rencontre par conséquent dans 
mon article sur la famille des Lauson, tel qu'il a été rédigé 
et tel qu'il est déjà imprimé, ayant cité cette date d'après 
M. Bibaud. Il paraît que M. de Lauson, Prêtre, vivait en- 
core en 1689. La copie de l'acte du 1er Juillet 1689, a été 
enregistrée au Greffe de la Prévoté de Québec, le 11 Novem- 



90 



de sa fille, àconïïîTîÔî 
d'une complexion délicate, on lui servirait une entrée de 
table. Il avait dessein aussi de nous faire ses héritières, 
après avoir donné à ses neveux ce qui devait leur revenir ; 
mais quelques-unes de nos Religieuses craignirent que cette 
petite distinction que M. de Lauson demandait pour sa fille, 
ne causât de la jalousie et du trouble dans la maison, elles 
en parlèrent à Monseigneur l'Evêque qui entra dans leurs 
raisons, et voulut retrancher cet article du contrat. M. de 
Lauson s'opposa ; il eut là-dessus quelque diiTérend avec 
M. de Laval. Enfin, pour terminer la dispute, il se résolut 
d'emmener en France sa fille. Elle partit cette année (1671) 
avec Mlle. Charlotte Magdcicine de la Fcrté, sa cousine 
•germaine ; il les conduisit toutes deux aux Hospitalières de 
la Rochelle, où elles ont été Religieuses, et ont beaucoup 
édifié et servi le couvent. M. de Lauson les gratifia de tout 
ce que nous aurions pu espérer." 

P. S. Une partie du plus ancien registre de l'Etat civil, 

conservé à la cure de Québec, est rédigée en latin, d'une 

•écriture et avec des abréviations qui en rendent la lecture 

très difficile. Dans un voyaye que je viens de faire à Québec, 

j'ai eu occasion d'examiner do nouveau ce registre, et d'y dé 



91 

couvrir une entrée qui était passée inaperçue lors de mort 
premier examen. Je dois à une main habile à déchiffrer 
les vieilles écritures, la copie de cette entrée, que je trans- 
cris ici : 

" Anne Dni 1644, die 29 Augusti, Ego Josephus Poucet, 
vices-agens parochi hujus ecclesiœ conceptionis immaculatœ 
V. Mariœ, loci Québec, baptisavi infantem pridiè natam ex 
Joanne Bourdon & Jacquelina Pautel conjugibus cui impo- 
situm est nomen annœ ; Patrini fuerunt Joannes de Lozon 
advena filius Dni de Lozon, Régi christianissimo à secre-^ 
tiùbusconslloris, et Maria LeBarbier conjux Nicolai Mar- 
solet hujus parochiœ." 

Tout porte à croire que cet étranger qui n'était à Québec 
qu'en passant, a£?i;e?icf, devait être le fils de M, Jean de Lauson, 
le même qui fut plus tard Grand Sénéchal de la Nouvelle 
France. Le Journal des Jésuites n'en fait pas mention; 
luéiranger devait être jeune, et il ne parait pas avoir, à 
ce premier voyage, fait un long séjour à Québec. 

L'on voit, dans l'étude de Mtre. Audouart, Notaire à 
Québec, un acte du 16 Sept 1660, par lequel le Grand Sé- 
néchal Jean de Lauson " à présent majeur de 25 ans," con- 
firme la renonciation par lui ci-devant faite à la succession 
de sa mère Marie Gaudart, par acte au Châtelet de Paris, 
du 24 Avril 1651, et renonce d'abondant etc., etc. 

P. S. (No. 2.) Dans le même voyage récemment fait à 
Québec, j'ai trouvé, dans un ancien registre des insinua- 
tions, conservé au greffe de cette ville, copie d'un acte passé 
à la Rochelle, le 1er Juillet 1689, qui me porte à croire que 
M. Bibaud a commis une erreur en donnant le 22e jour d'Avril 
1673, comme étant le jour du décès de M. de Lauson de 
Charny, Prêtre ; erreur qui se rencontre par conséquent dans 
mon article sur la famille des Lauson, tel qu'il a été rédigé 
et tel qu'il est déjà imprimé, ayant cité cette date d'après 
M. Bibaud. Il paraît que M. de Lauson, Prêtre, vivait en- 
core en 1689. La copie de l'acte du 1er Juillet 1689, a été 
enregistrée au Greffe de la Prévôté de Québec, le II Novem.- 



9-2 

bre de la môme année. (1) C'est un acte par l.Hjiicl, M. Char- 
les de Lauson, Prêtre, " demeurant en cette ville, (c'est-à- 
dire à la Rochelle), chez les Révérends Pères Jésuites, a 
déclaré que la terre de Beaumarchais^ (c'est ainsi que je lis 
le nom), située dans la seigneurie de Beauport en la Nou- 
velle-France lui étant dévolue par substitution à cause du 
décès du Sieur Charles de Lauson, son neveu, il cédait, 
cède, donne et délaisse, par ces présentes, tous ses droits 
sur la dite terre, au Sieur Charles de Saint-Denis, son ne- 
veu, par alliance, etc." 

M. Nicolas Juchereau, Sieur de Saint-Denis, fils de Jean 
Juchereau, Sieur de Maure, et de Dame Marie Langlois, 
avait épousé, à X^uébec, le 22 Septembre 1G49, Mademoi- 
selle Marie Thérèse Giffard, fille du Sieur Robert Giflard, 
Seigneur de Beauport, et de Marie Renouard, sa femme, et 
sœur de Louise GifTard que M. de Lauson de Charny avait 
épousée le 12 Août 1652. 

Du mariage du dit Sieur Juchereau de St. Denis avec la 
dite Marie Thérèse Giffard, naquit un enfant qui fut baptisé, 
sous le nom de Charles, le 2G Décembre 1655, et qui, par 
conséquent, était le neveu, par alliance, de M. Charles de 
Lauson, Prêtre, partie à l'acte du 1er Juillet 1689, c'est-à- 
dire M. de Lauson de Charny qui avait aussi été son par- 

(1) Entrée dans le Registre de la Prévôté de Québec, à la da e 
dii 11 Novembre iG89, découverte depuis ]'ini})ression de ninii 
article : 

•' Lecture faite, randicnce tenant, d'un contrat de donalioii 
"faite par Messire Charles de Lauson, Prêtre, demeurant à la 
" Rochelle en faveur de Charles de St. Denis, son neveu, l'acte 
" de donation passé devant Robusson, notaire eu la dite ville de la 
" Rochelle, le 13 Juillet dernier, présenté par Nicolas Juchereau, 
" Sieur de St. Denis qui en a requis riusinuation et déclaré qu î 
" le dit Charles de St. Denis est Charles Juchereau de St. Denis, 
" son fils ; nous avons ordonné que le dit contrat sera insinué es 
'* Registres des Insinuations, de céans, pour valoir et servir ce 
^* qu'il appartiendra. " 



93 

rain. Le Sieur Charles Je Lauson, son neveu, au décès 
duquel la terre siiuée à Beauport lui avait été dévolue par 
substitution, ne pouvait être autre que le fils du ^Grand Sé- 
néchal, baptisé, sous le nom de Charles, le 3 Août 1657 ; et 
avec lui, s'est éteinte, en toute probabilité, la descendance 
du S 'léchai, à moins qu'on ne puisse faire voir que le se 
cond fils, Jean, ait survécu à son trère. Ce serait là une 
preuve assez ditïicile à produire. D'abord, l'acte de dona- 
nation du 1er Juillet 1689 donne naturellement lieu de pen- 
ser que le Sieur Charles de Lauson, du décès duquel il fait 
mention, n'avait plus de frère ; ensuite, son frère, Jean, de- 
vait être un enfant bien faible qui ne promettait pas d'avoir 
une longue vie, étant né le 6 Décembre 1655, ondoyé- le 21 
du même mois, et baptisé seulement le 1er Mars 1656 ; puis, 
le registre des sépultures, à Québec, manque de 1669 à 1679. 
A moins de preuve au contraire, il est permis de supposer 
qu'il a pu mourir dans cet intervalle. 

Puisque M. de Lauson c vharny vivait encore en 1689, 
et qu'il demeurait chez les R. P. Jésuites à la Rochelle, 
alors ce devait être lui, et non un fils du grand Sénéchal, 
auquel M. de la Martinière faisait allusion dans l'acte du 
20 janvier 1676. (Voici ci-dessus No. 19.) 

Anne DesPrès, femme du grand Sénéchal vécut jusqu^'en 
Mars 1689, ayant été inhumée à Québec le 14 de ce mois. 
Elle avait eu l'usufruit de la seigneurie de Lauson, ainsi 
qu'on peut le voir par les Registres de la Prévoté de Québec, 
aux dates, entre autres, des 4 Sept. 1683, et 26 Juin 1684. 

Le Sr. Charles de Lauson, le neveu de M. de Charny, 
avait épousé, en France, Dame Marguerite Gobelin. Dans 
les Registres du Conseil Supérieur, il est fait une mention 
sommaire de leur contrat de mariage passé par devant Julien 
et Robillard, notaires au Chatelet de Paris, en date du 12 
Janvier 1688. Dans ce contrat, le niari est appelé " Char- 
les Joseph de Lozon, écuyer. Seigneur de la Côte de Lozon, 
grand Sénéchal de la Nouvelle-France." Il ne vécut donc 
pas longtemps après son mariage, puisqu'il était décédé dès 



04 

a\-anl le 1er Juillet 1089. Il ne parait pas qu'il ait laissé 
aucun enfant. Le contrat de mariage comportait une do- 
nation universelle au profit de sa femme, ainsi que le cons- 
tate ia vente que la dite Dame Marguerite Gobelin fit de la 
seignem-ie de Lauson, le 19 Mai 1690, au sieur Thomas 
Bertrand, bourgeois de Paris. Puis vient la mention des 
titres suivants : 

lo. Vente par Thomas Bertrand à François Magdeleine 
Ruette Dauteuil de la dite seigneurie de Lauson, en date 
du 14 Oct. 1699 ; 

2o. Déclaration par le dit Sr. Dauteuil en faveur de 
George Régnard Duplessis. du 15 oct. 1699 ; 

3o. Vente par George Régnard Duplessis et Marie LeRoy 
sa femme au Sr. Etienne Charest, le 28 Mars 1714. 

4o. Vente par Etienne Charest, fils, et Catherine Trotticr 
de la dite seigneurie de Lauson à Son Excellence sir James 
Murray, le 12 Février 1765. (Voir encore là-dessus l'arrêt 
du Conseil Supérieur du 20 Décembre 1706, Ed. et Ord. t. 
2, p. 145.) 

Enfin il y eut procès, au Conseil Supérieur, entre la dite 
Marguerite Gobelin et le Sr. Thomas Bertrand, en l'année 
1698. 

Par l'acte du 19 Mai 1690, la veuve du dit Charles Jo- 
seph de Lauson, et sa donataire universelle aux termes de 
leur contrat de mariage, a vendu au Sieur Thomas Bertrand : 
lo. La susdite Seigneurie de la Citière, concédée, le 15 
Janvier 1635, à François de Lauson, qui, dans l'acte de 
vente, est appelé, '^ Sieur de l'Isle ;" 

2o. La Seigneurie de Lauson, " octroyée par la dite com- 
pagnie, par la délibération du 15 Janvier 1636, à Messirc 
Jean de Lauson, Conseiller d'Etat, sous le nom de Mtre. 
Simon Lemaitie qui lui en a passé sa déclaration par de- 
vant Uuguenicr et Huart à Paris le 30 du dit mois de Jan- 
vier ;" 

3o. La rivière du Petit-Pré, consistant en 28 arpents de 
front sur ic Fleuve St. Laurent, sur \h lieue de profondeur, 



9.5 

iivcc 1^' rivage de la nier, Isles, IsloLs el baltarcs étant au- 
devant des dits 28 arpents et rivière du Petit-Pré, dont la 
concession avait été faite au Grand Sénéchal, Jean de Lau- 
son, par son père. Gouverneur de la N.-F. le 1er. Sept. 1652 ; 

4o. Une autre Seigneurie entre celle de Lauson et celle 
de Bellechasse, avec pareille profondeur dans les terres, con- 
cédée par le mémo au même, le 3 Oct. 1653 ; 

5o. Dix arpents de terre, faisant partie de la ferme de la 
Grange, avec la cour el les bâtiments, concédés par le mê- 
me au même, le 14 Août 1655 : 

6o. La Seigneurie qui avait été concédée par le susdit 
Gouverneur de Lauson à son fils Louis de Lauson de la 
Citière et de Gaudarville, le 8 Février 1652 ; 

7o. Les terres concédées au même Louis de Lauson par 
son père le 3 Janvier 1653, près du Cap Rouge ; 

8o. Une étendue de terre de 3 lieues de front sur 3 lieues 
de profondeur, sur le Fleuve St. Laurent, comprenant la ri- 
vière au Saumon vis-à-vis l'Isle-Verte, concédée au dit 
Sieur de la Citière par son père, le 15 Avril 1653 ; 

9o. Plus 20 arpents de front sur le Fleuve St. Laurent 
SU'!' une profondeur de 1| lieue, concédés au dit Sieur de la 
Citière par son père, le 31 Décembre 1653 ; 

Et tout cela vendu " moyennant et pour demeurer par la 
diite Dame de Lauson quitte vers le dit Sieur Bertrand de 
la somme de quatre mille livres dont elle est, entre autres 
choses, débitrice envers lui" ! ! ! 

Il est vrai que plus tard elle adopta des procédés contre 
le dit Thomas Bertrand pour obtenir la rescision de la ven 
te ; et un arrêt du Conseil Supérieur du 6 Oct. 1698, les 
renvoie au Parlement de Paris, on en toute autre cour et 
Jurisdiction que les parties aviseraient bon être. 

Le seul fait que, dans l'acte de vente du 19 Mai 1690, il 
est dit que la Seigneurie de la Citière était " vis-à-vis là 
ville de Québec," démontre que la Dame venderesse ne 
connaissait pas ce qu'elle vendait. 

Enfin, l'acte contient la déclaration suivante : " Appar- 

8 



96 

tenant à la dite Dame Venderesse en la dite qualité de do- 
nataire universelle entrevifs du dit défunt Charles Joseph de 
Lauson, son époux, suivant leur dit contrat de mariage ; 
auquel Sieur son époux tous ces bii-ns appartenaient tant en 
qualité de seul et unique héritier de Messire Jean de Lau- 
son, son père, de Messire Jean de Lauson, Gouverneur do 
la dite Nou-?elle-France, son ayeul, et des dits François 
et Louis de Lauson, ses oncles, qu'autrement à quelques 
titres que ce soit ou puisse être." 

Tel est le résuit it de notes que j'avais recueillies sur les 
membres de la famille des Lauson, qui étaient venus en 
Canada, et qu'un voyage fait récemment à Québec m'a 
fourni l'occasion de rendre aussi complètes que possible. 
L'article est un peu long, il est vrai ; mais il est bon de 
faire remarquer qu'il faut, pour convaincre certaines person- 
nes, une surabondance de témoignagnes. 

L. H. L. 



VICE-ROIS ET LIEUTENANTS GENERAUX 

DES 



Une liste chronologique des grands personnages qui ont 
eu la haute main sur les Colonies Françaises en Amérique, 
et en particulier sur le Canada, ne devra pas être sans inté- 
rêt pour les amis de l'histoire. Nous avons une liste com- 
plète des Gouverneurs et Administrateurs de cette Colonie, 
préparée par feu M. le Commandeur Viger ; mais personne 
n'a publié encore, que nous sachions, la liste complète des 
Yice-Rois et Lieutenants-Générau?c, et autres hauts person- 
nages commissionnés par les Rois de France pour exercer 
dans leurs possessions d'Amérique une autorité supérieure 
à celle des gouverneurs locaux, et qui, par conséquent, ont 
dii s'intéresser à la colonisation et au gouvernement du 
Canada. 

D'abord, notre but était de ne parler que de ceux qui ont 
exercé cette autorité avec le titre de Vice-Roi, comme Ro- 
berval, Soissons, Condé, Montmorency, Ventadour, Dam- 
ville, Feuquières, d'Estrades, et les deux d'Estrées, père et 
fils. Mais, pour ne pas interrompre la chaîne chronologi- 
que, nous avons inclus dans cette liste tous ceux qui, depuis 
Jacques Cartier, ont eu des pouvoirs et des attributions à 
peu près analogues à celles de ces grands dignitaires. 

Les Amiraux de France avaient aussi de l'autorité sur 
Tes Colonies, ainsi que ceux qui les remplacèrent, de 1626 
à 1669, sous le titre de Grands Maîtres, Chefs et Surinten- 
dants de la Navigation et Commerce de France. Le Duc 
de Montmorency était Amiral depuis 1612, lorsque, en 1626 
il se démit de cette charge qui fut supprimée le 16 Janvier 
de cette année, par un Edit qui substituait à la place la charge 
de Grand Maître, Chef et Surintendant Générai de la Navi- 
gation et Commerce de France que le Cardinal Duc de Ri- 



98 

ciielicu oxercj-a jiis(iu'a «a mort, anivôo en Hii>. Il (.■ni j)our 
successeurs dans celte charge, le Duc do- Maillé-Hrézé, en 
IG42, 5 Dec, la Krin*^ Régente, en IGIG, 4 Juillet, le Duc 
de Vendôme en 1G50, 13 Mai, et le Duc de Heanlbrt, fils de 
ce dernier, en 1CG5, mois d'Octobre, en survivance de son 
père, (a) 

En Novembre 1G69, cette charge fut supprimée et celle 
d'Amiral rétablie. Avec le titre de Grand Maître, Chef et 
Surintendant Général de la Navigation et Commerce d<; 
France, Riehelieu exerrait tous les pouvoirs à la fois et mê- 
me ceux des Vice-Rois, comme on le verra plus loin. 

JACQUES CARTIER. 

Le 30 Avril 1534, ai)rès serment pieté devant Messirc 
Charles de Moiiy, Sieur de la Meillerayc, Vice-Amiral de 
France, Jacques Cartier part de St. Malo, et vient à l'Isle 
de Terre-Neuve et dans le Golfe St. Laurent pour prendre 
possession du sol au nom de son Roi. Muni d'une Com- 
mission de Capitaine Général des Vaisseaux, il revient l'an- 
née suivante pour continuer ses découvertes. Parti de St. 
Malo le 19 Mai, il arrive à l'embouchure du Saguenay le 
1er Septembre ; le 13 il entre dans la rivière Sic. Croix (au- 

(a) Puisque les charges d'Amiral et de Vice-Amiral furent sup- 
primées pendant cette période de temps, de 1626 à 1669, Mr. 
Cousin, dans des articles sur le Cardinal Mazarin, publiés dans le 
Journal des Sava)its, 1835-56, ikW. donc une erreur en disant : 

" Le Duc de Vendôme réconcilié avec la lleinc, reçut un jour 
<' de sa main ce titre de Grand Amiral de France, qu'il avait si 
" longtemp^j ixjur.suivi en vaiu pur les roules les plus hazardeuscs. 
" Il obtint mcmc la survivance de cette charge jxjur son lils ca- 
'< Jet, le Duc de Beaufurt qui avait voulu assassiner Mazarin." 

A pins d'un eiulroit il donne encore le tîlre de Grand Amiral 
au Duc de Vendôme. Or le Duc de Vendôme ne fut jamais Grand 
Amiral, mais " CJrand Maître, Chef et Surintentlant Général de 
la Navigation et Commerce de France," cluirge qu'il reçut en 
cflct des mains de la Reine, i(Annc d'Autriche.) en 1G50 et qu'il 
rcuTplil iu"!qu'à S!i m"»rl.eii 1()'>.">. 



99 



jourd'hui St. Charles) avec ses trois vaiss<iaux, et le 2 (octo- 
bre il visite la Bourgade d'Hochelaga, près da Mont-Royal. 
Le 3 Mai 1536, Cartier fait planter à Québec, avec grande 
pompe, une croix haute de 35 pieds, sur laquelle était un 
écusson aux armes de France portant ces mots en lettres 
Romaines : Franciscus Primus Dei Gratid Francorum Rex 



Régnât. 



ROBERVAL. 



En 1540, Jean-François de la Rocque, Seigneur de Rober 
val, obtient de François 1er le litre de " Lieutenant et Gou- 
verneur pour le Roi dans le pays de Canada et d'Hochelaga," 
et Jacques Cartier est pourvu d'une commission de '* Capi- 
taine Général et Maître Pilote de tous les navires et autres 
vaisseaux de mer." Muni de pleins pouvoirs, de la part de 
Roberval, Gouverneur en titre, il part de St. Malo, le 23 mai, 
pour faire son troisième voyage dans la Nouvelle-France. 
Roberval y vient lui-même en 1542, pour aider Cartier à 
fonder un établissement; mais il rencontre celui-ci au havre 
<le St. Jean et ne peut réussir à le faire revenir sur ses pas. 

Charlevoix dit " qu'une simple commission étant trop peu 
de chose pour une personne de la considération de M. de 
Roberval, le Roi, par des lettres patentes qui sont insérées 
dans l'état ordinaire des guerres en chambre des comptes de 
Paris, datées du 15 janvier 1540, déclara celui-ci Seigneur 
de Norimbègue, son Vice-Roi et Lieutenant Général au 
Canada, Hochelaga, Saguenay, Terre-Xeuve, Belle-Ile, Car- 
pon, Labrador, la Grande Baie et Baccalaos, et lui donna 
dans tous ces lieux les mêmes pouvoirs et la même autorité 
qu'il y avait lui-même." 

LE MARQUIS DE LA ROCHE. 

Après les tentatives infructueuses du Sieur de Roberval 
pour coloniser le Canada, il semble y avoir eu suspension 
dans les projets d'établissements ; les uns disent jusque sous 
Henri IV, mais M. Pol de Courcy, dans sa Biographie du 



100 

Muiiinisj <.l<-" 1-H Roche, ci le une commission tle Henri III', en 
date de 1577, donnant à ce dernier " le pouvoir de venir aux 
Terret?-NeuYes prendre possession, sous la protection de la 
France, de tout pays qui ne serait pas déjà possédé par un 
prince allié," M. de Courcy soutient par im raisonnement 
qui a beaucoup de plausibilité, que ce fut en vertu de cette 
commission de Henri III, que le Marquis de La Roche lit 
son expédition de l'Ile de Sable, bien que Champlain, Char- 
levoix et tous ceux qui ont écrit depuis, aient dit que ce fut 
en vertu d'une commission de Henri IV, de 1598. Cette 
dernière commission, datée du 15 janvier, lui conférait le 
litre de " Lieutenant-Général pour le Roi es dits pays de 
Canada, rioclielaga, Terres-Neuves, Labrador, Rivière de 
la Grande Baie de Norimbègue, &c., &c." 

Lescarbot, au chapitre 3 de son Histoire de la Nouvelle- 
France, page 18, dit : 

" En l'an mil-cinq-cens quatre-vingts-seze, le Sieur Mar- 
" quis de la Roche, Gentilhomme Breton, ])rétendant habiter 
" la Nouvelle-France, et y asseoir des Colonies Françoises, 
" ^uicant la permission quHl en avait du Roy, il y mena 
'^ quehpu; nombre de gens, lesquels ( i)our ce qu'il ne 
" cognoissoit point encore le païs) il déchargea en l'Ile de 
" Sable qui est à vingt lieues de terre ferme, un peu plus au 
" Sud que le Cap Breton." Il ajoute que le Manjuis de la 
Roche retourna en France, laissant à l'Ile de Sable les gens 
qu'il y avait débarqués et qui y " demeurèrent l'espace de 
sept ans, vivans du laictage de quelcpies vaciies qui y sont, 
de la chair d'icelles, et de pourceau, et de poissons." Il dit 
aussi que La Roche, à son retour en France, fut fait prison- 
nier par le Duc de Mercœur, Chef de la Ligue. 

Tout cela tend à prouver l'incertitude de la date du voya- 
ge du Marquis de la Roche. Aj)rès avoir donné la date de 
1596, comme ci-dessus, ajoutant que le Marquis avait la 
permission du Roy, Lescarbot reproduit plus loin la com- 
mission accordée à la Roche en 1598, ])ar Henri IV. Comme 
le fait remarquer M. de Courcy, si La Roche fut fait prison. 



101 

nior par le Duc de Mercœnr, commj Chef dv ki Ligue, au 
îelour de son expédition de Plie de Sable, cette expédition 
ne peut pas avoir eu lieu en 1598, puisque cette même 
année le Duc de Mercœur avait fait sa paix, renoncé à 
toute espérance de régner sur la Bretagne, et ne pouvait 
plus emprisonner personne. 

Quoiqu'il en soit, dans l'intervalle des deux commissions 
de la Roche, en 1588, Jacques Noël et un Sieur Chaton, 
neveux de Jacques Cartier, obtinrent de Henri III le com- 
merce exclusif du golfe et du fleuve St. Laurent. Un Sieur 
Ravaillon leur succéda en 1591. 

CHâU¥§3^. 

En 1599, le Sieur Chauvin, de Normandie, Capitaine pour 
le Roi en la Marine, obtint une Commission de Sa Majesté, 
vint à Tadoussac faire la traite des Pelleteries avec les Sau- 
vages, mais il ne réussit pas à fonder un établissement. Il 
avait le titre et les pouvoirs du Marquis de La Roche, mais 
l'entreprise était à ses frais et dépens, tandis que l'expédi- 
tion de La Roche avait été faite aux frais de l'Etat. Chau- 
vin ne songeait qu'aux profits de la traite et mourut sans 
avoir rien fait pour la colonisation et sans avoir rempli ses 
.engagements. 

LE COiVSSVlANDEII^ DE CHATTES. 

Après la mort de Chauvin, le Commandeur de Chattes, 
*' dans des vues très-chrétiennes," dit M. de Champlain, 
obtint une Commission de Sa Majesté et tenta la quatrième 
entreprise d'un établissement dans la Nouvelle-France. 
Pont-Gravé fut chargé de cette expédition, comme naviga- 
teur, et M. de Champlain fit son premier voyage avec lui, 
.en 1603. La Commission spéciale du Commandeur de 
Chattes lui conférait cette charge avec le titre de Lieute- 
nant-Général du Roi et Gouverneur en Amérique, depuis 
^e 40e jusqu'au 52e degré de latitude. 

CQmme nos historiens ont dit peu de choses de ce person- 



iuige, nous croyons ilevoir ajouter les détails suivants |K>ur 
le faire connaître davantage. Dans la " Collection des Do- 
cuments inédits sur Tllistoire de France" par Berger de Xivc- 
rey, on trouve, au bas d'une lettre de Henri IV à M. de 
Buzenval annonçant l'arrivée du Roi à Dieppe, le 27 Aoi1t 
1589, la note suivante sur le Commandeur de Chattes, ou 
Chaste, qui était alors Gouverneur de Dieppe : — 

" Aymar de Chaste, Chevalier de Malte, Commandeur 
de Lornieteau, Lieutenant du Roi au Bailliage de Caux, 
Gouverneur de Dieppe, Ambassadeur en Angleterre, Grand 
Maître de St. Lazare et Abbé de Fecamp, était le troisième 
fils de François, baron de Chaste, et de Paule de Joyeuse. 
Il rendit à la France un immense service en excitant les 
Dicppois, dès le 6 Août, à reconnaître Henri IV, en lui 
adressant immédiatement leur serment de fidélité, en lui ou- 
vrant sans conditions, au commencement de son règne, uae 
ville qui lui assura la libre communication avec l'Angle- 
terre et lui permit ainsi de résister victorieusement aux for- 
ces supérieures du Duc de Mayenne. M. de Chaste devint 
Vice-Amiral de France et mourut en 1602." 

Nous extrayons d'un ouvrage peu connu et très-digne 
d'être cité, les détails suivants sur l'arrivée du Roi à Dieppe : 

" Henri IV se mit à la tête de deux cents chevaux, tra- 
versa la Haute Normandie, malgré le danger d'y être pris 
par les partis de la Ligue qui couvrait tout le pays, et se 
rendit aux portes de Dieppe, le 26 de ce mois d'Août. Les 
bourgeois n'apprirent sa venue que quelques instants plus 
tôt, par deux de ses cavaliers qui s'étaient détachés une 
demie-lieue en avant et avaient accéléré leur marche. Cette 
honorable surprise mit toute la ville en mouvement. Le 
gouverneur monta à cheval pour aller au-devant de lui avec 
sa cornette blanche ; mais à peine fut-il sorti de la porte de 
la Barre qu'il rencontra dans ce faubourg Sa Majesté. M. 
de Chaste sauta de cheval, lui rendit hommage, et ajouta 
qu'il venait remettre dans ses mains son gouvernement, afin 
qu'elle en disposât comme elle le jugerait convenable. Henri 



10:; 

IV lui dit : " Ventre S;iint-Gris, je ne eoiinnis pcrf^oniic (jui 
en soit plus digne que vous." 

" Le Roi n'attendit pas le compliment qu'allait lui faire le 
plus ancien des officiers municipaux, en lui présentant les 
clefs de la ville ; ce bon prince, en les abordant leur dit ces 
mots, qui, des cœurs de nos pères ont passé dans les nôtres : 

" Mes amis, point de cérémonies, je ne demande que vos 
cœurs, bon pain, bon vin, et bon visage d'Hôtes." — (Mé- 
moires chronologiques pour servir à V Histoire de Dieppe. 
Paris 1785.) 

Une mention très-honorable du Commandeur de Chattes 
se trouve dans la lettre suivante de Henri IV à la reine 
d'Angleterre, en date du 20 Avril 1605, extraite de la collec- 
tion de documents inédits sur l'histoire de France, citée plus 
haut : 

Très-haute, très-excellente et très-puissante princesse, 
nostre très-chère et très-amée bonne sœur et cousine. C'est 
avec grand regret que nous n'avons peu despescher plustost 
par delà quelque personne de qualité pour assister à la cé- 
rémonie de l'Ordre de la Jaretière, et y prendre possession 
de nostre place de chevalier, suivant ce qui est porté par les 
Statuts du dict ordre. Mais la diversité des affaires qui 
nous sont survenues ne nous a permis de ce faire jusques à 
ceste heure, que nous envoyons pour cet effect le Comman- 
deur de Chattes, conseiller en nostre Conseil d'Estat, Capi- 
taine de cinquantes hommes d'armes de nos ordonnances, 
gouverneur de nostre ville de Dieppe, et l'un de nos Lieute- 
nants Généraux au gouvernement de Normandie, vous 
priant excuser ce retardement et trouver bon que le dict 
Commandeur assiste de nostre part à la dicte cérémonie, y 
représente nostre personne et satisface à ce qui est porté par 
les dicts statuts, et au reste le croire comme nous mesmes ; 
qui prions Dieu, très-haute, très-excellente et très-puissante 
princesse, nostre très-chère et. très-amée bonne sœur et coii- 



1U4 

sim-, i[u'il \uiis uyt vn sa suiiilc et diurne garde. Esoript à 
Paris, lo 20 jour d'Avril IGOO. 

Voslro bon IVère et eonsin. 

IIkvri 
De Nenfville. 

IVIM. Berger de Xiveuky cité plus haut, et Fréville, 
dans son Mémoire sur le Commerce Maritime de Rouen, 
sont évidemment dans l'erreur en disant que le Comman- 
deur de Cliatles mourut en 1602. Il mourut jicndant le 
premier voyage de M. Samuel de Champlain au Canada 
entrepris sous ses [)ropres auspices en 1603. 

DE MONTS. 

Le Cominandeurde Chattes étant mort durant l'expédition 
de Pont-Gravé, le Sieur de Monts obtint une Commission tle 
Lieutenant-Général du Roi, en Novembre 1603, pour conti 
nuer cette entreprise et sollicita les servicesde Samuel de Cham- 
plain qui fut l'âme de celte nouvelle expédition et de toutes 
celles qui se firent ensuite. Le Sieur de Monts éprouva bien 
des vicissitudes et des contretemps à cause de l'avidité des 
négociants. Sa première Commission fut révoquée, mais 
il en obtint une autre et persévéra courageusement dans ses 
projets. Ce fut en qualité de son Lieutenant que M. de 
Champlain vint fonder Québec en 1608. Son privilège expira 
le 7 Janvier 1609, et pour continuer son entreprise, il dut le 
faire avec la compétition des Marchands qui gâtèrent le com- 
merce des pelleteries par la trop grande avidité du gain. 
Ces embarras ne découragèrent pas Chamj^lain qui trouva 
le moyen de les surmonter. " Il me sembla à propos, dit-il, 
" de me jeter entre les bras de quelque grand, duquel l'au- 
^' torité peust repousser l'envie." 

Il s'adressa en conséquence à M. le Comte de Soissons, 
prince pieux, qui obtint Commission de Sa Majesté pour 
favoriser l'établissement de la Nouvelle-France. 



10.5 



LE COMTE DE SOÏSSOI^S. 

Charles de Bourbon, Comte de Soissons, Pair et Grand 
Maître de France, donna une Commission de Lieutenant à 
M. de Champlain en date du 15 Octobre 1612. Dans cette 
Commission, il prend lui-même le tîlre de Lieutenant Gér 
néral pour le Roi au pays de la Xouvelle-France. Moreau 
de Saint Mery, dans son ouvrage sur les " Lois et Consti- 
tutions des Colonies Françaises" de l'Amérique sous le 
Vent, le met au nombre de ceux qui ont eu Commission de 
Vice-Roi ; et comme il donne la date précise de cette Com- 
mission, 8 octobre 1612, il doit avoir puisé à bonne source. 
De nos historiens lui donnent aussi ce titre et le représentent 
comme le premier de nos Vice-Rois ; mais Charlevoix, 
comme on Ta vu déjà, cite une commission donnant ce 
titre à M. de Roberval dès l'an 1540. Selon lui, par consé- 
quent, Soissons serait le 2d Vice-Roi. 

Quoiqu'il en soit, le Comte de Soissons ne fut pas long- 
temps Vice-Roi, la mort l'ayant frappé dès le lerNov. 1612, 
âgé de 46 ans seulement. 

LE PRINCE DE CONDE. 

Henri de Bourbon II, prince de Condé, premier prince dn 
sang, pair et grand maître de France, à la sollicitation de 
M. de Champlain, voulut -bien donner sa protection à l'en- 
treprise de la Nouvelle-France après la mort du Comte de 
Soissons. Il fut nommé Vice-Roi le 20 Xov. 1612 et, comme 
son prédécesseur, il choisit M. de Champlain pour son 
Lieutenant, lui conférant par là, dit Poirson, le gouverne- 
ment militaire et politique, et de plus, l'intendance ou l'ad- 
ministration civile de ces pays, et lui donnant charge de former 
une association entre les personnes qu'ils jugerait le plus 
capables de servir à la fois la colonisation et le commerce. 
Champlain établit en peu de iemps une nouvelle compagnie 
pour régulariser le commerce et les travaux d'établissement 
La faculté d'y entrer, au moment de sa formation, sous la 



seule condition de ( (.nitrilnuT iiu cnpilid s<.tci:il, lut DlltMii; 
non scultuncnt à tons les njarcliands du royaume, mais 
encore à tous les bourgeois cl à tous les nobles, puisque 
Cliamplain et deMonts, qui luisaient jiartie du corps de lu 
noblesse, en devinrent membres et (jue de Monts donna i)ro- 
curation à Cliamplain " de le faire entrer dans ces sociétés 
de telle somme qu'il adviseroit estre bon pour luy," L'«i 
compagnie, ime l'ois constituée, devait avoir le i)rivilég(î 
exclusil" du commerce de l'Amérique en ce (jui concernai^ 
les castors et autres jx-llelcries. 

Après la mort de Henri IV, assassiné en 16 LO par Ravail- 
lae, il s'était formé des factions à la cour de France, à cause 
de la faiblesse du nouveau gouvernement. La Reine Marie 
de Médicis avait été nommée Régente et Concini, nonm>é 
Maréchal d'Ancre, cxcrcjait sur elle un grand empire. L'al- 
liance de Louis XIII avec une infante d'Espagne augmenta 
le mécontentenKml. Le Prince île Condé avait rendu publics 
ses griefs contre l'état de clioses d'alors, dans un manifeste 
violent qui attaquait surtout le Maréchal d'Ancre. Il fut 
arrêté le 1er Septembre 1616, au milieu du Louvre par Thé- 
mines qui fut alors nommé ISIaréchal de France. 

Cependant, Charlevoix semble penser que Thémines et 
Condé agissaient de concert. Il se trompe vraisemblable- 
ment, au moins il est en désaccord avec les autres liisto" 
riens, lorsqu'il dit : " Le prince croyait faire beaucoup en 
" prêtant son nom ; d'ailleurs, les troubles de la Régence 
" qui lui coûtèrent alors la liberté, et les intrigues qu'on ijt 
" jouer pour lui ôter le tîtrc de Vice-Roy et pour faire révo- 
" quer la Commission du Maréchal de Thémines, à qui il 
" avait confié le Canada pendant sa prison.'" 

THEMINES. 

Pendant la détention du Prince de Condé qui, comme on 
peut le penser, ne pouvait pas remplir les devoirs attachés à 
ses charges, le maréchal Pons de Lausièic-Tliémines-Car- 
.daillac oi^tint de la Reine Régente la charge de Lieutenaiit 



107 

de Roy en la Nouvelle France. M. de Cliainplain nou5 
dit qu'il obtint de lui une Commission de Lieutenant pen- 
dant la détention du Prince. Moreri dit que ce Maréchal, 
descendant de la maison considérable des Seigneurs de 
Lausières, avait épousé Marie de la Noue Bras-de-fer, fille 
d'Ode^, dit François^ Seigneur de la Noue. Il mourut Gou- 
verneur de Bretagne, !e 1 Novembre 1627, âgé de 74 ans. 

LE DUC DE MONTIVIOREMCY. 

Le Prince de Condé ne conserva pas longtemps la char- 
ge de Vice-roi après sa détention. Il la céda, le 10 Février 
1620, à son beau frère le Maréchal Duc de Montmorency, 
pour la somme de onze mille écus. M. de Champlain fut 
continué Lieutenant de ce nouveau Vice-roi et honoré d'u- 
ne lettre de son Souverain en témoignage d'estime et de 
confiance. Occupé dans les guerres du royaume où il se 
distinguait par sa valeur, le Duc de Montmorency se démit 
de sa charge de Vice-roi de la Nouvelle-France, en 1624. 

LE DUC DE VENTADOUR. 

Henri de Lévis, Duc de Ventadour, Pair de France et 
Lieutenant-Général pour le Roi au Gouvernement du Lan- 
guedoc, acheta du Duc de Montmorency les intérêts qu'il 
avait dans la Société de la Nouvelle-France et sa charge de 
Vice-roi " dans le désir et le dessein de faire fleurir la gloi- 
re de Dieu dans ces pays barbarres," selon l'expression de 
M. de Champlain. Il obtint commission du roi à cet eflet 
au commencement de 1625. Il choisit M. de Champlain 
pour son Lieutenant et cette même année, il envoya à ses 
frais et dépens, pour la conversion des Sauvages, six 
Pères Jésuites dont le zèle lui était bien connu. La 
Commission qu'il donna à M. de Champlain porte 
la date du 15 février 1625, et elle représente comme ses 
" prédécesseurs en la dite Lieutenance-Généralle," le Com- 
te de Soissons, le Prince de Condé et le Duc de Montmo- 
rency, sans faire mention du Maréchal de Thcmines, qui 



108 

n'avciit pas eu, comnc eux, le titre de Vice-roi. Le Duc de 
Ventadoui" se démit de sa charge de Vice-Roi en juin 1G27, 
car en date du 30 de ce mois, AI. de Lauzon, écrivant do 
Paris au Cardinal do llielielieu, dit : " J'cxécutay hier vo- 
" tre commandement ayant par devers moi, la démis- 
" sion do Vice-roi do la Nouvelle France, laquelle je me 
" propose do vous mettre en main propre." 

M. de Lauson était l'un des membres de la compagnie 
de la Nouvelle-France et le Duc de Richelieu était alors 
Grand Maître, Chef et Surintendant Général de la Naviga- 
tion et Commerce de France, depuis le mois d'Octobre 1626. 
Les lettres patentes qui créaient cette charge en faveur de 
'Richelieu, supprimaient les charges d'Amiral et de Vice- 
Amiral mais laissaient subsister celle do Vice-Roi. 

Cependant, le Duc do Vcntadour, s'étant démis volontaire- 
ment de cette charge, comme il se démit plus tard de sa 
dignité de Duc pour se faire chanoine de l'Eglise de Paris, 
ne fut pas nnnphicé pendant l'administration de Riche- 
lieu. 

RICHELIEU. 

Sans avoir le titre de Vice-Roi, ni do Lieulenaut-Généra. 
pour le Roi, le Cardinal Duc de Richelieu, comme grand 
maître, chef et surintendant général de la navigation et com- 
merce de France, exerçait évidemment dans les colonies la 
même autorité. Le 27 Avril 1628, le Roi envoya une com- 
mission à Champlain, dans laquelle il lui donnait le litre de 
" commandant, en la NouvelU;-France, en l'absence de notre 
" très-cher et bien aimé cousin le Cardinal do Richelieu, 
" Grand-Maître, Chef, Surintendant Général do la Naviga- 
" tion et Commerce do France." Cotte; Conmiission parlait 
en même temps à Mr. de Champlain des intérêts de la 
Compagnie do la Nouvelle-France dite des Cent Asso- 
ciés pour le Commerce du Pays. 

A son retour à Dieppe, après l'occupation de Québec ))ar 
les Anglais en 1629, Mr. de Champlain dit qu'il reçut du 



109 

Capitaine Daniel revenant du Cap ijicton où il ^'élait cnis 
paré de l'habitation d'un Milord Ecossais, "quelques lettres 
" tant de Monsieur de Lozon surintendant des all'aires de la 
" Nouvelle-France , que de ]M(^ssieurs les Directeurs 
" avec une Commission," de leur part. Cette Commission 
des Intendant et Directeurs de la Compagnie de la Nou- 
velle-France, au Sieur de Champlain, l'un des associés, 
n'était que provisoire, étant donnée à la hâte, au départ des 
vaisseaux, lorsqu'il était trop tard pour avoir celle de Sa 
Majesté et de Monseigneur le Cardinal, alors absents de 
Paris. Cette Commission provisoire, datée de Paris, le 21 
de Mars 1629, et signée de Lozon, Robineau, Alix, Barthé- 
lémy, Quantin, Bonneau, Quantin, Houel, Haquenier et 
Castillon, donnait à Mr. de Champlain le pouvoir " de gou- 
verner et commander pour le service de Sa Majesté, en l'ab- 
sence de Monseigneur le Cardinal au pays de la Nouvelle- 
France." Tout se faisait alors par les associés sous le bon 
plaisir de Sa Majesté et de Monseigneur le Cardinal. 

Cette Commission ne lui fut d'aucune utilité, puisque 
sans secours, il avait été obligé de laisser Québec aux mains 
des Anglais; mais en 1632, cette place fut remise à la 
France ; et INI. de Champlain en fut de nouveau nommé gou- 
verneur ou commandant, l'année suivante, la Compagnie de 
la Nouvelle-France ayant repris tous ses droits et privilèges. 

A la mort de M. de Champlain, le 25 Décembre 1635, M^ 
Bra&-de-Fer de Chateaufort, Commandant au Trois-Rivières, 
fut chargé de gouverner pour Mgr. le Duc de Richelieu, par 
lettres patentes des Messieurs de la Compagnie, en atten 
dant le successeur nommé par le Roi, qui fut M. de Mont- 
magny. Chevalier de St. Jean de Jérusalem. 

MAILLE BREZE. 

Richelieu étant mort à la fin de' l'année 1642, fut rem- 
placé comme Grand-Maître, Chef et Surintendant Général 
de la Navigation et Commerce de France, par le Duc de 
Maillé Brézé, qui est mentionne dans la 3dc Commission 



()f>niu(' par le Roi a M. de ÎNIontiiingny, en dalc du G .In in 
16 15, comme ayant voix délibérativc dans les aflaires de la 
Colonie. 

LE DUC DE DAMViLLE. 

Bien que dans la Commission do M. de Montmagny, citée 
})lns liauf, il ne soit pas question du Vice-Roi d'Amérique, 
il est cependant de fait qu'à celte date, François Christophe 
de Levis, Duc de Darrtville, frère du Duc de Vcntadotir, était 
en possession de ce tîlre, en vertu de Lettres^ Patentes du 
mois de Novembre 1614. Le Duc de Damvillc obtint en 1655 
des provisions confirmatives de celles de 1644. On les trouve 
dans Moreau de Saint Méry, et comme ce sont les plus an- 
ciennes provisions de Vice-Roi que cet auteur ait pu se pro- 
curer, il ne sera pas sans intérêt de les reproduire ici. Elles 
font connaître les droits et les attributions de cette charge, 
ainsi que les faits nombreux qui y sont relatés. On y voit 
que c'est Comme .^lucccsseur du Duc de Ventadour que le 
Duc de Damvillc est nommé à cette charge de Vice-Roi, le 
premier s'en étant " démis volontairement en suppliant le 
Roi d'y pourvoir de qrKîlque personnage qui s'en put digne- 
ment acquitter." 



Lettres de Provisions delà charge de Vice-Roi et Lieute- 
nant-Général pour le Roi, Représentant sa personne, 
dans tous les Ports, Havres, Isles, Côtes, Rivières et 
Terre ferme de l'Amérique, données à M. le Dur. 

d'Ampvillc. 

Du mois tle Juillet 1655. 

Louis, etc. A notre trés-clier et bien amé Cousin le Duc cl' Vinp- 
ville, pair de France, Comte de Biron : Salut. Comme ainsi soit que par 
nos Lettres-Patentes du mois de Novembre 1644, nous vous avons fait, 
constitué, ordonné et établi Vicc-Koi et notre Lieutenant (Jénér.al,, repié- 
eentant notre personne dans toutes les Isles, Cotes et Terre fi^mic de 
l'Amérique, tant celles qui sont habitéps que celles qui le seront ci-aprés 
ainsi qu'il est porté par nos dites Leltrofe-Patentes, lesquelles vou« 
n'avez fait vérifier en nOtie cours de rarleincnt de Tarie daiih l'année de 



111 

i 'expédition d'icelles, ayant pour ce besoin de nos Letties sur ce îiéces- 
saires. Voulant de toute notre affection continuer le même dessein que 
les défunts Rois Henri le Grand notre aïeul, et Louis XIII notre très- 
honoré Seigneur et Père, avaient de favoriser la bonne intention de ceux 
qui avaient entrepris de rechercher et découvrir es pays de l'.lmérique, 
des terres, contrées, et lieux propres et conjmodes pour faire des habi- 
tations capables d'établir des Colonies, afin d'essayer avec l'assistance 
de Dieu, d'amener les peuples qui en habitent les terres à sa connais- 
sance, et les faire policer et instruire à la Foi et Religion Catholique, 
Apostolique et Romame, et par ce moyen y établir notre autorité, et in- 
troduire quelque commerce qui puisse apporter de l'utilité à nos sujets : 
ayant été informé que par les voyages faits le long des Côtes et Isles, 
desquelles nos prédécesseurs en auraient fait habiter quelques unes, il a 
été leconnu plusieurs Ports, Havres, et lieux propres et bien commodes 
pour y aborder, Habiter et donner un bon et grand commencement pour 
l'entier accomplissement de ce dessein, et aussi pour y découvrir et 
chercher chemin facile pour aller au pays de la Chine, de Monoa et 
royaume des Incas, par dedans les Rivières et Terres feraies du dit 
pays, avec assistance des habitants d'icelles : pour faciliter laquelle en- 
treprise ils auraient par Lettres-Patentes du 8 Octobre 1612 donné la 
charge d'icelle à feu notre très-cher et bien amé Cousin le Comte de 
Soissous, et icelui fait Gouverneur et notre Lieutenant-Général du dit pays 
pour y représenter notre personne et amener les peuples d icelui pays 
a la connaissance de Dieu, et les faire instruire à la Foi et Religion Ca- 
tholique, Apostolique et Romaine, ainsi qu'il est plus au long porté par 
les dites Lettres, et depuis son décès à feu notre très-cher et bien amé 
consin le prince de Condé, et ensuite aussi à feu notre très- cher cousin 
le Duc de JVJoutmorency qui s'en serait volontairement démis en faveur 
de notre aussi très-cher cousin le Duc de Ventadour ; lequel y désirant 
voir un progrès selon le dit dessein, et ne pouvant y vaquer selon sou 
zèle, pour les autres grandes ^^occupations qu'il avait pour le service de 
cet Etat, afin de ne laisser une si sainte entreprise qui ne tendait qu'à la 
gloire de Dieu et bien de nos sujets sans effet, notre dit Cousin le Duc 
de Yentadour s'en serait volontairement en personne démis entre les 
mains du feu roi de glorieuse mémoire, et l'aurait supplié d'y pourvoir de 
quelque personnage qui s'en peut dignement acquitter. 

Au moyen de quoi ayant été nécessaire de faire choix de quelque 
sujet de grande naissance et condition, dont la vie à l'honneur vie Dieu, 
le courage et dévotion à notre service nous fussent connus, et qui eut les 
qualités propres pour, en notre ab&ence et par nos ordres, régir et gouver- 
ner les peuples qui sont à-présent et qui seront ci-après en ces quartiers 
là ; sachant en cela ne pouvoir faire une plus digne Election que de 
vous, pour la connaissance que nous avons de votre valeur, courage, 
grande probité, prudence et expérience, qui nous fait croire que vous vous 
acquitterez très-dignement de cet emploi, ayant en vous toutes les qua- 
lités requises ; nous vous avons confirmé et en tant que besoin seroit, vous 
avons fait, constitué, ordonné et établi, confirmons, ordonnons et établis- 
sons par ces présent s eignées de notre main, en la dignité et titre de 
Vice-Roi, représentant notre personne dans toutes les Rivières, Ports, Ha- 
vres, Isles, Côtes et Terre ferme de l'Amérique, tant celles qui sont habi- 
tées par nos sujets, eue de celles qui le seront ci-après, comme Guyana, 
que de celles qui débordent de part et d'autre les Rivières des Amazones, 
Orénoc, Amacousa; Eschiel et Berbichc; que de tons les autres lieux, cou,- 



112 

trées, endroits sans nul excepter, qui ne eoul occupés par aucun princ* 
chrétien, allié de la France ; pour en la dite qualité de Vice-Koi et notre 
Lieitenant-Ciéiiéral y commander en tout le dit pays de 1 Amérique et 
par de-là, tant et si avant que vou^ pourrez éleiidrc et faire étendre no- 
ire nom, avec plein pouvoir d"y étabUr votre autorité, et y a.'^sujettir, sou- 
mettre et f lire obéir tous les peuples de.'^ dites terres circonvoi.snies, les 
apptlaat par toutes les voies les plus douces qui se pourront à la con- 
naissance de Dieu, à la lumière de la Foi et de la Religion Chiétienno 
Catholique, Apostolique et Romaine, y en établir 1 exercice à 1 exclu- 
sion lie toute autre ; défendre les dits lieux de tout votre pouvoir, main- 
tenir et conserver les dits peuples, et tous autres habitués es dits lieux, 
en paix, repos et tranquillité ; y commander tant par mer que par terre, 
ordonner décider et faire exécuter tout ce que vous ou ceux que vous y 
commettrez, jugerez se devoir ou pouvoir faire pour la manutention et 
conservation des dits lieux sous notre autorité et obéissance, par les fer- 
mes voies et moyens prescrits, ou les plus approchans qu'il se pourra 
de nos ordonnances 

Avoir soin de faire vivre les gens de guerre qui seront établis en gar- 
nison, en bonne union, concorde et intelligence, en sorte qu il ne s'y 
commette aucnn desordre ; ei pour y vaquer avec vous, commettre, éta- 
blir, constituer, tous officiers, tant en affaire de la guerre que de la jus- 
tice et police ; pour la première fois et de là en avant nous le.s nommer 
et présenter, pour à votre nomination être par nous pourvu comme nos 
autres olficiers, à la nomination d aucuns Princes et Seigneurs de notre 
Roj'aume, prescrivant sous notre bon plaisir, avec avis de gens prudens 
et capables, des I.oix, ."statuts et Orilonnances, autant qu'il se pourra 
confoimes aux nôtres, notamment eu choses et matières auxquelles n'est 
pourvu par icelles. 

ïraittr, et contracter en notre nom telles paix, alliances et confédéra- 
tions, bonne amitié, correspondance et communications avec les dits 
peuples, leurs Princes ou autres, ayant pouvoir ou commandement sur 
eux ; entretenir, garder et soigneusement observer les Tiaités et alliances 
dont vous conviendrez avec eux, pourvu qu'ils y satisfassent de leur part. 

ft à défaut, leur faire guerre ouverte pour les contraindre et amener 
à teîle raison que vous le jugerez nécessaire pour l'honneur, obéissance 
et service de Dieu, établissement et conservation de notre autorité parmi 
eux. 

Et afin de mieux hanter et conserver paix avec ceux qui seront par 
vous commiK ou envoyés à l'effet ci dessus, et tous nos sujets avec eux 
en toute assurance et liberté, leur donner et octroyer giâces, privilèges, 
charges et honneurs tels que vous aviserez. 

Lequel entier pouvoir susdit voulons et ordonnons, que vous ayez sur 
tou- nosdits sujets ou autres qui se tran'<poi1eroiit et voudront habiter, tra- 
fiquer, négocier et résider es dits pays et lieux, tenir prendre et reserver 
à vous et vous approprier de ce que vous voudrez et verrez être plu?i 
commode et propre à votre clnuge, qualité et usage des dites terres ; en 
départir telles parties et portions à tola droits et censives que vous avi- 
serez ; leur donner et attribuer tels titres et honneurs, droits, pouvoirs 
et facultés que vous verrez et jugerez être bon, besoin ou nécessaire, 
selon les qualités, con<litions et mérite des personnes ; cultiver et faire 
habiter les dites Terres le plus prumptement, doxtrément ei ^^oigneus•c- 
nient, que lo temps, les lieux et endroits d'iceux le pourront permettre : 
*b fiiire ou faire faire à celte fiu leb déeourcrtws et rccou;iai3?ancc en 



l'àendue des dites côtes maiiiimes, et autres contrées de la dite Ten.. 
ieme, pour essayer de trouver le cheniin et routes faciles pour aller es 
di.b pays de la Chine, de Ivkuioa et des lucas par dedar^, les Rivières 
ou leires teimes de« dits Pays; auxquels lieux nous voulons et enten- 
dons qu'ducinis de nos sujets ne puissent à l'avenir aller découvrir, trai- 
ter et négocier, laire trafic et commerce avec les habitans des dits iieux, 
en aucune sorte et manière que ce soit, ni même s*as>ocier pour ce ùiiie 
avec aucuns étrangers, leur donner avis, adresse ni as.sittauce cans vouo 
.permi.'ision ou de ceux qu'à ce laire vous commettrez, à peine de cou- 
tiscaliou des vaisseaux et marchandises, et dix mille livres d amende Cj 
voue pioiit ; et pour le regard de ceux qui mal aiiectiounés à notre ser- 
vice se pourraient associer et donner adresse et assistance aux étrangers, 
seront déclarés lébelles, punis et châtiés exemplairement. 

Et pour tirer intérêt des susdites défenses et avancer autant qu'il vgub 
est possible, ce dessein à la gloire de Dieu, et accroissement de notre 
cûuionne ; estimant que sous l'autorité de votre charge le commerce y 
sera plus certain, et plus de personnes s y habitueront, pour le trafic et 
manufacture de tout ce qui se peut faire es dits lieux ; nous vous avons 
permis et permettons d établir toutes sortes de compagnies pour telle 
sorte de traiic que vous aviserez se pouvoir faire es dits paj's, sous votre 
nom ou tel autre que bon vous sem.blera, y entrer de part, recevoir et 
associer toutes personnes Nobles, Officiers et autres pour trois mille li- 
vres et au-dessus à chacun embarquement, sans pour ce déroger à au- 
cun privilège qui soit acquis, après toutefois que 1-es articles auront été 
vus et communiqués à notre très-cher et tvés-aœé Oncle le Duc do 
\endôrae à cause de sa charge de Grand- Maître, Chef et Surintendant 
du Commerce et Navigation de France, aux droits et pouvoirs de la- 
quelle nous n'entendons pas que les piésenles puissent en aucune ma- 
nière que ce soit nuire m préjudicier, et à la charge de prendre ses con- 
gés et passeports nécessaires à la Navigation et Commerce. Lt pour 
la direction des dites Compagnies, établir où besoin sera, un Bureau et 
Conseil, y nommer et commettre lelles pei sonnes fidelles et gens de 
bien, de prudhomie, nécessaire pour la sûreté hors les hazaids de la mer, 
de 1 argent de ceux qui entreront es dites compagnies, et auxquels, ab- 
sents comnie présents, par les dits nommés et commis sera fait compte 
de ce qui pouna revenir ou aux leurs par le meillenr ordre qui sera avi.-é, 
pour être promptement payé quand il sera demandé après le dit compte 
lait. 

Et parce qus les mines peuvent apporter une grande commodité en 
cettui notre lioyaume, vous ferez soigneusement rechercher et reconnaî- 
tre toutes coites de mines d'or et d'argent, cuivre et autres métaux et 
rninéraox ; iceux fouiller tirer, purger et atfiner pour être convertis e.n 
usage, et en disposer selon et ainsi qu'il est prescrit par nos Ordonnances 
et Règlements sur ce fait en ce Royaume, nous réservant sealement le 
. vingtième denier de ce qui proviendra de celles d or et d'argent ; le sur- 
plus avec ce qui se tiiera des autres métaux et minéraux ou en cas de 
50ciété pour les dites mines, tel droit que vous vous y réserverez, et sur- 
tout autre trafic des dits pays vous demeurera pour subvenir aux frais et 
grandes dépenses que la charge susdite vo.us apportera : voulant que pour 
votre sûreté et commodité et de tous ceux de vos susdits sujets qui s'en 
iront, habiteront et tratiqueroat es dites Teries, comme généralement de 
tous autres qui s y accommoderont de notre autorité par votre permission 
vous puissiez faire birtir et construire un ou plusieurs Fort, Places, ViU&.s 
«t toutes autres maisons, demeures et habitation!», Ports. Havres. Ra- 



traites et logements que vous connaîtrez propres, utiles et nécessaires à 
l*exécution de la dite entreprise; établir garnison de gens de guerre, à 
la garde d'ioeux, vous aider et prévaloixaux eliels susdits des Viigabons, 

Eersonnes oiseux et sans aveu, tant es Villes qu aux champs ; ensera- 
le des condamnés à bannissement perpétuel, ou à cinq ans du moins 
hors de notre Itoyaume, pourvu que ce soit par lavis, consentement et 
autorité de nos Olliciers, et faisant garder et observer nos f. ois et Or- 
donnances de la Marine, et autres choses concernant les pouvoirs par 
nous attribués à la susdite charge de Vice-Koi, et notre Lieutenant Gé- 
néral représentant notre personne, et laire généralement pour le main- 
tien et la conservation des Isles, Côtes et Terre ferme qui sont habitées 
et occupées, et pour la conquête, peuplement et conservation des dits 
Pays, Côtes et Territoires circonvoisins, et de leurs appartenances et dé- 
pendances sous notie autorité, ce que noua mêmes lerions ou pourrions 
faire, si en personne y étions ; jaçoit que le cas requit mandement plus 
spécial que nous ne vous prescrivons par ces dites présentes, vous don- 
nant aussi plein et entier pouvoir pour la conduite et direction du peu- 
plement, culture et distribution des Terres du dit Pays, ( ontinens et 
Isles circonvoisines, à la réservation de la Souveraineté à nous et à nos 
■uccesseurs Rois de France, pour reconnaissance de Foi et hommage de 
tels droits que vous aviserez, promettant confirmer tout ce que par vous 
y sera ainsi concédé ; et à cet etl'et, mandons, ordonnons, et très expres- 
sément enjoignons à tous nos Justiciers, OiHciers et autres nos sujets do 
■'y conformer, et à vous reconnaître, obéir et entendre en toutes et cha- 
cunes les choses susdites circonstances et dépendances, et vous donnent 
aussi à l'exécution d icelies, toute aide, confort, mainforte et assistance 
dont vous aurez besoin, et seront par vous requis. 

Et pour ce que pour habiter les Terres, les cultiver et ensemencer, il 
est nécessaire de les défricher et déraciner les bois dont elles sont cou- 
vertes, et pour ce faire de grands frais, afin d'y subvenir et apporter quel- 
qu'utilité â nos dits sujets ; nous avons permis et pennettons A ceux qui 
seront par vous commis à l'effet susdit de faire débiter les dits bnie, en 
fiaire des cendres es dit^^ '' iv. nour cire amenées et vendues dans notre 
Eoyaume franches et q < impôts et subsides durant dix aa- 

néês. Et pour donner : i:ité à cette notre intention ; nous dé- 

clarons pareillement toutes sortes de munhions de guerre, vivres et au- 
tres choses nécessaires pour l'avituailleraent et embarquement susdits, 
exemptes, quittes et franches de toutes impositions et subsides quelcon- 
ques pendant le dit temps. 

Et afin que personne n en prétende cause d-ignorance de cette notre 
intention, et se veuille immiscer en toute ou partie de la charge, dignité 
ou autre autorité que vous donnons par ces présente», nous avons de no- 
tre certaine science, pleine puissance et autorité Royale révoqué, suppri- 
mé et déclaré nul et de nul effet toutes autres provisions, commissions, 
pouvoirs. Lettres, Expéditions et Concessions sans votre attache, données 
et délivré' ' .|ue ce soit, pour découvrir, conquérir, 
peupler» tels qu'ils soient ; voulant ahn d'y 
renaro uu'- n i ■■i tous ' " et qu'aucun ne n-y en- 

tremette avec éviter le |Ue pourrait eau -ser la 

diversité de coi.. Mi. i..- " 'i'"': i que de vous, où il se 

trouverait aucun pouvoir . qu'ils vous soient représentés 

dans l'an du premiw T(. .ra sous votre chartro p<}ur y être 

par vous donné attache • ition si vous jugez quo bon soit. Où 

>1 '.rrivf.rnit des iiroroi f ' pour rai ^y>n (le ro QV\Q dessus, confis- 



lia 

cations pour contraventions à nos susdites défenses ou déprédations sur 
les étrangers qui s"y voudraient habituer, et expulser nous ou nos dits 
sujets, ou autrement en quelque façon que ce soit contredire le contenu 
de ces présentes, troubler, altérer le dit commerce ou peuplement des 
dites Terres sous noire autorité, comme chose qui regarde un ordre, rè- 
glement et accroissement de notre Etat, nous nous en sommes retenus 
et réservés à nous et à notre Conseil la connaissance, et icelle interdite 
et défendue à tous autres nos Juges et Officiers quelconques. 

Et parce que les Sociétés, accords et traités que nos sujets pourraient 
avoir et faire avec vous sur le commerce, peuplement et distributions 
des Terres des dites Isles, Côtes et terres fermes des dits Pays leur seront au 
commencement à grands frais, et que plusieurs de notre Royaume et des 
plus riches de là pourraient avoir été divertis d'y entrer, par crainte 
qu'un changement à l'avenir de gouvernement des dits Pays sous notre 
obéissance, ne leur fît perdre le gain espéré qui leur aurait fait faire les 
avances nécessaires, et aussi notre intention serait retardée ; nous pour 
enlever tout prétexte de doute et suspicion, avons vali lé et validons dès 
à présent comme pour lors, toutes les sociétés, accords, distributions des 
dites Terres, et autres traités en conséquence des présentes ; promettant 
iceux et toutes provisions, commissions et expéditions qui seront par 
vous faites, concernant l'Amérique, confirmer, agréer, approuver et rati- 
fier et à cette fin de l'entretien du contenu ci-dessus, et que l'on y ait 
égard sans jamràs rien faire au contraire par nous ni nos successeuri 
Rois. 

Mandons et ordonnons à notre très cher et bien amé oncle le. Duc de 
Vendôme, Pair de France, Grand Maître, Chef et Surintendant Général 
de la Navigation et Commerce de ce Royaume, son Lieutenant et tous 
autres qu'il appartiendra, que sur ces dites présentes ils aient à donner 
à notre aussi très cher cousin le Duc d'Ampville, Pair de France, oij à 
ceux qui seront par lui co i.rcàs ou envoyés en l'Amérique, tous congés 
et passeports que les Navires et Vaisseaux sont obligés de prendre, al- 
lant en mer, pour aller et venir, es dites Terres, Côtes et Isles de TAmé- 
rique, avec les marchandises dont ils seront chargés, et les hommes 
et femmes qu'on y voudra transporter sans qu'il leur soit fait ni donné 
aucun trouble ni empêchement, et qu'il soit reconnu es susdits lieux en 
la dite qualité de Vice- Roi, et notre Lieutenaut-Général, représentant 
notre personne par tout et ainsi qu'il appartiendra. 

Si donnons en mandement à nos amés et féaux Conseillers les gens 
tenant Cour de Parlement de Paris, et à tous nos autres justiciers, oifi- 
ciers et sujets de quelque qualité et condition qu'ils soient, chacun en ce 
qui les concerne et regarde, que sans vous arrêter à la surannation de 
nos dites Lettres Patentes du mois de Novembre 1644, ci-attachées 
BOUS le contre scel de notre Chancellerie ni au défaut d'adresse d'icelles 
vous ayez ensemble es présentes à sa requête, poursuite et diligence 
•à les faire registrer, lire et publier purement et simplement selon leur 
forme et teneur es Registres de leurs jurisdictions, pouvoirs et devoirs, 
et partout où besoin sera, sans y faire aucun refus ni défenses au con- 
traire, nonobstant icelle surannation et défaut d'adresse dont nous avons 
relevé et relevons notre dit cousin le Duc d'Ampville par ces dites pré- 
sentes, sans permettre qu'il y soit jamais contrevenu en aucune manière 
que ce soit ; aius fassent soufinr et obéirtous ceux qu'il appartiendra, et 
qui pour ce seront à contraindre, nonobstant oppositions et appellations 
quelconques, pour lesquelles et sans préjudice d'icelles ne voulons être 



11(5 

Allfûié, f.iiGant cesper en lant qu'ù eux appartiendra, ton-; troubles e*. em- 
pêi-lieinents «lU contrai e- 

Prions et roquénuis tous Rois, Potentats, Princes et autres nos bons 
nmis Alliés et Confédérés, leurs Ministres, Olticit'rs et tous autres à 
nous non sujets, vous donner et à ceux qui scro'.it par vous commis et 
tlélégués toute aide, laveur et assi>tance dont ils seront recjuis pour l'exé- 
ruti'ti de ce que dessus, otfrant dVn faire le semblable quand requis en 
serons. Et d'autant que de ces dites présentes Ion pourra avoir affaire 
en plusieurs et divers lieux, nous voulons qu'au vidimus d'icelles dut- 
trtpnt collationnées par l'un de nos amés et féaux Conseillers, Notaire? 
et secrétaires, foi être ajoutée comme au préseut original ; car tel est 
notre plaisir. 

Donné à Laferre, au mois de Juillet, l'an de grâce 1655, et de notre 

Signé : LOUIS. 

Et p.r.s las. fKir i'- iv 1, i;u LoMEXIE. 

Et pcel!é du grand .sceau en cire jaune. 

P.. Ouï le Procureur Général du Roi, à la charge de garder les Ordon- 
nances, Arrêts et Règlements pour le fait de la Marine. A Paris, en 
Parlement ce 21 Janvier 165.S. 

Collationné à 1 original par moi Conseiller Secrétaire du Roi, do la 
Vice Royauté et du Conseil de l'Amérique. 

Signé : Le Covnte. 

ISAAC DE PAS MARQUIS DE FEUQUIERES. 

Le 30 août 1660 le Marquis de Fenqnières fut nommé 
Vice-Roi d'Amériqne, à la place de INI. le Duc de Damville. 
M. le Duc de Vendôme était alors Grand Maître, Chef et 
Surintendant de la navigation et commerce de France, 
ayant succédé dans cette charge à Sa Majesté la Reine 
mère Régenlp, en 1650, 

En 16G1, un arrêt âa Conseil d'Etat, " portant ré- 
vocation des concessions faites antérieurement dos Terres 
et Pays de TAmérique, de l'Afrique et des Indes Orientales 
et qui n*' ?e trouvaî?n1 7"^!== établi-," commence par ses pa- 
roles : 

" Sur ce q-.îi .T CI j icpr. >( iK.- ;m Jloi, étant en son Con- 
seil, par le Sieur Marquis de Feuquière.*!, Vice-Roi de l'A- 
mérique, que plusieurs particuliers ayant dessein d'établir 
des Colonies Françaises en quelque partie du Conlinr-nt de 
l'Amérique et des Indes Orientales, ou des Isles adjacentes, 
&c., se seraient potirvus par devers le dit Sieur de Feuquiè- 



117 

l'es, pour avoir ce droit et permission de prendie au noui de 
Sa Majesté possessioii des dits postes, &c." 

Sa Majesté ajoute à cet arrêt l'ordre qui suit : 

" Louis, &c., &c. — A notre très-clier et bien aimé Oncîe 
le Duc de Vendôme, Pair, Grand Maître, Chef et Surinten- 
dant Général de la navigation et commerce de France, et 
notre amé et féal Conseiller en nos Conseils d'Etat et privé, 
le Sienr Marquis de Feuquières, Vice-Roi, et notre Lieute- 
nant-Général représentant notre personne dans toute l'éten- 
due de l'Amérique, tant Méridionale que Septentrionale, et 
à tous Gouverneurs de nos places maritimes. Officiers et 
Juges de l'Amirauté qu'il appartiendra : Salut : Nous vous 
mancfons et ordonnons par ces présentes, que l'Arrêt ce 
jourd'hui rendu en notre Conseil d'Etat, vous ayez à faire 
publier et afficher dans tous les Havres et Ports des provin- 
ces maritimes de notre Royaume, Places, Habitations, Ha- 
vres et Ports tenus par nos sujets aux dits pays de l'Améri- 
que, à ce que personne n'en prétende cause d^ignorance, et 
tenir la main ferme à l'exécution d'icelui selon sa forme et 
teneur. Donné à Fontainebleau, le 16 Août, l'an de grâce 
1661, et de notre règne le 19e. Signé, LOUIS." 

Dans le récit de son voyage en France, sous le gouverne- 
ment de M. D'Avaugour, M. P. Boucher parle de ce Vice- 
Roi et dit : 

" J'ai oublié de dire que M. deLauson étant repassé en 
France, en 1657, et fesant ses visites à Paris, alla voir M. 
le Marquis de Feuquières qui était pour lors Vice-Roi de 
toute l'Amérique ; et en parlant de l'état du pays et de la 
guerre que les Iroquois nous y fesaient, il lui raconta le 
siège des Trois-Rivières ; lui fit voir la lettre que je lui 
avais écrite après le départ des ennemis et le compte que 
je lui rendais de tout ce qui s'était passé. M. de Feuquiè- 
res, surpris de cet événement, demanda à M. de Lauson 
quelle récompense on m'avait donnée. Il lui répondit : au- 
cune, si ce n'est le commandement de la place, qui me 
fesait honneur, mais ne portail auciui profit. M- de Fou- 



118 

quières résolut de m'eiivoyer des lettres de noblesse, pour 
m'encourager à bien faire mon devoir contre ces infidèles, 
et il me les envoya en 16G1, avec une lettre très-gracieuse 
par laquelle il m'exhortait à continuer de bien servir le Roi 
et le pays. Il me promit de parler de moi au Roi, et de 
me faire connaître de manière qu'il ferait ratifier tout ce 
qu'il venait de faire en ma faveur. JMais il fut disgracié 
trois ou quatre mois après ; c'est pourquoi, lorsque je fus 
arrivé en France, l'ayant été voir, il me témoigna qu'il était 
bien fâché de n'être plus en état de me servir auprès du 
Roi." 

Nous lisons dans un article publié dans le Journal Géné^- 
rai de l'Instruction publique, 18 avril 1846, sur la ptiblica- 
tion des " Lettres inédites des Feuquières, " tirées des pa- 
piers de famille, par Etienne Gallois, Leleux, libraire- 
éditeur : 

" Isaac de Pas, fils de Manassès, devint Lieutenant des 
" armés du Roi, Conseiller d'Etat ordinaire et Lieutenant- 
" Général de i'Evêchô et Province de Toul. En 1660, il fut 
^' envoyé en Amérique en qualité de Vice-Roi, et en 1672 
chargé de diverses négociations en Allemagne," 

LE COMTE D'ESTRADES. 

Godefroy, Comte d'Estrades, Maréchal de France, occu- 
pait la place du Marquis de Feuquières, comme Vice-Roi 
d'Amérique, en 1662, puisque, dans une ordonnance royale 
portant cette date et concédant à perpétuité les Iles Lucayes 
et Caïques en faveur de M. d'Ogeron, ses héritiers et ayant 
causes, le Roi ordonne à son Vice-Roi le Comte d'Estrades 
de délivrer au concessionnaire des lettres d'attache. 

Le récit de M. P. Boucher tend à établir qu'il avait été 
nommé dès 1661. 

Comme on l'a vu à l'article précédent, ce monsieur rap- 
porte qu'à son arrivée en France, en 1661, M. le Marquis de 
Feuquières avait cessé d'être Vice-Roi. Il dit en outre, 
dans sa narration, qu'il suivit exactement les instructions 



119 

de M. D'Avaiigour, " comme on le peut voir, ajoute-t-il, 
dans les lettres du Roi et de la Reine mère, de M. le Comte 
d'Estrades, notre Vice Roi, de M. Colbert, de M. Denteron, 
Intendant de Brouage, et de quantité d'autres que je garde 
avec mes commissions." 

M. Boucher nous donne ailleurs une preuve de plus, que 
les Vice-Rois de ce temps s'occupaient au moins quelque 
peu des affaires du Canada. A son retour, il informa M. 
D'Avaugour " qu'il avait emprunté de l'argent pour lever 
100 hommes de travail, par le conseil de M. D^ Estrades^ 
afin de soulager les habitants du pays, d'autant que le Roi 
ne fesait rien payer pour leur passage, au lieu que les mar- 
chands exigeaient 75 frs. par homme," 

M. DE TS^ACY. 

En l'année 1662, le Comte d'Estrades passa en Hollande, 
en qualité d'Ambassadeur, et pendant son absence, le 10 
Nov. 1663, le Marquis de Tracy fut nommé Lieutenant- 
Général du Roi dans toute l'Amérique, avec des pouvoirs 
extraordinaires, et vint en Canada en juin 1665, pour mettre 
de l'ordre dans les affaires de la colonie et soumettre les 
Iroquois par les armes. Il repassa en France le 28 août 166 T. 

C'est à tort qu'on a donné le titre de Vice-Roi à M. de 
Tracy ; il n'était, comme le Maréchal de Thémines, que 
Lieutenant-Général, mais avec des pouvoirs plus étendus 
sur toutes les terres dépendantes du Roi de France dans 
l'Amérique Méridionale et Septentrionale, " ce qu'en Cana- 
da, on appelait Vice-Roi^'''' dit l'Abbé de Latour, dans son 
mémoire sur M. de Laval. En effet, dans une lettre de ca- 
chet, aux Conseils Souverains des Iles, touchant la nomina- 
tion de M. de Tracy, Sa Majesté commence par faire la 
distinction des deux dignités, dans ces termes : " Chers ei 
" bien aimés, nous avons pourvu le Sieur de Prouville Tra- 
" cy de la charge de notre Lieutenant- Général de rAméri- 
" que pour commander en ce pays en l'absence du Sieur 
" Comte d'Estrades, qui en est Vice-Roi, &c., &c." 



120 



LE COMTE D'ESTREES. 

Après la mort du Comte d'Estrades, arrivée en 168&, 
Jean, Comte d'Estrées, et de Tourpes, Maréchal et Vice- 
Amiral de France, fut nommé Vice-Roi d'Amérique. Il ne 
parait pas avoir exercé une grande influence dans les afFai- 
vrs coloniales, après avoir eu ce titre qui était une récom- 
p(ns(* pour des services antérieurs. Cependant, on voit son nom 
ij:;un>r, avec son titre de Vice-Roi, dans quelques commis- 
sions, comme dans celle de commissaire ordinaire de la 
marine aux Iles de l'Amérique donnée par le Roi en Avril 
1698, à M. Mithon de Sennevillc. Il avait servi en Améri- 
que on 1676, 1677 et 1678 ; il avait enlevé l'Ile de Cayennc 
-Mux Hollandais, défait leur Général Bink à l'Ile de Tobago, 
rt jM'is ce fort sur lui six mois après. 

LE COMTE D'ESTREES, FILS. 

Marie-Viclorj Comte d'Estrées, Maréchal de Cœuvres et 
\'ice-Amiral de France, succéda par survivance à tous les 
titres de son père, mort en 1707. Il n'a pas eu de postérité 
•M le titre de Vice-Roi d'Amérique a cessé d'exister avec 
ln=, en 1737. 

Son titre de vice-roi lui est donné dans des documents 
royaux. 

En 1718, mois d'Août, Louis XV sous la Régence du 
Due d'Orléans, fait don au maréchal d'Estrées pour lui e 
-es successeurs, héritiers et ayans causes, de l'Isle de Ste. 
Lucie, et dans l'Acte, il h' qualifie de tous les titres sui- 
vants : 

" Victor-Marie Comte d'ï^strées, Comte de Nanteuil-le- 
haudoin, pre:nicr Baron du Boulonnois, Vice-Amiral et 
Maréchal de France, Gouv(.'rneur des Ville et clifiteau d<' 
Nantes, et Lieutenant Général du Comté Nantois, Grand 
d'Espagne, NotreVice-roi en Amérifi^ue, Commandeur de- 
nos ordres &c. " 



121 

Rectification. 

On lit dans le Grand-Dictionnaire Historique de Moreri : 

" Raimond Balthazar Phelypeaux, Seigneur du Verger, 

'' Lieutenant Général des armées du Roi, Conseiller d'état 

" d'épée, après avoir été envoyé extraordinaire à Cologne, 

" fut ambassadeur extraordinaire à Turin, pui i Vice Roi de 

" Canada^ où il mourut sans alliance en décembre 1713." 

Voici la même erreur répétée sous une autre forme : 

" Biographie universelle." t. 34. p. 23 à 25. 

" Phelypeaux (Raimond Balthasai Marquis de), petit fils 

de Phelipeaux d'Herbault, Secrétaire d'Etat, entra dans la 

carrière des armes, vers 1671 , 

Il parait qu'à l'occasion d'une lettre qu'il fit imprimer à 
Bâle en 1705, après avoir été ambassadeur en Savoie dont 
le Duc avait donné ordre de l'arrêter, il tomba dans une es- 
pèce de disgrâce, puis l'article ajoute : 

" En effet, il parait qu'en Juillet 1709, Phelypeaux fut 
envoyé au Canada comme Gouverneur^ à la place de M. 
de Machault. Il y mourut, sans enfants, au mois de Décem- 
bre 1713." 

Le nom de ]VIr. Machault nous donne ici la clef de l'énig- 
me et le moyeu de rectifier des erreurs qui ont embarrassé 
d'autres écrivains. Voici : 

" Lois et constitutions des colonies françaises de l'Ame- 
rique sous le vent.,, t, L p. XXXII, et t. 2. p. V. 

" Gouverneurs généraux des Iles." 

" 1 juillet, 1702. M. Charles François de Machault, ca- 
pitaine des vaisseaux du Roi, chevalier de l'ordre militaire 
de St. Louis, Gouverneur et Lieutenant Général &c. 

Reçu à la Martinique, le 4 mars 1703, où il signait un 
règlement eu qualité de gouverneur général des Iles tou- 
chant les prises faites par plusieurs corsaires, en date du é 
juin 1703. 

^ MjDït à la Majtinique,. le 7 janvier 1709:^ 



122 

*' Janvier 1709. ) M. Nicolas de Gabarel, chevalier &o.. 
Intérim \ remplit l'intérim. 

"■ 1 janvier 1T09. M. Raymond Balthazar Phelipeaux, 
Grand-Croix de l'Ordre Militaire de Saint-Louis, Lieutenant 
Général de.s armées du Roi, conseiller d'état d'épée. Gou- 
verneur et Lieutenant Général des Isles Françaises et Ter- 
re-Ferme de l'Amérique. 

" Reçu à la Martinique le 3 janvier 1711. 

" Il y meurt le 21 octobre 1713. 

Cela doit prouver suffisamment que M. Balthazar Fholy- 
peaux a été gouverneur des Isles, et non Vice-Roi ou Goii. 
verneur du Canada. 

R. B. 



^CA^^::^^^ 



ORDONNANCES 



DE 



MR. DE MAISONNEUFVE, 



1er. GoiiverneisT de 9fonfreal. 



Nous pensons qu'on nous saura gré de la publication des 
monuments qui nous restent de la première législation locale 
de Montréal. Les documents qui suivent sont tirés des ar- 
chives du Greffe de cette ville, et nous montrent l'esprit qui 
animait ses premiers colont', les dangers auxquels ils étaient 
exposés et les mœurs du temps. Nous aurions voulu y join- 
dre une notice biographique de Mr. Paul Chomedey de 
Maisonneufve qui en fut le premier Gouverneur, mais l'ab- 
sence de quelques renseignements nous force d'ajourner ce 
travail à une autre époque. 

Nous devons cepen.lant donner ici quelques explications 
sur cette fonction de Gouverneur de Montréal. 

Loyseau, en son Traité des offices, nous dit que ces Gou- 
verneurs particuliers n'avaient d'autres pouvoirs que ceux 
conférés aux Capitaines des places et châteaux, et seule- 
ment en ce qui concernait les armes. Ils consistaient à 
" recevoir et loger garnisons, fournir de vivres, munitions, 
" pionniers et autres choses nécessaires pour la guerre. . . . 
" avoir et tenir l'œil ouvert à la garde, sûreté et conserva- 
" tion des dites places, châteaux et forteresses, et, pourvoir 
'* aux choses pour ce requises et nécessaires." 

Ces Gouverneurs n'étaient tenu!* d'observer aucune 



124 

formalité de justice, comme de verbaliser et rédiger par 
écrit leurs procédures et ordonnances. 

Ils n'avaient cependant pas la puissance de vie et de 
mort, et une ordonnance du 7 Mai 1679, leur défendit môme . 
" de faire arrêter et mettre en prison aucun des Français 
" habitués au pays, sans l'ordre exprès du Gouverneur et 
Lieutenant Général, ou arrêt du Conseil Souverain." Cette 
ordonnance leur ôta de plus le pouvoir de condamner aucun 
des habitants à l'amende. 

Ils étaient subordonnés aux Gouverneurs et Lieutenant- 
Généraux, et tenus de faire exécuter leurs ordonnances. 

Nous n'avons pu trouver aucune trace de la commission 
de Gouverneur qui avait été donnée à Mr. de Maisonneufve 
par les Associés de la Compagnie de Montréal ; mais il y 
a tout lieu de présumer qu'elle était conforme à ce que 
iious venons d'exposer ; 

Mr. de Maisonneufve rendait aussi la justice, mais ce n'é- 
tait qu'en vertu d'une commission spéciale, ainsi qu'on le 
voit porté dans un jugement par lui rendu. 

Les pouvoirs de Mr. de Maisonneufve ne s'étendaient pas 
au delà de l'Isle de Montréal, mais ses successeurs, qui tin- 
rent leurs commissions du Roi, virent leurs pouvoirs étendus 
depuis Saurcl jusqu'au dessus de l'Isle de Montréal. 



«#» 



OIÎD ON3?^^]SrCES 



DE 



ME. PAUL DE CIOMEDEY, 

SIEUR DE MASSONNEUVE, 

P[ÎE3nE8 GOUYESNEIR DE MONTREAL, (a) 



Règlement concernant V armement des habitants de Vlsle dt 

Montréal. 



Paul de Chomedey, Gouverneur de l'Isle de Moif- 

TREAL, EN LA NOUVELLE FrANCE ET TERRES QUI EN 
DESPENDENT. 

Quoi qu'il y aye toutes sortes de subjects de se tenir sur 
SCS gardes en ce lieu-cy, pour éviter les surprises des enne- 
mys, et particulièrement depuis le massacre que les hyro- 
auois ont fait des hurons entre les bras des francois contre 
la foy publicque; et du meurtre dernier qu'ils ont faict en ce 
lieu-cy, de quelqu'uns des principaux habitans le vingt cinq 
octobre dernier, néantmoins le désordre est arrivé jusqu'à 
ce point, par une négligence universelle, que les ennemys 

(a) Extraites des Archives du Greffe de Montréal. 



V2C^ 

pourroient avecq beaucoup de facilité s'emparer de Phabila- 
lion s'il n'y estoit pourveu ; au subject de quoy nous avons 
faict le règlement qui s'ensuit, sçavoir : 

Que chascuu tiendra ses armes en estât, et marchera ordi- 
nairement armé ; tant pour sa deffence particulière, que pour 
donner secours à ceux qui en pourraient avoir besoing, sui- 
■yant les occasions qui s'en pourraient présenter. 

Ordonnons expressément à tous ceux qui pourroient n'a- 
voir point d'armes, d'en achepter et s'en fournir suffisamment^ 
avecq les munitions nécessaires, avecq deffences d'en ven- 
dre ou traiter aux sauvages, qu'au préalable, chascun n'en 
retienne ce qui sera nécessaire pour sa defTence. 

Que chascun fera son travail en sûreté autant qu'il est 
possible, soit en s'unissant plusieurs de compagnie pour ce 
subject ; soit en ne travaillant qu'en lieu d'où facillement 
l'on se puisse retirer, en cas de nécessité. 

Déplus que chascun se retirera au lieu de sa demeure tous 
les soirs, lorsque la cloche du fort sonnera la retraite après 
que la porte sera fermée ; faisant deflence d'aller et venir de 
ûuict après la ditte retraite, si ce n'estoit pour quelque né- 
cessité absolue laquelle ne se peust remettre au lendemain. 

Que personne n'yra plus loing à la chasse et pesche sans 
nostre permission, que dans l'estendue des dezerts, et sur la 
grande rivière, que jusqu'au grand courant d'icelle, durant 
l'espace de l'estendue des dits dezerts, deftendans a toutes 
sortes de personnes, de se servir ou prendre des canots, cha- 
louppes et autres vaisseaux, servans à la navigation, qui ne 
leur appartiennent, sans l'exprès consentement des proprié- 
taires d'yceux, si ce n'est en cas de nécessité, pour sauver 
la vie à quelqu'un, ou empescher quelque vaisseau d'aller 
à la dérive, ou de p'érir. 

Le présent règlement commencera d'estre exécuté selon 
sa forme et teneur, cinq jours après la publication d'iceluy, 
dont coppie sera dellivrée au cindicq des habitans ce jour, à 
peine contre les contrcvenans de telle peine ou punition que 



127 

nous jugerons à propos. Fait au fort de Ville Marie, \e 
dix huitiesme jour de Mars mil six cent cinquante huict. 

PAUL DE CHOMEDET, 

Le vingt uniesme jour du d. mois au d. an, par comman^ 
dément du dit sieur Gouverneur, le présent règlement a esté 
leu, publié et affiché a l'issue de la grande messe parroichi- 
ale de Ville Marie en la manière accoustumée et d'iceluy 
dellivré coppie au Sr. Marin Janot cindicq des habitans du 
d. lieu, à ce qu'il n'en ignore, par moi commis au greffe 
soubsigné. basset, commis greffier. 



Ordonnance concernant les boissons fortes. 



Paul de Chomedey, Gouverneur, &c. 

Désirant empeseher la continuation des desordres qui se 
commettent en ce lieu-cy au sujet des boissons, et y apor- 
ter l'ordre nécessaire, nous avons faict et faisons deffence 
de descharger aucune boisson des barques et chaloupes et 
autres vaisseaux aportant des boissons à Montréal, à qui 
qu'elles appartiennent et ce sous quelque congé ou prétexte 
que ce soit, sans nostre permission, à peine envers les con- 
trevenans de confiscation des dittes boissons et d'amandes 
arbitraires applicables au profict de l'Eglise. Faict au Fort 
de Ville-Marie le 9 juillet 1658. 

PAUL DE CHOMEDEY- 



Autre Ordonnance relative aux boissons fortes et autres 

désordres. ■ 



Le Sieur Pacl de Chomedey, &c. 

Estant une chose constante que depuis l'establissement 
de <!P.t1c rolonyo suivant le pieux desseing de messieur'» let 



128 

associés pour la conversion des sauvages, seigneurs de ce 
lieu, nous aurions tousiours travaillé de nostre pouvoir à X 
établir les bonnes mœurs en mettant empeschement à tontes 
sortes de desbauclies et scandales tant par nos seings que 
par nos ordonnances avecq les voyes les plus douces et les plus 
accommodantes aux afftiires des particuliers que l'inclina- 
tion que nous avons pour leur avancement nous auroit peu 
suggérer ; personne ne peult doubter qu'après les excès con- 
tinuels des boissons, les jeux et autres desbauches, les éva- 
sions de ceux qui s'estant obérés pour ce subject, dans le 
désespoir de satisfaire à leurs créantiers, ne trouvent point 
d'aultres voyes que de se desrober et se commettre à une 
fuitte, dangereuse pour leurs personnes, préjudiciable à la 
foy publicque, et à l'establissement de la colonye de cette 
habitation, nous ne soyons obligé suivant le deub de nostre 
charge et pour l'acquit de notre conscience d'y aporter le 
dernier remède, lequel ne pouvant subsister que dedans le 
retranchement entier des occasions. Veu les informations 
des désordres commis au subject des boissons et du jeu et 
ensuitte de l'évasion de Sebastien Dupuy, Nicolas Duval et 
Pierre Papin repris environ à quatre lieues de cette habita- 
tion et ramenés en nos prisons le huict du présent moys et 
an, la ditte évasion causée par les dcbtes excessives par eux 
contractées pour favoriser leurs ivrongneryes et de&bauches 
continuelles, nous défendons à toutes sortes de personnes 
de quelque estât et condition qu'elles soient, habitantes de 
ce lieu ou autres, d'y vendre ou débiter en gros ou en détail 
et soubs quelque prétexte que ce soit, aucunes boi.s8ons eny- 
vrantes, sans avoir auparavant receu nos ordres exprès et par 
escript, à peyne d'amande arbitraire payable par corps et 
sans déj)ort, et de plus nous interdij-sous tous jeux de ha- 
zard ; cassons et annulons toutes promesses par escript ou 
aultrement, directes ou indirectes faittcs ou à faire tant pour 
ce subject que pour toutes aultres sortes de jeux ou desbau- 
ches ; faisons défence aux cabareiiers d'en faire aucune 



129 

poursuite en justice à peyne de vingt livres d'amande et 
confiscation de la ditte somme deub. 

Et pour ceux qui se trouveront convaincus d'avoir fait ex- 
cès de vin, eau de-vie et aultres boissons ennyvrantes, ou 
pour avoir juré ou blasphémé le Saint Nom de Dieu, ils 
seront chastiés, soit par amande arbitraire ou par punition 
corporelle selon l'exigence du cas. Et pour obvier â sem- 
blables évasions mentionnées cydessus, nous avons déclaré 
et déclarons par la présente ordonnance, tous fuyards at- 
teints et convaincus du crime de désertion, comme aussy 
tous ceulx qui les favoriseront en leur fuitte, soit en les ce- 
lant ou les aydant en quelque manière que ce soit, coupables 
du même crime. Si mandons à nos officiers tenir la main 
à l'exécution du présent règlement, et spéciallement au 
scindicq des habitans auquel pour ce subject il en sera don- 
né copye. 

Sera le présent règlement leu, publié et affiché pour estre 
executté selon sa forme et teneur à commencer du jour de la 
publication d'iceluy. Faict à Ville-Marie ce 18 janvier 

1659. PAUL DE CHOMEDEY. 

Le dix-neufe. jour dud moys et an, le présent Règlement 
a esté leu, publié et affiché à l'issue des Vespres de l'Egli- 
se paroise. du dit Ville Marie à ce que personne n'en ignore, 
et d'iceluy dellivré coppie à Marin Janot, Syndic des habi- 
tans d'iceluy en parlant à sa personne par moi commis en 
greffe et tabellionage du d. lieu soubsigné. 

BASSET, commis greffier. 



Autre Ordonnance contre la chasse et la pêche. 



Lï Sieur Paul de Chomede-y, &c. 

Sur les advis qui nous ont esté donnés que plusieurs per. 
sonnes au préjudice de nos deflences preceddentes se met- 
tent jt^uruellemonl en danger d'estre pris des ennemys soit en 



130 

hllftiu à la chasse dans un abandon total, et que mesmemenl 
la permission que nous avons donnée à quelques uns d'y 
aller, à leur instante prière el contre nostre propre inclina" 
tion en estoit en partyc cause, duciuel desordre pourroit s'en 
ensuivre, non seulement la perle particulière de ceulx qui 
pourroient tomber entre les mains des enuemys et le nialheur 
commun de cette habitation, mais aussy empescher l'c?la- 
blissement de la paix générale que l'on prétend faire avccq 
les Hiroquois par le moyeu de leurs gens qui sont prison- 
niers en les contraignant pour les retirer de donner des os- 
tages sufizans pour pouvoir faire avecq eux une paix solide, 
au subject de quoy nous défendons à toutes sortes de per- 
sonnes de s'exposer à aller à la chasse ou pesche en lieu où 
l'on puisse estre en danger d'estre pris desennemys, à peine 
de punition. Faict à Ville Marie le 5 Avril 1659. 

Paul de Chomedey. 



Extrait de Varrest de Sa Majesté donné en son Conseil d''Elai 
à Paris le le Jour de Mars 1G57, ou entre autre chose est 
l'Oiilcnu ^article suivant, lequel est te second du dict crrest, 
signé de Loménie^ et par cotation suit la teneur du dict 
article. 



" Aussylost que les navires seront arrivés au dict pais 
t' &c., faisant Sa Majesté très expresses inhibitions et def- 
•* fences aux dicts habiîants, marchands, facteurs, capitay- 
" nés, matelots, passagers et a tous aultres de traitter en quel- 
" que sorte et manière que ce soit, vin ny eau-de-vye avec 
" les Sauvages à peync de punition corporelle." 

Le présent extrait faict par colation à son original pat 
moy commis au greffe et labcllionnage de Ville Marie soub- 
signé et iceluy leu publié et afliché par commandement de 
M. le Gouverneur de ce lieu, le jour de la Pentecoste à l'issue 
de la grande messe 1659, à ce que personne n'on ignore. 

Paul de Chomedey, 
Basset, commis au greff<?. 



131 

Commission de Claude Robutel, sieur de St. André, à la psr^ 
ception des censives, 4'C., pour être employés à la construc- 
tion d^une chapelle sur la montagne. 

Paul de Chomedey, &c. 

Ayant une entière cognoissance du zèle et affection que 
Claude Robutel, sieur de St. André, habitant de ce lieu, a 
pour l'establissement de la foy en ce pais, en vertu des 
pouvoirs et commissions qui nous ont esté donnés par Mes- 
sieurs les Associés pour la conversion des Sauvages de la 
Nouvelle France en la ditte isle et seigneurie d'icelle, nous 
avons donné pouvoir et commission au dict sieur de St. An- 
dré de recevoir pour les dits sieurs Associés toutes les censi- 
ves qui leur sont deubes par les habitans de la ditte isle, de- 
puis le commencement de son establissement jusqu'à ce 
jourd'huy, datte des présentes, desquelles receptes il don- 
dera quittances conformément aux contrats de concession 
des dicts habitans, dont il tiendra registre ou mémoire, luy 
donnant pouvoir de faire proiicter l'argent qui proviendra 
de la ditte receple pour le tout revenant bon avecq les au!" 
très deniers et efieets qui luy seront mis entre les mains es' 
tré employés suyvant nos ordres ou aultres qu'il appartiendra 
au bastiment et construction d'une chapelle sur la montagne 
de la ditte isle en l'honneur de la très sainte Vierge — le tout 
soubs le bon plaisir de Monsieur l'Evesque. Faict au fort 
de Ville Marie en la ditte isle le 19 Novembre 1661. 

Paul de Chomedey. 



Autre Ordonnance contre la vente desboissoiis aux Sauvages, 



Paul de Chomedey, Sic' 

Vue l'assassinat commis la nuit dernière, de la person- 
ne du nommé Desjardins, meusnier, par les sauvages repu? 



132 

es d e la nation des Lonps, causé par la vente des boissons 
ennyvrantos aux sauvages, nonobstant les ordres exprès cy- 
devant consenlys tant de la part de monsieur le Baron Du- 
bois d'Avaujour, gouverneur général pour Sa Majesté que 
de Monseigneur PEvesque de Pétrée, Vicaire apostolique, 
après avoir considérer les dangers qu'il y a, qu'il n'arrive' 
un massacre général des habitants par les dits sauvages, en 
conséquence de la vente des dittes boissons, dont les pré. 
somptions sont violentes, eu esgard aux insolences ordinai- 
res commises par les sauvages à ce sujet, et le mauvais usa. 
ge qui s'en commet à ce sujet, par les françois nonobstant 
les ordres cydessus dont nous donnerons au plustost advis à 
mon dit sieur le Baron d'Avaugour et à Mons. de Pétrée 
afin d'establir un bon ordre au sujet de la vente des boissons 
tant pour la satisfaction des habitants que des sauvnges, en 
attendant lequel ordre, en vertu du pouvoir que nous avons 
de Sa Majesté, n.,us avons fait et faisons deHense à toutes 
sortes de personnes de quelque qualité et conditions qu'ils 
soient de vendre, donner ny traiter aucunes boissons enny- 
vrantes aux sauvages sous telles j)eines et punition que nous 
verrons bon à faire pour le service de Dieu et le bien de 
l'habitation. Fait à Ville Marie le 21 juin 1GG2. 

Paul de Chomedkv. 

Ordonnance pour la culluFe et le défrichement des Terres. 

Paul ue Cuomedey, &c. 

Comme nous sommes bien et duement adverlys qu'il y 
a beaucoup de personnes en ce lieu, tnnt soldats que servi- 
teurs domestiques, qui ont désir de se f:.ire habitans, à quoy 
faire leur engagement les a empesché de parvenir jusqu'à 
présent., Désirant cfmtribucr de tout nostre possible pour 
les favoriser dans leur dessein que nous trouvons utile pour 
la gloire de Dieu et l'establissemcnl de la colonie aussilost 



133 

que finira leur engagement, nous avons ordonné et ordon- 
nons ce qui suit, scavoir : 

Que nous déclarons pour habitans tous les soldats et 
serviteurs domestiques, lesquels nous promettront de desfri- 
cher ou faire desfricher au plutost qu'ils pourront chacun 
quatre arpens de terre sur le domaine des seigneurs de 
Montréal, à charge qu'ils en jouiront jusqu'à ce qu'il leur en 
ait esté autant desfriché sur les concessions que nous leur 
promettons donner en temps et lieu., Et au regard des sol- 
dats et serviteurs domestiques, lesquels n'auront fait la susd. 
promesse, attendu que la Iraile des peaux et pelleteries avec 
les sauvages appartient aux habitans à l'exclusion de tous 
autres, nous leur faisons expresses inhibitions et defFenses 
de traiter aucunes peaux et pelleteries, directement ou in- 
directement avec les sauvages sous peine de confiscation 
totalle des dites peaux et pelleteries au prolîct du premier 
dénonciateur de quelque qualité et condition qu'il soit de 
l'un ou de l'autre sexe, ce qui luy sera dellivré très fidèle- 
ment des le soir.. Et de plus les dits contrevenants seront 
condamnés en une amende arbitraire. 

Sera le présent règlement leu, publié et affiché et en- 
registré au greffe de ce lieu pour y avoir recours, comme 
aussy sera fait un rooUe qui demeurera au greffe, des nom 
des soldats et serviteurs domestiques qui seront censés ha- 
bitans et de ceux qui ne le seront pas. Fait au fort de 
Ville Marie en la ditte isle le 4 novembre 1662. 

Paul de Chomedey. 



Ordre de Mr. le Gouverneur pour la Milice de la Sfe. 
Famille, Jésus, Marie, Joseph, avec un Roolle des soldats 
dHcelle, du 27 Janvier 1663. - 

Paul de Chomedey, &c. 

Sur les advis qui nous ont esté donnés de divers en- 
droicts que les hyroquois avaient formé dessein d'enlever de 



13] 



«urprise ou de force celle habjialion, ei Jt. secours de Sa» 
Majesté n'estant point encore arrivé, attendu que cotte isle 
appartient à la sainte Vierge, nous avons creu devoir inviter 
etexorter ceux qui sont zelez pour son service, de s'unir en- 
semble par escouades de sept personnes chacune et après 
avoir eslu un caporal à Ja pluralité des voix, nous venir 
trouver, pour estre enroollezet mis au nombre de nostre gar- 
nison, et en celte qualité suivre nos ordres pour la conserva- 
tion et bon règlement de cette habitation, promettant de nos- 
tre part de faire en sorte qu'outre les dangers qui se pour- 
roient rencontrer dans les occasions militaires, les interesls 
particuliers n'en seront point endommagés. Et de plus 
nous promettons à tous ceux qui se feront enrooller pour les 
fins susdites, de les oster du roolle, toutes fois et quantes 
qu'ils nous en requereront. Ordonnons- au sieur Dupuis, 
Major, de faire insinuer le présent ordre au groiïe de ce 
lieu, ensemble les noms de ceux lesquels se feront enrooller 
en conséquence d'iccluy, pour leur servir de marque d'hon- 
neur comme ayans expozô leurs vies pour les interests de 
Nostre Dame et le salut public. Fait à VilleMarie le 27 
Janvier 1663. 

Paul de Chomkdet. 
Le vingt-huictiesme jour des d. mois et an que dessus, par 
commandement de Monsr le Gouverneur, le présent ordre a 
eslé leu, publié et alTiohé en la manière acoustumée à l'issue 
de la grande messe dite en l'Eglise de l'Hospital St. Joseph 
du dit lieu, par nous commis au greffe soubsigné et ensuitte 
insinué au dit greffe par le sieur Zacharie Dupuis Escuyer, 
Major de la dite isle, pour y avoir recours quand besoin 
•cra, et à ce que personne n'en ignore a signé. 



135 

Rooie des Escouades de soldats fait en conséquence de 
l'ordre de l'autre part, a la dilligenee du Sieur Zacario 
Dupuis, Escuyer, Major de la Garnison de l'Isle de Mont- 
réal, du premier jour de Peuvrier mil six cent soixante et 
trois. 



Première Escouade. 

Jean de Lavigne, Caporal 

Malhurin RouUié, 

Robert Pibrov. 

Jullien Averîy dit Lcingevin, 

Thomas Monnier, 

Isaac Nafrechou, 

Mk hel Guibert, 

Deuxiesme Escouade. 

Urbain Bodereau dit Graveline, Caporal 

Jean Aubin, 

Pierre de Vauchy, 

Jean Guerrier, 

Jacques Hordequin 

Claude Marcaut 

Louis de Laporte. 

Troisiesme Escouade. 

Pierre Bonnefons, Caporal 

Pierre Gadoys 

André Fils 

Jean Baptiste Gadoys 

René Langevin 

François Cari 

Antoine Lafontaine. 

Quatriesme Escouade. 

Gabriel Lesel dit Leclos, Caporal 



136 

Maurice Adveily dit Léger 
François Leber 
Michel Morreau 
Jean Cadieu 
Pierre Richomme 
Pierre Malet. 

Cinquiesme Escouade. 

Jean Gasteau, Caporal 
Estienne de Saintes 
André Trajot 
Barthélémy Vibreau 
Pierre Coisnay 
Guillaume Halier 
René Piron dit Lecarmc. 

Sixiesme Escouade. 

Gilbert Barbier, Caporal 
Estienne Trudeau 
Jean Desroches: 
Nicolas Godé 
Paul Benoist 
Pierre Paipin 
François Bailly. 

Septiesme Escouade. 

Pierre Raguideau dit St. Germain 

Tecle Cornélius 

Anthoinc Beaudet 

Pierre Desautels dit Lapoinie 

Jean Baudouin 

Honnoré Langloys dit Lachapelle 

Jean de Niau. 



137 

Huictiesme Escouade. 

Claude Robutel, Caporal 

Robert LeCavelier dit Deslaurier» 

Bénigne Basset 

Jean Gervaise 

Urbain Tessier dit LaVigne 

Jacques LeBer 

Charles LeMoyne. 

Neufiesme Escouade. 

Jacques Mousnier, Capornl 

Jacques Rouîleau 

Estiennne Charapo 

François Tardinet 

Anthoine Brunet 

François Leboulanger 

Robert de Nuermann, hollandais. 

Dixiesme Escouade. 

Jacques Testard dit Laforest, caporal. 

Charles Testard 

Jacques Millots 

Laurent Archambault 

Jacques Dufresne 

André Charly dit St. Ange 

Pierre Dagenets dit Lespine 

Onziesme Escouade. 

Jacques LeMoyne, caporal 

Jean Quentin 

Jullien Blois ou Benoist 

Grégoire Simon 

Laurent Glory 

Michel André dit St. Michel 

Guillaume Grenet 



Douziesiiw Escouade 

Lotiis Preudhomnir. fiipoml 

Henry Perrin 

Hugues Picard dit Lafortune 

Louis Chevallier 

Jacques Beauvais dit Ste. Jamm<» 

Jean Descary 

Jacques Mousseaux dit Laviolelle 

Treiziesme Escouade. 

Mathurin Goyet dit Laviollrttc, Capornl 

Jean Leduc 

François Roisnay 

Pierre Gagnier 

Guillaume Estienne 

Pierre Pigeon 
Laurent Bory 

Quaiorziesme Escouade. 

Le Sieur De Sailly, Caporal 
Gilles Lauzon 
Guillaume Gendron 
Jean Chevallier 
Anthoine Courtemanche 
Pierre Tessier 
Pierre Saulnier 

Quinziesme Escouade. 

Pierre de Lugerat dit Desmoulin«, Caporal 

Jean Lemcrcher dit Laroche 

Mathurin Langevin dit Tiacroix 

Simon G al brun 

Michel Parroissien 

Pierre Chicouane 

Anthoine Rf^nauit 



139 

Seiziesme Escouade. 

Honnoré Dansn}' dit le Toiiranjo, Caporai 

Mathurin Thibaudeau 

Jean Renouil , 

Charles Ptolomel 

Mathurin Jonanneau 

Michel Théodore dit Gilles 

Jean Seelier 

Dixseptiesme Escouade. 

Nicolas Hubert dit Lacroix, Caporai 

Pierre Lorrain 

Louis Loisel 

Marin Jannot dit Lachapelle 

Mathurin Lorion 

Jean Chapperon 

Nicolas Milet dit Le Beauceron 

Dixhuitiesme Escouade. 

Jean Cicot, Caporal 
Mathurin Jousset 
Jacques Beauchamp - 
Elie Beaujean 
Fiacre Ducharno 
Siraon Cardinal 

Dixneuviesme Escouade. 

Jean Valliquet 
Urbain Geté 
Jacques De la porte 
Pierre Gaudin 
Simon Desprez 
René Fillastreau 
Louis Guerostin 

n 



Mu 

Vingt iesme Escouade 

Descoulombiers, Caporal 

Brossard 

Bouvier 

Léger Hébert 

Lavallée 

Pierre Cliaron 

René Fezeret. 



Paul de Chomedey, Gouverneur, &c. 

Estant entièrement informé que les habitants de ce lieu 
prétendans que les marchandises qui s'y vendent et débitent 
sont à des prix excessifs ce qui empesche la subsistance de 
leurs familles, au sujet de quoy et pour autres mattières 
concernant le fait de la police, les d. habitans font des 
plaintes continuelles, ce qui pour'-oit enfin causer quelque 
cedition s'il n'y estoit par nous pourveu. A quoy désirant 
remédier, nous ordonnons que les habitans de la d. isle s'as- 
sembleront Dimanche procliaLii vingt quatriesme de ce pré- 
sent moys au lieu dit le hangard^ pour a la pluralité des 
voys, eslire cinq'pcrsonnes rutables d'entre eux. Lesquelles 
auront pouvoir de juger et rcigler toutes matières concer- 
nantes la police nécessaire pour le bien de cett^ habitation. 
Desquels cinq esleuz les quatre en l'absense des cinq, 
jugeront avec le même pouvoir que s'ils estoient tous en- 
semble les d. mattières concernant la d. police, le tout con- 
formément aux ordonnances Royaux faits pour ce sujet, et 
les ordonnances qui seront faites sur le fait de la d. police 
seront exécutées par le juge ordinaire de ce lieu et par ces "^ 
sergens et de son ordonnance., et touttes les expéditions 
concernant le fait et exercise de la d. police seront receues 
et expédiées par le Greffier de la jurisdiction ordinaire du d. 
lieu.," laquelle police se tiendra au me&rae lieu ou se rend la 



141 

justice ordinaire tous les lundys de chaque sepmaine ; le 
tout sans préjudice aux droits des seigneurs de la d. isle de 
Montréal., sera le présent règlement leu, publié et affiché 
Dimanche prochain issue de la Grande Messe parroichiale 
en la manière accouslumée et ensuitte enregistré au Grefle 
des d. seigneurs. Fait à Ville Marie en la d. isle le quin- 
zièsme febvrier mil six cent soixante et quatre. 

Paul de Chomedey. 

liC dimanche dix septièsme du d. mois de février au d, 
an que dessus, par commandement de Monsieur le Gouver- 
neur, le présent règlement a esté leu, publié et affiché a 
l'issue de la Grande Messe dite en Péglize St. Joseph de Ville 
Marie et ensuitte enregistré au greffe des seigneurs du d, 
lieu par moy commis a iceluy soubsigné à ce que person- 
ne n'en ignore. 

Basset, Greffier. 
A Monsieur le Gouverr, 

Supplie humblement Urbain Baudreau au nom et comme 
procureur sindicq des habitans de ce lieu, et vous remons- 
tre qu attendu le peu d'habitans qui se sont trouvés au han- 
gard de ce lieu pour l'exécution de vostre Règlement du 
quinzièsme février présent mois et an publié et affiché ou be- 
soing a esté à cause de l'incommodité du mauvais temps, 
Il vous plaise ordonner que le d. règlement sera releu, pu- 
blié et affiché en la mesme manière demain à l'issue de la 
grande Messe diti^^e en ce lieu, pour l'exécution du d. Rè- 
glement et que pour cet effect lesd. habitans s'assembleront 
dimanche prochain deuxie. jour de Mars à l'issue de ves- 
pres, au d. hangard, pour par leur voix eslire les personnes 
nécessaires et capables pour régir et gouverner la police des 
d. habitants suivant et conformémeiit à vostre dit Règlement 
et ferez justice. 

Présentée le dimanche 24 février 1664. 

Baudereau. 



14-2 

Soit faict ainsy qu'il est requis ce vingt quatre febvrier 
1664. Paul de Chomedey. 

Le lundi vingt-cinq février 1CG4, le requcste et ordonnan- 
ce de l'autre part escritte avec le règlement de Monsieur le 
Gouverneur de la d. isle de Montrai en dalle du quinzie. 
des d. mois et an a esté leu, publié et affiché en la manière 
accoustumée a l'issue de la grande Messe ditte en l'église 
St. Joseph du d. Villemarie par nous commis au greffe des 
seigneurs de la d. isle soubsigné afin que personne n'en 
ignore. Basset, G. 



L'an mil six cent soixante et quatre et le Dimanche 
deuxie jour de Mars a l'issue de Vespres au hangard de 
VilleMarie l'assemblée des habitans du d. lieu, c'est te- 
nue suivant et conformément au règlement de Monsieur le 
Gouverneur, du quinzie de février dernier pour la nomina- 
tion de cinq Juges de police, lesquels ont proceddé comme 
sensu it : 

Louis Prcudhomme 23 

Gabriel Lesel 19 

François Bailly Lafleur 5 

André Charly St. Ange 12 

Jacq. LeMoyne 23 

Monsr. Gaillard 5 

Mathurin Langevin H 

Robert LeCavelier 1 1 

Monsr. de Belestre 3 

Jacq. Picot LaBrie 24 

Marin Jannot 6 

Jean Leduc 19 

M. Mcssier 4 

M. Desroches 3 

Louis Chevallier 13 

Pierre Gadoyf*, pèrf; 13 



Î43 



Ni kolas Godé t 

Lavigne 2 

M. Claude, serrurier 3 

Mons. Lacroix, tailleur 4 

Pierre Lorrin 
Jean de Niau 

St. Jame 6 

M. Gervaisc 
M. Laverdure 
M. Lauzon 
LeRoy, sergent 
^ M. Bouchard 

Honnoré Langlois 
Bourguignon 

Lesquels habitans après la pluralité de leurs voix ont ess- 
ieu, les personnes des sieurs Louis Prcudhomme, Jacques 
LeMoyne, Gabriel Sel, sieur du Clos, Jacques Picot Sr. de 
la Brie et Jean Leduc, pour juges de la police, du d. Ville 
Marie, qui en ont accepté la charge et promis iceux faire 
leur debvoir suivant les ordonnances Royaux, et ont signé 
le présent acte avec les d* habitans ce jour deuxie Mars 
mil six cent soixante et quatre, a la reserve des d. sieur Du- 
clos et J. Leduc qui ont déclaré ne savoir signer de ce en- 
quis. — Chs. D'Ailleboust, P. Gadoys, J. LeMoyne, Jacques 
Picot, F. Bailly, Louys Prudhomme, J. Vallicquet, F. Piron, 
Claude Fezeret, E. Brossard, J. Roy, M. Langevin, Marin 
Jaimot, P. Gadois, H. Perrin, Honoré Langlois, Michel Pa- 
. roissien, René Fezeret, Basset, notaire. 

Nous Paul de Chomedey, &c. 

Ayant eu communiquation de l'e'slection des députés pour 
le fait et exercise de la police nécessaire de ce lieu, par les 
habitants le deuxie de ce mois, en vertu de nostre ordonnan- 
ce du quinziesme février dernier, par lesquels habitans ont 



Tl l 

esté esleUz, dans leur assemblée du d. deuxie mars, les 
nommés Louis Preudhomme, Jacques Picot dit Labrie, Jac- 
ques Lemoyne, Gabriel Lesel dit leClos et Jean LeUuc, 
sur qnoy aurions mandez venir pardevant nous les d. des- 
putez pour prcsler le serment en tel cas requis, lesquels 
oomparans avons d'iceux prix et reçu le serment après le- 
quel leur aurions enjoinct de bien et fidellement régir et 
gouverner la d. police, suivant et conformément aux ordon- 
nances royaux faits à ce sujet et de la nostre du d. quinzie 
février dernier. Ce qu'ils ont promis et juré faire, ainsi que 
tels desputés sont tenus et obligés, en foy de quoy, les d. 
Preudhomme, Picot et LeMoyne ont sigaé le présent après 
que les d. Lesel et LeDuc ont dit et déclaré ne savoir es- 
crire ni signer de ce enquis. Fait en la présence de mon- 
sieur Dcsmusseaux juge civil et criminel de la terre et sei- 
gneurie de la d. isle et du sieur Migon, Procureur fiscal 
d'icelle, le sixiejourde mars mil six cent soixante et quatre. 
(Signé,) Louys Prudhomme, Jacques Picot, J. LeMoyne, 
Paul de Chomedey, Cs. D'Ailleboust des Muceaux, H. Mi- 
gnon, Procureur fiscal. Basset, greffier. 




GUERRE DE 1812 A 1815. 



BATAILLE NAVALE 



DU 



LA.O OHA-MPL^IN 



PAR UN tEMOm OCULAIRE. 



A Monsieur le Secrétaire de la Société Historique de 
Montréal. 

Monsieur, 

En 1844 ou 1845, vers l'époque où des difficultés s'étaient 
élevées entre l'Angleterre et les Etats-Unis, au sujet de cer- 
taines limites territoriales qui n'avaient pas été jusque là 
formellement définies, un No. d'un journal anglais publié à 
Montréal m'étant tombé par hasard sous la main, j'y remar- 
quai une correspondance anonyme appréciant, au point de 
vue anglais, les engagements, tant de terre que de mer, en- 
tre les Anglais et les Américains depuis 1812 à 1815. Les 
remarques que je vais citer plus loin, sur la perte de la ba- 



146 

taille navale du lacChamplain, m'éloimèrent singulièrement 
moi qui avais été pour ainsi dire témoin oculaire du combat, 
qui en connaissais tous les détails, soit par moi même, soit 
par le canal de plusieurs de mes amis, officiers canadiens 
engagés dans cette affaire ; je ne pus m'empêcher d'éprou- 
ver un sentiment de. dégoût en voyant jusqu'à quel point un 
écrivain, se donnant pour chroniqueur fidèle des événements 
accomplis durant cette intéressante période de notre histoire, 
pouvait fausser les faits et se rendre coupable d'un acte 
d'injustice révoltante. Le correspondant anonyme, désirant 
expliquer les causes de la défaite de notre escadre sur le lac 
Champlain, ne connaissant vraisemblablement pas mieux, 
cite, entre autres choses, le passage suivant de "James, Naval 
" occurrences of the laie wor beiween Great Britain andlht 
" United States :" ^^ AU the Gun-boats^ except the'-^ Mur- 
" ray''\ '•'-Beres/ord''^ and another, abandonned the object as- 
" signed them : [app. no. 90) that is^ ran away almost as soon 
*' as the a'tion commenced ! AU surprise at this wiU cease 
*' when it is known, that not one of the Gun beats had more 
" thaii three seamen on board ; their creics, wilh the excep- 
*' tioîi of afew marines in sonie of them, bting composed of 
" a smaU detachment ofthe 39th. Régiment and of canadian 
" militia ivho spoke the French language only. " 

La calomnie était trop atroce pour que je la laissasse pas- 
ser sans mot dire, et quoique peu versé dans la connaissan- 
ce de la langue anglaise, j'entrepris, sur le champ, de réfu- 
ter cette histoire honteuse, faite sans doute à plaisir par 
M.James, pour ménager la sensibiliié de ses nationaux, 
aux dépens de braves volontaires dont le seul crime était de 
ne parler que la langue de leurs aïeux. Je fis donc voir que 
le Capitaine Daly, du 3me. bataillon de la milic6 incorporée, 
employé dans les chaloupes canonnières, avec les officiers 
et les miliciens de sa compagnie, était le même qui, avec cet- 
te même compagnie, s'était distingué l'année précédente, à 



147 

Chateauguay, d'une manière si remarquable ; qu'il s'était 
volontairement offert, avec ses hommes, au commandant en 
chef pour armer quelques-unes des chaloupes canonnières sur 
le lac Champlain ; que des soldats éprouvés, comme l'étaient 
le Capitaine Daly, les officiers et les miliciens sous ses or- 
dres, courant spontanément à un danger imminent, ne pou- 
vaient être du nombre de ceux qui lâchèrent pied dès le 
commencement du combat ; j'eus beau citer de mémoire le 
nombre des morts et des blessés et invoquer un certain Or- 
dre Général, concernant la belle conduite de cette compa- 
gnie en cette occasion, je ne pus convaincre qu'à demi les 
lecteurs anglais, qui, d'ailleurs, trouvaient leur compte dans 
les faits tels qu'expliqués par James ; il me manquait un docu- 
ment pour ne laisser aucun doute sur l'entière véracité de 
mon récit , l'Ordre Général auquel je viens de faire allusion. 
Je fis mille instances auprès de l'adjudant-général de la 
milice pour me le procurer, mais sans aucun résultat. J'eus 
pour réponse que cet ordre général ne pouvait se trouver, 
au bureau de l'adjudant-général de la milice, et que, s'il 
existait, je ne pourrais me le procurer qu'en ayant recours 
aux archives du dé|3ûrtementde l'adjudant-général de l'armée. 
Force me fut donc de m'en tenir là, n'ayant pu obtenir 
de mon travail qu'un demi-succès. Deux ans après j'ac- 
ceptais la place de député adjudant-général de la milice, 
et, dans les premières vingt-quatre heures de mon installation 
dans le département, j'eus le plaisir de mettre la main sur 
l'ordre général dont on me disputait l'existence deux ans 
auparavant ! Mais alors il n'était plus temps ; ayant perdu 
l'à-propos de cette preuve, quand j'en avais eu besoin, je dus 
remettre à une autre occasion le soin de faire connaître la 
vérité et de venger la mémoire de mes courageux compa- 
gnons d'armes indignement traités. 

L'an dernier, je crois, ou peut-être l'année précédente, 
M. Rogers qui a écrit un livre intitulé : " The riseof Canada 



14S 

*^ fromBarbarisjn io loealth and civilisation^ page 287, " ré- 
pète cette calomnie en ces termes : " The troops cooked 
*' away wliile Downie faught desparetely wilh a flect ivhichj 
" as a whole^ was superior in strenglit to his^ andwhichwas 
" rendered eminently superior bij ihe shameful défection of 
" the gun-boats manned by canadian militia and soldicî^s of 
" the 39th Régiment:' 

Après avoir lu ce passage dans le livre de M. Rogers, je 
pris la peine de lui faire quelques remarques dans une lettre 
que je lui écrivis à ce sujet, lui adressant en même temps 
copie de l'ordre général qui établit si bien le rôle honorable 
que jouèrent nos compatriotes à bord des chaloupes canon- 
nières sur le lac Champlain, en septembre 1814 ; mais jus- 
qu'ici ma lettre est demeurée sans réponse. 

Enfin, dans le cours de la session dernière, une adresse à 
la Reine, priant Sa INIajesté d^accorder la demi-solde aux 
quelques officiers survivants de la milice incorporée qui ne 
l'ont pas reçue, ayant été soumise au concours du Conseil 
Législatif, je crus l'occasion favorable ])Our rétablir la vérité 
des faits accomplis sur le lac Champlain en 1814, faits que 
des historiens ignorants ou malhonnétes'se sont plu à dénatu- 
rer. M'étant chargé de faire valoir cette adresse dans le Con- 
seil Législatif, je pus, dans le cours des débats, citer les preu- 
ves nécessaires pour mettre dans son vrai jour la belle con- 
duite du capitaine Daly et de sa compagnie durant le combat 
naval du 11 septembre 1814. Malheureusement, comme cela 
arrive souvent, je ne pus voir, le lendemain dans les jour- 
naux, qu'un sommaire incomplet de ce que j'avais dit la 
veille, dépourvu des preuves que j'avais données pour établir 
la vérité des faits. 

Maintenant, Monsieur le vSeerétaire, comme je vois qu'un 
des objets de la Société Historique de Montréal, est de tra- 
vailler " à dissiper les erreurs qui se glissent dans la relation 
" de!5 faits de notre histoire, " je crois ne pouvoir 



149 

mieux faire que de vous adresser la présente correspondance, 
afin de placer dans un lieu sûr les pièces justificatives que 
j'ai découvertes et que j'appuie de la connaissance que je 
possède moi-même des faits qui se rattachent à la conduite, 
pleine de valeur et d'esprit chevaleresque, et pourtant si 
honteusement calomniée, de la compagnie des grenadiers 
de l'ancien 3e bataillon de la milice d'élite et incorporée. Si 
comme je le pense, la So.ciété Historique de Montréal con- 
sidère la valeur comme une des plus belles qualités d'un 
peuple, et, s'il est admis qu'on ne peut citer de circonstance 
où cette qualité ait fait défaut chez nos compatriotes, elle 
n'hésitera pas, sans doute, quand le temps lui paraîtra op- 
portun, de publier les renseignements que je lui envoie, et 
sur l'authenticité desquels elle peut compter. Je ne tiens 
nullement à ma correspondance ; la société pourra en 
extraire ce qui lui semblera propre à décider la question et 
cela pourrait paraître d'autant plus nécessaire que, si j'en 
juge par le Ir. exemplaire que l'on a eu la bonté de m'adresser 
la forme sous laquelle la société présente ses travaux aux 
lecteurs diffère entièrement de celle que j'emploie dans ma 
correspondance. 

Les écrivains anglais ont employé bien des détours pour 
expliquer la défaite de notre escadre sur le lac Champlain 
en 1814 ; aucun cependant n'a osé avouer la ^Taie cause : 
la trop haute opinion que nous entretenions de nous-mêmes 
et notre peu d'estime de la valeur de nos ennemis. Cette 
fausse confiance est une erreur bien grande qui a coûté cher 
•à plus d'un peuple, et aux anglais plus souvent peut-être 
qu'à aucun autre. Tous ceux qui ont connu la bouillante 
valeur de l'infortuné Downie savent très-bien que ce brave, 
mais téméraire oiîicier, quinze jours' avant la bataille du lac 
Champlain, déclarait dans un Mess-room à Odell Town, 
qu'avec la " Confiance''' seule — un de ses navires — il pour- 
rait rosser {lick) l'escadre américaine toute entière ! Et en 



loO 

effet, que fit-il le jour du combat ? L'armée ne le vit-elle pas^ 
à huit heures du matin, une lieue en avant de sa flotte, 
attaquer seul l'escadre américaine, et n'est-ce pas un lait 
incontestable qne le pauvre Downie était déjà mort cl son 
navire complètement désemparé avant que Pring, comman- 
dant le " Linnet,'''' })ut tirer son premier coup de canon, pour 
secourir la '•'• Confiance''' ? Le " LinneC ensuite, et le reste 
de la flotte, se présentèrent en ordre serré, combattirent pen- 
dant deux heures et firent infiniment plus de mal à l'ennemi 
que n'avait pu faire l'attaque isolée de la " Confiance^'''* et 
cela longtemps après que ce dernier navire eut amené son 
pavillon. Pour ce qui est des chaloupes canonnières, voici 
ce qui arriva : nos compatriotes, dans trois de ces chalou- 
pes, se placèrent dans l'ordre qui leur avait été assigné, et 
tinrent ferme à leur poste aussi longtemps qu'ils virent le 
drapeau anglais flotter à bord du dernier navire de notre 
escadre ; mais notre pavillon étant enfin amené de toutes 
parts, et tout paraissant alors perdu sans ressource, ils pu- 
rent, à force de rames, échapper à un ennemi tout puissant 
et regagner l'Ile-aux-Noix. Je tiens ces faits de mes amis, 
le capitaine Daly lui-même et son brave lieutenant. Hercules 
Olivier. D'ailleurs nous verrons bientôt, par la liste des 
morts, comparée au nombre respectif des combattants, que 
nos compatriotes, placés au poste le plus exposé, durent sou- 
tenir vaillamment le rude choc des ennemis. Quant aux 
chaloupes canonnières anglaises, quelques-unes d'entre elles 
combattirent courageusement, côte à côte de nos compatrio- 
tes, mais le plus grand nombre, sous les ordres du lieute- 
nant de marine Rayot, prit la fuite dès le commencement 
du combat, ce qui, il n'est guère permis d'en douter, eut 
l'effet d'agir comme agent démoralisateur sur l'esprit des 
équipages denolnî escadre. 

A la page 2 17, t. II, de l'ouvrage intitulé : "yl Historyofthc 
" laU Province of Lower-Canada hy Robert Christie,^' l'au- 



loi 

teur, après avoir raconté, d'une manière sommaire, les prin- 
cipaux faits de la malheureuse expédition de Plattsburgh, 
ajoute ces quelques remarques : " Thus terminated the luck- 
" less and humiliating expédition to Plattsburgh^ with the 
" loss of the squadron ( the giin-boats, oiving to the miscon- 
" duct ofthe officer in command {Lieutenant Rayotj^^excep- 
" ted) and five hundred men of the land forces in killed 
" wounded and missing. This gentleman, Lient : Rayoty 
" soon after his disgraceful Jîightfrom the naval action at 
" Plattsburgh, disapeared, while under arrest, preparatory 
" to his trial by a naval court martial, andwas struck from 
" the navy list.^'' 

Pour ce qui est des observations de M. Rogers que : " The 
" troops cooked away while Downie faught desparately,^* 
il n'y a rien de plus faux ; tout cela n'est que fiction, et il 
est probable que M. Rogers aura coupé, avec des ciseaux, 
aussi bien que le reste de son ouvrage, ces remarques de 
quelque gazette publiée trente ans après la guerre de 1812 : 
c'est tout simplement une invention faite à plaisir pour noir- 
cir la mémoire de Sir George Prévost. Le fait est que 
l'ordre d'avancer donné au son de la trompette, du clairon et 
du tambour, se fit entendre dans toutes les brigades compo- 
sant l'armée aussitôt que parut le premier navire de la flotte 
au détour de Cumberland-head ; chaque régiment prenant la 
position qui lui était assignée, à quart de portée du canon des 
retranchements ennemis, en attendant le mot de comman- 
dement qui devait précipiter ses pas à l'assaut ; les batteries 
anglaises érigées en face des travaux américains se démas- 
quant et ouvrant en même temps leurs feux sur l'ennemi ; 
et tout cela se passant avant que la " Confiance " eut tiré 
sa première bordée. Les chasseurs' canadiens marchant la 
gauche en tête, avec la compagnie légère ou Berczy, qui 
avait perdu, enlongeant la rivière Saranaque, onze hommes 
tués et blessés, et qui avait repoussé l'ennemi chemin faisant, 



\:r2 

étaient déjà dans les batteries avnnt que le Linnel eu paru 
au détour de Cumberhiud-head. Le signal j)our mon- 
ter à l'assaut devait être donné par les brigades Robinson 
et Power, mais ces brigades s'étant égarées dans le bois, 
après avoir traversé la rivière Saranaque, ne purent, à l'iieu- 
re convenue, donner le signal de l'assaut ; et notre Hotte, 
pendant ce délai, ayant été battue, ordre fat envoyé à ces 
deux brigades de revenir sur leurs pas. Quant aux deux 
corps d'infanterie canadienne, qui formaient partie de l'ex- 
pédition, il sulKt de dire qu'ils étaient à V avant- garde en 
marchant sur l'ennemi, longeant le lac Champlain, sous les 
ordres du major-général Brisbane ; et à Varrière-garde^ en 
reprenant la route du Canada, et que l'ennemi ne pat une 
seule fois, pénétrer leurs rangs soit en avançant, soit en re- 
traitant. 

Mais revenons aux chaloupes canonnières et au petit dé-^ 
tachement canadien qui les montaient : les remarques de M. 
Rogers nous les ont fait perdre un instant de vue. Sir George 
Prévost dans une dépêche qu'il écrivait le jour delà bataille, 
à un moment où il lui était impossible de connaître tout ce 
qui s'était passé dans le cours du combat naval, a blâmé, il est 
vrai, la conduite des chaloupes canonnières, mais ces paro- 
les de blâme sont bien compensées par son ordre général 
en date du 1er Décembre de la même année, lorsque, mieux 
renseigné, il crut de son devoir d'accorder un juste tribut 
de louange à quelques braves qui, autrement, se seraient 
trouvés flétris en partageant une censure commane qu'ils 
n'avaient assurément pas méritée. Voici d'abord les paro- 
les de la dépêche à laquelle nous venons de faire allusion : 
" Scarcely had his Majesty''s troops forced a passage accros 
*' the SaranaCj and asccnded the hcighls on which stand the 
" encmy''s works^ that I had the extrême mortification to 
" hear the shout of victory from the enemy''s works, in con- 
'• séquence pf the hrilish Jlag being loivercd on board of the 



153 

"■ Confiance'' and " Linnet » andto see oicr Gun-hoals seek- 
" mg their safety inflight.'' 

Comme nous venons de le faire remarquer, le général en 
chef, écrivait de son quartier-général le jour même de la ba- 
taille ; il ne pouvait donc connaître les détails du combat • 
mais plus tard, ayant été mis au fait des circonstances les 
plus minutieuse, le général Prévost n'hésita plus à rendre 
justice à qui justice était -si légitimement due, et il lança 
l'ordre général que voici : 

Adjutant-general's Office, 
Montréal 1 Dec. 1814. 
General Order, 
" The season of tl.e year no longer requiring the rétention 
" of the detachment of the 3d Battalion embodied Militia, 
" serving in the gun-boats, it is ordered to rejoin the Head 
" Quarters of the Corps. His Excellency the Governor in 
" Chief and Commander of the Forces, considers it an ac^of 
" justice to Capt. Daly and the officiers and men under his 
" command, to express the high sensé he entertains of the 
" laudable zeal which induced them, voluntarily to embrace 
" so ardous abranch of the service and to persévère with for- 
" titude and steadiness in the discharge of its varions duties, 
" in the performance of which the detachment had one ser' 
" géant and eight soldiers killed and one lieutenant and two 
" soldiers wounded in action with the enemy. „ 

(Signed,) Ed. Baynes, Ad.-Gen. N. A. 

• Il est, ce nous semble, bien évident que cet ordre général 
ne pouvait être destiné à complimenter un détachement de 
milice, " ne parlant que français,"" si ce détachement avait, 
comme nous l'assure l'historien Jame's, pris la fuite dès le 
commencement du combat ; d'ailleurs il est clair que lors- 
que l'on fuit sans combattre, l'on ne se fait pas tuer : cela 
n'a pas besoin de [commentaire pour se comprendre. La 



OFFICIERS 



DE LA 



SOCIETE HISTORIQUE 



DE MONTREAL. 



Patrons :i,ir G. E. Caktier, etrHon. P. J. 0. Chauvkau. 

PRESIDENT : M. l'Abbé H. A. B. Vf.rreau. 
yPrési,.,, g„„ Honneur le Juge Beato.v 

Serré taire t> -n 

^^- -LJellemare, Ecuier. 

Trésorier -iir -.t 

^^- Marchand, Ecuior. 

Bihiinfhéraire .... T a n t 

j ■'" ^- -'^- I-ATOUR, Ecnier 

A>^<islnnf-Srrrrh,ire j o ,)...^, ., . 



MÉMOIRES 



DE LA 



SOCIETE HISTORIQUE 



DE MONTREAL. 



HISTOIRE DU MONTREAL 

PAR 

M. DOLLIEE de OASSON. 




MONTRÉAL : 

DES PRESSES A VAPEUR DE "LA MINERVE, 

RUE ST. VINCENT, 16. 

18 68 



HISTOIRE DU MONTREAL. 

1640-1673. 



Manuscrit sans nom d'auteur, apporté à Montréal, en 

Novembre, 1845, par l'Hon. L. Jos. Papineau, copié 

à Paris, pour la Province du Canada. 



Ouvrage attribué à M. François Dollier de Casson, 

Prêtre de St. Sulpice de Paris et 3e Supérieur 

du Séminaire de Montréal. 



AVEC APOSTILLES PAR M. PIERRE MARGRY ET NOTES 
ET APPENDICES PAR M. J. VIGER. 



UN MOT D'EXPLICATION. 



Dans la dernière session du Parlement Provincial, 

TAssemblée Législative du Canada autorisa le Gouver- 
neur, Lord Chs.- Theophilus Metcalle, sur Adresse, à em- 
ployer telle somme d'arçent qu'il jugerait convenable à 
faire copier, pour j'usage de la Province, quelques uns 
des nombreux manuscrits qui sont de dépôt dans les 
bureaux publics de Paris et qui concernent le Canada. 
A la suite de cette Adresse, Thon. L. Jos. Papineau, alors 
à Paris, lut prié par le G-ouvernement coJonial de rem- 
plir le désir de l'Assemblée Législative ; il le voulut 
bien, et, sous la surveillance de M. Margry, il fit copier 
la présente 

"Histoire du Montréal." 
et plusieurs autres manuscrits ayant rapport à l'histoire 
du Canada et qu'il y apporta, cette année, avec lui. Le 
présent mémoire, ouvrage de M. François Dollier de 
Casson, prêtre de St. Sulpice et 3e Supérieur du Sémi- 
naire de Montréal, est un volume de 382 pages, grand 
in 4to, auquel M. Pierre Margry a fait nombre d'apostilles 
qu'on trouvera portées en encre rouge à cette copie du 
MS. (1) pour les mieux distinguer des notes en encre 
noire que j'ai cru devoir faire moi-même, indépendam- 
ment de l'appendice à la suite du texte. 

Montréal, 26 Novembre 1845. Js. Viger. 



Ce mémoire est aasi/rément de M. Dollier quoiqu'il ri en 
porte le nom. La note sur le voyai2;e de IGÔdJusti/ie ce fait. 
Je n'ai pas revu ce Mémoire tout de mes propres i/eux, mais 
il m'a été relu, par le copiste, pendant que Je teyiais l'original 
en main. Comme cela s est fait la nuit, quelques erreurs se- 
ront peut-être restées. Toufejois Je //uis dire que la copie 
sera plus lisible, quoiqu'il // ait, plus claire, mieux orthoirra- 
phiée que C œuvre même de M. Dollier souvent iiidéchijfrable. 

Août 20, 4 h. du matin. 

(1) Los apostilles «le M. Marpry sont insi-réfs en italirjucs au bus des 
pages de ce volume : les iiote> de M Viger sont indiquées comme vi'nant de 
lui. 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



Lettres adressées depuis 1640 jusqu'à 1672. 
A Messiefirs les Infirmes du Séminaire de St. Sulpice, 



Je vous envoie, Messieurs, cette Relation afin qu'elle 
vous serve d'un vaisseau fort commode pour venir au 
Montréal sans que vous ayez besoin de remède pour dis- 
poser vos corps aux rigueurs du voyage ; Si vous êtes 
incommodés d'un mal de mer importun ne craignez pas 
les roullins en ce trajet car le branlement de ce navire 
n'augmentera aucunement vos douleurs : si vous avez 
l'estomac foible et que vous appréhendiez par trop les 
maux de cœur que cause ordinairement une mer agitée, 
fiez-vous sur ma parole, tournez hardiment ce feuillet et 
vous embarquez sans crainte, car je vous promets que 
cette grande traversée vous sera si douce qu'à peine 
vous vous en appercevrez. Si vous avez peur de ces 
mouches que nous appelons maring'ouins qui donnent 
tant d'exercice aux habitants de ce pais, assurez-vous que 
je les bannirai si bien de ce livre que vous n'y en trou- 
verez pas une : si la foiblesse de vos yeux vous fait 



craindre nos neiges je m'offre pour le garant de vos 
vues, pourvu que vous ne vous serviez d'autre navire 
que de celui-ci afin d'y venir : Si vous appréhendez la 
dépense que vous pourroit causer cette entreprise, afin 
de la modérer et épargner votre bourse, je vous offre le 
passage gratis, pourvu que vous me voulliez seulement 
accorder quelques heures de ce temps que Messieurs vos 
médecins ou apothicaires ne vous permettront pas de 
donner à des emplois plus utiles ; que si vous me dites 
" tout cela est bon, mais nous voudrions approcher au- 
" trement de votre beau fleuve pour admirer plus agré- 
" ablement la beauté de son cours," je vous répondrai 
que si quelques uns d'entre vous sont de ce sentiment, 
j'en ai trop de joie pour m'y opposer, qu'ils viennent à 
la bonne heure comme il leur plaira goûter la belle eau 
de nos rapides et apprendre par leurs propres expérien- 
ces que la Seine lui doit céder son nom puisque celle-ci 
est mille fois plus avantageuse à la santé du corps. 



AU LECTEUR. 

Comme je ne souhaite point tromper ceux qui se vou- 
dront donner la peine de lire cette Relation, je veux 
bien les avertir qu'ils ne peuvent pas espérer de moi que 
ce soit sans quelques légères erreurs pour les dates, les 
temps (2) et que je serai si fidèle à leur rapporter toutes 
les belles actions qui se sont faites en ce lieu que je n'en 
obmette un très grand nombre ; premièrement parceque 
la religion de ces personnes pieuses et qualifiées les- 
quelles ont peuplé cette isle au dépens de leur bourse, 
n'a jamais pu souffrir que rien de remarquable parût 
chez les libraires touchant ce qui a été fait ici, si bien 
que je suis contraint aujourd'hui de laisser dans un 
profond silence et au milieu des ténèbres ce qui mérite- 
roit d'être exposé au plus beau jour, lorsque je n'en ai 
pas des témoignages authentiques ; en second lieu il y 
a eu tant d'attaques en ce poste avancé, tant de coups 
donnés et reçus, les témoins y ont été tant de fois re- 
poussés depuis trente-un ans qu'on y est établi, (3) d'ail- 
leurs il y a eu tant de faits considérables pour la piété 
surtout à l'égard des personnes qui soutenoient cet ou- 
vrage, que j'aurois beau examiner et feuilleter les temps 
et les saisons, je serois toujours contraint d'oublier bien 
des choses dignes de mémoire. En troisième lieu je 
vous dirai que j'ai si peu de temps à moi, que je ne puis 
faire autre chose sinon parcourir ce petit jardin de Mars 
prenant sans avoir le loisir de m' arrêter tantôt une fleur 
en un endroit, tantôt en un autre, pour vous former ce 
bouquet ; que si les fleurons qui le composent se trou- 
vent moins artistement accommodés, je ne laisserai pas 
de vous le présenter volontiers, parce qu'il vous sera 
diflB.cile de l'approcher sans que vous ressentiez la suave 

(2) L'ordre des temps. 

(3) Noire auteur écrit donc de IG72 à 1673. (Note de J. Viger.) 



8 

odeur de cet Epoux des Cantiques qui s'est fait suivre 
dans des pays aussy éloignés par tant de personnes con- 
sidérables, soit par leurs démarches du corps, soit par 
les démarches de l'esprit et de l'affection, soit par les dé- 
marches de la bourse dont les largesses ne s'y sont pas 
fait voir avec peu de profusion et ne contribuent pas peu 
encore aujourdhuy aux reconnaissances et hommages 
qui y sont rendus au Créateur de l'univers aux pieds de 
ces nouveaux autels surtout par plusieurs personnes qui 
n'y pourroient pas encore maintenant subsister, ou du 
moins elles y seroient dans la dernière misère sans les 
douceurs charitables de la France qui les aide de temps 
en temps à faire leurs pénitences avec moins d'inquié- 
tude en ce grand éloignement dans lequel elles se 
trouvent de tous leurs amis, après avoir essuyé et couru 
de périls qu'il se verra dans la suite de cette histoire, à 
laquelle les choses qui se sont passées depuis l'an 1640 jus- 
qu'à l'an 1641 au départ des vaisseaux de Canadas en 
France serviront d'un forte belle et riche entrée, ensuite 
nous marquerons toutes les autres années à la tête des 
chapitres, comptant notre année historique depuis le 
départ des vaisseaux du Canada pour la France dans une 
année jusqu'au départ d'un vaisseau du même lieu pour 
la France dans l'an suivant : ce que nous faisons de la. 
sorte parceque toutes les nouvelles de ce pays sont con- 
tenues chaque année en ce qui se fait ici depuis le dé- 
part des navires d'une année à l'autre et en ce qu'on 
reçoit de France par les vaisseaux qui en viennent ; et 
comme nous puisons dans ces deux sources ce que nous 
mandons tous les ans à nos amis j'ai cru que l'ordre na- 
turel voulait que je cottasse aiusy mes chapitres pour 
une plus sure division de cette histoire. 



HISTOIRE DU MONTRÉAL. 



Depuis Tan de Notre Seigneur 16iO jus ju' à 
l'an 1641 au départ des vaisseaux de 
Canadas en France. 

La main du Tout-puissant qui se découvre ici tous les 
jours en ses ouvrages voulut, l'an quarantième de ce 
siècle, se donner singulièrement à connoître par celui du 
Montréal dont elle forma les desseins dans l'esprit de 
plusieurs d'une manière qui faisoit dans le même temps 
voir en Dieu une bonté très grande pour ce pays, auquel 
elle voulut lors donner ce poste comme le bouclier et le 
boulevart de sa défense, une sagesse non pareille pour 
la réussite de ce qu'elle y voulut entreprendre, n'ob- 
mettant rien de ce que la prudence la plus politique eût 
pu acquérir (1) ; une puissance prodigieuse et surpre- 
nante pour l'exécution de cette affaire faisant de mer- 
veilleuses choses en sa considération : tous les anciens 
habitans de la Nouvelle-France savent assez combien il 
leur a vallu d'avoir ce lieu avancé vers la rive ennemie 

(2) pour les amuser et retenir dans leurs terribles des- 
centes ; Ils n'ignorent pas que très souvent cette côte 

(3) a servi de digue aux Iroquois pour arrêter leur furie 
et impétuosité se dégoûtant de passer plus outre, lors- 
qu'ils se voyoient si vigoureusement reçus dans les atta- 
ques qu'ils y faisoient, et la suite de cette histoire fera 
tellement toucher au doigt combien le Canada lui est 

(1) Requérir. * 

(2) Leurs ennemis. 

(3) Isle. 



10 

obligé de sa conservation, qne ceux qui sauront par leurs 
propres expériences la sincérité et vérité de ce discours, 
béniront en le lisant mille fois le ciel, d'avoir été assez 
bon pour prendre et concevoir le dessein d'un ouvrage 
qui lui est si avantageux : que si la bonté de Dieu a paru 
visiblement en cette entreprise, sa sagesse et toute puis- 
sance n'y ont pas brillé avec moins d'éclat, étant vrai 
qu'il est impossible de repasser en son esprit toutes les 
choses qui se firent dans l'année dont nous parlons, sur 
le sujet de Montréal, sans admirer partout ces deux per- 
fections divines qui concouroient tellement l'une avec 
l'autre au dessein duquel nous traitons, qu'il paraissoit 
clairement que cet ouvrage n'appartenoit point aux hom- 
mes mais seulement à la sagesse et au pouvoir infini 
d'un Dieu meu par sa seule bonté à en agir de la sorte ; 
mais voyons un peu. comme ces deux attributs divins de 
la sagesse et de la puissance s'assistèrent l'un l'autre 
afin d'enfanter et de mettre au jour cet ouvrage : La 
providence de Dieu voulant rendre cette isle assez forte 
pour être la frontière du pays, et voulant du reste la 
rendre assez peuplée pour y faire retentir les louanges de 
son créateur lequel y avait été jusqu'alors inconnu, il 
falloit qu'elle jettîit les yeux sur plusieurs personnes 
puissantes et pieuses afin d'en faire une compagnie qui 
entreprit la chose, par ce que la dépense devant être 
grande, elle eût été excessive si plusieurs personnes puis- 
santes et de qualité ne se fussent réunies pour cet effet, 
et l'union n'auroit pas longtemps duré si elle n'avoit été 
entre des personnes pieuses détachées du siècle et entiè- 
rement dans les intérêts de Notre Seigneur, d'autant que 
cette association se devant faire sans espoir de profit 
et en ayant encore même aujourd'huy fort peu à espérer 
d'ici à plusieurs années en ce lieu, elle se seroit bientôt 
détruite si elle avoit été intéressée, quand elle n'auroit 



11 

eu que ce seul chagrin d'être obligée à toujours mettre 
sans espérance de rien recevoir d'un très longtemps : 
de plus il falloit que la Providence divine disposât quel- 
que illustre commandant pour ce lieu, lequel fût homm e 
de cœur, vigoureux, d'expérience et sans autres intérêts 
que ceux de l'éternité : outre cela il falloit que la 
même providence choisît une personne pareillement dé- 
gagée pour y avoir soin des pauvres malades et blessés 
en attendant que le monde se multipliant elle procurât 
à cette isle l'assistance d'un hôpital pour seconder ou 
tenir la place de cette personne, sur quoy il est à remar- 
quer qu'il étoit de besoin que ce fût quelque fille ou 
femme à cause que les personnes de ce sexe sont propres 
à plusieurs choses qiii ne se font pas communément si 
bien par ceux d'un sexe différent dans un lieu où il n'y 
en a point. Mais à vous dire le vrai il falloit que ce fût 
une personne toute de grâce pour venir alors dans ce 
pays si éloigné, si sauvage et si incommode, et il étoit 
nécessaire qu'elle fût extrêmement protégée de la main 
du Tout-puissant afin de conserver toujours le trésor de 
sa pureté sans aucun larcin ou véritable ou faussement 
présumé, venant parmi les gens de guerre : La provi- 
dence a miraculeusement opéré toutes ces choses comme 
nous verrons dans la suite de cette histoire qui nous fera 
également admirer la sagesse de Dieu et son pouvoir : 
mais avant que de parler de cet illustre commandant et 
de cette personne choisie iDour les malades et bles- 
sés, revenons à l'érection de notre sainte compagnie, 
aussi bien n'oserions-nous rien dire présentement de ces 
deux personnes que le Ciel à élues parceque la main de 
Dieu qui travaille fortement chez elles, veut le faire 
comme en cachette ; ces deux ouvrages si nécessaires 
sans que nos associés en aient aucune connaissance jus- 
qu'à l'an prochain, afin qu'ils les reçoivent alors comme 



12 

nue gratification purement céleste : Sur donc voyons 
naître cette belle association et prendre son origine dans 
la ville de la Flèche par le moyen d'une relation de la 
Nouvelle-France, qui, parloit fortement de l'isle du 
Montréal, comme étant le lieu le plus propre du pays 
afin d'y établir une mission et recevoir les sauvages, la- 
quelle Relation vint heureusement entre les mains de 
M. de la Doversière, (1) personne de piété éminente, qui 
fut d'abord beaucoup touché en la lisant, et qui le fut 
encore bien d'avantage quelque temps après, Dieu luy 
ayant donné une réprésentation si naïve de ce lieu qu'il le 
décrivoit à tous d'une façon, laquelle ne laissoit point de 
doute qu'il n'y eut bien de l'extraordinaire là dedans, car 
les guerres avoient laissé si peu de moyens poiu le bien re- 
connoître qu'à peine en pouvoit-on donner une grossière 
idée, mais lui le dépeignoit de toute part non seulement 
quant aux costes et partie extérieure de l'isle, mais encore 
il en dépeignoit le dedans avec la même facilité, il en 
disoit la bonté et beauté et largeur dans ces diflTérens en- 
droits : enfin il discouroit si bien du tout qu'allant parler 
un jour au Révd. Père Channeau,(2)Kecteur du collège de 
la Flèche qui le confessoit et lui disant que Dieu lui avoit 
fait connoître cette isle la lui représentant comme l'ouvra- 
ge auquel il devoit donner ses travaux afin de contribuer à 
la conversion des Sauvages i^ar le moyen d'une belle co- 
lonie française qui leur pouvoit faire sucer un lait moins 
barbare ; que cependant il vît ce qu'il devoit faire et s'il 
croyait que cela fut de Dieu oui ou non, alors ce père éclai- 
ré du ciel, convaincu par ce qu'il cntendoit desabouche, 



(Il Jérôme Lf F{oyer do la Dauversière, (note de J. V.) 

(2) ('limtveaii ou Chain rrau. 

Si M. M. au lieu de corriger et moderniser l'orthograplie de lautc^ur, l'eut 
au contraire suivie et un peu t'tudiée il aurait vu Cliauticaii dans ce nom, 
c'est-à-dire Chauveau et non Chmmrau ou r/iainnran. On mettait plus 
d'un U û celte époque h la place de notre V. 

L'abbé de la Tour dit Ghauvet. (Note de J. V.) 



13 

lui dit-"N'en doutez pas, Mr. employez-vous y tout de bon;" 
étant revenu des jésuites, incontinent il dit tout ce qui s'é- 
toit passé à M. le Baron de Fauquant (1), gentilhonime 
fort riche qui étoit depuis peu venu demeurer chez luy, 
comme dans une école de piété afin d'y apprendre à bien 
servir notre Seigneur, Dieu l'ayant voulu conduire tout 
exprès sous ce pieux prétexte en la maison de son servi- 
teur, afin qu'il se trouvât là à propos pour partager l'hon- 
neur de commencer le travail de cette nouvelle vigne, 
sur quoy il est à remarquer que ce vertueux baron avant 
vu la même Relation que M. de la Doversière en avoit 
été tellement touché qu'il ne lui eût pas plutôt fait con- 
noitre à quoy l'avoit destiné le bon père Channeau, qu'- 
aussitôt il s'ofirit à lui afin de s'associer pour le même 
dessein ; ces deux serviteurs du Tout-puissant étant ainsi 
unis ils prirent résolution d'aller de compagnie à Paris, 
afin de former cjuelque saint parti qui voulût contribuer 
à cette entreprise ; y étant arrivé M. de la Doversière 
s'en alla dans un hôtel où Notre Seigneur conduisit feu 
M. Hollié (2), ces deux ser-^-iteurs de Jésus-Christ se ren- 
contrant en ce palais furent soudain éclairés d'un rayon 
céleste et tout-à-fait extraordinaire, d'abord ils se saluè- 
rent, ils s'embrassèrent, ils se connurent jusqu'au fond 
du cœur, comme St François et St Dominique, sans se 
parler, sans que personne leur eût dit mot et sans que 
jamais ils se fussent vus. Après ces tendres embrassemens 
de ces deux serviteurs de Notre Maitre céleste, M. Olier 
dit à feu M. de la Doversière. — " Je sais votre dessein, 
"je vais le recommander à Dieu, au saint autel ;" cela dit 
il le quitta et alla dire la sainte messe que M. de la Do- 
versière alla entendre, le tout avec une dévotion difficile 

(1; Sic. Fan ou Fau Fauquant. 

Pierre Chevrier, Baron de Fancamp, prêtre. (Note de J.V.j 

( 2) M. J. J. Olier, Fondateur du S'-rainaire de St Sulpice. ( Not^ ils J.V.) 



14 

à exprimer quand les esprits ne sont jjas embrasés du 
même feu qui consumoit ces grands hommes ; l'action de 
grâce faite, M. Holié donna cent pistoles à M. de la Dover- 
sière, lui disant " Tenez voilà pour commencer l'ouvrage 
de Dieu;" Ces cent louis ont été le premier argent qui ait 
été donné pour cet œuvre, prémices qui ont eu la béné- 
diction que nous voyons. Sur quoy il est bien à remar- 
quer que Dieu ayant le dessein de donner dans un cer- 
tain temps pour lors connu à lui seul toute cette isle au 
Séminaire de Saint Sulpice, il en souhaita toucher le pre- 
mier argent par les mains de son très digne fondateur et 
premier supérieur, afin de la lui engager en quelque fa- 
çon et lui donner des assurances qu'il s'y voulait faire 
servir un jour par ses enfants. Après cela ils ne doivent 
pas craindre au milieu des tempêtes, ils n'en seront pas 
abattus puisque Dieu est leur soutien ; et que pour le 
paiement de toutes les grâces qu'il a versées sur cet ou- 
vrage par leur moyen il en a voulu recevoir les arrhes 
par des mains qui lui étaient aussy agréables que celles 
de feu Mr. Holié. Mais reprenons le fil de notre histoire 
et faisons revenir M. de la Doversière trouver son cher 
Baron de Fauquand et exprimons si nous pouvons la joie 
avec laquelle il lui dit ce que nous venons de vous rap- 
porter au sujet de M. llolié ; exprimons si nous pouvons 
l'allégresse de cet illustre ])aron en voyant une telle mer- 
veille, ensuite voyons ces trois premiers associés dans 
leur première entrevue, et exprimons si nous pouvons 
leurs tendres embrassades mélangées de larmes et soupirs. 
Après disons que. Dieu donne })ien parfois de la joie à ses 
servitevirs, disons que chez les grands de ce monde rien 
ne se trouve de pareil, disons enfin que le lien amoureux 
formé par le St. Esprit entre ces trois associés ne se rom- 
pra pas aisément, qu'il sera fort i)our amener de puis- 
sants secours et faire entreprendre des merveilles dans 



15 

l'islé du Montréal : Mais voyons un peu comme Dieu les 
conduit pour la réussite de ce dessein ; il lalloit avant tou- 
tes choses c[u'ils se rendissent les maîtres du lieu que la 
Providence les fesoit envisao^er — mais pour y parvenir il 
étoit nécessaire de traiter auparavant avec M. de Loson 
( 1 ) auquel cette terre avoit été donnée, c'est ce dont 
s'acqiiitta quelques mois après avec beaucoup de ^'igilance 
et de soin le Sieur de la Doversiôre qui ne négligeoit au- 
cune chose à l'égard de cette affaire que le ciel lui avoit 
commise, pour cela il s'adressa au II. P. Charles Lalle- 
mant (2) qui fut si convaincu après l'avoir oui que ce 
dessein étoit de Dieu qu'il se résolut de demander per- 
mission d'aller avec lui trouver M. de Loson dans le 
Lionnais, où il étoit alors, afin de mieux négocier la 
chose ; zèle à qui Dieu donna une telle conviction (3) 
que le traité de cette isle se fit et passa en la ville de 
Vienne (4) peu de temps après, ce qui fut au mois 
d'août du même an 1640. (5) Cela donna un grand con- 
tentement aux nouveaux associés, lesquels pour une 
marque de leur extraordinaire confiance en Dieu avoient 



( 1 •) sic de Lauzon ? 

11 signait Jean de Lauson, jai son autographe. Il était alors Intendant du 
Dauphiné, et fut gouverneur général du Canada de 1651 à 1656. Il partit 
tard dans l'automne sans attendre son successeur. Sa commission n'ex- 
pirait que le 17 janv. 1657. Il laissa pour commander à sa place M. Charles de 
Lauson De Charny Tun de ses fils, frère du Sénéchal. ( note de J.V. ) Voir 2e 
livraison des mémoires de la Société Historique. 

(2) Il signait Lalemant. (Note de J.V.) 
• (3) Brnédictiou. 

(4)? 

(5) M. Paillon dit à ce sujet ; "M. de Lauson cédant aux instances de 
M. de la Dauversière qui fit deux fois à cette fin le voyage de Dauphiné, 
substitua M. Olier et ses associés à sa place, par contrat passé à Grenoble, 
le 17 Août 1640, et approuvé par la Grande Compagnie (dont il tenait sa 
concession de l'Ile) au mois de décembre suivant."' (Vie de M. Olier. Paris 
1841.) (Note de J.V.) Y oir a ppnulûr }io. XYl. 



16 

dès le printemps avant l'accomplissement de cette affaire, 
envoyé au 11. P. Lejeune, lors recteur de Kebecq, vingt 
tonneaux de denrées, outils et autres choses, afin qu'il 
prit la peine de les leur faire conserver pour l'an sui- 
vant : — M. de la Doversière étant retourné de Viennois 
{Sic) après cette heureuse négociation, on commença lors 
de travailler tout de bon à chercher les moyens de faire 
un grand embarquement pour l'an 1641 ; mais si pour 
résister en ce lieu aux incursions des sauvages on avoit 
besoin de gens soldats et résolus, on avoit encore plus 
besoin d'un digne chef pour les commander, ce que re- 
présentant quelque temps après le Sr de la Doversière 
au P. Charles Lallemant, ce bon père lui dit : — " Je sais 
un brave gentilhomme champenois nommé M. de Mai- 
son-neufve (1) qui a telle et telle qualité, lequel seroit 
possible bien votre fait et commission ;" il vit que M. de 
la Doversière désiroit de le connoitre, il lui dit son au- 
berge afin qu'il pût le voir sans faire semblant de rien ce 
qu'il fit fort adroitement et sans que l'on s'apperçut du 
dessein qu'il avoit ; parcequ'il alla tout simplement loger 
dans ci'tte auberge comme s'il n'eut eu autre envie que 
d'y prendre ses repas, et parla ensuite publiquement de 
l'affaire du Montréal qui étoit sur le tapis, afin de voir si 
cela ne lui doiineroit point lieu d'entrer en quelque con- 
versation sur ce fait avec M. de Maison-neufve, ce qui 
lui réussit fort bien, car M. de Maison-neufve ne se con- 
tenta pas dans la conversation de l'avoir interrogé plus 
que tous les autres ensemble sur le dessein proposé, mais 
outre cela, il le vint par après trouver dans le particulier, 
afin de lui dire qu'il seroit bien aise pour éviter les dé- 
bauches de s'éloigner et que s'il pouvoit servir à son 
dessein il s'y oflroit fort volontiers, qu'il avoit telle et 



(l) Paul de Chomedey Sitiur <lo Maisonncurve. Il signait lantùl l'un, 
tanWt l'autre de ces deux noms. Jai de ses autographes. (Note de J. V.) 



11 

telle qualité, qu'au reste ilétoit sans intérêt et avoit assez 
de bien pour son peu d'ambition qu'il emploieroit sa vie 
et sa bourse dans cette entreprise sans vouloir autre 
chose que l'honneur d'y servir Dieu et le Roy son maitre 
dans l'état et profession des armes qu'il avoit toujours 
portées. M. de la Doversière l'entendant parler d'un 
lano-ao-e si chrétien et résolu en fut tout charmé. Il le 
reçut comme un présent de la Providence divine laquelle 
vouloit accomplir son œuvre et l'ofFroit pour cet effet à 
la compagnie naissante du Montréal ; aussi étoit-ce un 
homme digne de sa main, il étoit aisé à voir qu'il en ve- 
noit et étoit propre à réussir dans les desseins qu'elle 
avoit sur cette Compagnie à l'égard de cette isle ; elle 
lui avoit fait commencer le métier de la guerre dans la 
Hollande dès l'âge de 13 ans, afin de lui donner plus 
d'expérience, elle avoit eu le soin de conserver son cœur 
dans la pureté au milieu de ces pays hérétiques et des 
libertins qui s'y rencontrent, afin de le trouver par après 
digne d'être le soutien de sa foi et de sa religion en ce 
nouvel établissement, — elle le r.etint toujours dans une 
telle crainte des redoutables jugemens derniers que 
pour n'être pas obligé d'aller dans la compagnie des mé- 
chants se divertir, il apprit à pincer le luth, afin de pou- 
voir passer son temps tout seul lorsqu'il ne trouveroit 
pas d'autres camarades ; quand le temps fut venu auquel 
elle vouloit l'occuper à son ouvrage elle augmenta telle- 
ment en lui cette appréhension de la divine justice que 
pour éviter ce monde perverti qu'il connoissoit, il désira 
d'aller servir son Dieu dans sa profession en quelques 
pays fort étrangers. Un jour roulant ces pensées dans 
son esprit elle lui mit en mains, chez un avocat de ses 
amis une Relation de ce pays dans laquelle il étoit parlé 
du P. Charles Lalemant, depuis quelque temps revenu 
du Canada. Là-dessus il pensa à part soi que peut-être 



18 

dans la Nouvelle-France il y avoit quelques employs 
où il pourroit s'occuper selon Dieu et son état parfaite- 
ment retiré du monde ; pour cela il s'avisa d'aller voir 
le Père Charles Lallemant auquel il ouvrit l'intention de 
son âme ; le Père jugeant que ce gentilhomme étoit le 
véritable fait de Messieurs du Montréal, il le proposa à 
M. de la Doversière lorsqu'il lui en parla comme nous 
l'avons dit ci-devant, ce qui réussit à son extrême joie 
ainsi que nous l'avons déjà remarqué et ce qui causa des 
contentements indicibles à tous Messieurs les associés, 
particulièrement lorsqu'ils apprirent les avantageuses 
qualités qui brilloient dans ce commandant que la Pro- 
vidence leur donnoit en ce pressant besoin ; il est vrai 
que la joie qu'ils en conçurent s'augmenta encore beau- 
coup lorsqu'ils le connurent plus à fond ; quoique tout 
ce qu'ils remarquèrent en sa personne ne fut rien qu'un 
fort léger rayon de ce qu'il a fait paroitre ici en lui ; on 
a vu en sa personne un détachement universel et non 
pareil, un cœur exempt d'autres appréhensions que de 
celles de son Dieu, et une prudence admirable, mais 
entre autre chose on a vu en lui une générosité sans 
exemple à récompenser les bonnes actions de ses soldats, 
plusieurs fois pour leur donner des vivres il en a manqué 
lui-même, leur distribuant jusqu'aux mets de sa propre ta- 
ble ; il n'épargnoit rien afin de leur faire gagner quelque 
chose quand les Sauvages venoient en ce lieu ; même je 
sais qu'une fois remarquant une extraordinaire tristesse 
dans un brave garçon qui avoit fait voir plusieurs fois 
son cœur contre les ennemis, il l'interrogea et sachant 
que c'étoit à cause qu'il n'avoit rien de quoi traiter aux 
Outaouas, lesquels étoient lors ici, il le fit venir en sa 
chambre, et comme il étoit tailleur de profession il lui fit 
couper jusqu'aux rideaux de son lit pour les mettre en 



19 

capots, afin de les leur vendre et ainsi il le rendit con- 
tent ; snr quoi il est bon de savoir qu'il ne faisoit pas les 
choses pour en tirer aucun lucre, mais par une pure et 
cordiale générosité, laquelle le rendoit digne de louange 
et d'amour, ce que n'ont pas moins mérité plusieurs 
autres qui ne se sont pas moins dépouillés que lui de ce 
qu'ils avoient, d'autant que tout ce qu'ils ont fait n'a été 
que par la cupidité d'un profitable négoce qui cherche 
partout l'utile et le souverain de tous les biens. 

Ce brave et incomparable gentilhomme rencontré, les 
associés ne songèrent plus qu'à de l'argent et à s'assurer 
de bons hommes afin de faire une belle et considérable 
dépense pour Dieu et l'honneur de la France en leur pre- 
mière levée de boucliers, qu'ils résolurent de commen- 
cer au premier départ des navires pour le Cana- 
da, qui étoitau printemps suivant qui étoit celui de 1641. 
Que s'ils réussirent Dieu les assista bien et il leur en coû- 
ta bon, surtout à cause des faux frais que le peu d'expé- 
rience et la tromperie des hommes fait faire en pareille 
occurrence où il est à remarquer que cet embarquement 
se monta à vingt cinq mille écus en France et qu'ils n'é- 
toient encore que six personnes qui contribuassent à ce 
dessein et que partant il falloit que la grâce fut bien forte 
puisqu'elle les obligeoit à tant employer de biens en fa- 
veur d'un ouvrage qu'ils savoient ne leur devoir rien 
rapporter. Enfin le printemps venu ils donnèrent les or- 
dres pour l'embarquement qu'ils résolurent de faire prin- 
cipalement à la Eochelle où Messieurs de Fauquant et 
de la Doversière se rendirent exprès à la prière de leurs 
confrères, afin d'assister M. de Maison-neufve qui y alloit 
après avoir reçu de Messieurs les associés la commission 
de venir conmander en ce lieu où Sa Majesté leur a 
donné le pouvoir de commettre des G-ouverneurs, d'avoir 



20 

du canon et autres munitions de fT^uerre;ces trois Messi- 
eurs ne lurent pas plustôt arrivés à la Uochelle qu'ils re- 
cherchèrent encore de toutes parts du monde propre à 
bien soutenir ce poste, ils ne choisirent pour cet effet 
que de bons hommes en quoi ils avoient d'autant plus 
de raison qu'ils savoient que ce lieu devoit être fort chaud 
et difficile à deffendre par un petit nombre de soldats 
tel que celui qu'ils pouvoient iburnir, vu la multitude 
et la cruauté des ennemis qu'ils y dévoient combattre; 
outre cette levée de soldats ils firent de grandes dépenses 
pour avoir les denrées, outils et marchandises nécessai- 
res à un établissement de la conséquence de celui-ci. 
Enfin ils n'épargnèrent rien pour réussir en leur dessein^ 
mais au reste ils avoient besoin d'une chose qu'ils ne 
pouvoient trouver et que leur ])ourse ne leur pouvoit 
fournir, c'étoit d'une fille ou bien d'une femme de vertu 
assez héroïque et de résolution assez mâle pour venir 
en ce pays prendre le soin de toutes ces denrées et mar- 
chandises nécessaires à la subsistance de ce monde, et 
pour servir en même temps d'hospitalière aux malades 
et blessés ; que si leur argent ne la leur put octroyer la 
providence qui les avoit assistés jusques-là et qui depuis 
l'an 1640 les employoit fortement à cet ouvrage avoit 
pris le soin de disposer à leur insçu la personne dont 
ils avoient besoin, l'amenant à point nommé du fond 
de la Champagne en ce lieu de leur embarquement dans 
le temps qu'ils s'apperçurent de la grande nécessité qu'ils 
en avoient et de l'impossiliilité où ils étoient de la trou- 
ver; chose qui est considérable et qui mérite trop d'avoir 
son récit en cette histoire pour ne la pas rapporter tout 
au long commençant par les premiers mouvemens de la 
vocation que ressent cette bonne fille dont est question 
dans la ville de Langre en l'an 1640 «Miviron la mi-avril 
par le moyen d'un chanoine de ce lieu-là, lequel parlant 



21 

de la Nouvelle France avec beaucoup de zèle loua extrê- 
memeut Notre Seigneur de ce qu'il s'y vouloit mainte- 
nant faire servir par l'un et l'autre sexe ; ajoutant que 
depuis peu une personne de qualité nommée Made. de 
la Pelleterie (1) y avoit mené des Urselines. Que Mada- 
me Deguillon (2) y avoit fondé des Hospitalières, et 
qu'enfin il y avoit bien des apparences que Dieu y vou- 
loit être particulièrement honoré. Ce furent ces paroles 
qui donnèrent la première impression que ressentit ja- 
mais Mademoiselle Mance (3) en faveur de ce pays, 
(c'est le nom de cette fille que le Maître de l'univers 
avoit choisie pour venir travailler dans cette nouvelle 
vigne) ; à mesure qu'elle entendoit ce discours son cœur 
se laissoit tellement surprendre par les mouvemens les 
plus secrets et les plus forts de la grâce qu'ils le ravirent 
entièrement à lui-même et le firent venir malgré lui en 
Canadas par ses désirs et par ses vues ; Lors toute éton- 
née de se voir en cet état, elle voulut réfléchir sur la 
foiblesse de sa complexion, sur ses maladies passées, enfin 
elle se voulut munir de plusieurs raisons pour s'exemp- 
ter d'obéir à ces divins attraits, mais tant plus elle re. 
tardoit plus elle étoit inquiétée par la crainte de l'infi- 
délité à ces mouvemens célestes, son pays natal lui étoit 
une prison, son cœur y étoit sur les épines, que si elle 
les vouloit découvrir à son directeur pour les lui arracher 
elles étoient si abondantes et fichées si avant qu'après 
avoir bien travaillé il perdoit l'espérance d'en venir à 



(1) Madeleine de Chauvigny, Veuve De la Peltric : j"ai ses autographes 
(Note de J. V.) 

(2) Marie Magdeleine de Wignerod ou Vignerod, duchesse d'Aiguillon 
Elle avoit été mariée à Antoine de Beauvoir du Roure de Combalet, dont 
elle n'eut point d'enfant. Elle étoit nièce du Cardinal de Richelieu (Note de 
J.V.) 

(3) Jeanne Mance. j'ai son autographe, (Note de J. V.) 



00 



bout ; c'est pourquoy ayant invoqué le Saint-Esprit il 
lui dit de partir pour Paris, le mercredi d'après la Pente- 
côte ; que là elle s'adressât au Père C. Lalemant qui avoit 
soin des affaires du Canadas, qvie pour la direction de sa 
conscience elle prit le Recteur de la Maison des Jésuites 
qui seroit la plus voisine du lieu où elle log-eroit. Ayant 
reçu ces conseils elle vint à Paris pour faire ce que Dieu 
demandoit d'elle, feignant en sa maison de n'y vouloir 
aller qu'afin d'y voir ses parens. En etfet elle vint de- 
meurer chez eux près du noviciat des Jésuites ; de là 
sans perdre beaucoup de temps elle alla voir le Père Ch. 
Lalemant, qui à la deuxième visite l'encouragea grande- 
ment, lui dit des merveilles touchant les desseins que 
Dieu avoit sur la Nouvelle-France et qu'il s'en alloit à 
Lyon pour une affaire de la dernière conséquence qui 
retrardoit le Canadas; c'étoit pour la négociation du 
Montréal dont nous avons parlé, mais il ne la lui décou- 
vrit pas, aussi n'en étoit-il pas besoin pour lors : Dans ce 
même temps elle vit le Père St. Jure, recteur du novi- 
ciat des Jésuites, qui lui dit peu de chose n'approuvant 
ny ne désapprouvant rien aussi sur le sujet de sa voca- 
tion en ces contrées : Or comme le Père St. Jure étoit 
fort occupé, elle fut trois mois ensuite sans lui pouvoir 
parler, mais enfin avant fait connoissance avec Madame 
De Villersavin (1) cette dame la mena par après un jour 
voir le Père St. Jure qui la retint quand elle s'en voulut 
aller, afin de lui parler en particulier, lorsque Mme 
de Villersavin seroit partie, ce qu'il fit avec beaucoup de 
force et ouverture de cœur, l'assurant que jamais il n'a- 
voit tant vu de marque de la volonté du bon Dieu qu'en 
sa vocation, qu'elle ne la devoit plus dissimuler comme 
elle l'avoit fait jusqu'alors, que c'étoit une œuvre de 



(22; Mllerchavin. M Faillon dit VilUcerain. 



23 

D ieu, qu'elle s'en devoit déclarer à ses parens et à tout 
le monde. Ces paroles dilatèrent tellement son cœur, 
qu'elle ne poiivoit l'exprimer ; d'abord qu'elle fut à sa 
maison elle découvrit tout ce mistère à ses parens, ils 
A'oulurent s'y opposer mais en vain. Incontinent après, 
c ela se divulgua de toutes parts et comme la chose en ces 
temps là étoit comme inouïe cela fit un grand bruit sur- 
tout chez les dames qui prenoient plaisir de faire venir 
cette demoiselle et de l'interroger sur une vocation si ex- 
traordinaire ; La Eeine même la voulut voir, comme aussi 
Madme la Princesse, Made la Chevalière (1) et autres ; 
quant à son particulier elle ne répondoit qu'une seule 
chose à tous, c^u'elle savoit bien que Dieu la vouloit dans 
le Canadas mais qu'elle ne savoit pas pourquoi, qu'elle 
s'abandonnoit pour tout ce qu'il voudroit faire d'elle 
aveuglément. L'hiver suivant un Provincial des Ré col- 
lets, homme de grand mérite nommé le Père Rapin (2), 
vint à Paris, or comme elle le connoissoit dabord elle le 
visita et lui dit les choses comme elles étoient ; à quoi il 
répondit qu'approuvant son dessein et son abandon entre 
les mains de Dieu, que cela étoit bien, qu'il falloit ainsi 
qu'elle s'oubliât elle-même, mais qu'il étoit bon que d'au- 
tres en eussent le soin nécessaire ; c'est ce c|ui arriva par 
le ministère de ce saint homme,lec[uel Cjuelques jours après 
lui manda Cju'elle eût à se tenir prête pour aller chez Ma- 
dame de Bullion c[uand on la viendrait cjuérir ce qui fut 
l'après-diné ; étant arrivée elle trouva son bon Père Ra- 
pin avec cette pieuse Dame, laquelle prit grand plaisir 
à l'entretenir, se conjouissant merveilleusement avec elle 
de l'abandon où elle se trouvait au bon plaisir de Dieu, 
ensuite après avoir beaucoup causé avec elle, elle la con- 
gédia la priant de la revenir voir ; a sa quatrième visite 

(1) La Cfiancelière. 

(2) Le R.P. Rapin, Provincial des Recollets (M. de Belmont) J.V. 



24 

elle lui demanda si elle ne voudroit pas Ijien prendre le 
soin d'un hôpital dans le pays où elle alloit, parcequ'elle 
avoit le dessein d'y en fonder un avec ce qui seroit né- 
cessaire pour sa propre subsistance, que pour cela elle 
eut été bien aise de savoir quelle étoit la fondation de 
l'hôpital de Kebecq faite par Mad. Deguillon (1). Made- 
moiselle Mance lui avoua que la foiblesse de sa com- 
plexion jointe à sa mauvaise santé depuis 17 on 18 ans, 
ne dévoient pas lui permettre de faire grand fond sur sa 
personne, que néanmoins elle s'abandonnoit entre les 
mains de Dieu pour l'exécution de ses bons plaisirs tant 
à l'égard des pauvres que de tout ce qu'il lui plairoit ; 
que quant à la fondation de l'hôpital de Kebecq elle ne 
savoit pas quelle elle étoit, mais qu'elle s'en iuformeroit. 
Ensuite elle continua toujours ses visites à cette bonne 
Dame, à laquelle elle dit après s'en être soig-neusement 
enquise à quoi se montoit la fondation de l'hôpital de 
Kebecq. Cette Dame l'ayant appris elle donna des té- 
moignages qu'on n'en devoit pas moins attendre de sa 
libéralité. Enlin après toutes ces visites le printemps 
arriva auquel il falloit exécuter les desseins de Dieu ; il 
n'étoit plus temps de parler il falloit agir ; c'est ce à 
quoi notre demoiselle se prépara avec une gaieté et une 
promptitude non pareilles ; elle alla pour cet efi'et 
prendre congé de sa Dame qui lui présenta une bourse 
de 1200 livres en lui disant : "Recevez les arrhes de 
" notre bonne volonté en attendant qvie nous fassions le 
" reste, ce que nous accomplirons lorsque vous m'aurez 
" écrit du lieu ou vous serez et que vous m'aurez mandé 
'• l'état de toutes choses." Après ces paroles elles se sé- 
parèrent mais cela ne se fit pas sans peine, surtout à 

(2'è) La Duchesse fl'.Mguillon fonda rHotcl-Dieu do Qut'hec lo 16 Avril 
1637, mais ce ne fut que le lor Août !G3'J que los premières hospitalières 
arrivèrent en Canada pour y commencer leur œuvre. (Note de J. V.) 



25 

l'égard de cette bonne Dame, laquelle avoit bien du dé- 
plaisir de ne pouvoir pas donner au Canadas son corps 
aussi bien cj[ue sa bourse, afin d'y venir prendre x^art 
aux premiers hommages qui ont été rendus au souverain 
de l'univers. (1) Notre Demoiselle ayant quitté Ma- 
dame de Bullion elle voulut partir le jour suivant de 
Paris pour s'embarquer, ses parens voyant sa résolution 
souhaitèrent que ce fut en Normandie afin de la pouvoir 
accompagner jusqu'au bord de l'océan, mais elle tout au 
contraire pour sacrifier et rompre au plustôt les liens de 
la chair et du sang voulut que ce fut à la Rochelle, où 
d'ailleurs elle savoit qu'il y avoit des prêtres lesquels 
passoient en Canadas et qu'ainsi elle auroit la messe 
pendant le voyage ; ce furent là les deux motifs dont 
Dieu se servit pour faire venir Mademoiselle Mance à 
ce port afin de l'y faire associer à la Compagnie du 
Montréal par Messieurs de Fauquant et de la Doversière 
qui y étoient, ce qui n'eut arrivé si elle eut été par 
Dieppe comme ses parens le désiroient : Cette résolution 
étant donc prise elle partit et surmontant par son cou- 
rage les fatigues d'un voyage qui d'ailleurs eut été im- 
possible à un corps tel que le sien étoit pour lors, elle 
arriva au lieu tant désiré de son embarquement, où la 
Providence lui assigna un logis tout proche les Jésuites 
sans qu'elle sut où elle alloit ; ce qui lui donna un moyen 
d'aller aussitôt saluer le feu Père Laplace qu'elle avoit 
vu à Paris et qu'elle savoit devoir passer la même année 
. dans la Nouvelle France ; ce Père qui la connoissoit fut 
tout joyeux de la voir et même il le lui témoigna en lui 
disant qu'il avoit eu bien peur qu'elle n'arrivât pas avant 
le départ des navires. Après ce commencement d'entre- 
tien il lui dit que Dieu faisoit de merveilleux préparatifs 



(Ij Voir appendice No. I. (J. V.) 



26 

pour le Canadas, lui ajoutant — voyoz-vous ce g'entil- 
homme qui m'a quitté alin que j'eusse la liberté de vous 
parler ? Il a donné ving-t raille livres cette année pour 
une entreprise qui re<^arde ce pays là, il s'appelle le 
Baron de Fauquand et est associé à plusieurs personnes 
de qualité lesquelles font de i^randes dépenses pour un 
établissement qu'ils A'eulent former dans l'isle du Mont- 
réal qui est en Canadas. Lui ayant fait part de toutes 
ces bonnes nouvelles, après (pielques discours, il lui de- 
manda où elle locreoit et saehant que c'étoit chez une 
Hug-uenotte, il la fit mettre ailleurs, non pas qu'elle le 
demandât, car en ce lieu là sur la route et partout g-éné- 
ralement, Dieu disposoit tellement le monde à son égard 
qu elle étoit bien reçue en tous lieux, même à peine 
vouloit-on de son arg-ent après l'avoir l>ien traitée quand 
elle sortoit des hôtelleries, il est vrai qu'il étoit bien 
juste que Dieu, qui est le maitre de tout le monde lui 
donnât la grâce de gagner les cœurs d'un chacun pour 
la récompenser de ce que foible et seule comme elle 
étoit, elle osoit néanmoins tout entreprendre pour sa 
g-loire. sous l'espérance de son unique soutien. Le len- 
demain de son arrivée allant encore aux Jésuites elle 
trouva M. de la Doversière qui en sortoit, lequel sans 
l'avoir jamais vue, étant peut-être instruit par 1<^ P. La- 
place, ray)orda, la salua par son nom et ensuite lui parla 
du dessein du Montréal, de leur société et union et de 
toutes leurs vues dans cet ouvrage, avec une ouverture 
de cœur admirable : Par après il lui avoua le besoin 
qu'ils avoient d'une personne désintéressée comme elle, 
— qu'ils avoient bien une personne d'engagée pour 
le dehors à la L'ucrr»'. mais qu'il leur étoit né<!essaire 
d'avoir une personne romme elle qui eût le soin du de- 
dans, qu'elle y serviroit assurément beaucoup Dieu ; 
ensuite de ce pourparler il l'alla voir chez elle, la pressa 



27 

sur ce sujet, mais elle de son côté lui témoig-na appré- 
hender cette union disant " si je fais cela j'aurai plus 
'' d'appui SUT la créature et j'aurai moins à attendre du 
côté de la Providence." A cela il lui répondit. — " Vous 
" ne serez pas moins fille de la Providence, car cette an- 
" née nous avons fait une dépense de 75,000 livres, je 
" ne sais pas où nous prendrons le premier sol pour l'an 
" prochain : il est vrai que je suis certain que ceci est 
" l'œuvre de Dieu et qu'il le fera, mais comment je n'en 
" sais rien ;" ces dernières paroles gagnant absolument 
notre demoiselle qui dit que pourvu que le Père St. Jure 
son directeur l'eut agréable elle s'uniroit à eux, encore 
qu'elle ne fut qu'une pauvre fille foible et mal saine qui 
de chez soi n'avoit que sa petite pension viagère; le 
Sieur de la Doversière lui dit — " Ne perdez pas de temps 
" écrivez par cet ordinaire au P. St. Jure," elle le fit 
et outre cela elle manda la même chose à ses amis qui 
tous aussi bien que lui jugèrent que la main de Dieu 
étoit visible là dedans. C'est pourquoi ils lui écrivirent 
qu'elle ne manquât pas d'accepter l'union qu'on lui pro- 
posoit, que c'étoit infailliblement Notre Seigneur qui 
vouloit cette liaison ; aussitôt la nouvelle reçue elle l'ap. 
prit à M. de la Doversière qui en eut une joie nonpareille 
ainsi que Messieurs de Fauquant et de Maison-neufve 
enfin elle fut reçue par ces trois Messieurs au nom de la 
Compagnie de Montréal comme un présent que le Ciel 
lui faisoit, mais afin d'adorer avec plus d'attention la 
conduite de Dieu (maintenant que la voilà dans cette 
association aussi bien que M. de Maison-neufve qui y 
avoit entré quelque temps auparavant) faisons une petite 
réflexion sur les ressorts que la sagesse et toute puis- 
sance de Dieu a fait jouer ici dedans, admirons un peu 
comme la Providence divine fit venir M. le Baron de 
Fauquant chez M. de la Doversière lorsqu'elle lui voulut 



28 

iaire commencer cet ouvrage, afin de lui donner l'hon- 
neur d'en être participant au moyen des richesses dont 
elle l'avoit pourvu ; admirons comme cette providence 
fit rencontrer les Messieurs Holier et d«' la Doversière 
dans Paris et comme elle l^'s éclaira tous deux au même 
moment .sur le même sujet, leur découvrant mutuelle- 
ment par ses etiets les plus intimes de leur cœur sans 
qu'ils se parlassent aucunement ; admirons tout ce qu'- 
elle iïiisoit faire d'un côté par ses dignes ouvriers évan- 
géliques en 1640 et 1641 et comme d'une autre part elle 
connoissoit l'esprit de M. de Maison-neufve et l'obligea 
enfin de s'adresser à ce P. Laleman auquel ces Messieurs 
communiquèrent leur dessein aliu qu'il le liât à eux 
lorsqu'il en seroit temps ; admirons ce qu'elle opéra à 
l'égard de Mademoiselle Mance dans Langre, dans son 
voyage de Langre à Paris — voyons ce qui se passa à son 
égard dans Paris et même jusqu'à la Rochelle où l'union 
se fit, eniin voyons comme cette providence traça toute 
chose sans qu'aucuns reçussent des nouvelles les uns des 
autres et participassent à ses divins secrets ; admirons, 
mais plus que toutes autres choses, comme elle voulut 
que la pluspart de ces premiers entrepreneurs de l'ou- 
vrage fussent sous la conduite des liévérends Pères Jé- 
suites, afin que y recoimoissant la main de Dieu ils 
fussent les premiers arcboutants du commencement de 
cette entreprise, ce qui étoit très considérable pour ne 
pas dire absolument nécessaire, puisque ce dessein n'eut 
pas plutôt vu le jour qu'il eut été mis au néant, s'il 
n'eût pas eu le bonheur d'être favorisé de leur approba- 
tion ; louons en tout cela la Providence divine qui s'est 
montrée trop favorabh' à l'éirard de cet ouvrage pour 
nous permettre d'appréhender que le Ciel l'abandonne 
jamais ; mais revenons à la liochelle où tout se préparoit 
à faire voile, lorsque Mademoiselle Mance s'avisa fort 



29 

prudemment de prier M. de la Doversière qu'il lui plût 
de mettre par écrit le dessein du Montréal et de lui en 
délivrer des copies afin qu'elle pût les envoyer à toutes 
les dames qui l'avoient voulu voir à Paris entre autres à 
Madame la Princesse, à Madame la Chancellière, à Mada- 
me de Yillersavin, mais surtout à Madame de Bullion de 
qui elle espéroit d'avantage ; M. de la Doversière estima 
que rien ne pouvoit être mieux pensé, il dressa le dessein 
et fit faire des copies qu'il lui mit en mains ensuite de 
quoy elle accompagna chaque copie d'une lettre et en fit 
un paquet séparé, après elle lui remit le tout afin de 
s'en pouvoir servir selon sa prudence lorsqu'il seroit à 
Paris ; nous verrons cy-après l'utilité qu'on recevra de 
tous ces écrits, mais en attendant il faut parler de l'em- 
barquement qui se fit de la sorte : M. de Maison-neufve 
se mit avec environ 25 hommes dans un vaisseau et 
Mademoiselle Mance monta dans un autre avec 12 
hommes seulement, pour le reste de l'équipage et des 
hommes du Montréal ils s'étoient embarqués à Dieppe» 
dans le premier navire étoit un prêtre destiné pour les 
Urselines (1), dans l'autre étoit le P. Laplace, (2j jé- 
suite ; huit jours après le départ le vaisseau de Made- 
moiselle Mance fut séparé de celui de M. de Mai- 
son-neufve ; le vaisseau où étoit Mademoiselle Mance 
n'expérimenta quasi que de la bonnasse, celui de M. de 
Maison-neufve éprouva de si furieuses tempêtes qu'il fut 
obligé de relâcher par trois fois, il est vrai que son vais- 
seau faisoit beaucoup d'eau et l'obligeoit autant à cela 
que le mauvais temps, dans ses relâches il perdit trois 
ou quatre de ses hommes entre autres son chirurgien 
qui lui étoit le plus nécessaire ; pour Mlle Mance elle 



't) Oui, Mr. Antne. Fauls. (Note do J. V.) 

(2) Le P. Jacques De la Place. (Note de J. V.) 



30 

arriva fort heureusement à Kebecq (1) où d'abord elle 
eut la consolation de savoir que 10 hommes qui avoient 
été envoyés par Messieurs de la Compagnie du Mont- 
réal, cette même année par Dieppe étoient arrivés et 
étoient déjà occupés à bâtir un magasin sur le bord de 
l'eau, dans un lieu qui avoit été donné par M. de Mont- 
magny (2) pour la Compagnie du Montréal. D'ailleurs 
elle fut dans une grande sollicitude à cause de M. de Mai- 
son-neutve dont elle ne recevoit aucune nouvelle et qu'à 
Kebecq on croyoit communément ne devoir pas attendre 
cette année-là, de quoy quelques-uns surpris pour n'avoir 
pas eu la conduite de cet ouvrage comme ils croyoient, ne 
paroissoient pas beaucoup fâchés, ils se plaignoient fort du 
grand pouvoir qui avoit été donné à M. de Maison-neufve, 
ce qui donna lieu aux premières attaques dont cette 
entreprise a été éprouvée ; ces personnes sachant que 
Mlle Mance étoit très nécessaire au dessein on la voulut 
détourner par toutes les voies possibles, mais elle avoit 
trop de courage pour y consentir et au reste Dieu s'étoit 
déjà trop déclaré pour ce lieu, il n'avoit garde de souffrir 
qu'on l'abandonnât. Enfin, M. de Maison-neufve arriva 
à Tadoussacq et y trouva par hasard un de ses intimes 
nommé Mons. de Courpon, qui étoit amiral de la flotte 
du Canadas (3) ; il lui dit son désastre pour la perte de 



(1) L'Abbé (le la Tour, dans ses «Mémoires sur Mgr. de Laval, • aces 
m/'iTies détails sur le passage de France en Canada en 1641, de M. de Mai- 
sonneuve et de Mlle. Mance : Il ajoute que le vaisseau r|ui i)orloit cette 
demoiselle, arriva à Québec le 8 août, et que celui (jue montoil M. de Mai- 
sonneuve n'arriva que le 50 du même mois. (Note de J. V.) 

(2) Charles Huault de Monlmagny, 2nd Gouv. Gén. du Canada et succes- 
seur de Cl>ami»lain, de !63Gau20 août 1648 {Journal M. S. des Jé.suites) 
11 fut remjjlaié par M. Louis dWilleboùt de Coulonges, e.v-Gouv. de 
Montn'al. (Note de J. V., 

(3) De Courpron, Cai)itain'' du vaisseau /,'A,'.î;if'/vi/nv : amiral, en elFet, de 
la flotte en 1640. (Note de J. V.. 



31 

son chirurgien, Courpon lui offrit le sien en la place, ce 
chirurgien sachant la chose se présenta gaiement et fit 
dessendre son coffre dans la chaloupe préparée pour M. 
de Maison-neufve, avec lequel tout soudain il alla à 
Kebecq, où ils arrivèrent le vingtième d'août. (1) Aus- 
sitôt que M. de Maison-neufve y fut il sut par Melle Man- 
ce qu'il se devoit disposer à être moins bien reçu de cer- 
taines personnes qu'il ne se promettoit — ce qu'il vit 
bientôt après. La juste affliction qu'ils en ressentoient tous 
les deux modéra la joye qu'ils avoient l'un et l'autre de 
se voir malgré toutes les oppositions et bourrasque de la 
mer dans ce lieu tant désiré. Mais enfin, comme les meil- 
leurs chrétiens sont ordinairement ceux auxquels Jésus- 
Christ fait la meilleure part des amertumes de son calice, 
surtout quand il est question de quelqu'illustre entre- 
prise pour le ciel, il ne se faut pas étonner s'il commença 
de faire avaller quelques portions d'absinthe à ses héroï- 
ques entrepreneurs ; pour.lors ils ne furent pas longtemps 
ensemble, d'autant qu'il fallut que M. de Maison-neufve 
allât saluer M. le Chevalier de Montmagny, gouverneur 
de ce pays ; ensuite de quoy il alla voir les Révérends 
Pères Jésuites et autres personnes de mérite, lesquels ne 
pouvoient pas être lors en grand nombre vu que le pays 
ne contenoit pas plus de deux cents Européens y renfer- 
mant les deux sexes comme aussi les religieux et reli- 
gieuses. Or, sur sujet de ces visites je crois qu'il est à 
propos de remarquer c[ue ces personnes moins bien 
intentionnées pour le sujet dont nous venons de parler, 
persuadèrent à M. de Montmagny qu'il s'opposât à l'éta- 
blissement du Montréal à cause de la guerre des Iro- 
quois, lui disant que jamais cet ouvrage ne se pouvoit 
soutenir contre leurs incursions, ajoutant que le dessein 



(l) Le 12 août. (Note de J. V.) 



32 

de cette nouvelle Compagnie étoit si absurde qu'il ne se 
pouvoit niioux nommer (|uo la Folle entreprise, nom qui 
leur l'ut donné avec plusieurs autres semblables, alin que 
la postérité reconnut que cette pieuse folie étoit devant 
Dieu et entre les mains du Tout-Puissant accompagnée 
d'une sagesse plus sublime que tout ce qui peut prove- 
nir de l'esprit humain ; M. de Montmagny ayant donc 
l'esprit imbut de la sorte, dit à M. de Maison-neufve dans 
sa première visite : " Vous savez que la guerre a recom- 
" mencé avec les Iroquois, qu'ils nous l'ont déclarée au 
" Lac de St. Pierre le mois dernier, qu'ils y ont rompu 
" la paix d'une façon qui les fait voir plus animés 
" que jamais, il n'y a pas d'apparence que vous songiez 
•' à vous mettre dans un lieu si éloigné, il faut changer 
" de délibération, si vous voulez on vous donnera l'Isle 
" d'Orléans, — au reste la saison seroit trop avancée pour 
" monter jusqu'à l'Isle du Montréal quaiul vous en auriez 
"la pensée." A ces paroles M de Maison-neufve lui 
répondit en homme de cœur et du métier : " Monsieur, 
" ce que vous me dites seroit bon si on m'avoit envoyé 
" pour délibérer et choisir un poste ; mais ayant été 
" déterminé par la Compagnie qui m'envoie que j'irois 
" au Montréal, il est de mon honneur et vous trouverez 
" bon (pu' j'y monte pour y commencer une colonie, 
" quand tous les arbres de cette Isle se devroient chan- 
" ger en autant d'Iroquois, quant à la saison puisqu'elle 
" est trop tardive, vous agréez que je me contente avant 
'* l'hiver d'aller reconnoitre le poste avec les plus lestes 
" de mes gens, afin de voir le lieu où je me pourrai cam- 
" per avec tout mon monde le printemps prochain." M. 
de Montmagny fut tellement gagné par ce discours autant 
généreux que prudent, qu'au lieu de s'oppo.ser comme 
on Bouhaitoit à l'exécution de son dessein, il voulut lui- 
même conduire M. de Maison-neufve au Montréal, afin 



33 

de le mettre en possession et de reconnoître le poste avec 
lui. En effet ils partirent tous les deux au commence- 
ment d'octobre et arrivèrent au Montréal, le 14e du 
même mois, dans le lieu où est maintenant cette maison 
qu'on appelle le Château (1). Le lendemain qui est le 
jour de Ste. Thérèse, ils firent les cérémonies de la prise 
de possession au nom de la Compagnie du Montréal : 
ayant parachevé cet acte ils s'embarquèrent pour leur 
retour qui ne fut pas sans des marques d'une bienveil- 
lance toute particulière de Notre-Seig'neur, car ayant 
descendu jusqu'à Ste. Foy à une journée de Kebecq (2) 
où demeuroit un honnête homme appelé M. de Pizeaux, 
lequel étoit âg-é de 75 ans, ce bon vieillard tout zélé pour 
ce pays dans lequel il aA'oit fait de très grandes dépenses, 
interrogea M. de Maison-neufve fort au long touchant 
les desseins qu'on avoit pour le Montréal, de quoi étant 
pleinement instruit, il demeura si satisfait qu'il le i)ressa 
fortement de le A'ouloir associer à sa Compagnie pour 
cette entreprise en faveur de laquelle il protesta se vou. 
loir consacrer lui-même et donner sur l'heure sa maison 
de Ste. Foy avec celle de Puizeaux qui étoit près de 
Kebecq et généralement tout ce qu'il avoit de meubles 
et de bestiaux ; qu'à Ste. Foy, durant l'hiver, comme ce 
lieu est abondant eu chênes, on y feroit des barques, 
pendant qu'à Puizeaux on feroit la menuiserie et tout ce 
qui seroit nécessaire, et que le printemps étant venu on 
mettroit toutes choses dans les bâtimens qu'on avoit faits 
pour monter au Montréal afin de s'y aller établir. M. de 



(1) Voir Appendice No. II. (Note de J. V.) 

(2) M. Dollier appelant lui-môme Ste. Foy (et cola dès 1672-3) la Mission 
Huronne établie au lieu susdit par les Jésuites en 1667 sous le nom de 
Notre-Dame de Foy ou Foye nous apprend par là que les colons français ont 
dès l'origine de cette mission, été dans l'habitude de l'appeler Ste. Foy e^ 
non Notre-Dame de Foy. (Note de J. V.) 

E 



84 

Maison-neufve qui no s.iyoit on mottro tout son monde 
hy veiner ny ce à qnoy il le pouvoit employer jusqu'à la 
navigation suivante, écoutait ce discours comme si c'eut 
été une voix céleste, il ne se pouvoit passer d'en louer 
mille fois son Dieu au j^lus intime de son cœur, il ne se 
lassoit point d'admirer la facilité de cet homme, lequel 
en un moment se trouvoit disposé à quitter ce qui lui 
avoit tant coûté non seulement de travail mais en son 
propre hien, étant vrai que ce qu'il ofTroit lui avoit causé 
plus de ] 00,000 livres de dépenses. Néanmoins, comme 
M. de Maison-neufve vouloit entièrement déférer à la 
Compagnie du Montréal, il lui dit qu'il avoit un sensible 
regret de ne pouvoir accepter absolument une offre aussi 
généreuse que la sienne, sans avoir l'agrément de ceux 
dont il avoit l'honneur d'être associé ; que cependant com- 
me il ne s'en pouvoit promettre que toutes sortes de satis- 
factions, il le recevroit volontiers s'il l'avoit pour agréable 
sous le bon plaisir de ces messieurs et à coiidition qu'ils 
le voulussent bien : Cela dit, M. de Puizeaux, qui étoit 
trop pressé au dedans de soi-même i)our reculer, accepta 
le tout d'un grand cœur ; d'abord il livra sa maison de 
îSte. Foy à M. de Maison-neufve qui laissa dedans son 
chirurgien avec des charpentiers, aliu d'y iaire construire 
des barques ; cela fait ils descendirent à Puizeaux ou ce 
bon monsieur lui remit cette maison, qui lors étoit le 
bijou du pays, il se démit de tous ses meubles et bes- 
tiaux entre ses mains, ne se réservant pas même une 
chambre pour un ami, il se dénua si absolument de tout, 
qu'il dit à feue Made de la Pelletrie à laquelle il fournissoit 
le logement auparavant : " Madame, ce n'est plus moi 
" qui vous loge, car je n'ai i)lus rien ici, c'est à M. de 
" Maison-neufve à qui vous en avez présentement l'obli- 
" gation, car il est le maitre de tout. " Chose admiralde, 
M. de Maison-neufve ne savoit que devenir et le voilà 



35 

bien placé, il faut aroncr que le proviseur universel de 
ce monde a bientôt trouvé des lieux propres pour mettre 
ses serviteurs, quand sa sagesse le trouve à propos. Je 
ne vous dis point si M. de Maison-neufve donna fidèle- 
ment les avis de tout ceci à ses associés, s'il les avertit 
soigneusement de ce coup de la providence et de l'obli- 
gation c[u'on aA'oit de recevoir M. de Puizeaux avec tous 
les témoignages de bienveillance 2)ossible ; d'autant que 
vous pouvez bien juger qu'il n'y manqua pas et qu'aus- 
sitôt ces messieurs admirent ce donné du Ciel en leur 
compagnie avec toutes les reconnaissances et gratitudes 
imaginables. 



HISTOIRE DU MONTRÉAL. 



I)i'{inis !<■ (li'parl dos vaisseaux du Canadas 
pour la Franco dans l'aulomno do l'an- 
m'e IGll Jusqu'à leur di'fiarl du même 
liou pour ia France dans l'automne de 
l'année 164'2. 

Mademoiselle Mance eut le bonheur de locfor pendant 
cet hiver à Pizeaux avec Made de la Peletrie, M. Mai.son- 
neufve et M. de Pizeaux hivernèrent aussi dans la même 
maison, ils employèrent tout le monde pendant ce temps- 
là à la menuiserie et aux autres préparatifs nécessaires 
et utiles à une nouvelle habitation et colonie ; aussitôt 
que le printemps fut venu et que tout fut préparé on fit 
descendre les bâtimens qu'on avoit faits pendant l'hiver 
à S te. Foy et on travailla à l'embarquement avec une 
telle diligence que M. de Maison-neufve partit de Pi- 
zeaux le 8 mai avec deux barques, une belle Pinasse et 
une gabarre partie desquels T)âtimens aA'oit été faite à 
Ste. Foy ; M. le Chevalier de Montmagny étant un vé- 
ritable homme de cœur et qui n'avoit d'autres intérêts 
que ceux de son Roy et du pays ou il avoit l'honneur de 
commander, sachant que tout étoit disposé voulut parti- 
ciper à ce premier établissement en l'honorant de sa 
présence, c'est pourquoi il monta dans une barque et 
conduisit lui-même toute cette flotte au Montréal où on 
mouilla l'ancre le 18 mai (1) de la présente année ; ce 



(I) Plusieurs écrits de l'opoquo, tels que les annales de riIolol-Diou de 
Montréal (M. S.) et autres iirétendonl <|ue cette seconde visite de M. do Mai- 
son-neufve à Montréal eut lieu le 17 mai IG42 et que la 1ère messe qu'on y 
célébra ne fut dite par le H. P. Vimont que le 18, ou le lendemain de l'arri- 
vée. (Note de J. V.) 



37 

même jour, comme on arriva de grand matin on célébra 
la première messe qui ait jamais été dite en cette isle, ce 
qui se fit dans le lien ou depuis on a fait le château. (1) 
Afin de faire la chose plus célèbre on donna le loisir à 
Made de la Pelletrie et à Madelle Mance d'y préparer 
un autel, ce qu'elles firent avec une joie difficile à expri- 
mer et avec la plus grande propreté qu'il leur fut possi- 
ble, elles ne se pouvoient lasser de bénir le ciel qui en 
ce jour leur étoit si faA'orable que de les choisir et de 
consacrer leurs mains à l'élévation du premier autel de 
cette colonie ; tout le premier jour on tint le St. Sacrement 
exposé, et ça ne fut pas sans raison, car puisque Dieu n'a- 
vait mu ses serviteurs à une telle entreprise qu'afin de 
le faire reconnoitre dans un lieu où jusqu'alors il n'avoit 
reçu aucun hommage, il étoit bien raisonnable qu'il se 
fit tenir la première journée exposé sur son autel comme 
sur son trône, afin de remplir ses saintes vues et désirs 
de ses serviteurs ; en efiet, cela étoit bon afin de faire 
connoitre à la postérité qu'il n'avoit établi cette colonie 
que pour recevoir des sacrifices et des hommages en ce 
lieu; que c'étoit là son unique dessein et celui de ses 
serviteurs, cj^u'ils aA'oient emj)loyé tout exprès leurs 
bourses, leur temps, leurs soins et tout leur crédit. Il 
étoit juste qu'il se fît ainsi tenir ce premier jour exposé 
pour prendre possession de cette terre par les honneurs 
souverains qui lui furent rendus, et afin de faire voir que 
ce lieu étoit un lieu de réserve pour lui, qu'il ne vouloit 
pas qu'il fût profané i)ar des âmes ravalées et indignes 
de la grandeur de ses desseins, lescjuels n'étoient pas 
communs comme le fit extrêmement bien voir le R. P. 
Yimont (2) dans la prédication qu'il fit, ce matin-là. 



cl; Voir appendice No. III. (Note de J. V.) 

(2) Alors Supérieur Général des Missions du Canada, (Note de J. V. 



38 

pendant la grande messe qu'il y célébra : Yoyez-vous, 
" messieurs, " dit-il, " ce que vous voyez n'est qu'un 
" grain de moutarde, mais il est jette par des mains si 
" pieuses et animées de l'esprit de la foi et de la religion 
" que sans doute il faut que le Ciel ait de grands des- 
" seins, puisqu'il se sert de tels ouvriers, et je ne fais 
" aucun doute que ce petit grain ne produise un grand 
" arbre, ne fasse un jour des merveilles, ne soit multi* 
" plié et ne s'étende de toutes parts." Comme s'il eut 
voulu dire, — le Ciel ne commence son ouvrage présente- 
ment que par une quarantaine d'hommes, mais sachez 
qu'il a bien d'autres desseins vers les personnes qu'il 
emploie pour le faire réussir, sachez c|ue vos cœurs ne 
sont pas suilisans pour annoncer ici les louanges qu'il y 
prétend recevoir, mais qu'il les multipliera, remplissant 
de peuple toute l'étendue de ces lieux dont maintenant 
nous prenons la possession de sa part en lui offrant ce 
sacrifice. Toute cette journée s'écoula en dévotions, 
actions de grâces et himnes de louanges au Créateur ; 
on n'avoit point de lampes ardentes devant le St. Sacre- 
ment, mais on y avoit certaines mouches luisantes qui y 
briiloient fort agréablement jour et nuit étant suspendues 
par des filets d'une façon admirable et belle, et toute 
propre à honorer, selon la rusticité de ce pays barbare, 
le plus adorable de nos mistores. Le lendemain après 
toute cette cérémonie finie, on commença d'ordonner de 
toutes choses à l'égard du poste où on étoit, chacun 
dabord se campa sous des tentes ainsi que dans l'Europe 
lorsqu'on est à l'armée, ensuite on coupa des pieux 
avec diligence et on fit d'autres travaux alin de s'envi- 
ronner et de s'assurer contre les surprises et insultes 
qu'on avoit à craindre de la part des Iroq\iois. Il est vrai 
que cette espèce de fortification précipitée étoit d'autant 
plus facile que M. de Champlain étant autrefois venu 



39 

ici en traite avoit fait abattre beaucoup d'arbres pour se 
chauffer et ^e garantir des embuscades qu'on lui eut pu 
faire dans le peu de temps qu'il y demeuroit (1) ; de 
plus, ce poste étoit naturellement fort avantageux parce 
qu'il étoit enfermé entre le fleuve de St. Laurent et une 
petite rivière qui s'y décharge (2) ; laquelle étoit bordée 
d'une X3rairie fort agréable c[u'on appelle aujourd'hui la 
Commnne et que de l'autre côté où la rivière ny le fleuve 
ne passent pas il y avoit une terre marécageuse et inac- 
cessible c[ue depuis on a desséchée et dont on a fait le 
Domaine des Seigneurs ; (3) ce qui fait assez voir l'avan- 
tage du poste ; au reste il y avoit pour lors dans la prai- 
rie dont nous venons de parler, tant d'oiseaux de diffé- 
rens ramages et couleurs qu'ils étoient fort propres à 
aprivoiser nos françois en ce pays sa,uv:"ge. Si nous regar- 
dons la commodité du commerce, comme ce lieu est le 
plus avancé où les barques puissent monter il n'y a pas 
de doute c[ue ce lieu ne soit un des meilleurs du pays 
pour accommoder les habitans -p-cw le moyen des négoces 
qu ils y x^euvent faire avec les sauvages qui j descen- 
dent en canots de toutes les nations supérieures, M. le 
Chevalier de Montmagny ayant doniouré en ce lieu 
jusqu'à ce qu'il fût tout environné de i)ieux, il c|uitta par 
après M. de Maison-neufve et s'en retourna à Kebecq ; 
quant à Mme de la Pelletrie et M. de Pizeauxils demeu- 
rèrent au Montréal à la consolation d'un chacun : pen- 
dant tout l'été on s'employa à faire venir ce que l'on 



(1) Voir appendice No. IV. (Note de J. V.) 

(2) On choisit un angle de terre que fait une rivière qui entre dans le 
fleuve vis-à-vis un petit islct, pour bâtir un fort, à quoy on s'emiiloya toute 
l'année sans être apperçus des Iroquois. (M; de Belmont.) Voilà bien la 
Pointe à Callière ! (Note de J. V.) 

(3) C'est ce que nous appelons, nous, " La Ferme St. Gabriel. " (Note 
de J. V.) 



40 

avoit laissé à Pizoaii (1) et aillouis ; ce qui obligea M. 
de Maisoii-neulVe à avoir contiiiiicllement une partie 
de son monde occupé à lu navigation, et le réduisit à 
n'avoir que 20 soldats avec lui d'autant que, outre ceux 
qu'il avoit sur sfs barques il en avoit encore d'autres à 
Keliecq qui travailloient au ;^arach«''vement du magasin 
que nous avons dit. Il est vrai (jur Dieu favorisa beau- 
coup ces nouveaux colons de ne les point faire sitôt 
découvrir par les Iroquois et de leur donner le loisir de 
respirer un peu à l'omln-e de ces arbres dont la prairie 
voisine étoit bordée, ou les champs et la vue des petits 
oiseaux et des fleurs champêtres les aidoient à attendre 
avec patience l'arrivée des navires dont enfin ils eurent 
les heureuses nouvelles par feu Mons. Darpentigni (2) 
qui voulut lui-même en être le porteur, tant ils les trouva 
avantageuses, aussi ne pouvoient-elles pas être meilleures _ 
Il leur apprit que Messieurs les associés Seigneurs de 
cette isle s'étoient tous olferts à Dieu par les mains de la 
Ste. Vierge le .jour de Présentation dans l'Eglise de 
Notre-Dame de Paris, y présentant leurs vœux et des- 
seins pour le Montréal et qu'ensuite pour marquer leur 
bonne volonté par les effets ils avoient donné 40,000 
livres pour l'embarquement dernier, lesquelles 40,000 
livres avoient été mises en diverses denrées dont il en 
amenoit une partie dans sa barque, en laquelle il avoit 
une dovizaine de })ons hommes que ces messieurs avoient 
engaaés, entr'autres un fort habile charpentier dont il 
leur fit irrand reçit. Cet homme est eneore ici où Dieu 
lui a donné une lamille assez nombreuse ; au reste quoi- 
qu'on lui ait donné le nom de Minime qui est le plus 

{\\ Sic. Tantiil Puiroau.x, /a;i/o7 Pizeaux, viais Pi2eaux a clé mn de la 
main même de. Vauteur. 

\1\ Lisox d" fiepmlignif. Il convoyait la flotl*.- marcliande du Canada sous 
le litre d'Amiral. (Note de J. V.) 



41 

ravallé chez tons les latins, il n'étoit pas toutefois le moin- 
dre dans les combats non plus que dans sa profession, 
nous devons l'aveu de ces deux vérités à son courage et 
aux services qu'il a rendus en cette isle, laquelle est 
presque toute bâtie de sa main ou par ceux qu'il a en- 
seignés (1) ; M. de la Doversiôre lequel a toujours été 
le procureur de la Compagnie et qui le connoissoit bien, 
afin de le gagner et de le gratifier, lui donna la conduite 
de plusieurs pièces de canons qu'il amena en ce lieu ; 
Si toutes ces bonnes nouvelles réjouirent grandement un 
chacun de ceux qui étoient au Montréal, M. de Maison- 
neufve et Melle Mance reçurent encore une joie bien 
plus grande que tous les autres lorsqu'en lisant les lettres 
de France, ils apprirent que leur Compagnie s'étoit telle- 
ment accrue depuis la connoissance qu'on avoit eue du 
dessein du Montréal, par le moyen des copies qu'on en 
avoit distribué selon la convention qui en avoit été faite 
entre M. de la Doversière et Melle Mance à la Rochelle 
l'an précédent, comme nous avons dit, que le nombre 
des associés se montoit à 45 personnes toutes fort quali- 
fiées, entre lesquelles étoient entr' autres parmi les hom- 
mes. Messieurs le Duc de Liancourt, l'Abbé Bareau, de 
Monmor, De la Marguerye, Gofire, De Renty, Bardin^ 
Morangy, de Chaudebonne, Duplessis Mombar, de St. 
Fremin, De Faucan (2), de la Doversière, Dirval, les 
deux frères Messrs. Le Prêtre, comme aussi du Sémi- 
naire de St. Sulpice feu M. Ollier, M. de Breton villiers, 
M. l'Abbé de Kelus et autres ; parmi les femmes, Made 
la Chancelière, Mesdames de Yillesavin (3), Seguin et 



(l)Soii nom était Gilbert Barbier, ancêtre maternel des familles Truteau 
et Beaudry, de Montréal. 

(2) Il parailrail donc décidémenl que c'est le Baron de Faucan. 
Non. C'est Fancamp, Voir note 1 page 13. 

(3) Ainsi écrit après correction de la main mê)ue de Vautcur. 



42 

plusieurs autres entre lesquelles je comprends Mde de 
Bullion qui au ciel tiendra un des premiers rangs dans 
cet ouvrage, et avec d'autant plus de raison que n'ayant 
voulu être connue dans les biens qu'elle y a faits, elle 
en a laissé toute la gloire à son Dieu, elle a voulu être 
la première de la Compagnie quant aux distributions, 
mais quant au nom il n'en falloit pas parler, elle lui 
adressoit son bien, la supplioit d'en avoir l'économie et 
le soin, mais pour savoir comment s'appeloit cette main 
libérale, il n'y avoit pas d'apparence ; pour s'unir à la 
Compagnie afin de faire ici une dépense de cinquante 
ou soixante mille écus tant dans un hôpital qu'autre 
chose, on la pouvoit rencontrer ; mais quant à la con- 
noitre c'étoit impossible, on ne pouvoit savoir la main 
d'où sortoient ces larges aumônes et charitables profu- 
sions et ce (1) par qui elle les donnoit avoient autant 
appréhendé son tombeau qu'ils ont craint de la désobliger 
pendant son vivant, nous serions encore aujourd'hui en 
la même difficulté de la connoitre ; que si sa mort leur 
a donné la liberté de nous apprendre ses merveilles, 
nous prendrons celle de la prôner en plusieurs endroits 
de notre histoire ; ce que nous ferons néanmoins avec 
une telle vénération à ses ordres que nous ne la nomme- 
rons que notre illustre associée, ou notre charitable 
inconnue, ou bien la pieuse fondatrice du Montréal ; 
ainsi nous tairons son nom puisqu'elle l'a voulu, mais en 
le taisant nous satisfaisons au public en le faisant con- 
noitre par ces trois belles qualités qu'elle mérite très 
justement ainsi que les années suivantes nous le prou- 
veron fort bien. 



(Il J.' crois qu'au lit'U do ces deux mol< et rr \\ faut mettre ti si ceux. 
(Note do J. V.) 



HISTOIRE DU MONTREAL- 



Depuis le départ des vaisseaux du Canadas 
pour la France dans l'automne de Fan- 
née 1642 jusqu'à leur dépari du même 
lieu pour la France daus Tautomne de 
l'année 1643. 

La providence ayant pourvu M. de Maison-neufve de 
fort bons ouvriers et l'ayant tenu caché aux ennemis 
pendant les premiers temps, il faisoit travailler avec une 
telle diligence qu'on s'étonnoit tous les jours de ce que 
l'on voyait fait de nouveau. Enfin le 19 mars (1) jour 
de St. Joseph patron général du pays, la charpente du 
principal bâtiment étant levée, on mit le canon dessus, 
afin d'honorer la fête au bruit de l'artillerie, ce qui se fit 
avec bien de la joie, chacun espérant de voir par après 
bientôt tous les logements préparés, et en eftet de jour 
en jour on quittait les méchantes cabanes que l'on avoit 
faites à la hâte pour entrer dans des maisons forts com- 
modes que l'on achevoit incessamment : quant aux Iro- 
quois on n'en voyoit aucun pendant tout ce temps-là, il 
est vrai qu'un petit parti des leurs nous découvrit à la 
fin, mais ce fut par un hazard et encore nous n'en sûmes 
rien, ce qui arriva de la sorte : Dix Algonquins ayant 
tué un Iroquois en son pays, ils furent poursuivis de ses 
camarades jusqu'à la vue de ce Fort où ils les apper- 
çurent se sauver sans pour cela se faire connoître aux 
François non plus qu'aux Algonquins, ils se contentèrent 
de remarquer le lieu sans faire aucun bruit, afin d'aller 



[1) 1643. (Note de J. V. 



44 

porter ces nouvelles chez eux, c'est ce que leurs gens 
mêmes nous ont appris depuis car personne ne savoit 
rien de cette poursuite : que si les Algonqliins iuyoient 
fort vite ils ne savoient pas pour cela qui étoit à leur 
poursuite, c'étoit la frayeur qui leur donnoit cette allure 
qui est fort ordinaire aux Sauvages quand ils ont fait 
quelques coups, alors leur ombre suffit souvent pour 
les efi'rayer et faire fuir : que si les Iroquois ne venoient 
pas ici, plusieurs autres sauvages y arrivoient de toutes 
parts, ce lieu étant regardé par eux pour l'asyle commun 
contre les Iroquois, même il y en eut plusieurs qui y 
reçurent le saint baptême, entr' autres le célèbre et le 
plus fameux de tous les Algonquins nommé Le Borgne 
de flsle, mais passons outre et venons au mois de Juin 
afin d'avoir les prémices du sang que le Montréal a versé 
pour la querelle commune du pays : au commencement 
du mois dont nous parlons les Hurons en descendant de 
chez eux trouvèrent les Iroquois à 3 lieues d'ici dans 
un endroit nommé vulgairement La Chine là ou ils sui- 
virent ensemble comme s'ils eussent été les meilleurs 
amis du monde, ce qui donna un moyen facile aux Hu- 
rons de satisfaire leur inclination fort portée à la trahison; 
cela se fit de la sorte : en causant familièrement ils leur 
dirent, " Nous avons sçut jusque dans notre pays que 
'' des François se sont venus placer à cette isle immédia- 
" tement audessous de ce Sault (1), allez les voir, vous 
«' y pourrez faire quelques considérables coups et en 
" défaire une bonne partie, vu le nombre que vous êtes." 
Après le conseil de ces perfides, 40 Iroquois des plus 
lestes vinrent surprendre 6 de nos hommes tant char- 
pentiers que scieurs de bois sans qu'il y en eut aucun 
qui échappât de leurs mains ; tous furent tués ou bien 



(1). Saull St. Louis. (Note de J. V.) 



45 

faits prisonniers, ces pauvres gens roulurent bien se 
défendre en cette occasion mais leur valeur ne put pré- 
valoir à un coup si imprévu ; on ne put les secourir 
parceque la chose fut exécutée trop promptement et 
qu'étant un peu en avant dans le bois, le vent peu favo- 
rable empêcha qu'on entendit ce qui se passoit, mais 
enfin ce monde ne revenant pas on les alla chercher sur 
les lieux où on trouva les corps de ceux qui avoient été 
tués, lesquels firent juger de tout ce qui étoit survenu 
(1) ; le lendemain on apprit plus sûrement les choses 
par les Hurons, que les Iroquois traitèrent selon leur 
mérite, car ayant passé toute la nuit à insulter les Fran- 
çois que les Iroquois avoient emmenés prisonniers, le 
matin accablés de sommeil ils s'endormirent profondé- 
ment proche de ces ennemis du genre humain dont ils 
furent presque tous taillés en pièces, hormis environ une 
trentaine qui reçurent ici un asyle au lieu de la mort 
qui leur étoit bien due ; Cette juste punition exécutée, 
ceux qui en avoient été les bourreaux embarquèrent les 
castors de ces perfides, ils mirent ensuite nos François 
dans les canots et traversèrent le fleuve, et après vou- 
lant aller par terre et couper à travers des bois jusqu'à 
Chambly, ils furent contraints d'abandonner une partie 
de leurs castors à cause de la pesanteur, ayant donc 
abandonné ce qu'ils ne pouvoient porter et ayant coupé 
leurs canots à coup de haches, afin de les rendre inutiles, 
comme ils font toujours en de semblables occasions, ils 
allèrent droit au lieu que nous avons marqué, y étant 
arrivés ils crurent que quatre ou cinq lieues de bois 



(1). 11 y eut trois hommes de tués dans cette rencontre qui eut lieu le 9 
Juin 1643, savoir : Guill. Boissier dit Guilling, Bernard Boête et Pre. Lafo. 
ret dit l'Auvergnat, qui furent enterrés par le R. P. Davost Jésuite (voir 
registres de la Paroisse de Montréal) les 3 autres durent être emmenés prison, 
niers. (Note de J. V.) 



46 

auroient assez dépisté nos pauvres François et qu'il n'é- 
toit pas besoin de les garder désormais si étroitement, 
mais ils se trompèrent, car un d'eux s'échappa et se 
sauva si heureusement qu'il revint droit aux canots 
qu'ils avoient laissés, où choisissant le meilleur, il remplit 
d'herbes les trous que l'on avoit faits avec la hache, 
ensuite il y mit plusieurs robes de castor et s'en vint 
ainsi équipé au Montréal tout au travers du fleuve, ce 
qui surprit agréablement M. de Maison-neufve qui fut 
bien joyeux que celui-là fut du moins échappé des tour- 
ments Iroquois. Cet homme raconta toute son infortune, 
après quoi il dit qu'il y avait bien du castor dans le lieu 
où il avoit pris celui qu'il avoit amené dans son canot, 
qu'on le pouvoit aller chercher sans crainte et qu'il 
seroit perdu si on n'y alloit pas ; M. de Maison-neufve 
l'entendant parler de la sorte, encore qu'il ne voulut 
rien pour lui fut bien aise de donner ce butin à ses sol- 
dats, si bien qu'il l'envoya quérir et le leur distribua 
sans en rien retenir ; c'est une chose admirable combien 
cet homme a toujours aimé ceux qu'il a commandés et 
combien il s'est peu considéré lui-même : voilà à peu 
prés comme les choses se sont passées cette année jusqu'à 
l'arrivée des vaisseaux de France, dont on eut ici les 
première nouvelles par M. de Montmagny qui y arriva 
au commencement du mois de Juillet, comblant tout le 
monde d'une joie bien singulière, tant pour les secours 
qui nous venoient de France que pour les témoignages 
qu'il assura que le lloy donnoit de sa bienveillance à la 
Compagnie du Montréal pour laquelle il avoit pris la 
peine de lui écrire, afin qu'il la favorisât en ses desseins, 
louant et approuvant les dépenses pour y construire un 
Fort, lui donnant le pouvoir de le munir de canons et 
autres choses nécessaires pour la guerre, disant de 
plus que Sa Majesté pour une marque plus authentique 



47 

de la sincérité de ses affections l'avoit gratifiée d'un beau 
navire de 350, qui s'appeloit " La Notre-Dame." On ap- 
prit encore par M. de Montmagny qu'on espéroit de grands 
eflfets cette année-là de la part de la compagnie du Mont- 
réal, laquelle avoit fait de la dépense considérable, ce 
qu'il ne put dire qu'en général ; outre cela il dit qu'un 
gentilhomme de Champagne nommé M. D'Ailleboust 
(I) venoit ici avec sa femme (2) et la soeur de sa fem- 
me (3) ; déplus il apprit qu'on avoit fait une fondation 
pour un hôpital au Montréal, mais que pour avoir le 
détail du tout il falloit patienter jusqu'au mois de Sep- 
tembre que M. D'Ailleboust arriva, ce qu'il ne fit pas 
sans difficultés parceque encore qu'il partit on n'osoit 
l'aller quérir dans sa barque à cause des embûches, et 
lui n'osoit non plus approcher pour le même sujet : il 
fallut que M. de Maison-neufve y allât lui-même, encore 
eurent-ils bien peur des ennemis en revenant, tant il est 
vrai qu'en dehors du seuil de sa porte on n'étoit pas en 
assurance ; pour lors M. D'Ailleboust étant à terre et un 
peu rafraîchi, il commença à débiter ses nouvelles, en- 
tr' autres il apprit que notre illustre associée faisoit des 
merveilles ; que pour être inconnue elle ne laissoit pas 
de bien faire parler d'elle, que cette année même elle 
avoit fait une fondation de 2,000 livres de rente pour l'en- 
tretien d'un hôpital en ce lieu, que outre cela elle avoit 
donnée 12,000 livres tant pour le bâtir que pour le four- 
nir de meubles, que déplus elle envoyoit 2,000 livres à 
Madelle Mance pour les employer à sa dévotion, qu'elle 
faisoit secrètement ses libéralités entre les mains de la. 
Compagnie du Montréal sans dire son nom et sans qu'on^ 

(l) Louis D'Ailleboût de Goulonge.s et d'Argentenay. (J. V.) 
(ï) Barbe de Boullongne. (J. V.) 

(3) Demoiselle de Boullongne. D'après des autographes que j'ai. On pro- 
nonçoit Boulogne. (J. V.) 



48 

pût savoir qui elle étoit. Il dit ensuite et fit voir par 
efiet que chacun des associés avoit lâché de se saigner 
charitablement et g-énéreusement pour la réussite de ce 
nouvel ouvrage qui étoit déjà le théâtre des guerres 
de ce pays : que si ce lieu étoit affligé des incursions 
iroquoises, à mesure aussi il étoit consolé de la conver- 
sion de plusieurs autres sauvages, qui se jettant ici com- 
me dans un asile avoient recours au bâtëme afin de se 
préparer à la mort qui les attendoit comme infaillible 
dans la multitude des sorties qu'ils étoient obligés de 
faire pour aller chercher des vivres ; il est bien vrai 
qu'ils y alloient le plus rarement qu'ils pouvoient, mais 
enfin ils étoient trop pour qu'on put subvenir entière- 
ment à leur nourriture ; c'est pourcjuoi il falloit souvent 
sortir. Dès le commencement de cette habitation on avoit 
bien semé un peu de pois et du bled-d'inde et on conti- 
nuoit fort cette aîrriculture tous les ans, mais cela n'étoit 
rien à tant de monde, ils consommoient outre cela beau- 
coup de vivres qui venoient de la France, encore cela 
n'étoit-il pas suffisant : il est difficile d'exprimer la ten- 
dresse que M. de Maison-neufve avoit pour ces pauvres 
malheureux, les libéralités c^u'il leur fit, et combien le 
tout coûta à la Compagnie dans cette première année 
que les choses étoient si chères, mais enfin sa piété ne 
se rebutoit de rien ; au reste cette année nous avons un 
exemple très rare de sa générosité non point en la per- 
sonne des sauvages mais en celle de M. de Pizeaux, le- 
quel se trouvant attaqué de paralysie et ayant le cerveau 
débilité par sa vieillesse, commen(,'a de témoigner qu'il 
étoit bit^n aise de ravoir les choses dont il s'étoit démis, 
afin d'aller en France chercher la guérison, vous voyez, 
la demande étoit considérable, d'autant qu'il avoit donné 
beaucoup, sans doute qu'une telle demande eut surpris 
tout autre que M. de Maison-neufve, voyons un peu 



49 

comme il lui répondit : "Mr. lui dit-il, nous n'avons rien 
" fait par l'intérêt, tout est encore à vous, vous en 
" pouvez être assuré, je vous baillerai ce qu'il vous 
" faudra ici, et je vous adresserai à M. M. de la Compa- 
" gnie en France, lesquels reconnoitront largement les 
" biens que vous nous avez faits :" Ce qui fut promis 
fut fidèlement exécuté ; ici l'on lui tint compte géné- 
ralement de tout, et en France Messieurs de la Compa- 
gnie le firent très bien soigner ils en eurent la même 
sollicitude que s'il dût être leur propre frère, et ils ne 
l'abandonnèrent point jusqu'au tombeau, de quoi il avoit 
bien besoin car il avoit alors septante sept ou septante 
huit ans et avoit passé cette longue vie dans des fatigues 
incroyables tant à la Nouvelle Espagne où il avoit 
amassé son bien, qu'en la Nouvelle France où il l'avoit 
dépensé : Que si il a tant consommé de biens ici il ne faut 
pas s'en étonner, d'autant que faisant d'aussi grandes 
entreprises qu'il a faites, il n'y pouvoit pas manquer, à 
cause que tout coûtoit pour lors exhorbitament, et qu'on 
n'avoit aucun secours du pays tant pour les ^-ivres que 
pour se vêtir : La perte de M. de Pizeaux ne fut pas 
l'unique perte du Montréal pour cette année là, car 
Madame La Pelleterie voyant que Mademoiselle Mance 
avoit alors un secours assez considérable de son sexe, 
elle descendit à Kebecq et l'enrichit de la perte que 
faisoit ce lieu-ci, étant privé d'une personne d'aussi grand 
mérite et d'aussi rare exemple qu'elle a toujours été 
partout. 



G 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



Do l'automno de 1G43 à l'aulomno IG44. 

Les dépêches de France étant parties on commença 
d'arracher les petits pieux qui environnoient le Fort et 
à mesure on le revêtit de beaux bastions que traça M. 
D'ailleboust (1) auquel M. de Maison-neuve laissa la 
conduite de cette entreprise : Messieurs de la Compa- 
gnie lui ayant mandé qu'il était fort intelligent en ce 
fait, aussi y réussit-il très bien ainsi qu'on a vu depuis. 
Enfin nos François se lassèrent de se voir tous les jours 
insultés par les Iroquois, ne pouvant souffrir si souvent 
de leurs allarmes sans les aller chercher, ils importu- 
noient sans cesse M. de Maison-neuve afin qu'il leur per- 
mit d'aller en parti, disant qu'il n'y avoit aucune appa- 
rence de s'entendre fusiller chaque jour et de demeurer 
néanmoins dans la modération de ne les oser poursuivre 
jusqu'à la portée du fusil des bois ; M. de Maison-neufve 
de son côté leur disoit : ''Les poursuivant comme vous 
le souhaitez, nous ne sommes qu'une poignée de monde 
peu expérimentée au bois, tout d'un coup nous serons 
surpris dans une embuscade, là où il y aura 20 Iroquois 
contre 1 François ; au reste prenez patience, quand Dieu 
nous aura donné du monde nous risquerons ces coups, 
mais maintenant ce seroit imprud«'mment hasarder la 
perte du tout à une seule l'ois, ce qui seroit mal ménager 
l'ouvrage dont j'ai la conduite." Tout cela ne servoit de 
rien à nos bouillans françois sinon à faire croire que M. 

(I) Voir Appendice No. III. (J. V.) 



51 

de Maison-nenfve, appréhendoit de s'exposer ; de quoi 
on commença à murmurer si fort que cela étant venu à 
sa connoissance, il crut qu'il valloit-mieux hasarder im- 
prudemment une bonne fois que de les laisser dans cet- 
te croyance qui nuiroit à jamais et seroit capable de tout 
perdre. Résolu donc à la chose, voici ce qui arriva ; le 
30e jour de mars, les chiens qui tous les matins faisoient 
une grande ronde pour découvrir les ennemis sous la 
conduite d'une chienne nommée Pilotte lacjuelle pilloit 
lortement à son retour ceux qui avoient manqué à la 
compagnie, se mirent à crier et hurler de toutes leurs 
forces, faisant face du côté où ils ressentoient les enne- 
mis ; or, comme l'expérience journalière avoit fait con- 
noitre à tout le monde cet instinct naturel que Dieu 
donnoit lors à ces animaux pour nous garantir de mille 
embuscades que les barbares faisoient partout, sans qu'il 
fut possible de s'en parer si Dieu n'y avoit pourvu, par 
les hurlemens favorables : d'abord que nos gens les 
entendirent, soudain pleins de feu ils accoururent suivant 
leur coutume vers M. de Maison-neufve,lui disant, " M. 
les ennemis sont dans le bois d'un tel côté, ne les irons- 
nous jamais voir ?" A quoi il repartit brusquement con- 
tre son ordinaire :" Oui, vous les verrez qu'on se prépare 
tout à l'heure à marcher, mais qu'on soit aussi brave 
qu'on le promet, je vais à votre tête." D'aboid un cha- 
cun se dispose, mais comme on n'avoit que très peu de 
raquettes et que les neiges étoient encore hautes on ne 
pouvoit pas bien s'équiper, mais enfin ayant mis son 
monde dans le meilleur ordre qu'il put, il marcha avec 
30 hommes vers les ennemis, laissant le château et tou- 
tes les choses entre les mains de M. D'Ailleboust auquel 
il donna ses ordres en tous événements ; étant entrés 
dans le bois quasi aussitôt après ils furent chargés par 
200 Iroquois qui les ayant vu venir s'étoient mis en plu- 



52 

sieurs embuscades propres à les bien recevoir Le com- 
bat fut fort chaud. Incontinent que M. de Maison- 
neufve se vit attaqué il plaça ses gens derrière les arbres 
ainsi que faisoient les ennemis et lors on commença à 
tirer à qui mieux mieux, ce qui dura si lonsrtemps que 
l'amonition des nôtres manqua ; ce qui oblig-ea M. de 
Maison-neufve lequel d'ailleurs étoit accablé par le grand 
nombre d'ennemis et qui avoit plusieurs de ses gens 
morts et blessés de penser à la retraite, comme à l'unique 
moyen de se sauver lui et son monde, ce qui était bien 
difficile à faire à cause que nous étions beaucoup enga- 
gés et que les autres étoient si bien montés en raquettes 
qu'à peine étions-nous de l'infanterie au respect de la 
cavalerie ; (1) quoiqu'il en fut, n'y ayant pas d'autre 
parti à choisir il commanda qu'on se retirât, mais tout 
bellement et faisant face de tems en tems vers les enne- 
mis, allant toujours vers un certain chemin de traîne par 
lequel on emmenoit le bois pour bâtir l'hôpital, à cause 
qu'il étoit dur et que leurs raquettes ne leur seroient pas 
nécessaires en ce lieu-là pour bien aller : chacun exécuta 
cet ordre mais à la vérité plus précipitamment qu'il n'é- 
tait porté. M. de Maison-neufve voulant être le dernier 
en ce rencontre, il attendoit que tous les blessés fussent 
passés avant de marcher, quand on fut arrivé à ce che- 
min de traîne qui fuf notre sentier de salut, nos François 
etirayés s'enfuirent de toutes leurs forces et laissèrent 
M. de Maison-neufve fort loin derrière eux ; lui de tems 
en tems faisant face avec ses deux pistolets, crainte d'ê- 
tre saisi de ces barbares qui étoient toujours sur le point 
de le faire prisonnier, ils ne le voulurent pas tuer parce- 
que le reconnaissant pour M. le Gouverneur ils vouloient 
en faire la victime de leur cruauté, mais Dieu l'en garantit 

(t) Crtle jihrasr est un pu obscure mais ellr senl iaff'ectalion habilueilede 
l'aultur i( un la comprrrulra. 



53 

et cela de la façon que je vais dire ; les Iroquois ayant 
defféré à leur commandant cette capture, ils le laissèrent 
aller un peu devant eux afin qu'il eut l'honneur de le 
prendre, mais celui qui voulut prendre fut pris, car M. 
le Grouverneur s'en trouvant si importuné qu'il l'avoit 
quasi toujours sur les épaules, il se mit en devoir de le 
tirer ce que ce sauvage voyant il se baissa pour éviter 
le coup, M. le G-ouverneur ayant ratté cet homme se re- 
leva pour sauter sur lui, mais en cet instant il prit son 
autre pistolet et le tira si promptement et si heureuse- 
ment qu'il le jeta tout roide mort : Or comme cet hom- 
me étoit le plus proche de lui, il eut le loisir de prendre 
un peu d'avance juscju'à ce que les autres barbares étant 
venus à leur commandant déjà expiré, soudain au lieu de 
le poursuivre, ils chargèrent cet homme sur leurs épaul- 
les et l'emjDortèrent promptement parce qu'ils avoient 
peur que quelques secours inopinés ne le leur vint ravir 
et que le corps d'un tel personnage ne tombât entre les 
mains de leurs ennemis ; Ce ridicule procédé donna 
loisir à M. de Maison-neufve de se rendre au fort, quoi- 
qu'après tous les autres lesquels avoient pensé être em- 
portés d'un coup de canon par un mal habile homme, 
qui les vo5"ant venir courant avec confusion, sans faire 
distinction d'amis ou ennemis mit le feu au canon, mais 
par bonheur l'amorce se trouva si mauvaise c[ue le coup 
ne s'en alla pas, c[ue s'il eut parti la pièce étoit si bien 
braquée sur le petit chemin par lequel ils venoient qu'il 
eut tué tout le monde (1) ; M. de Maison-neufve arrivant 
au fort chacun en eut une joie qu'on ne peut exprimer, 
et alors tous, trop convaincus de son courage protes- 



(1 ) Les François perdirent à ce combat J. Matenac et P. Bizot. tué? sur la 
place, en outre de Guil. Lobeau mortellement blessé. — Reg. de la Paroisse 
30 mars 1644. (Note de J. V.) 



54 

toient qu'à l'avenir ils se donnoroieiit bien de £^ardo de 
le faire ainsi exposer mal à propos : au reste il semble 
que Dieu dans cette occasion ne leur avoit imprimé de 
la frayeur que pour faire éclater davantage son courage 
et le mieux établir dans leur esprit ; ce rude combat et 
plusieurs autres qui se firent pendant cette année, n'em- 
pêcha pas ce printemps même qu'on ne commençât à 
faire du bled Irançois à la sollicitation de M. D'Aille- 
boust auquel le Canada a l'oblii^ation de cette première 
éprt'uve qui convainquit un chacun que la froideur de 
ce climat ne l'empêchoit pas de produire une grande 
abondance de bled, l^ifin l'été étant venu, le Sieur De 
la Barre arriva de France ici avec beaucoup de gens, 
partie desquels étoient d'une compagnie que la Eeine 
envoya cette année là en Canadas sous sa conduite, la- 
quelle compagnie fut distribuée dans les différens quar- 
tiers d' ce pays ; et l'autre partie de ce monde venoit 
aux frais de Messieurs du Montréal, lesquels Tirent 
encore cette année de très grandes dépenses pour ce 
lieu : Ce qui est remarquable ici dedans c'est l'ipocrisie 
du sieur De la Barre qui trompa tant de gens en France 
et en Canadas ; à la Kochelle il portoit à sa ceinture un 
grand chapelet avec un crucifix qu'il avoit quasi inces- 
samment devant les yeux, tellement qu'il venoit en ce 
pays commt' un homme apostolique auquel on avoit con- 
fié ce commandement. Ainsi sous une vertu apparente, 
il cachoit une très méchante vie qui l'a fait depuis finir 
ses jours sous une barre qui étoit plus pesante que celle 
de son nom ; au reste quoiqu'il fit l'ipocrite aussi bien 
que homme de son siècle, toujours est-il vrai qu'il a ren- 
du un grand service au pays y amenant ce secours (1) 



(l)"'M d« la Harre, prnnd hypocrilo, amena 60 iKimmos." (M. de Bcl- 
mont.) L'éditour de M. de Belmoiit (//».\/f;i;Y c/» fa/iûrfa, Québec 1840) lui 



55 

et c'est peut-être pour l'en récompenser que Dieu lui a 
fait faire cette rude pénitence pour la conclusion de sa 
vie, afin de lui donner moyen de satisfaire à ses crimes, 
comme apparemment il a fait, mourant d'une façon qu'il 
a laissé sujet de croire à tous que ça été pour le plus 
grand bien de son âme. Ce personnage qui portoit en 
lui l'image de la même vertu, demeura au Montréal 
toute l'année suivante, mais enfin on le reconnut par 
quelques promenades qu'il faisoit fréquemment dans le 
bois avec une sauvagesse qu'il engrossa, ce qui décou- 
vrit l'erreur de ses beaux prétextes. Mais pour ne pas 
prévenir le tems il le faut laisser à l'année qui vient, et 
dire un mot de notre charitable inconnue qui envoya pour 
sa part, cette année à Melle. Mance 2,000 livres, 3 cha- 
pelles et plusieurs meubles, lui adressant le tout comme 
si elle eut été déjà logée, ce que M. de Maison-neufve 
voyant il se résolut d'employer tout son monde avec la 
plus grande diligence qu'il se pourroit, afin de la loger, 
ce qu'il fit avec tant de promptitude que le 8 octobre du 
même an, elle fut logée et en état d'écrire et de datter 
sa lettre de l'hôpital du Montréal écrivant à sa chère 
fondatrice, ce qu'envisageoit beaucoup M. de Maison- 
neufve afin de la contenter ; l'hôpital ne fut pas plustôt 
fait qu'il se trouva assez de malades et de blessés pour 
le fournir, tous les jours les Iroquois par leurs bouche- 
ries y fournissoient de nouveaux hôtes, ce qui obligeoit 
un chacun à bénir Dieu de tout son cœur pour les sain- 
tes inspirations qu'il avoit données à cette inconnue 
en faveur des pauvres malades et blessés de ce lieu ; 
cela fit voir à Melle. Mance que sa bonne dame avoit 



fait dire ceci sous la date 1646. La mauvaise écriture de l'auteur ou du 
copiste aura induit cet éditeur en erreur et lui aura fait lire 46 au lieu de 44, 
ou bien c'est encore une faute d'imprimeur. (Note de J. V.) 



bien eu raison de ne lui point acquiescer en chanj^eant 
ses charités en faveur d'une mission pour laquelle elle 
la sollicitoit ; cet ouvrage rtant si nécessaire même dans 
les commencements ; de quoi Melle. Mance étant pour lors 
bien convaincue, lui écrivit en cette sorte : — " D'abord 
que la maison où je suis a été faite, incontinent elle a été 
garnie et le besoin qu'on en a fait voir la conduite de 
Dieu en cet ouvrage : C'est pourquoi si vous pouviez 
encore faire une charité qui seroit que j'eusse ma sub- 
sistance pour moi et pour une servante et que les!2,000 li- 
vres de rente cjue vous avez données fussent entièrement 
aux pauvres, on auroit meilleur moyen de les assister ; 
voyez ce que vous pourrez faire là-dessus, j"ai de la peine 
à vous le proposer parce que j'ai peine à demander, 
mais vos bontés sont si grandes ! c[ue j'aurois peur d'un 
reproche éternel si je manquois à vous mander les be- 
soins que je sais." Ce peu de paroles furent un grain de 
semence jette dans une terre très excellente ; nous ver- 
rons ce qu'elles produiront l'année prochaine. 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'aulomne 1644 jusqu'à l'automne 
de 1645 au départ des navires du 
Canadas. 

Au commencemeut de cette année il y eut diverses 
attaques là où Dieu fut toujours favorable aux Mon- 
trealistes : de vous dire combien ils ont tué d'ennemis 
on ne le peut faire tant ces barbares sont soigneux de 
cacher leurs morts et de les enlever; mais je vous dirai 
bien une assez plaisante rencontre où il n'y eut point de 
sang répandu, ce qui arriva de la sorte. Une partie de 
ces barbares étant venue pour faire quelques coups et 
un de leurs découvreurs ayant apperçu que tous les 
travailleurs s'étoient retirés dans un instant au son de la 
cloche qui les appeloit pour diner, il s'avança et monta 
dans un arbre fort épais et fourni de branches, tout 
propre à se bien cacher et bien découvrir quand quel- 
qu'un reviendroit. Après le diner la cloche ayant sonné 
il vit que tous revenoient au travail en même temps, ce 
que remarquant de tous côtés, il attendit pour voir le 
quartier qui seroit plus aisé à surprendre, mais par mal- 
heur pour lui on vint placer un corps de garde sous 
l'arbre où il étoit, sans que l'on sçut l'oiseau qui y étoit 
niché ; Jamais il n'osa faire connoitre sa voix ; il est 
vrai que cela lui étoit pardonnable parcequ'il eut une 
grosse fièvre qui lui dura tout autant que cet arbre fut 
investi ; Si on eut apperçu ce corbeau au milieu de ces 
branches, il eut fait le saut périlleux, mais on ne le vit, 
ny on ne l'entendit aucunement, ce que l'on en sçait 

H 



58 

c'est seulement par son rapport et celui de ses camarades ; 
Venons aux navires et disons qu'ils nous apportèrent 
cet été de très fâcheuses nouvelles, et à M. de Maison- 
neufve surtout qui sçut la mort de son père, ce qui 
l'obligea de repasser en France pour les affaires de sa 
maison à laquelle il falloit qu'il allât donner ordre, il ne 
voulut point partir sans renvoyer auparavant en France 
le Sr. de la Barre, qu'il avoit reconnu pour n'avoir rien 
de saint que son chapelet et sa mine trompeuse : qu'ici 
le départ de M. de Maison-neufve affligea beaucoup tous 
ceux d'ici qui le regardoient comme leur père. Melle. 
Mance reçut une lettre de son côté bien consolante 
d'autant que sa Dame lui mandoit en propre terme pour 
réponse à sa lettre : " J'ai plus d'envie de vous donner 
les choses nécessaires que vous n'avez de me les deman- 
der, pour cela j'ai mis 20,000 francs entre les mains de 
la Compagnie du Montréal, pour a'ous les mettre à 
rente, afin que vous serviez les pauvres sans leur être à 
charge, et outre cela je vous envoie 2,000 livres cette 
année." La bonne dame — qu'elle étoit admirable en 
ses charités, — elle sçavoit bien que l'aumône a de grandes 
lettres de change pour l'autre vie, puisqu'elle l'a faite si 
largement ; jugez combien cette charitable fondatrice 
inconnue à tous hormis au Père Kapin et à Melle. 
Mance, étoit agréable à Dieu et consollcit fortement 
cette Demelle. qu'elle avoit faite ici administratrice de 
son Hôpital ; mais laissons cette bonne dame et finissons 
cette année par M. de Maison-neufve, lequel en partant 
pour la France laissa le gouvernement de son cher 
Montréal à M. D'Ailleboust auquel il le recommanda 
plus que s'il eut été un autre soi-même. (1) 



(1) " 1G46, Sopl. Il no ri'sta à Villo-Marie (juf M. D'Ailleboust, sa femme 
sa sœur, etc. de considérables. M. de Maisonneuve qui commandoit à 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'automne 1645 jusqu'à l'automne 1646, 
au départ des navires du Canadas. 

Nous n'avons pas grandes nouvelles à donner au 
public jusqu'au printemps, où les Iroquois vinrent ici 
faire une paix fourée, afin de nous surprendre lorsque 
nous y penserions le moins et que nous serions le moins 
sur nos gardes, ce que nous verrons ci-après malheu- 
reusement arriver aux sauvages nos alliés, non pas aux 
François qui ne marchoient jamais qu'armés et sur la dé- 
fiance ; Ils alloient toujours au travail et en revenoient 
tous ensemble au temps marqué par le son de la cloche ; 
on profita beaucoup de cette paix fourée, parceque les 
Iroquois ne voyant pas un coup assuré ils n'osoient pas 
se déclarer, ce qui donna loisir à M. D'Ailleboust de pa- 
rachever les fortifications du fort (1) de ce lieu qu'il 
réduisit à 4 bastions réguliers, si bons que l'on n'en a 
point vu encore de pareils en Canada ; Il est vrai que 
l'injure des temps n'a pas permis à ces fortifications de 
durer jusqu'à aujourd'huy, mais la mémoire ne laisse 
pas d'en être récente encore dans l'esprit de plusieurs 
habitants, c'est dommage que ce fort soit si près du 
fleuve St. Laurent d'autant qu'il lui est un ennemi 
fâcheux, lequel ne laisse pas sa demeure assurée, surtout 



Montréal repassa cette année en France pour la mort de son père." (Journal 
des Jésuites de 1645 à 1668.) J. V. 
On peut placer à cette époque le document contenu en l'appendice XVII 

(1) M. de Belmont dit que les pieux de son enceinte avaient deux brassas 
de hauteur. (J. V.) 



60 

en certain temps que des montagnes de glaces le vien- 
nent menacer d'un soudain bonleyersoment ; ce qui fait 
que l'on soigne moins cet ancien berceau du Montréal 
qui d'ailleurs seroit fort agréable. L'été suivant cette 
paix simulée nous eûmes de bonne heure les navires à 
Quebecq, qui donnèrent incontinent la joie au Montréal 
de son chef M. de Maison-neufve ; mais en attendant 
que nous voyons le peu de temps qu'il nous doit rester 
en Canadas parlons un peu d'un appelé M. Lemoine (1) 
qui fut envoyé ici pour servir d'interprète à l'égard des 
Iroquois qu'on y voyoit toujours sans les bien entendre, 
à cause que l'on avoit pas d'assez bons interprètes ; 
Comme c'est le principal sujet qui émut M. de Montma- 
gny à nous l'envoyer nous verrons dans la suite de cette 
histoire combien sa venue nous fut avantageuse, non seu- 
lement pour le secours que l'on a tiré de sa langue mais 
encore pour les bonnes actions qu'il a faites contre les 
ennemis, auxquels il a plusieurs fois fait si bien voir son 
courage qu'il a mérité ses lettres de noblesse (2) par les 
services qu'il a rendus contre eux, mais avant que de les 
marquer il faut attendre les temps et cependant comme 
celui-ci exige que nous touchions un second départ de 
M. de Maison-neufve pour la France, parlons en et di- 
sons qu'il fut causé par une lettre de M. de la Dover- 
sière, qui lui manda dans un navire lequel partit après 
lui qu'il revint incontinent, parceque son beau-frère avoit 
été assassiné depuis son départ et que sa mère avoit 
conçu un dessein ruineux pour des secondes noces, et 



(1) Charles Lomoine. Il signait C. LcMoyn<>. (J. V.) 

(2) // a été anobli vers 1670, si je ne me trompe et son fils aine fait Baron 
de Lonffueuil en 1098 ou 1699. iF. M.) 

Erection <le la Seigneurie <]i.' Longueuii nn Baronie If 19 mai 1699, selon 
M. Falcon<."r, mais le 26 janvier 1700, selon Ldlres Patenles à Québec; 
anobli IG6S, mois de mars. (Note de J. V.) 



61 

que ces deux choses enveloppoient tant d'affaires qu'il 
falloit absolument qu'il remontât en mer ; Voyant cette 
lettre qui l'obligeoit une seconde fois à s'en aller, il n'osa 
aller au Montréal, il fallut qu'il épargnât le cœur de ses 
enfans pour conserver le sien, il savoit que les lettres 
qui y porteroient ce fâcheux rabat-joie y donneroient 
assez de tristesse sans l'aller augmenter par sa présence. 
C'est pourquoi quittant cette pensée il alla cacher son 
chagrin au plus vite dans le fond d'un vaisseau et en- 
voya les lugubres messagers de son retour à son cher 
Montréal qu'il consola le mieux qu'il put par l'espérance 
de revenir l'an suivant, sans y manquer. (1) 



[[) M. de Maisonneuve arriva en effet de France à Québec, le 20, 7e 1646 
et en repartit pour France sans remonter à Montréal, le 30, 8bre suivant — 
Journal MS. des Jésuites. (Note de J. V.) 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'automne 1646 jusqu'à l'automno 1647 
au (loparl des navires dn Canadas. 

Au commencement de cet hiver les Iroquois brûlèrent 
le fort de Richelieu (1) qu'on avait laissé sans monde, 
disant par raillerie que ce n'était pas par mal, mais qu'il 
n'était fait que de gros bois, ce qu'ils firent à dessein de 
le piller sans en pouvoir être accusés. Le mois de Mars 
venu ils levèrent le masque tout de bon et commencèrent 
l'exécution du pernicieux dessein qui les avoit portés 
à faire la paix. Voilà qu'ils se divisèrent en plusieurs 
bandes et allèrent en guerre de toutes parts en même 
temps. Quant à nos pauvres sauvages, comme ils se regar- 
doient dans une profonde paix, ils étoient en différentes 
riAaères à chasser sans se donner aucunement de garde, 
ce qui fut cause que ces traîtres venant tout d'un coup 
dans ces rivières où ils étoient, ils en firent tout à la fois 
un si épouvantable massacre qu'ils en laissèrent bien peu 
échapper, surtout il y eut très peu de Népissiriniens qui 
se sauvèrent. Quant aux Hurons qui étoient aux envi- 
rons d'ici, ils syjettèrent comme dans un asile assuré 
d'où ils i:)rirent la coutume de parlementer avec leurs 
ennemis, ce qu'ils faisoient sans crainte à cause du lieu 
où ils étoient, mais comme ils avoient de la peine à s'y 
tenir pour avoir leur liberté et vie assuré en même temps 
ils méditoient une lâche manière de trahir les François 
pour captiver la bienveillance de l'ennemi, sans penser 

(1) Bîlli en 1642, i>ar M. de Monlmagny, à l'entrée de la rivière de Sorel. 
(Note deJ. V.) 
Il faut dire Saurel. 



63 

aux grandes dépenses que l'on faisoit ici pour les entre- 
tenir dans ce temps-là où l'on faisoit tout venir de France, 
ce qui fait voir leu.r extrême ingratitude qui les portoit 
à vouloir livrer leurs hôtes entre les mains de leurs en- 
nemis, afin d'être par eux brûlés tout vifs, ce qu'ils 
tâchoient de faire réussir en cette manière : tantôt l'un, 
tantôt l'autre alloit à la chasse et revenoit accompagné 
d'Iroquois vers la maison de son hôte,iirappeloit comme 
s'il eut eu besoin de quelque chose voulant l'attirer 
dans une embuscade d'ennemis ; un pauvre homme sor- 
toit bonnement à une telle voix et soudain il se trouvoit 
dans la gueule du loup : cela auroit réussi à ces mal- 
heureux et ils auroient fait périr une quantité de leurs 
charitables bienfaiteurs, si Dieu qui ne vouloit pas payer 
leurs bonnes œuvres de cette méchante monnoie ne les 
en eut préservés ; Enfin phisieurs ayant été repoussés jus- 
que dans leurs propres foyers, on commença à se donner 
de garde et on laissa désormais crier ces basiliques avec 
moins de compassion sans aller s'enquérir de ce qu'ils 
souhaitoient ; on demandera d'où A'ient qu'on recevoit 
ces gens, qu'on ne les faisoit pas mourir ; mais il faut 
considérer que l'envie qu'on avoit de les gagner à Dieu 
faisoit qu'on se laissoit aisément tromper par eux dans 
toutes leurs protestations, et que d'ailleurs il étoit de la 
politique de ne les pas punir, crainte d'animer toute 
leur nation dans un temps ou nous n'étions pas en état 
de nous soutenir contre tant de monde ; ainsi le temps 
se passa en trahisons et allarmes jusqu'à ce que l'été 
étant venu, après que nos pauvres Montrealistes se 
lurent longtemps entretenus de leur cher Gouverneur 
ils sçurent enfin qu'il étoit arrivé, ce qui combla ce lieii 
de joie : aussitôt qu'il fut venu il avertit M. Dailleboust 
qu'en France l'on vouloit rappeler M. le Chevalier de 
Montmagny dont la mémoire est encore en grande véné- 



C4 

ration ; de plus il lui dit qu'il soroit nommé au gouver- 
nement du Canadas, et qu'il ialloit qu'il s'en allât en 
France, et que l'année suivante il reviendroit pourvu de 
sa commission (1) ; Ce bon gentilhomme avertit M. 
Daillel)OUst de ces choses, mais il était trop humble pour 
lui dire qu'on lui avoit offert à lui-même d'être Gouver- 
neur du pays et qu'il l' avoit refusé par une sagesse qui 
sera mieux reconnue en l'autre monde qu'en celui-ci. (2) 



(l)Le journal MS. d.'jà cité ne donne pas la drfle de l'arrivée de M. de Mai- 
sonneiive à Qui="bec . mais il. lit que ce Mr. quitta cette ville pour Montréal, 
le 18 (Jet.. 1647 ; il ajoute «lue M. D'.Villeboust partit pour France sur la 
flotte le 21 du même mois. (Note de J. V.) 

(2) ' M. de Maisonneuve pouvoit être gouverneur du Canada" dit M. de 
Belmont, *' mais il fit donner le gouvernement à. M. Dailleboust." ( Note de 

J. y.) 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'automne 1647 jusqu'à l'automne IG48. 
au départ des navires de Canadas. 

Comme dans cette année et la suivante les guerres des 
Iroquois lurent plus furieuses que jamais, ces barbares 
devenant de jour en jour plus audacieux et superbes 
pour les continuelles victoires qu'ils emportoient dans le 
pays des Hurons qu'ils ont depuis entièrement détruits, 
ce fut un coup du Ciel que le retour de M. de Maison- 
neuve, car l'effroi était si grand dans toute Tétendue du 
Canadas qu'il eut gelé les cœurs par l'excès de la crainte, 
surtout dans un poste aussi avancé qu'étoit celui de 
Montréal, s'il n'eut été réchaufie par la confiance que 
chacun avoit en lui ; il assuroit toujours les siens dans 
les accidents de la guerre et il imprimoit de la crainte à 
nos ennemis au milieu de leurs victoires ; ce qui étoit 
bien merveilleux dans un petit poste comme celui-ci. 
Les Hurons quoiqu'en grand nombre étant quant à 
eux, épouvantés par les tourmens se rendoient tous aux 
Iroquois, ceux qui en étoient pris tenoient à grande 
faveur qu'il leur fut permis d'entrer dans leur parti afin 
d'éviter une mort cruelle quand même ils auroient dû 
sortir à mi-rôtis du milieu des supplices, chacun qui leur 
avoit promis fidélité quoique par force n'eut osé violer 
cette parole infidèle à cette nation, appréhendant d'être 
attrapé une seconde fois ; Enfin nos ennemis se grossis- 
soient tellement de jour à autre qu'il falloit être aussi 
intrépide que nos Montrealistes pour vouloir encore 
conserver ce lieu ; tantôt les ennemis venoient par ruse 

I 



66 

afin de nous surprendre dans un pourparler spécieux, 
tantôt ils venoient se cacher dans dos embuscades où ils 
passoient sans branler les journées entières chacun der- 
rière sa souche, afin de faire quelque coup. Enfin un 
pauvre homme à 10 pas de sa porte n'étoit point en as- 
surance, il n'y avoit morceau de bois qui ne peut être 
pris pour l'ombre ou la cache d'un ennemi ; c'est une 
chose admirable comment Dieu conservoit ces pauvres 
gens, il ne faut pas s'étonner si M. de Montmagny em- 
pêchoit tout le monde de monter ici pour s'y établir, 
disant qu'il n'y avoit point d'apparence que ce lieu pût 
subsister, car humainement parlant cela ne se pouvoit pas 
si Dieu n'eut été de la partie. Qu'il en soit loué à jamais 
et qu'il veuille bien bénir son ouvrage, il n'appartient 
qu'à lui, on le voit assez par la grâce qu'il lui a faite de 
soutenir jusqu'à présent au milieu de tant d'ennemis, de 
bourasque un poste et malgré les inventions différentes 
dont on s'est servir pour le détruire. Le printemps 
venu entre plusieurs tentatives que firent les Iroquois il 
faut que je raconte deux trahisons qu'ils tramèrent sans 
aucune réussite, afin de faire connoître les gens à qui 
nous avons affaire. Plusieurs Iroquois s'étant présentés 
sous les apparences d'un pourparler, feu M. de Norment- 
\'ille (1) et M. Lemoine s'avancèrent un peu vers eux et 
incontinent trois des leurs se détachèrent afin de leur 
venir parler. Normentville voyant ces hommes s'appro- 
cher sans armes, pour marque de confiance et pour don- 
ner le même témoignage il s'en alla aussi de son côté 
vers le gros des Iroquois avec une seule demi pique en 
la main par contenance, ce que Lemoine voyant il lui 
cria : " Ne vous avancez pas ainsi vers ces traîtres." 
Lui trop crédule à ces barbares qu'il aimoit tendrement 



(1) Normanville. (Noie de J. V.) 



67 

quoique depuis ils l'aient fait cruellement mourir, ne 
laissa pas d'aller vers eux, mais lorsqu'il y fut, ils l'enve- 
loppèrent si insensiblement et si bien que quand il s'en 
apperçut il ne lui fut plus possible de se retirer. Lemoine 
appercevant la perfidie coucha en joue les trois Iroquois 
qui étaient auprès de lui et leur dit qu'il tueroit le pre- 
mier qui branleroit à moins que Normeutyllle ne revint, 
un des trois demanda à l'aller chercher, ce qu'il lui per- 
mit, mais cette homme ne revenant pas, il contraignit les 
deux autres à marcher devant lui au Château d'où ils ne 
sortirent point jusqu'au lendemain que Normentville fut 
rendu ; L'autre trahison se pensa faire sur le Sault Nor- 
mant qui est une bature, laquelle est peu avant sur le 
fleuve A'is-à-vis du Château ; deux Iroquois s'étaut mis 
sur cette bature, M. de Maison neufve commanda à M. 
Lemoine et à un nommé Nicolas Grodé (1) de s'y en aller 
en canot afin de savoir ce qu'ils vouloient dire d'autant 
qu'ils feignoient de vouloir parler, nos deux François 
approchant, un de ces deux misérables intimidé par sa 
mauvaise conscience se jeta dans son canot, s'enfuit et 
laissa son camarade dégradé sur la roche ou nos cano- 
teurs le prirent. Le captif étant interrogé pourquoi son 
compagnon avoit fui il dit que c'étoit une terreur panique 
qui l'avoit saisi sans qu'il eut aucun mauvais dessein et 
qu'il eut aucun sujet de s'en aller de la sorte, ainsi ce 
traître voila adroitement sa mauvaise intention ; cela 
n'empêcha pas qu'on ne l'amenât au Château, peu après 
qu'il y fut le fuyard reparut de fort loin voguant et ha- 
ranguant sur le fleuve, d'abord on commanda aux deux 
mêmes canoteurs de se tenir prêts afin de le rejoindre à 



(l) 11 y avoit d cette époque à Montréal, un Nicolas Godé, notable du 
lieu, qui fut assassiné par les sauvages le 25 Oct. 1G57, aves deux autres 
François. (Note de J. V. ) 



68 

la ramo, s'il approchoit do trop près, ce qui réussit fort 
bien, car étant insensi])l('m('nt mis dans le courant, au 
milieu de ses belles harangues nos François se jettèrent 
soudain dans leur canot, le poursuivirent si vivement 
qu'il lui fut impossible d'en sortir et d'aller à terre avant 
que d'être attrape, si bi(>n qu'il vint faire compagnie à 
son camarade qu'il avoit fort incivilmient abandonné ; 
Voyez la ruse de ces gens, et comme néanmoins on les 
attrapoit. Ce fut cette année, que pour narguer davan- 
tage les Iroquois on commença le premier moulin de 
Montréal, afin de leur apprendre que nous n'étions pas 
dans la disposition de leur abandonner ce champ glori- 
eux, et que ce boulevard public ne se regardoit pas prêt 
à s'écrouler : au reste cette année Dieu nous assista 
grandement, car si les Iroquois nous blessoient bien du 
monde en diverses reprises, ils ne nous tuèrent jamais 
qu'un seul homme (1), encore est-ce plutôt une victime 
que Dieu vouloit tirer à soi que non pas un succès de 
leurs armes auquel le ciel ne l'eut peut-être pas accordé 
si Dieu ne l'eut trouvé aussi digne de sa possession. 
Enfin les vaisseaux de France arrivèrent et nous rappor- 
tèrent M. Dailleboust pour Gouverneur en la place de 
M. de Montmagny (2) ; la joie de ceux du Montréal fut 



(1) Malliiirin Boncnfanl. tué le 29 Juill.-t 1048. (Hi-g. (!•■ la paroissi-). J V. 

(2) " Le ÎO août 1648." dit lo journal Jésuite déjà cité, 'jour de St. Ber- 
" nard.M. D'ailli;bousl mouilla devant Québec et fut rcccu Gouverneur ; le 
"faclum d<; la cérémonie s<' trouvera dans les archives." M. de Montma- 
" gny P-'irlit pour France le 23 sept, suivant. On a vu que M. Daillel out, 
*' depuis son arrivée en Canada, n'a pas quitté Montréal et qu'il n'en est 
«' parti en 1047, que pour aller en France ; comment Charlevoix a-l-ii donc 
" pu dire que ce Monsr. passa flu Gouvernement dos Trois-Rivières à celui 
" de la colonie ?" Le journal déjà cité, dit A la date d'Octobre 1645 : " Mr. 
"de Cliamiiflour qui commandoit aux Trois-Rivières, s'en retourna en 
" France ; à .sa place fut nommé |(our un temjs M. Bourdon, et enfin M. de 
" la Poterie y alla puur commander." Or, on a vu M. D'uillebout gouver- 



69 

grande lorsqu'ils sçurent qu'un des associés de la Compa- 
gnie venoit en Canadas pour être Gouverneur, mais elle 
fut modérée dans l'esprit de M. de Maison-neufve et de 
Mlle. Mance par les nouvelles qu'ils eurent, que plusieurs 
des notables de la Compagnie du Montréal avoient été di- 
vertis de ce dessein ici par quelques personnes c^ui exprès 
leur faisoient prendre le change en faveur du Levant et 
que M. GofFre ;1), un des plus illustres et anciens asso- 
ciés ayant laissé par testament 80,000 livres pour fonder 
ici un Evêché, on avoit perdu cette somme par arrêt, 
faute d'avoir diligemment vaqué à cette affaire ; voilà 
donc les fâcheuses nouvelles qu'ils apprirent et dont M. 
D'Ailleboust les assura, mais ensuite, afin de les consoler 
un peu, il apprit à M. de Maison-neufve qu'il apportoit 
une ordonnance de la G-rande Compagnie (2) laquelle 
croissoit la garnison de six soldats et que au lieu de 
3,000 livres que l'on avoit donné jusqu'alors de gages 
pour lui et ses soldats, il auroit à l'avenir 4,000 livres. 
Messieurs de la Grande Compagnie voulant en cela re- 
connoitre les bons et agréables services quelepaysrece- 
voit du Montréal, sous son digne Gouverneur. 



neurde Montréal de 7 bre 1645 à 8 bre 1647, puis s'embarquant pour France 
le 21, 8 bre !647, pour en revenir Gouverneur-Général du Canada le 20 août 
1648 ; il y a donc erreur chez l'estimable historien de la Nouvelle-France. 

(1) M. le Gauffre. (Note de J. V.) 

(2) La Compagnie des cent associés. 



i 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'automno IG48 jusqu'à l'automne 1649, au 
départ des navirus di; Canadas. 

La plupart des Iroquois furent toute cette année occu- 
pés à harceler les Hurons et les réduire aux abois dans 
leur propre pays, nous ne tûmes ici travaillés que par de 
petits partis dont on vint facilement à sou honneur, par 
la prudence de M. de Maison-neufve et la générosité de 
ces braves Montrealistes qu'il commandoit : Le printemps 
arrivé M. Dailleboust envoya ici M. Desmousseaux (1) 
son neveu, avec 40 hommes qu'il commandoit sous le 
nom de camp-volant, afin d'y aider à y repousser les 
ennemis, ce qui lui fut plus aisé que de les battre, car 
aussitôt qu'ils entendoient le bruit des rames de ses 
chaloupes ils s'enijiryoient avec une telle vitesse qu'il 
n'étoit pas facile de les attraper et de les joindre ; ce 
renfort encourag-ea beaucoup les nôtres, aussitôt qu'il 
parut, à quoi contribua beaucoup le nom et la qualité 
de celui qui commandoit, si l'on avoit eu l'expérience 
que l'on a aujourd'hui avec la connoissance que nous 
avons présentement de leur pays, 40 bons hommes ])ien 
commandés se seroient acquis beaucoup de <rloire, au- 
roient rendu des services très signalés au pays et auroient 
retenu nos ennemis dans une grande crainte par les 
coups qu'ils aiiroient faits sur eux, mais nous n'avions 
pas les lumières que nous avons aujourd'hui et nous 
étions moins habiles à la na\ngation du canot qui %st 



(1) M. Dosinoussfau. — Charles J. D'aillehousl Dos Mu<seaux, neveu du 
Gouverneur (Note de J. V.) Voir Note 1 page 81. 



l'unique dont on doit user contre ces gens-là que nous, 
ne sommes maintenant. L'été étant venu Melle Mance 
descendît à Québec pour y recevoii^ les nouvelles de 
France lesquelles lui furent fort tristes, c«« première- 
ment elle y apprit la mort du R. P. Ivax:>in, son bon 
ami et charitable protecteur vers sa pieuse fondatrice. 
Deuxièmement que la compagnie du Montréal étoit 
quasi toute dissipée, en troisième lieu que ce bon M. de 
la Doversière étoit si mal dans ses affaires qu'il avoit 
quasi fait banqueroute, même qu'on l'aroit laissé si mal 
qu'il é|;oit en danger de mort et qu'on étoit sur le point 
de lui saisir tîTftt son bien, Melle. Mance frappée de ces 
trois coups de massue en la personne du P. Eapin qui 
lui faisoit avoir tous les besoins (^ sa Dame, en la per- 
sonne de M. de la Doversière qui depuis 1641 qu'elle 
fut unie à la Compagnie recevoit tous ses effet et géroit 
toutes ses affaires de France, enfin en la personne de 
tous les assoc/és dont la désunion faisoit l'entière des- 
truction de leur commerce, elle fut bien abattue, mais 
enfin s'étant remise et abandonnée entre les mains de 
Notre Seigneur, éclairée de son divin esprit elle crut 
qu'elle devoit passer en France, comme sa chère fonda- 
trice vivoit encore, afin de lui rendre compte de toute 
chose et faire ensuite tout ce qu'il lui plairoit ; afin 
qu'elle n'eut le mécontentement de voir tout renverser 
dans cet ouvrage, et que l'œuvre de Dieu ne se trouvât 
détruit ; elle médita les moyens de joindre tous les mem- 
bres de la Compagnie du Montréal et pensa à leur faire 
faire quelqu'acte public qui cimentât mieux leur union 
si elle y pouvoit parvenir, parceque de là elle prévoyoit 
bien clairement que dépendoit non seulement l'hôpital 
mais encore la subsistance de tout le monde et même de 
tout le Canadas, qui ayant perdu ce boulevard avoit 
bien la mine de périr, car enfin tout ce pays pour lors 



72 

étoit fort épouvanto, surtout pour les cruautés et entière 
destruction des llurons, lesquelles menaçoient ensuite 
généralement tous les François d'encourir la même dis- 
grâce et de suivre les mêmes traitemens : Melle Mance 
considérant ces choses résolut de s'embarquer au plus- 
tôt pour la France ou M. de Maison-neufve et tous ceux 
de Montréal l'accompagnèrent de leurs vœux 




HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'automne 1649 jnsqu'tà l'automne 1650, an 
départ des navires de Canadas. 

Après le départ de Melle Mance, on eut le martyre 
des Revds. Pères de Brebœuf et Lallemant (1). Pendant 
toute cette année on ne Yoyoit que des dessentes de 
Hurons qui fuyoient la cruauté des Iroquois et venoient 
chercher parmi nous quelque refuge, toujours on appre- 
noit par eux quelques nouvelles esclandes, quelques 
nouveaux forts perdus, quelques villages pillés de nou- 
veau, quelques nouvelles boucheries arrivées. Enfin le 
reste des Hurons defiiloit peu à peu, et chacun s'échap- 
poit le mieux qu'il pouvoit des mains de son ennemi : 
Ce furent les terribles spectacles dont le Montréal fut 
récréé pendant cet an, afin de le préparer tout à loisir 
pour être le soutien de tous les Iroquois ci-après, car 
enfin n'y ayant plus rien à les arrêter au-dessus pour 
combattre, il falloit nécessairement que tout tombât sur 
lui, telleçaent que voyant ces gens passer et leur racon- 
ter les boucheries ils pouvoient bien dire : " si cette poi- 
gnée de monde que nous sommes ici d'Européens ne 
sommes plus fermes que 30,000 Hurons que voilà défaits 
par les Iroquois, il hous faut résoudre à être brûlés ici à pe- 
tit feu avec la plus grande cruauté du monde comme tous 
ces gens l'ont quasi été." Voyez un peu de quel œil ces 

- (l)Jean de Brebeuf et Gabl. Lalement, Jésuites.tuéspar les Iroquois, à St- 
Louis, chez les Hurons, les 16 et 17 mars 1649.' Leurs noms sont écrits d'à. 
près des autographes que j'ai. Le P. Gabriel a eu 3 oncles Jésuites, Pierre. 
Charles et Jérôme, qui tous signaient Lalemant, tandis que lui a écrit quel- 
quefois Lalemant, mais le plus souvent Lalemenl. (Note de J. V.) 

J 



74 

pauvres Montroalistos pouvoiont reo-arder ces miséra- 
bles fuyards qui étoient les restes et derniers débris de 
leur nation. Voilà à peu près les pitoyables divertisse- 
ments que l'on eut ici jusqu'au retour de Melle Mance 
qui fut trois jours devant la Toussaint (1). Elle vint con- 
soler le Montréal dans ses alilictions et lui apporta de 
bonnes nouvelles, savoir : — premièrement que sa chère 
fondatrice étoit toujours dans la meilleure volonté du 
monde ; secondement que la Compagnie du Montréal à 
sa sollicitation s'étoit unie cette fois-là en bonne forme 
par un contrat authentique ; que M. Ollié avoit été fait 
directeur de la Compagnie au lieu de M. de la Mar- 
guerye à cause qu'il étoit du Conseil Privé, — qu'en cet- 
te réunion tous avoient fait voir une telle preuve de 
bonne volonté pour l'ouvrage, qu'on avoit tout sujet d'en 
bien espérer ; qu'on avoit jugé à propos qu'elle portât 
les associés à quitter le dessein du Montréal et donner 
une assistance aux Hurons laquelle fut proportionnée à 
l'état pitoyable où ils étoient dans le temps de son dé- 
part, mais qu'elle avoit répondu à la personne qui lui en 
avoit parlé, que messieurs du Montréal étoient plus zé- 
lés pour l'ouvrage commencé que jamais, que pour 
marque de cela ils venoient de s'unir authentiquement 
par un acte public, afin d'y travailler, qu'ayailt appris 
toutes ces choses à cette personne cela n'empêcha pas 
qu'il n'allât voir Monsieur et Madame la Duchesse de 
Liancourt pour leur faire la même proposition, ce qui 
fut en vain car elle n'eut d'autre réponse sinon qu'ils 
travailloient pour le Montréal. " Tout cela m'a bien fait, 
" ajouta-t-elle, adorer la providence divine, quand j'ai su 
" à mon retour que M. Lemoine qui avoit été pour me- 
" ner du secours dans le pays des Hurons a été obligé 



(l) Elle était débanquéeù Québec le 8 Septembre 1650. (Note de J. V.) 



I 



75 

" de relâcher les trouvant qu'ils venoient tous, du moins 
" autant qu'il en restoit ; car enfin si tout ce monde 
" avoit tourné ses vues et avoit fait ces dépenses pour 
" ce dessein, à quoi est-ce que tout cela auroit abouti ? 
" L'état pitoyable où j'avois laissé les Hurons me faisoit 
" compassion, mais le Ciel qui vouloit les humilier n'a 
" pas permis que ses serviteurs ayent ouvert leurs 
" bourses pour un ouvrage qu'ils ne vouloient pas main- 
" tenir : il a choisi dans le Montréal une œuvre qu'ap- 
" paremment il voulut rendre plus solide. Son saint 
*' nom soit béni à jamais." 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



1)0 l'automno IO.")fl jusqu'il l'aiitijmno IG.")| au 
(iéi)art des navires du Canadas. 

Les Iroquois n'ayant plus de cruautés à exercer au- 
dessus de nous, parcequ'il n'y avoit plus de Hurons à 
détruire, et que les autres Sauvages s'en étoient enfuis 
si avant dans les terres qu'ils ne pouvoient les aller cher- 
cher à cause du défaut de chasse et qu'il faut être plus 
adroit à la pèche qu'il ne sont pas (sic), pour aller dans 
les pays où ils s'étoient retirés (1), tournèrent la face 
vers l'Isle de Montréal qu'ils regardoient comme le pre- 
mier objet de leur furie dans leur dessente, et pour ce 
sujet l'hiver étant passé, ils commencèrent tout de bon 
à nous attaquer, mais avec une telle opiniâtreté qu'à pei- 
ne nous laissoient-ils quelques jours sans allarmes ; in- 
cessamment nous les avions sur les bras, il n'y a pas de 
mois en cet été où notre livre des morts ne soit marqué 
en lettre roug-e par la main des Iroquois; il est vrai que 
de leur côté ils y perdirent bien plus de gens que nous, 
mais comme leur nombre étoit incomparablement plus 
grand que le nôtre, les pertes aussi nous étoient bien 
plus considérables qu'à eux qui avoient toujours du 
monde pour remplacer les personnes qu'ils avoient per- 
dues dans les combats : que si les temps étoient présens, 
je donnerois aux braves soldats qui étoient pour lors les 
éloges qu'ils ont mérités, mais la pluspart des choses que 
je devrois remarquer ayant été oubliées de ceux qui 
m'instruisent, il faut que je me contente de vous rap- 

(1; Chez les Kikapous d'après M. de Belmonl (Note de J. V.) 



77 

porter seulement les plus notables actions qui se firent 
pour lors, les autres étant hors le souvenir des hommes 
qui est le seul mémorial dont je puisse user dans cette 
histoire, laquelle jusqu'ici n'a eu aucun écrivain : Entre 
les actions qui ont laissé après elle une plus grande im- 
pression dans les esprits cette année, celle de Jean Bou- 
dart est fort remarquable. Ce pauvre homme étant 
sorti de chez lui avec un nommé Chiquot (1), fut surpris 
par 8 ou 10 Iroquois qui les voulurent saisir ; mais eux 
s'enfuyant Chiquot se cacha sous un arbre et tous ces 
barbares se mirent à la suite de Jean Boudart, lequel 
s'en allant à toute jambe vers sa maison vers laquelle il 
trouva sa femme, à laquelle il demanda si le logis étoit 
ouvert ; non lui répondit-elle, je l'ai fermé ; ha ! lui 
dit-il, voilà notre mort à tous deux, fuyons nous-en, — 
lors s'encourant de compagnie vers la maison, la femme 
demeurée derrière fut prise, mais elle crioit à son mari 
qui étoit prêt d'être sauvé ; le mari touché par la voix 
de sa femme la vint disputer si rudement à coup de 
poings contre les barbares, qu'ils n'en purent venir à 
bout sans le tuer (2) ; pour la femme ils la réservèrent 
pour en faire une cruelle curée, ce qui fait toute leur 
joie, aussi n'en tuent-ils point sur le champ à moins 
qu'ils ne soient contraints. M. Lemoine, Harchambault 
(3) et un autre ayant accouru au bruit furent eux-mêmes 
chargés par 40 autres Iroquois qui étoient en embuscade 
derrière l'hôpital, lesquels les voulurent couper, ce 
qu'eux trois ayant apperçu ils voulurent retourner sur 
leurs pas, mais cela étoit assez difficile à cause qu'il fal- 



(l) Au registre de la paroisse de Ville-Marie il est désigné Jean Cicni de 
risle-d"Orleron, paroisse de Dolu, diocèse île la Rochelle. Ses descendants^ 
écrivent leur nom Skotle. 

(i) Le 6 mai 1651. Reg. de la Paroisse. (Note de J. V.) 

(3) Jacques Archambault. 



78 

loit passer assez près de ces 40 hommes qui ne manquè- 
rent pas à les saluer avec un grand l'eu, sans toute fois 
qu'il n'y eut autre elfet que le bonnet de M. Lemoine per- 
cé ; bref ils s'enfuirent tous trois dans l'hôpital qu'ils 
trouvèrent tout ouvert, et où Melle. Mance étoit seule ; 
en quoi il y a bien à remercier Dieu, car s'ils ne l'eussent 
trouvé ouvert ils étoient pris, et si les Iroquois eussent 
arrivé à passer devant l'hôpital sans que ces trois Fran- 
çois y eussent entré, comme la maison étoit toute ou- 
verte, ils eussent pris Melle. Mance, pillé et brûlé l'hô- 
pital, mais ces trois hommes y étant entrés et ayant fer- 
mé les portes, ils ne songèrent qu'à s'en retourner avec 
cette pauvre femme, et à chercher Chiquot qu'ils avoient 
vu cacher ; enfin l'ayant trouvé il les frappoit si fort à 
coups de pieds et de poings qu'ils n'en purent pas venir 
à bout, ce qui fit que craignant d'être joints sur ces en- 
trefaites par les François qui venoiont au secours, ils lui 
enlevèrent la chevelure avec un morceau du crâne de 
la tête, ce qui ne l'a pas empêché de vivre près de 14 
ans depuis, ce qui est bien admirable. 

Le 18 de juin du même an, il y eut un autre combat 
qui fut le plus heureux que nous ayons eu, car un très 
<rrand nombre d' Iroquois ayant attaqué 4 de nos Fran- 
çois, ces 4 hommes se jettèrent dans un méchant petit 
trou nommé Kedoute qui étoit entre le château et un 
lieu appelé la Pointe St. Charles au milieu des abatis et 
{illisible). La résolus de vendre chèrement leur vie ils 
commencèrent à la disputer à grands coups de fusil ; à 
ce bruit un de nos anciens habitants nommé Lavigne (1) 
accoururt tout le premier étant le plus proche du lieu 
attaqué, ce qu'il fit avec une audace surprenante et nu 
bonheur admirable, car passant seul avec une légèreté 



(1) Urbain Tessior dit Lavigne. 



79 

et une vitesse extraordinaire par dessus tous les bois 
abattus, pour venir à ses camarades, il donna en 4 em- 
buscades iroquoises les unes après les autres et essuya 
60 ou 80 coups de fusil sans être blessé et sans s'arrêter 
aucunement jusqu'à ce qu'il eut joint ces pauvres assail- 
lis, qui ne furent pas peu animés par son courage : Ce 
tintamare ne fut pas longtems à émouvoir nos François 
qui étant toujours prêts de donner s'en vinrent secourir 
nos gens (1) par l'ordre de M. le G-ouverneur. Ensuite 
les Iroquois ayant imprudemment laissé aller leurs coups 
de fusil à la fois nos François qui eurent plus de patien- 
ce les tirent alors à plaisir. Les Iroquois se voyant 
tomber de tous côtés par leurs décharges ne songèrent 
plus qu'à s'enfuir, mais comme les arbres étoient abattus 
et fort gros, à mesure qu'ils se levoient pour s'en aller 
on les faisoit dessendre à coups de fusil, enfin ils y lais- 
sèrent parmi les morts 25 ou 30 des leurs, sans les bles- 
sés qui s'en allèrent (2). Mais passons outre et disons 
que les Iroquois ensuite à force de nous inquiéter, obli- 
gèrent cette année Melle. Mance de quitter l'hôpital 
pour venir au château, et que tous les habitans furent 
obligés d'abondonner leurs maisons, — que dans tous les 
lieux que l'on voulut conserver il fallut y mettre des 
garnisons, tous les jours l'on ne voyoit qu'ennemis, la 
nuit on n'eut pas osé ouvrir sa porte et le jour on n'eut 
pas osé aller à quatre pas de sa maison sans avoir son 



(1) Ce secours étoit conduit par M. LeMoyne, selon M. de Belmont. (Note 
de J. V.) 

(2) Les Reg. de la Paroisse nous apprennent que les François perdirent 
un homme dans le combat du 18 juin 1651, du nom de Léonard Barbeau, 
qui mortellement blessé à l'action, décéda deux jours après, ou le 20 juin ; 
aussi, que le 13 Août suivant, Jean Hébert fut tué par les Iroquùis (Note de 
J. V.) 



80 

fusil, son épée et son pistolet : Enfin comme nous dimi- 
nuions tous les jours et que nos ennemis s'encounit^eoient 
pour leur grand nombre, chacun vit bien clairement 
que s'il ne venoit bientôt un puissant secours de France 
tout étoit perdu ; Melle. Mance considérant et pesant 
cela dit à M. de Maison-neufve qu'elle lui conseilloit 
d'aller en France, que la fondatrice lui avoit donné 
22,000 livres pour l'hôpital, lesquels étoient dans un cer- 
tain lieu qu'elle lui indiqua, — qu'elle les lui donneroit 
pour avoir du secours pourvu qu'en la place on lui don- 
nât 100 arpens du domaine de la seigneurie avec la 
moitié des batimens, et qu'encore que cela ne valut 
pas les 22,000 livres elle ne croyoit pas y devoir regar- 
der de si près, parceque si cela ne se faisoit pas tout 
étoit perdu et le pays bien hazardé. Ils convinrent tous 
deux de la chose qui enfin s'exécuta par après ; Melle. 
Mance écrivit le tout à son illustre fondatrice qui scella 
son approbation de 20 autres mille livres qu'elle fit re- 
mettre à cette compuGfnie, comme nous le verrons ci- 
après, afin de lui aider à envoyer un plus grand renfort : 
voyez un peu combien cette Dame étoit généreuse, les 
bonnes œuvres qu'elle a faites pour ce lieu énonceront 
sans doute éternellement ses louanges dans les portes de 
la Jérusalem céleste ; Mais revenons à M. de Maison- 
neufve qui ayant résolu son départ sur cette persuasion 
de Melle Mance, quitta enfin son cher Montréal dans le 
pitoyable état que nous avons dit (1) ; Il est vrai que 
son départ l'eut rendu tout inconsolable sans l'espérance 
d'un aussi heureux et avantageux retour que celui qu'il 
promettoit ; en s'en allant, il laissa la conduite de toute 



(1) Le journal d» s J» suites dit qu'il parlil de Québec pour France le 5 
Nov. 1651. (Note de J. V.) 



81 

chose à M. Des Museaux (1) confiant le tout à sa pru- 
dence et le lui recommandant du plus intime de son 
cœur. 



(t) MussmiiT. (Note de J.V.) 

Charles D'Ailleboust, Escuyer, sieur des Mucoaux. 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



Di' lautomno 1651 jimifirà l'autoinno 1652, au 
ilipart des iiaviivs du (;ana(las. 

Cette année, le pays ayant changé de commandant, 
d'abord le çouverneur nouveau (1) voulut faire connoi- 
tre à Messieurs du Montréal les bons sentimens qu'il 
avoit pour eux et les bons traitemens qu'ils en dévoient 
espérer, on retianchant 1,000 livres d'appointemens que 
Messieurs de la Compagnie générale donnoientà M. de 
Maison-neufve tant pour lui en qualité de gouverneur 
de Montréal que pour sa garnison. Je ne veux rien 
dire touchant la conduite que ce bon M. a observée à 
l'égard de cette isle, d'autant que je veux croire qu'il a 
toujours eu de très bonnes intentions quoiqu'elles lui 
aient été moins avantageuses ; que s'il avoit plus sou- 
tenu cette digue,les inondations iroquoises n'auroient pas 
pris si facilement leurs routes vers Québec et n'y au- 
roient pas fait les dégâts qu'elles y ont faits, où elles 
n'y ont pas même toujours respecté sa famille ; Ce nou- 
veau gouverneur ayant promis à M. de Maison-neufve, 
avant son départ pour la France, 10 soldats dont il lui 
avoit fait passer les armes par avance, il envoya ces dix 
hommes au Montréal comme il lui avoit promis, mais il 
les fit partir si tard et les mit si nuds dans une chaloupe 
qu'ils y pensèrent geler de froid, on les prenoit pour des 



(J) Le 13 Oct. 10.')I,M. h.iill'-boiit iLoius) fut romiilacé par M..I<an de Lau- 
zon comme gouvornour général, d; dernier éloil consoilli'r du Hoi et avoit 
été Intendant du lJaii|ihiné et de la Nouvelle France. (Journal des J.-S. 
Bourgeois. — L'abbe Faillon.) (Note de J. V.) 



83 

spectres vivans qui venoient, tout squelettes qu'ils 
étoient, affronter les rigueurs de l'hiver. C'étoit une 
chose assez surprenante de les voir venir en cet équipa- 
ge en ce temps-là, d'autant qu'il étoit le 10 décembre, 
cela fit douter longtemps que ce fut des hommes et on 
ne s'en put convaincre que lorsqu'on les vit de fort près ; 
au reste ces homme étoient les plus malingres si nous 
regardons leur constitution, même deux de ces dix 
étoient encore enfans, lesquels à la vérité sont depuis 
devenus de fort bons habitans dont l'un s'appelle St. 
Ange (1) et l'autre se nommait Lachapelle (2). Ces pau- 
vres soldats ne furent pas plustôt ici qu'on tâcha de les 
réchauffer le mieux qu'on put en leur faisant bonne 
chère et en leur donnant de bons habits, et ensuite on s'en 
servit comme des gens à repousser les Iroquois que nous 
avions tous les jours sur les bras ; aussitôt que l'été fut 
venu, Molle. Mance désireuse de savoir des nouvelles du 
retour de M. de Maison-neufve qui étoit toute l'espé- 
rance de ce lieu pria M. C/os (sic) (3), major de cette 
place, de la vouloir escorter jusqu'aux Trois-Rivières,. 
afin de lui faciliter le voyage de Kebecq. M. Clos en 
ayant obtenu la permission et ayant descendu avec elle 
aux Trois-Rivières, où ils demeurèrent quelques jours 
en l'attente d'une commodité pour Kebecq, voici que des 
sauvages arrivèrent du Montréal qui dirent que les Iro- 
quois y étoient plus méchants et plus terribles que ja- 
mais, — que depuis leur départ on étoit si épouvanté que 



(1) André Charly dit St. .\nge. 

(2) Honore' Langlois dit Lachapelle. 

(3) M. Lambert Closse, d'après autographe que j"ai. Il étoit venu en 
1641 avec M. do Maison-neufve et commandoit eh second la garnison. II 
étoit d'une famille noble. Les écrits contemporains l'appellent indifférem- 
ment Sergmt Major de la garnison, Major de la garnison,Major de ce lieu.ou. 
du fort ou de la villt\ ou enfin de Montréal, (Note de J. V.) 



84 

les François ne savoient que devenir, M. le Major enten- 
dant ce discours, laissa Melle. Manco attendre le départ 
de feu M. Duplessis (1) qui de voit se rendre à Kebecq, 
et remonta au plus vite nu Montréal, ou tout le inonde 
l'ut encouragé par son r<>tour : A son arrivée il y lut 
récréé et alHigfé en même temps par une histoire bien 
surprenante ; voici le fait. Une femme de vertu qu'on 
nomme présentement La bonne femme Primat (2) fut atta- 
quée à deux portées de fusil du château, d'abord que 
cette pauvre femme fut assaillie, elle fit un cri de force, 
à ce cri trois embuscades d'iroquois se levèrent et se 
firent paroitre et 3 de ces barbares se jettèrent sur elle 
afin de la tuer à coups de haches, ce que cette femme 
voyant elle se mit à se défendre ccmme une lionne, 
encore qu'elle n'eut que ses pieds et ses mains ; au trois 
ou quatrième coup de hache, ils la jettèrent bas comme 
morte et alors un de ces Iroquois se jeta sur elle afin de 
lui lever la chevelure et de s'enfuir avec cette marque 
de son ignominieux troplié, mais notre amasone se sen- 
tant ainsi saisir, tout d'un coup reprit ses sens, se leva 
et plus furieuse que jamais elle saisit ce cruel avec tant 
de violence par un endroit que la pudeur nous défend 
de nommer, qu'à peine se put-il jamais échapper, il lui 
donnoit des coups de hache par la tête, toujours elle te- 
noit bon jusqu'à ce que de rechef elle tomba évanouie 
par terre et par sa chute elle donna lieu à cet Iroquois 
de s'enfuir au plus vite, ce qui étoit l'unique chose à 
quoi il pensoit pour lors, car il étoit prêt d'être joint par 
nos François qui venoient au secours, ayant aidé à rele- 
ver cette femme un d'entr'cux l'embrassa par un témoi- 
gnage d'amitié et de compassion, elle revenant à soi et 



(1) M. I)ii|il<*ssis-Borhiirt, goiivi'rnriir des Troi«-Hivicres. (Noie de J. V.) 

(2) Martine Mcssior, fcmmo d'AnUiuine Piimol. 



«5 

se sentant embrassée déchargea un grand souilet à ce 
client affectueux, ce qui obligea les autres à lui dire. 
" Que faites-vous ? Cet homme vous témoigne amitié sans 
penser à mal, pourquoi le frappez- vous ? " — " Parmanda, 
dit-elle, en son patois, je croyois qu il me vouloit bai- 
ser." — C'est une chose étonnante que les profondes raci- 
nes que jette la vertu lorsqu'elle se plait dans un cœur, 
son âme étoit prête à sortir, son sang avoit quitté ses 
veines, et la vertu de la pureté étoit encore inébranla- 
ble en son cœur. Dieu bénisse le saint exemple que 
cette bonne personne à donné en cette occasion à tout le 
monde pour la conservation de cette vertu. Cette bonne 
femme Made. Primot dont nous parlons est encore en vie 
s'appelle communément Parmanda, à cause de ce sou- 
flet qui surj)rit tellement un chacun que le nom lui a 
demeuré (1) Les Iroquois sur la fin de l'été las de ne 
se pouvoir venger des coups reçus et des pertes nouvel- 
les qu'ils faisoient encore tous les jours résolurent de se 
rendre plus bas afin de voir si ils réussiroient mieux, ce 
qu'ils firent malheureusement pour nous, ainsi que la 
mort de M. Duplessis gouverneur des Trois-Riviôres et 
d'une grande partie des plus braves habitans de ce lieu 
le fait voir à ceux qui lisent les relations des Révérends 
Pères Jésuites (2) mais comme ceci n'est pas de notre 
fait passons outre et disons que Melle. Mance ne revit 
pas de Maison-neufve comme elle pensoit, cette année là, 



(1) Le cjiubal de cetle femme, Marline, femme (rAnte. Primot, avec les 
Iroquois eut lieu le 29 juillet 1652 (Journal des J. du 10 août) M. de Belmont 
parle aussi de cette lutte de la femme Primot avec 3 Iroquois. Voir Hist 
du Canada, p. 7, imprimée en 1840, par la Société Littéraire et Historique de 
Québec. (Note de J. V.) 

(2) Le journal des J. déjà plusieurs fois cité,' fixe au 19 août IG52, le com- 
bat où périt M. Duplessis et fonrnit les noms des François qui furent tués 
en ce lieu ou faits prisonniers. (Note de J. V.) 



86 

mais qu't'llo eut seiilomont do sos nouvelles, par Icsc^ucl- 
les il lui maiidoit qu'il ospéroit do n^'cnir l'an suivant 
avec plus de 100 hommes, qu'il avoit vu adroitement la 
bonne londatriee sans l'aire semblant de rien, qu'il lui 
avoit l'ait connoitre lY'tat des choses, qu'il y avoit sujet 
d'en espérer encore beaucoup, qu'elle ne manquât pas 
de lui écrire sans lui donner à connoitre quelle elle était (1). 
Cette lettre consola beaucoup Melle. Mance daJis ce 
pénible retardement de notre très cher gouverneur, car 
par elle on voyoit tout se disposer pour sou retour l'an sui- 
vant, ce qui lui étoit fort incertain auparavant, d'autant 
que M. de Maison-neufve lui avoit dit et à M. Desmusseaux 
auquel il avoit laissé ses ordres en tous événements : " Je 
tâcherai d'amener 200 hommes, ils nous seroient bien né- 
cessaires pour défendre ce lieu ; que si je n'en ai pas du 
moins cent, je ne reviendrai point et il faudra tout aban- 
donner, car aussi bien la place ne seroit pas tenable." 
Melle. Mance ayant eu ces nouvelles et ayant donné or- 
dre aux affaires de France vint promptement au Montréal, 
afin de lui faire part de ce qu'elle avoit appris et le sou- 
lager dans cette fâcheuse année qu'il fallait encore passer 
en l'absence de son cher gouverneur. 



(I) Jlliuil.. 

Note. Los n^gistr.îs do la Paroisse constatent que les Sauvages ^u^^enl 
Antoine Hoos le 26 mai 1652, A. David, le 16 septembre et EiiennoTliibaull, 
le 14 octobre même année. (Note de J. V.) 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'automne IG'jî jtisqirà l'.iulomne de 
IG53, au (It'put (li'S vaisseaux du 
C inadas. 

Le 14 octobre de cette année il se fit ici une très belle 
action de la manière que je vais dire. On sut par l'aboie- 
ment des chiens qu'il y avoit des ennemis en embuscades 
du côté qu'ils regardoient. M. le Major qui é toit toujours 
sur pied en toutes les occasions, eut l'honneur d'avoir 
cette découverte à faire. Il y alla avec 24 hommes et 
marcha droit vers le lieu où il étoit question, mais pour 
y aller avec prudence il détacha le sieur de la Laloche- 
tière, Bastom (1) et un autre dont je ne sais pas le nom, 
trois braves soldats qui marchoient devant à la portée du 
fusil, il donna ordre à ces trois détachés de n'aller que 
jusqu'à un certain lieu qu'il désigna. Lalochetière em- 
porté par son courage passa un peu plus outre pour dé- 
couvrir par dessus un arbre qui étoit devant lui si les 
ennemis n'étoient point dans un ^fond qui y étoit, en 
regardant par dessus cet arbre, les Iroquois qui étoient 
cachés au pied firent d'abord leurs huées, le tirèrent et 
le mirent à mort, mais non pas si soudain qu'il ne fit 
payer sa vie à celui qui le tua, d'autant qu'il lui rendit 
la pareille de son coup de fusil, — les deux autres dé cou- 



Ci) Loditeur de M. Belmont écrit liostom et Lagachelière (seroit-ce pour 
Laf^ochetière ou Lagaucheiihre ce nom descendu jusqu'à nous';. Il dit aussi 
que ce dernier fut tué, cependant son nom n'est i»as porté aux registres de 
la Paroisse. On n'y trouve que celui de Etienne Thibault. 'Note de J. V.) 

M. Paillon, dans son histoire de la Colonie Frau'jaise en Canada, met 
BasUm ou Basloin, et Etienne Thibault dit la Laloclietière. 



88 

vreurs voulant se retirer eurent une salve qui fut fu- 
rieuse dont Dieu les garantit. Le Major mit d'abord ses 
gens en état, on tint ferme quelque temps, mais il auroit 
expérimenté un moins heureux c'om]>at ayant alIUire à 
tant d'ennemis sans que M. Prud'homme ancien habi- 
tant d'ici l'appela d'une chétivc maisonnette où il étoit, 
lui criant de se retirer bien vite d'autant qu'on l'environ* 
noit, il n'eut pas i)lust6t ouï la parole et tourné la tête qu'il 
vit les Iroquois quasi tout autour delà maisonnette et de 
lui, ce qui lui lit commander à ses gens de forcer ces 
barbares et d'entrer dedans à c^uelque prix que ce fut, 
ce qui fut dit fut vigoureusement exécuté : inconlin(Mit 
qu'on l'ut dedans on fit des meurtrières et chacun com- 
mença à faire grand feu, hormis un lâche qui saisi de 
frayeur, se coucha tout plat sans que les menaces ni les 
coups le pussent faire lever ; il fallut donc laisser ce 
mort tout en vie qu'il étoit et songer à se bien battre, 
car les Iroquois joignoient la maison de toutes parts et 
tiroient si rudement que les balles passoient en travers 
de cette chétive maisonnette qui étoit si peu solide 
qu'après lavoir percée elle perça un de nos plus beaux 
soldats qui est nommé Laviolelle et le mit hors de com- 
bat, ce qui nous fit une grande perte pour cette occa- 
sion, d'autant que cet homme a toujours paru ici pour 
un des plus intrépides et vigoureux, ce qui a fait qu'on 
lui a donné plusieurs fois des commandements dont il 
s'est fort bien acquitté : — Enfin, nonobstant ce malheur, 
il ne fallut pas laisser d«' se l)attre et de faire de son 
mieux, ce qui nous réussit trè^ bien et se passa de la 
sorte. Nos meurtrières étant faites et ayant moyen de 
répondr»? aux ennemis nous commençâmes à avoir notre 
tour et dans les premières décharges nous enjettàmes 
une belle quantité par terre, ce qui les embarrassa fort 
surtout à cause que ne voulant pas abandonner leurs 



89 

morts ils ne sayoient aussi comment les enlever, d'au- 
tant que chacun qui en approchoit ne manquoit pas à le 
payer de quelques coups de fusil : ce tintamarre dura 
tant que nous eûmes de la poudre, mais les munitions 
manquant cela inquiéta fort notre major qui en témoi- 
gna quelque chose au sieur Baston qu'il savoit bon cou- 
reur ; comme il avoit beaucoup de courage c'en fut assez 
pour le faire s'offrir d'en aller chercher, alors M. Classe 
tout joyeux, le mit en état de partir avec tous les témoi- 
gnages d'amitié possible ; après on lui ouvrit la porte et 
on favorisa sa sortie par les redoublemens des décharges 
ordinaires en ces occasions, enfin malgré eux il arriva 
au château d'où il revint bien amonitionné avec 8 ou 10 
hommes, qui étoit tout ce qu'on pouvoit lui fournir, con- 
duisant à couvert deux petites pièces de campagne char- 
gées à cartouches, à la faveur d'un rideau (1) qui passe de- 
puis le château jusque vis-à-vis la maison attaquée ; 
quand il fut plus proche qu'il pouvoit aller à couvert, 
tout d'un coup il parut sur le rideau avec ses deux ca- 
nons qu'il tira sur les Iroquois ; M. Closse qui l'atten- 
doit sortit tout aussitôt avec son monde pour favoriser 
son entrée, dont le régal fut un redoublement de coups 
de fusil afin de faire connoitre aux Iroquois si cette pou- 
dre nouvelle valoit bien la précédente, mais comme ils 
virent que l'on en étoit moins chiche qu'avant l'arrivée 
de Baston, ils jugèrent qu'ils falloit mieux se retirer que 
.d'user plus amplement de nos libéralités ; il est vrai que 
comme ils étoient au pied de la maison, cette retraite 
étoit un ]}Qi\ dillicile, aussi en s" enfuyant reçurent-ils 
bien des coups. On ne sait pas au vrai le nombre de 
leurs morts, quoiqu'ils en aient beaucoup perdu en cette 

(l). Ti'iiiie di> guerre ; inHiie élévation de terre qui a quelque étt niue en 
longueur et derrière laquelle ont peut se cacher. 

L 



00 

occasion, piircoqu'ils los omportiTt'iit quasi tous et qu'ils 
n'ont pas accoutumé de se vanter des pfens qu'ils ont 
ainsi perdus. Il est vrai qu'ils n'ont pas pu s'en taire 
absolument et que exacférant les pertes des leurs ils les 
ont exprimées en ces termes ; " nous sommes tous 
morts." Quant aux estropiés ils en ont compté le nom- 
bre aux Fran(,*ois, leur avouant c^u'ils en avoient 37 des 
leurs parfaitement estropiés (1) ; au reste c'est une cho- 
se admirai)!»' que ces «jfens-là aient tant de force à porter, 
car encore qu'ils ne soient pas bien forts en autre chose 
ils ne laissent pas pourtant <|ne de porter aussi pesant 
qu'un mulet, ils s'enfuient avec un mort ou un blessé 
comme s'ils n'avoient quasi rien, c'est pourquoi il ne 
faut i)as s'étonner après les combats s'il se trouvent peu 
de personnes, puisqu'ils ont une si grande envie de les 
emporter. Pour ce qui regarde ce qui nous arriva dans 
cette occasion, je n'y remarcjuc rien de funeste sinon la 
mort du brave Lalochetière et la grande blessure du 
pauvre Laviolette, mais il est bien à propos sur ce sujet 
que je dise un mot de M. Closse qui a été reconnu de 
tous pour un homme tout de cœur et généreux comme 
un lion, il étoit soigneux à faire faire l'exercice de la 
guerre, étoit l'ami des braves soldats et l'ennemi juré 
des poltrons. Tous ceux qui l'ont bien connu le regret- 
tent et avouent qu'on a perdu en lui une des plus belles 
fleurs de ce jardin : que si on avoit eu le soin d'écrire 
tontes les belles actions qui se sont faites autrefois en ce 
lieu tous b's ans, nous lui ferions ]»lusieurs élon-es, d'au- 
tant qu'il étoit partout, et partout il faisoit des mer- 
veilles, mais la négligence alors d'écrire m'oblige à les 



(1) .M. f!o Bolmont dit au sujol de ce combat du 14 octobre 1052 : " M. 

" Closse fut investi jmr 200 Iroriuois Les lro<juois perdirent 20 hooimes 

" et plus de 50 estropiés de bras et de jambes." (Note de J. V ) 



91 

laisser dans le tombeau (1), aUiSsi bien que celles de plu- 
sieurs autres dont les faits héroïques entrepris i)our 
Dieu et sa gloire seront tirés un jour du sépulchre par 
lin bras moins foible que le mien et une main plus puis- 
sante que celle avec laquelle je travaille à cette histoi- 
re : on ne sauroit exprimer les secours de cet excellent 
major, c'est pourquoi il nous faut passer outre, pour dire 
que dans la suite de cette année on eut plusieurs autres 
attaques mais que les ennemis n'y eurent pas de grands 
succès, on se secouroit avec une telle rigueur qu'aussi- 
tôt qu'un coup de fusil s'entendoit en quelque lieu, aus- 
sitôt l'on y venoit à toute jambe, on couroit ici aux 
coups comme à un bon repas ; encore qu'ailleurs on fut 
moins friand de ces morceaux de quoi on eut une plai- 
sante marque au printemps, d'autant que M. le Gourer, 
neur ayant enroyé une barque au Montréal, il arertit 
le commandant de n'approcher pas du château s'il n'y 
royoit des marques qu'il y aroit encore des François ; 
que s'il n'en royoit pas qu'il s'en rerint, crainte que les 
Iroquois ayant pris le lieu ils fussent en embuscades 
pour les y attendre : ce qui fut dit fut fidèlement exé- 
cuté, la barque rint proche du Montréal : il estrrai qu'on 
ne pouroit pas bien distinguer du château à cause des 
brumes ; là ayant mouillé l'ancre, nos Montrealistes qui 
la regardoient disputoient fortement, les uns disant que 
c'étoit une barque, les autres le contraire, la barque 
ayant resté pendant toute cette dispute enfin elle se lassa 
d'attendre et croyant fermement qu'il n'y aroit plus 
personne à cause qu'elle ne royoit ni n'entendoit rien, 
elle résolut de lerer l'ancre et de partir pour retourner 
vers Kebec assurant qu'il n'y aroit plus de François au 



(2) M. Closse n'est pas encore morl, mais il sera tué le 6 février 1662. 
<Note de J. V.) 



02 

Mont-royal : or la l>arque t'-taiit partie et lo temps étant 
devenu iserein nos Irançois (|iii jiis(|u'alors avuient dit 
qu'il n'y avoient point eu de l):ir({Ui' dirent aux autres, 
— hé bien, y avoit-il une barque i Ceux qui avoient 
tenu lallirniation dirent que cela avoit bien la mine 
d'une bar(|ue, qu'il lalloit que ce l'ut un fantôme ou])ien 
quelque diablerie, ainsi se résolut la (juestion jus(ju'aux 
]>reniières nouvelles de Que])ecq, qui aj^prirent au 
Montréal que ce n'étoit point un prestige mais bien une 
véritable barque, ce qui fit un peu rire et ce qui doit 
aussi apprendre à un chacun qu'on estimoit ici le monde 
dans un tel daniivr d'être taillé en pièces, en ces temps- 
là, que toutes les lois qu'on y venoit on y étoit dans de 
grandes appréhensions que cela ne l'ut déjà fait, c'est 
pourquoi on n'en osoit approcher sans beaucoup de cir- 
conspection, crainte d'y rencontrer des Iroquois au lieu 
des compatriotes que l'on y venoit chercher ; même 
communément il falloit aller aux barques pour les aver- 
tir de ce qui se passoit et leur donner avis de l'état des 
choses, autrement on eut été en danger que sans oser 
approcher elles ne s'en fussent allées aussi Inen que cel- 
le-là. Mais parlons d'autre chose et disons que Melle. 
Mance toute désireuse du retour de M. de Maison - 
neufve descendit à Que})ecq de bonne heure cette année 
là, ce qui fut un coup de providence, d'autant que 
n'ayant pas de chaloupe pour descendre elle eut été 
enlevée par les Iroquois infailliblement si elle y eut été 
plus tard, d'autant que ces anthropophages ennemis du 
genre humain se resouvinrent de la réussite qu'ils 
avoient eue l'an dernier aux Trois-Itivières y vinrent 
]»ient6t après (ju'elb' fut passée rechercher ce qui avoit 
échappé à leur cruauté, blocquant ce lieu des Trois- 
Ilivières avec 600 hommes ; elle auroit donné dans ce 
blocus et auroit été prise au passage si elle avoit tardé,. 



93 

mais heureusoment elle étoit à Ke])ec, ou elle apprit par 
feu M. Duherison (1), qui étoit dans le premier navire, 
que M, de Maison-neufve venoit avec plus de cent hom- 
mes, ce qui lui donna une joie non pareille et même à 
tout le public qui étoit fort abattu de crainte ; tout le 
monde dans Québec et par les côtes commença à offrir 
ses vœux à Dieu pour son heureuse arrivée, on le nom- 
moit déjà le libérateur du pays, cette heureuse nouvelle 
venue, Melle. Mance supplia M. le gouverneur de vou- 
loir bien donner au plustôt cet agréable avis au Mont- 
réal, il ne lui put refuser une si juste demande et pour 
cela il dépêcha une chaloupe, mais Dieu qui ne la vou- 
loit pas perdre lui envoya un vent contraire qui l'empê- 
cha d'aller jusqu'au blocus des Trois-Rivières dont on 
n'avoit aucune nouvelle à Kebec et dont on n'avoit rien 
sçu, sans qu'il fut découvert par les plus lestes du pays 
qu'en ce même temps coururent après le Père Poncest (2) 
{sic) pour le délivrer d'eïitre les mains des Iroquois, 
Or ces messieurs revenant de cette course dont il est 
parlé dans les relations du temps ils trouvèrent la cha- 
loupe laquelle montoit au Montréal qu'ils avertirent de 
descendre au plustôt à cause de l'armée iroquoise qu'ils 
avoient vue devant les Trois-Rivières, ensuite de cjuoi 
ils vinrent à Québec ou ils mirent tout le monde dans une 
grande consternation lorsqu'ils apprirent le péril ou étoit 
les Trois-Rivières, ce qui faisoit redoubler les vœux pour 
l'arrivée de M. de Maison-neufve, afin d'aller dégager 
ces pauvres assiégés, mais si Dieu ne voulut pas lui ac- 



(1) Du Hérisson : plus tanl (en 1605) Juge Royal aux Trois-Rivières (Note 
deJ. V.i 

Michel Le Neuf, escuyer, Sr. du Htrisson. 

(2) Le Père Jésuite Jos. Ant. Poncet, j'ai son autograiJie. Los Iroquois 
se saisirent de lui vers Sillory, le 21 août 1653 ; il ne revint à Québec que 
le 4 novembre amené par M. Boucher. (Note de J. V.) 



94 

corder cet honneur, il voulut se servir en ceci du Mont- 
réal par uiK' voit' dillérente : ce qui arriva de la sorte ; 
Il y avoit lors plusieurs 1 lurons jiu Montréal qui y fai- 
soient la guerre aux Iroquois, à l'abri de ce Tort, entr'- 
autres il y avoit le plus brave de tous, nommé Anontaha, 
qui avoit fait voir un courai,'"e extraordinaire dans une 
action dont nous parlerons ci-après : Or ces I lurons 
dans leur découverte apperçurent un jour la piste des 
ennemis lesquels venoient tâcher de faire quelque mé- 
chant coup l'ii ce lieu ; d'abord qu'ils eurent eu cette 
connoissance ils en vinrent donner avis et incontinent 
les François et les llurons formèrent deux partis du 
côté d'où venoit l'ennemi, qui se trouva enfermé entre 
les deux, ou il leur fallut combattre en champ clos, il est 
vrai que les Iroquois vendirent bien leur vie et leur 
liberté parceque encore qu'ils fussent peu c'étoit les 
plus braves de leur nation et que de plus ils étoient 
favorisés d'un grand embarras de bois, mais enfin en 
ayant été tué la meilleure partie le reste fut contraint de 
se rendre à la force hormis quelques uns qui se sauvèrent '• 
or tous les captifs ayant été amenés au Château, ils 
dirent qu'ils avoient une grosse armée qui ravageoit 
tout le pavs d'en bas et y mettoit tout en combustion ; 
M. Des 31i/sseaux (1) qui commandoit, sachant ces choses 
et que ses prisonniers étoient des considérables, il se 
conseilla (2) avec les mieux sensés de ce qu'il y avoit à 
faire : Le sentiment commun fut que M. Lemoine per- 
suaderoit à Anontaha de s'en aller parlementer avec les 
Iroquois et de sauver le pays s'il pouvoit nommément 
les Trois-Kivières qu'on apprenoit être en grand danger ; 



(I) Neveu do M. Maison-nrufve. — 

Non. Il étoil neveu de M. Louis D'Ailleboût, voir p. 47 (Note de J. V.) 
2) Concerta. 



95 

à cette proposition ce brave sauvage se résolut d'exposer 
sa vie pour le bien du pays, il descendit dans un canot 
lestement équippé et entra dans les Trois-Ilivières ; après 
qu'il y fut il cria aux Iroquois de s'approcher et de l'en- 
tendre ; ensuite leur ayant donné le loisir de venir assez 
près pour l'ouïr il leur dit fortement : " Ne vous avisez 
pas de faire de mal aux François, je viens du Montréal, 
nous y avons pris tels et tels vos capitaines qui y 
étoient allés comme vous savez, ils sont maintenant à 
notre discrétion, si vous A'oulez leur sauver la vie il faut 
faire la paix." Ces barbares ayant nommé leurs capi- 
taines et sachant qu'ils étoient pris, d'abord ils s'appro- 
chèrent et dirent que " volontiers ils feroient la paix 
pourvu qu'on leur rendit leurs gens," ce qui rejouit 
beaucoup les pauvres assiégés, mais à la vérité leur joie 
pensa tout d'un coup être changée en tristesse, car les 
Hurons qui étoient restés au Montréal avec les prison- 
niers Iroquois, pensèrent être pris eux et leurs captifs 
tout à la fois, d'autant que sottement ils les voulurent 
amener aux Trois-Rivières sans attendre aucune escorte 
de chaloupe ; de bonne fortune les Iroquois ne songèrent 
alors qu'à la paix et furent surpris ; que s'ils ne l'eussent 
été et qu'ils eussent attrapé ces étourdis, les affaires 
eussent été en pire état que jamais, mais enfin les Iro- 
quois traitoient à main et à demain ils ne songoient qu'à 

se remplir des françoises sans plus songer à la 

guerre pour le présent ; au plus vite on envoya des 
Trois-E-ivières à Kebec, afin d'avertir de ce grand change- 
ment, et les Hurons qui étoient remplis d'orgueil pour 
ces réussites y portèrent promj)tement les bonnes nou- 
velles, enfin il se fit une paix fourée à quoi nos ennemis 
acquiescèrent seulement pour avoir leurs gens et avoir 
lieu ensuite de nous surprendre, nous connaissions bien 
leur fourberie, mais comme ils étoient les plus forts nous 



I 



OG 

recevions leurs lois et on passions ])ar l;ï où ils vonloient : 
La foiblosse de ce temps là faisoit jettor de ^ands sou- 
pirs après l'arrivée de M. de Maison-neufve avec son 
secours, mais enlin il ne venoit point, ce qui alHigeoit 
tout le monde à un tel point que la saison s'avançant 
sans qu'ils parut, afin d'obtenir cette grande assistance que 
tous attendoiont par sa venue, on exposa le Très-Saint 
Sacrement pendant plusieurs jours, jusqu'à ce que enlin 
le ciel importuné par ces prières publiques voulut exau- 
cer les vœux de ces peuples, ce qui fut le 27, 7bre, auquel 
jour on chanta à l'Église le Te Deum pour action de 
grâce: de son arrivée (1). Monsieur de Maison-noufve 
ayant rendu ses devoirs au Souverain de Lumières, il 
alla rendre ses respects à M. de Loson auquel il raconta 
les disgrâces de son voyage, entre autres que son retarde- 
ment avoit été causé par une voie d'eau qui les avoit 
obligés de relâcher trois semaines après leur départ ; 
Ensuite de cette première ^^site il alla voir les ItR. PP. 
Jésuites et autres maisons religieuses, ensuite de quoi il 
se vint renfermer avec Melle. Mance pour lui dire en 
particulier ce qui s'étoit passé de plus secret dans tout 
son voyage, entre autre ce qui concernoit cette sainte 
dame inconnue, ce qu'il commença de la sorte : " Comme 
vous m'aviez confié le nom de cette sainte dame, me 
voyant en France fort embarrassé par le pressant désir 
ou j'étois de secourir ce pays dans l'extrémité où les Iro- 
quois l'ont réduit, j'avois bien envie de lui parler et lui 
faire connoître les choses sans faire semblant de rien, 
car comme vous m'aviez dit que de la manifester c'étoit 
tout perdre, je ne l'eusse pas voulu faire, mais aussi 



(1) Son rotour d<> l'ranre ù Qut'bfc en IC').T, ({uoiqiin certain, n'esl pas 
mentionné au Journal MS. des Jésuites. La S<i.>ur Bourgoois lo fixe au 22 
Sept. (Note de J. V.) 



97 

comme je me sonvenois que vous m'aviez dit beaucoup 
de fois que si vous l'eussiez pu entretenir là-dessus, à 
cœur ouvert, que cette âme généreuse y auroit apporté 
du remède, cela me donnoit envie de la voir : Or étant 
dans ces souhaits Dieu m'en fit naître une belle occasion 
par le moyen d'une de mes sœurs qui avoit procès contre 
elle, ce que sachant je m'oifris de lui donner la main 
pour aller chez elle et comme je savois qu'elle n'ignoroit 
pas mon nom à cause du gouvernement de Montréal, je 
me fis nommer à la porte, afin que cela lui renouvelât la 
mémoire, elle eut lieu de m'interroger et moi de l'entre- 
tenir : Dieu donna bénédiction à ma ruse, car l'ayant sa- 
luée et ma sœur lui ayant parlé de ses afîaires, elle s'en- 
quit de moi si j'étois le Gouverneur du Montréal qu'on 
disoit être dans la Nouvelle France, je lui répondis que 
oui, et que j'en étois venu depuis peu ; qui est, me dit- 
elle en ce pays, dites-le nous s'il vous plait et nous appre- 
nez des nouvelles de ce pays-là, comme on y fait, comme 
on y vit, quelles sont les personnes qui y sont, car je suis 
curieuse de savoir tout ce qui se passe dans les pays 
étrangers ; Madame, lui dis-je, je suis venu chercher du 
secours pour tâcher de délivrer ce pays des dernières 
calamités ou les guerres des Iroquois l'ont réduit, je suis 
venu tenter si je pourrois trouver le moyen de le tirer 
de misère ; l'aveuglement est grand parmi ces sauvages 
qui y sont, mais néanmoins on ne laisse pas d'en gagner 
quelques uns : au reste ce pays est grand et le Montréal 
est une isle fort avancée dans les terrestres propre pour 
en être la frontière, ça nous sera une chose bien fâcheuse 
s'il nous faut abandonner des contrées aussi étendues sans 
qu'il y reste personne pour annoncer les louanges de celui 
qui en est le Créateur, au reste cette terre'est un lieu de 
bénédiction pour ceux qui y viennent, car cette solitude 
jointe aux périls de la mort ou la guerre nous met à tout 

L 



98 



moment fait que les plus grands pécheurs et pécheresses 
y vivent avec édification et exemple, cependant s'il faut 
que tout cela s'abandonne, je ne sais pas ce qu'il devien- 
dra : ce qui me fait plus de peine est une bonne fiUc 
qu'on appelle Melle. Mance, car si je n'amène un puis- 
sant secours je ne puis me résoudre à retourner, d'autant 
que cela seroit inutile, et si je ne m'en retourne pas je 
ne sais ce qu'elle deviendra ; De plus je ne sais ce que 
deviendra une certaine fondation qu'une bonne Dame 
qu'on ne connoit pas, a faite en ce pays-là pour un hôpi- 
tal dont elle a fait cette bonne demoiselle administra- 
trice, car enfin si je ne les vas pas secourir, il faut que 
tout quitte et échoue." A ces mots elle me dit : " Com- 
ment s'appelle cette Dame ?" " Hélas, lui répondis-je, 
elle a défendu à Melle. Mance de la nommer, elle n'ose- 
roit l'avoir fait; au reste cette demoiselle dit que sa dame 
est si généreuse dans ses charités qu'on auroit lieu d'en 
tout espérer, si elle pouvoit avoir l'honneur de lui parler, 
mais qu'étant si éloignée il n'y avoit pas moyen de lui par- 
ler, qu'autrefois elle avoit auprès d'elle un bon religieux 
qui eut bien négocié cette affaire, et lui eut bien fait 
connoître le tout, mais que maintenant lui étant mort 
elle ne peut lui parler ni lui faire parler, pas même lui 
écrire, parceque cette dame lui a défendu de mettre son 
nom pour l'adresse de ses lettres, que quand ce Religieux 
vivoit il connoissoit ce mistère, elle lui envoyoit ses 
lettres parceque lui qui avoit tout moyenne et savoit le 
tout les portoit ; maintenant qu'il n'y avoit plus rien à 
faire, que si elle avoit seulement mis son nom pour ser- 
vir d'adresse sur une lettre, elle assure qu elle tomberoit 
dans sa disgr;\ce,qu'elle aime mieux laisser le tout à la seule 
providence, que de fficher une personne à qui elle est 
tant obligée elle et toute la Compagnie du Montréal : 
Voilà, madame, lui dis-je, l'état où sont les choses, même 



99 

on est si pressé de secours que la demoiselle voyant que 
tous les desseins de la fondatrice sont prêts à être mis au 
néant, elle m'a donné un pouvoir de prendre 22,000 
livres de fondation qui sont dans Paris pour 100 arpents 
de terre que la Compagnie lui donne, me disant, prenez 
cet argent il vaut mieux qu'une partie de la fondation 
périsse que le total, servez-vous de cet argent pour lever 
du monde afin de garantir tout le pays en sauvant le 
Montréal : Je ne crains point dit-elle, d'engager ma con- 
science, je sais dit-elle, l'esprit de ma bonne dame, si elle 
savoit les angoisses où nous- sommes elle ne se contente- 
roit pas de cela. Voilà l'offre qu'a fait cette demoiselle, 
J'avois de la peine à accepter, mais enfin en ayant été 
pressé vivement par elle qui m'assuroit toujours qu'elle 
pouvoit hardiment interprêter la volonté de sa bonne 
dame en cette rencontre, j'ai fait un concordat avec elle 
pour ces 100 arpents de terre en faveur des 22000 livres, 
qu'elle a espéré pouvoir beaucoup aider à garantir le 
pays qui est l'unique vue de ce concordat ; car la terre 
à ce prix-là seroit un peu bien cher : Voilà, Madame, la 
situation où nous sommes." — " Je voudrois bien, me ré- 
pondit cette bonne dame, que vous me revinssiez voir 
pour nous entretenir de ces choses." — " Volontiers, Ma- 
dame, lui dis-je. Depuis, je l'ai vue plusieurs fois, même 
elle prenoit plaisir de me faire entrer dans 'son cabinet 
pour m'entretenir à loisir de toutes les particularités,, 
mais jamais elle n'a voulu se découvrir à moi, il est vrai 
que notre négociation n'a pas laissé de réussir, d'autant 
qu'elle a donné 20,000 livres à M. De la Mognon, (1) lui 
disant qu'une personne de qualité faisoit présent à la 
Compagnie du Montréal de cette somme, pour lui aider 



(1) C'est vr.'ii?eiiib!iil)l( inr-iil le Président Guillaume de Lamoignon, qin. 
était alors Maitr»; des Hequèlcs au Parlement de Paris. 



100 



à lever du monde pour secourir leur isle sous la conduite 
de M. de Miiison-neufve : elle fit ce qu'elle put pour que 
M. de la Mognon crut que cela venoit d'ailleurs, mais 
enfin nous savons assez la main d'où procédoit ce bien- 
fait : Voyez, dit après cela M. de Maison-neufve à Melle. 
Mance, une belle ratilication de vos 22,000 livres ; O 
illustre et charitable fondatrice, Dieu la bénisse à jamais, 
voilà ce que j'avois à dire à son sujet : Mais parlons 
maintenant d'une bonne fille que j'amène, nommée Mar- 
guerite Bourgeois (1) dont la vertu est un trésor qui se- 
ra un puissant secours au Montréal, au reste cette fille 
est encore un fruit de notre Champagne qui semble vou- 
loir donner à ce lieu plus que toutes les autres réunies en- 
semble : Cette fille est une personne de bon sens, de bon 
esprit, qui ayant passé jusqu'à 18 ou 20 ans sans vouloir 
approcher de la Congrégation de Troye, crainte de pas- 
ser pour bigotte, quelque sollicitation que l'on lui en fit, 
Dieu lui ayant donné ensuite une forte pensée de voir 
comme on y faisoit, elle y remarqua si bien la solide 
vertu que l'on y pratiquoit qu'elle s'y enrolla d'une telle 
bonne manière qu'y marchant à grands pas elle fut bien- 
tôt élevée à la préfecture, où on l'a continuée 12 ou 16 
ans, à cause du grand avancement que l'on avoit vu 
sous sa conduite, encore qu'une telle continuation ne se 
soit jamais faite aux autres ; Enfin, cette bonne fille ne 
ne se contentant pas de demeurer comme elle étoit, et 
voulant être religieuse, elle souhaita d'être carmélite et 
son père se résolut de faire tous ses efforts pour la doter 
afin de lui donner ce contentement, parcequ'il ne lui 
pouvoit rien refuser. Mais en ce temps une des congré- 
ganistes qui alors avoit. une forte pensée pour le Canada 
vint la trouver et lui dit fortement qu'il ne falloit psj 



|1) Elle Fignait " Marguerite Bourgeoys." 



101 

qu'elle fut religieuse mais qu'il falloit aller toutes 
deux servir Dieu en la Nouvelle-France, — La-dessus elle 
la tourna tant de tous cotés qu'à la fin elle l'obligea d'en 
parler à la supérieure de leur congrégation, qui étant 
une bonne religieuse laquelle avoit soin de toutes ses 
congréganistes externes dont Marguerite Bourgeois vul- 
gairement nommée la sœur Marguerite étoit Prefette, 
Or Dieu permit que cette supérieure fut la propre sœur 
de M. de Maison-neufve auquel elle dit tout ce qui se 
passoit dans l'esprit de sa Prefette : M. de Maison-neufve 
ne l'eut pas plustôt sçu qu'il désira de la connoître, et 
il ne l'eut pas plustôt connue qu'il souhaita de ne pas 
perdre un si illustre trésor, or il fit tout ce qu'il put pour 
la conserver. Enfin elle résolut de passer et de venir 
cette présente année avec tout ce monde que M. de Mai- 
son-neufve amenoit (1) où elle n'a pas reçu de médiocres 
peines, car y ayant eu quantité de malades elle les a 
tous servis en qualité d'infirmière avec un soin indicible, 
non seulement sur la mer mais encore à Québec : Melle. 
Mance ayant appris qu'elle étoit cette fille commença à 
la caresser et je dis beaucoup, en quoi elle avoit bien 
raison ce qui se manifesta assez par les grands services 
qu'elle a rendus depuis à Dieu au Montréal, surtout 
dans les instructions qu'elle a faites aux personnes de 
son sexe à quoi elle a travaillé depuis et incessamment 
et avec tant de profit que plusieurs autres bonnes fiJles 
se sont rangées auprès d'elle afin de la seconder, avec 
lesquel|,es depuis plusieurs années elle a fait ici un corps 
de communauté, laquelle a été depuis peu autorisée par 
Lettres Patentes du Roi ; Ce que j'admire ici dedans est 
que ces filles étant sans biens soient si désintéressées 

(1) La vie de la Sr. Bourgeoys (Montréal 18T)8) dit qu'elle arriva à Québec 
avec M. de Maison-neufve, le 22 sept., et à Montréal le 16 nov. 1CJ3. (Note 
d« J. V.) 



102 

qu'elles veuillent instruire gratis, et font beaucoup d'an- 
tres choses de cette manière et que néanmoins par la 
bénédiction que Dieu verse sur le travail de leurs mains 
elles aient, sans avoir été à charge à personne, plusieurs 
maisons et terres en Atileur dans l'Lsle du Montréal, et 
que cette bonne sœur en divers lieux vienne de faire, 
comme elle a fait, un voyage de France de deux ans 
dans lequel, sans ami, ni argent, elle a subsisté, obtenu 
ses expéditions de la Cour et être revenue avec 12 ou 13 
filles dont il y en avoit bien peu qui eussent de quoi 
payer leur passage. Tout cela est admirable et fait voir 
la main de Dieu, mais laissons-là cette bonne fille, puis- 
qu'aussi bien ce que nous disons de ce dernier voyage ou 
elle a apporté ses patentes ne fait que de s'accomplir et 
n'appartient point à l'année dont nous traitons (1), Disons 
plustôt que tout le monde que M. de Maison-neufve 
amena, cette année, étoient de bons et de braves gens, 
dont la pluspart a péri pour le soutien et défense du 
pays ; M. de St. André eut l'honneur de lever ce monde 
sous M. de Maison-neufve, dans les provinces d'Anjou, 
du Menne, de Poitou, de Bretagne qu'il avoit été dési- 
gné pour cet efiet. Ce qui nous reste aujourd'hui de 
ces gens-là sont de fort bons habitants dont le nom sera, 
j'espère, mentionné dans le Livre de Vie pour la récom- 
pense de leurs bonnes actions : Si la manière d'écrire 
l'histoire me permettoit de les nommer tous, je les nom- 
merois joieusement, parce qu'il y en a bien peu qui 
n'aient mérité leur place dans cette Relation, mais puis- 



(1) Le voyage do la Sr. Bourgeoys en Franco, dont parle ici M. Dollior, est 
de 1670. P'ilo partit du Canada dans Tautomno afin dailor solliciter du Roi 
des Lettres Patentes pour son élablisseraenl de la Congrégation N. D., à 
Montréal. Elle les obtint au mois de raat 1G7I, revint à Québec, le 13 août 
1672, fit enregistrer ses I^^ltres Patentes le 17 oct., au Conseil Sui)érieur et 
jmrtit sur le champ pour Montréal. (Note de J. V.) 



103 

que le discours historique n'accorde pas cette liberté, ils 
m'excuseront si je ne le fais pas, aussi bien cela ne leur 
produiroit qu'un peu de fumée qui pourroit obscurcir la 
juste récompense qu'ils en attendent de celui pour qui 
ils ont travaillé. Enfin M. de Maison-neufve ayant ra- 
conté toutes choses à Melle. Mance et ayant laissé quel- 
ques jours ses soldats raffraichir, demanda deux barques 
pour les monter au Montréal dont celle de Melle. Mance 
monta le première. Mais il y eut bien d'autres dilficul- 
tés à faire marcher les soldats, d'autant qu'on ne vouloit 
pas les laisser sans que M. de Maison-neufve dit absolu- 
ment qu'il les vouloit avoir et qu'ils avoient trop coûté 
à la Compagnie du Montréal pour en laisser aucun après 
lui ; ayant un poste aussi dangereux que celui qu'il 
avoit à défendre, ce qu'il y avoit de fâcheux en ceci 
étoit qu'on lui devoit fournir des barques et on ne lui 
en vouloit point donner : A la fin il en trouva et après 
avoir envoyé tout son monde, il les suivit ne voulant 
aller que le dernier de tous pour ne laisser personne 
après soi. 



1ère Note. M. Dollier, comme on voit, ne donne pas le nombre de soldats 
qu'amena M. de Maisonneuve, en 1653 ; mais M. de Belmont dit qu'il était 
de 105, et la Sœur Bourgeoys le fait monter jusqu'à 108. (J. V,) 

2ème Note. Le 20 juin 1653, Michel Noila fut tué par les Iroquois, Reg. 
de la Par. (J. V.) 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'automne 1653 jusqu'à l'automne 1654, quo le» 

vaisseaux partirent du Canadas. 

Aussitôt que les troupes de l'an précédent furent arri- 
vées, on commença de travailler à faire l'Eglise de l'IIo- 
pital et accroitre ses bâtiments, on réussit si bien à l'un 
et à l'autre que tout se fit avec diligence, parce que M. de 
Maison-neufve n'avoit amené que de bons hommes pleins 
de cœur et d'adresse à faire ce que son cœur comman- 
doit : La nécessité de ces travaux n'empêcha pas M. de 
Maison-neufve de donner permission à ces gens-là de se 
marier, à quoi donna un bon et heureux exemple le 
sieur Gervaise, (1) lequel aujourd'hui a une famille fort 
nombreuse qui a le privilège de marier avec le bas âge la 
vieillesse des mœurs ; c'est une famille de condition et 
de bonne odeur à tout le pays où la richesse de la vertu 
prévaut celle des Inens de ce monde : Les bâtiments, 
la culture des terres et les mariages n'empêchoient pas 
qu'on ne se tint en ce lieu si bien, sur ses gardes, que 
les ennemis avoient bien de la peine à nous y insulter 
(2). Nous commençâmes dès lors à leur imprimer une 
certaine frayeur qui leur empêchoit de s'avancer si 



(1) Il w faut pas iulrriT d{! cp fait, que le uiariago dn Gervais lut le 1er 
qui se lit à Montrai enln; filUropcens ; il y en avait déjà lo do faits avant 
l'arrivée d<'s troupes de 1653. Il n'y en eut point on 1653, mais il s'en lit 14 
PO 1654. Le jiranier des ces mariages eut lieu lo 3 nor. 1647 ontreMathurin 
Le Mounicr et Franeoiso l-a/J'arl. Le ter. enfant rié d'Euroijéens fut Barbe Le- 
Uounier, qui naquit le 24 Aor. 1648, (J. V.) 

(-2) Pourtant Yves Balar mourut le 11 octobre 1654, de blessures reçue»' 
la veille des Iroquois. (J. V ) 



» 



105 

avant dans nos desseins qu'ils faisoient autrefois, ce qui 
donna la liberté à Melle. Mance de se retirer au petit 
printemps à l'hôpital qu'elle avoit été obligée de quitter 
depuis quelques années et dont depuis elle n'a pas été 
contrainte de sortir pour la crainte des ennemis, qui l'y 
ont laissée jusqu'à présent en paix ; afin de bénir Dieu 
qui lui a donné l'inspiration de contribuer comme elle a 
fait au secours de l'an dernier ou en sacrifiant une partie 
elle avoit aidé à sauver le total non-seulement du Mont- 
réal, mais aussi de l'hôpital et de tout le pays ensemble, 
qui sait la désolation où il étoit lorsque ce secours arriva 
par M. de Maison-neufve, ce qui est à remarquer ici de- 
dans est que si elle acheta trop cher la terre en faveur de 
laquelle elles donna les 22,000 livres afin de faire venir ce 
secours, il est vrai que ni M. de Maison-neufve, ni Mes- 
sieurs du Montréal n'en ont point profité, qu'il n'y a eu 
que le public, et que Melle. Mance qui a agi avec autant 
de prudence que le marchand dans le danger (qui) jette 
prudemment une partie de ses denrées pour sauver le 
reste : ce que on peut dire avec vérité c'est qu'il a plus 
coûté à Messieurs du Montréal qu'à personne en cette 
afiaire, et que, partant, au lieu d'avoir nui ils ont profité 
aux pauvres et à tous généralement. 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'automne 1654 jusqu'à l'automne 1655 que 
les vaisseaux partirent du Canadas. 



Cet automne, entre plusieurs combats qui se rendirent 
ici il y en a un qui fait connoître que les Iroquois 
sont bien adroits à surprendre et qu'il faut bien être sur 
ses gardes pour n'en être point attrappé, ayant la guerre 
contre eux : voici le fait, — un parti de ces barbares se 
cacha dans les déserts à l'ombre des souches qui y étoient, 
lorsque nos gens alloient au travail ; or comme il falloit 
toujours être sur ses gardes, nos françois mirent une 
sentinelle du côté d'où l'ennemi étoit à craindre, cette 
sentinelle étant postée monta sur une souche afin de 
mieux découvrir et comme la souche étoit un peu grosse 
cela lui donna moyen de se tourner tantôt d'un côté, 
tantôt de l'autre, afin de voir ce qui se passoit en la cam- 
pagne et s'il n'y avoit pas d'ennemis ; or à mesure qu'elle 
tournoit la tête d'un différent côté, un certain Iroquois 
s'avançoit toujours de souche en souche, quand la senti- 
nelle regardoit vers le lieu oii il étoit, il ne branloit pas, 
si ellle regardoit ailleurs il s'approchoit incontinent au- 
tant qu'il le pouvoit sans se faire découvrir, enfin le 
renard vint si près du mal-perché que, tout d'un coup 
Sautant sur lui, il le prit par les jambes sur ce bois où il 
étoit monté, soudain il le chargea sur ses épaules et s'en- 
fuit avec ce fardeau tout de même qu'un voleur empor- 
teroit un mouton ; il est vrai que ce prisonnier crioit 
plus haut et se débattoit d'une autre manière, enfin cet 



107 

innocent voyant après s'être bien débattu que ce sauvage 
étoit fort, il se laissa porter sans regimber d'avantage à 
la boucherie où il fut bientôt payé de son peu de précau- 
tion à découvrir ; rien ne fut plus étonné que nos gens 
lorsqu'ils entendirent leur brebis bêler et le loup l'em- 
porter, on vouloit courir sur cet épervier et lui faire lâ- 
cher prise, mais il fut bientôt secouru par un nommé 
La Banque qui commandoit le parti iroquois lequel fit 
faire tout d'un coup bride en main à nos gens et demeu- 
rer sur une défensive où ils eussent été battus sans que 
M. le Major vint au secours, lequel voyant que La Bari- 
que étoit le principal soutien de nos ennemis il com- 
manda à un fort bon tireur qu'il avoit auprès de lui de 
percer au plustôt ce tonneau d'un coup de fusil, afin 
qu'en ayant tiré le jus les ennemis ne s'en pussent d'a- 
vantage prévaloir et fortifier. Cet homme commandé ne 
manqua pas son coup, il fit son approche sur ce person- 
nage, lequel étoit monté sur une souche où il exortoit ses 
gens et leur disoit ce qu'ils dévoient faire dans le com- 
bat, comme si c'eut été un européen. Notre françois étant 
parvenu à la portée raisonnable de son fusil, il en frappa 
si droit et si rudement La Barique qu'elle en tomba par 
terre et commença à ruisseler de toutes parts, à cause 
que le fusil étoit chargé de gros plomb et qu'il le reçut 
quasi tout dans son corps ; les ennemis furent si décou- 
ragés par la chute de cet homme qu'ils croyoient mort, 
qu'ils s'enfuirent aussitôt et nous laissèrent les maîtres 
du champ : cela fait, on l'amena ici. Lorsqu'il fut reve- 
nu à soi sa cruauté se changea totalement par la douceur 
qu'on lui fit paroître en le guérissant autant qu'il se pou- 
voit ; il est vrai qu'il en est demeuré extrêmement estro- 
pié et inhabile atout, mais il a bien' vu qu'il n'a pas tenu 
aux françois s'il n'a pas été entièrement remis ; c'est 
aussi pourquoi il a été réellement gagné par cette hu- 




108 

manité que depuis il a pris toujours nos intérêts fort à 
cœnr, ce qui n'a pas empêché que ses amis qui le croy- 
oient mort ne nous fissent cruellement la guerre pour 
s'en venger ; entre autre son frère qui étoit tellement 
acharné sur nous, à cause de lui, que tous les jours nous 
l'avions sur les bras, même une fois il fit quatre attaques 
diflférentes dans une journée afin de se venger ; mais à 
la dernière ayant oui La Barique qui l'appeloit et qu'on 
avoit porté exprès sur le lieu du combat, il lui cria, 
'* Est-ce toi, mon frère ? es-tu encore en vie ?" — " Oui, 
lui dit-il, et tu veux tuer mes meilleurs amis." A ces mots 
il vint à lui doux comme un agneau et promit de ne 
nous jamais faire la guerre : il dit qu'il alloit prompte- 
ment chercher tous les prisonniers françois qu'il y avoit 
dans leur pays, qu'il alloit travailler à la paix pour reve- 
nir dans un certain temps qu'il marqua afin de la conclure : 
Tout ce qu'il promit il le garda, hormis que n'ayant pas 
pu résoudre les esprits de ses camarades aussi vite qu'il 
l'avoit promis, il fut obligé de retarder plus qu'il n'avoit 
dit, mais dans ce retardement il arriva une aflfaire qui 
rendit souples tous ces gens-là à tout ce qu'il vouloit 
d'eux, voici comme la chose se passa. Les Iroquois 
ayant ce printemps détruit L' Isle-aux-Oits et mis à mort 
tout ce qui s'y rencontra, hormis les petits enfants de 
Messrs. Moyen et Macar, une partie d'entr'eux amena 
dans leur pays ces petits prisonniers et le reste nous 
vint faire la guerre en cette isle, où ils firent plusieurs 
attaques et entrèrent en plusieurs pourparlers avec le 
Sieur de La Barique que l'on portoit toujours sur les 
lieux afin de leur parler, cet homme ne put jamais 
réduire à la raison ces animaux féroces, toujours ils ten- 
dirent à faire quelque méchant coup ; il est vrai que 
Dieu nous assista bien puisque pendant qu'ils furent ici 
à nous faire des ambuscades, jamais ils nous tuèrent 



109 

qn^un homme nommé Daubigeoû (1). Peu après ce 
meurtre ils en furent bien châtiés, car ils tombèrent à 
notre discrétion, ce qui se fit ainsi : Ce meurtre étant 
commis, ils passèrent de l'autre côté du fleuve et envoy- 
èrent ensuite quelques uns d'entr'eux feignant vouloir 
parlementer et être de ces nations qui n'avoient jamais 
eu de démêlés avec nous, feinte dont ils ont usé en 
plusieurs de leurs trahisons passées et qui leur étoit or- 
dinaire, mais au même temps M. Lemoine revenant de 
Québec dit à M. de Maison-neufve. " Voilà des gens 
qui ont fait un tel coup à l'Isle-aux-Oies qui ont tué 
Daubigeon et qui veulent encore nous trahir, il faut les 
prendre, car ce sont des fourbes et des menteurs :" afin 
de les attaquer, M. de Maison-neufve leur fit crier que 
le lendemain ils vinssent parlementer, cela dit, il se reti- 
rent de l'autre côté de l'eau, sans s'approcher plus près ; 
le lendemain venu, voici deux Iroquois qui paroissent 
dans un canot avec un petit anglois au milieu, — ils 
viennent un peu hors la portée du mousquet du châ- 
teau, alors Mons. le Gouverneur voulut envoyer à eux 
plusieurs personnes, mais M. Lemoine l'en empêcha lui 
disant qu'ils s'enfuyeroient et que s'il vouloit il yroit tout 
seul à eux dans un petit canot de bois, avec deux pisto- 
lets cachés au fond de son canot, que dans cet état il iroit 
aborder sur la même bature où ils étoient, qu'étant seul 
de la sorte ils le laisseroient venir sans se deffier qu'étant 
sur eux il se léveroit tout d'un coup avec ses pistolets 
et qu'ayant pris le dessus il leur feroit prendre malgré 
eux le courant qui vient vers le château, que depuis 
qu'ils seroient dans le courant l'on en seroit les maîtres : 



(1) C'est le même, sans cloute, que les Registres de la paroisse nommaient 
Julien D'Alignon et qu'ils disent " mort de blessures, le 31 mai 1655." M. 
de Belmont le nomme aussi Daubigeon (J. V.) 



110 

Quoique la proposition fut hardie elle fut néanmoins 
acceptée, mais pour en favoriser l'exécution M. le Gou- 
verneur lit glisser des mousquetaires le long de l'eau 
jusques vis-à-vis des Iroquois, lesquels étoient assez 
proche de terre, ces movisquetaires ne se montrèrent 
que quand il fut temps, ce qui aida à bien réussir ainsi 
qu'on l'avoit projette : — Ces Iroquois étant logés,comme 
ils étoient considérables, un de leur capitaines nommé 
La Plume parut aussitôt avec menace qu'il se vengeroit 
si on ne lui rendoit ses gens, on lui dit que ses gens 
étoient bien et qu'il les pouvoit venir voir, mais à ces 
paroles en menaçant il répondit qu'il y viendroit d'une 
autre manière, sur quoi il se retira sur l'autre côté du 
fleuve ou nos françois se résolurent de l'attaquer la nuit 
suivante, avec la permission de M. de Maison-neufve, 
mais un capitaine iroquois qui ne participoit en rien à 
leur trahison et qui étoit ici, voyant les préparatifs s'en 
faire pria qu'on n'en fit rien, ce qu'on lui accorda parce 
qu'on l'aimoit. Le lendemain cet homme alla voir 
Laplume et les autres afin de tout pacifier et avoir tous 
les esclaves françois comme nous souhaitions, ce qui lui 
fut refusé absolument, et peu après que les nouvelles 
en eurent été rapportées au Château voilà que tous les 
Iroquois en plein midi traversent à notre barbe de notre 
côté afin de nous venir escarmoucher, mais M. de Mai- 
son-neufve ne leur en donna pas le temps, car il com- 
manda au Major de les aller charger sur le bord du 
rivage où il les voyoit aborder, ce qui se lit si heureuse- 
ment que M. Lemoine, lui 4ème prit le commandant,lui 
5ème sans qu'il osât tirer aucun coup, parce qu'ils leur 
mirent le fusil dans le ventre auparavant qu'ils les 
eussent apperçus : quant au reste des Iroquois il fut 
mis en fuite et en déroute par M. le Major. Ces bar- 
bares voyant qu'on leur avoit oté la meilleure plume 



111 

de leur aile commencèrent à ramper et demander la 
paix avec toutes sortes de soumissions, ce qui fut moy- 
enne par l'ambassadeur que nous avions ici : lequel dit 
que le célèbre La grand armée, grand capitaine Aniez 
venoit en guerre, qu'il s'en alloit au devant de lui et 
qu'aussitôt qu'il lui auroit appris les capitaines que 
nous avions pris il lui feroit faire ce que nous souhaite- 
rions. Il s'en alla et rencontra La grand' armée avec un' 
parti d' Aniez les plus lestes et mieux faits qu'on eut en- 
core vus : quand il l'eut trouvé il lui dit, — "Vous allez en 
guerre et a^ous ne savez pas que tels et tels nos capitaines 
sont captifs au Montréal et que faisant quelque coup 
vous allez les faire tuer par les François." Ces paroles 
firent tout d'un coup échouer ses grands desseins et pen- 
ser uniquement à la paix, que cet ambassadeur dit qu'il 
l'obtiendroit s'il la demandoit aux françois qui étoient 
bons ; cet avis lui fit faire un beau et grand pavillon 
blanc qu'il fit mettre au derrière de son canot ; en cet équi- 
page il passa en plein jour devant le Montréal, mit pied 
à terre un peu au dessus ; vint parlementer et demanda 
qu'on lui fit venir les prisonniers, ensuite les ayant vus 
il proposa la paix pour les ravoir, on lui dit qu'on l'ac- 
ceptoit pourvu que l'on ramenât tous les prisonniers 
françois, ce que faisant on leur rendroit les leurs. Il 
donna parole de le faire dans un certain temps à quoi il 
fut fort ponctuel, il ramena les 4 enfants de Messieurs 
Moyen et Macar, Messieurs de St. Michel et Trôttier avec 
le nommé Laperle qu'on avoit perdu aux Trois-Kivières, 
sans espérance de le revoir, et autres, enfin on leur fit 
rendre tous les captifs de ce pays : au reste comme ces 
deux familles de Moyen et Macar étoient considérables 
le pays reçut en ceci un grand bienfait du Montréal, ces 
enfants là étant des plus considérables du Canadas, ce 
qui se voit par les alliances, car Madelle. Moyen a épousé 



112 

nn capitaine de condition et de mérite appelé M. Dugué 
lequel a été épris d'elle par les charmes de sa vertu, Melle. 
Macar l'aînée a épousé M. Bazire l'un des plus riches du 
Canada, la cadette sa sœur, qui est morte, avoit épousé un 
brave gentilhomme nommé M. de Villiers : En même 
temps que les Iroquois nous eurent rendu nos prisonniers 
nous leur remîmes les leurs (1) et nous conclûmes une 
paix laquelle a duré un an tout entier : que si le Montréal 
a ser\T en ces paix, pourparlers et trêves qu'il faisoit, c'é- 
toit toujours à ses dépens non seulement à cause de la 
vie qu'on y exposoit afin d'y obliger les ennemis, mais 
encore à cause des dépenses qu'il falloit faire pour cela 
tant en voyages de Québec que présents et autres choses, 
car dans les premiers temps on étoit là-bas (2) habiles à 
recevoir et non pas à donner : s'il falloit un présent c'é- 
toit aux Messieurs du Montréal à le faire, si on en rece- 
voit quelqu'un il ne falloit pas le retenir mais le faire 
descendre, ainsi on a toujours ici eu la gloire de servir 
au pays en toute manière avec un détachement entier et 
parfait. 



(1) Au nombre lesquels éloient selon M. Belmont, six capitaines Iro- 
quois. J. V, 

(2) A Québec. ( ) idem. 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De raiilomnc Ki.').') iiiM[ir;'i rjiutomno IGôOan 
(k'']i;ui ili's navires (Ju (j.in.iila.-. 

Il s'est passé si peu de chose durant cet an entre les 
Iroquois et nous qn'il y a peu de chose à donner au pu- 
blic à ce sujet, ce qu'on peut dire, c'est que pendant cet- 
te année on avança merveilleusement les habitations, car 
encore que Ton craignit la trahison de ces barbares né- 
anmoins on savoit bien cju'on n'en seroit pas attaqué si 
peu que l'on fût sur ses gardes et qu'ils ne commenceroient 
jamais à rompre la paix, s'ils ne voyoient à faire quelcjue 
coup sans se mettre au hasard, c'est pourquoi on alloit 
hardiment cjuand on étoit un peu en état où l'on n'eut pas 
osé paroitre qu'avec un grand nombre, c'est ce c|ui don- 
noit lieu pendant ces paix forcées à faire des découver- 
tes qui servoient pendant le temps des guerres ; ce qui 
est remarquable en ce chapitre c'est que les Iroquois 
ayant toujours la guerre avec les Hotaouads (1) et 
Hurons quoiqu'ils fussent en paix avec nous, ils 
firent un furieux massacre de ces pauvres gens au mois 
d'août de cette année, ou entre autres le VèreGareau (2) 
fut tué ici près d'un coup de fusil, après cjuoi aussitôt 
que ce meurtre fut fait audessus, ce bon père fut rap- 
porté au Montréal et y mourut peu après. Comme je 
n'écris l'histoire du Montréal qu'à cause que l'on n'en a 



1 1 1 O'.ilaounip (J. V.) 

(-2* Le P. Léonai'dGan-eau, Jésuili'. hle.^sé. à mort le 30 Août IGôfi, dê- 
C:Mlé le 2 Septembri' fut eiileiTé h Montréal le 3. iHg. do la P.) Voir 
a]i]>i'ndice. No. V. (J. V.i 

M 



111 

pas (juasi iKult'. on irn' disi^i'iisfra (!»• rapporter an lon«r 
(•«• (jiii rt'oardc <•»» saint lioiiiiM"', d'autant (|Ut' les Ivlv. 
l*fr»'s Jésuites n'auront pas inaïuiué de s'acquitter de 
leur devoir à l'éirard d'un si dlirne conirère au sujet 
du(|ue] je dirai seulenieni <|ii'henreux le serviteur de 
Jésus-Christ (jui meurt connue lui exposé actuellement 
})our le service» de son maître. Sur la lin de cette année 
on eut au Montréal ratHiotiou du départ de Mr. De Mai- 
Kon-neulVe pour la France, il est vrai que comme il n'y 
alloit que pour le ]>ien du pays, que comme cette isle re- 
cevoit toujours de i>rands l)iens dans tous ses voyages, 
l'espérance du bonheur que l'on croyoit devoir accom- 
pag-ner son retour n'étoit pas une médiocre consolation 
pour radoucir les amertumes de son départ : Toujours 
il avoit de grands desseins et jamais cette planète ne s'é- 
clipsoit à son Montréal quelle n'y eut paru par après 
avec l'éclat de quelque nouvelle conquête, que si cela 
s'est vérifié dans tous ses autres voyages cela se 
vérilit» d'autant plus avantaireusement en celui-ci, 
que rame surpasse le corps et le s])irituel le temporel en 
dignité : Jusqu'ici son piincipal hut étoil dégrossir cette 
Colonie par le nom)>re des hommes, dont il moyennoit la 
venue, maintenant il y veut établir un clergé pour la 
sanctification des peuples; C'est pour cela qu'il passe la 
mer et expose sa vie en ce nouveau trajet, encore qu'il 
feignit un autre sujet pour son voyage: Il jugea ne de- 
voir pas retarder ce dessein pour deux raisons, la pre- 
mière parceque les Iiévds. Pères Jésuites se trouvoient 
pressés de toutes parts pour les missions étrangères et 
éloignées des sauvages qui sont écartés dans les bois, ce 
qui lui faisoit craindre assez souvent de n'avoir pas tou- 
jours l'assistance spirituelle qu'il auroit souhaitée et qu'ils 
auroient bien désiré lui donnt-r sans ces conjonctures : 
secondement le souvenir des desseins de M. Ollier, 



115 

et de tous les Messieurs associés qui avoient toujours eu 
la vue sur Messieurs du Séminaire de St. Sulpice ainsi 
qu'ils lui avoient déclaré, lui lit croire qu'il ne pouvoit 
procurer trop tôt à cette isle la venue des Ecclésiasti- 
ques de cette Maison, à cause des biens s^nrituels et 
temporels qu'ils y pouvoient faire. Ayant l)ien pesé tou- 
tes ces choses il les proposa à Melle. Mance, laquelle étant 
de son même sentiment il se détermina d'aller trouver, 
cette année, feu M. Ollier, l'illustre ibndateur du Sémi- 
naire de St. Sulpice, afin de lui demander des Messieurs 
de son Séminaire pour aA'oir le soin de cette isle, comme 
aussi de faire intervenir Messieurs les Associés de la 
Compagnie afin de réussir dans sa demande : Que la Pro- 
vidence divine est admirable, elle avoit choisi ce lieu pour 
être le sépulcre et pour y inhumer à ce monde plusieurs 
des enfants de ce digne fondateur et les faire mourir aux 
douceurs de l'Europe: Pour cela, dès l'an 1640 nous a- 
vons vu qu'il s'adressa à feu M. Ollier et feu M. de la 
DovPTsière et le fit acheter ici un droit de sépulture par 
ses cent louis d'or dont nous avons parlé, qui fu- 
rent les premiers de l'argent donné pour le Montréal : la 
providence a fait faire à feu M. Ollier en cette rencontre 
comme autrefois elle fit faire à Abraham, lorsqu'elle le 

fit acheter 40 cicles ce tombeau qu'il acheta des (1) 

pour toute sa lignée : Ce bonheur de mourir aux vains 
appas de la terre est très-grand, il ne faut pas s'étonner 
si Dieu n'a pas voulu donner gratis le lieu où cette mort 
se devoit opérer et s'il en a voulu être payé par des 
mains qui lui étoient aussi aimables que celles de ce bon 
fondateur et que même depuis il en avoit voulu tirer jus- 
qu'à ce jour tant d'autres sommes d'argent, tant par lui 
que par ses enfants, sans parler des dépenses prodigieu- 



' (I) Illisible. D-s fils d.' H.'th. (?) 



11»; 



ses qiie Mi'sîsicur.s les Associéfs ont lait autrefois; mais 
laissons tout ce (juc nous pouvrioiis dire à ce sujet, et di- 
sons que M. de Maison-nculVe Taisant ce trajet pour cette 
sainte entreprise, laissa le conimand«'ïnent au brave M. 
Closse.qui s'acquitta de cet emploi, pendant toute l'an- 
née, au contentement diiii chacun, l'aisant voir à tous 
qu'il savoit et qu'il mt-vitoit tle commander. 



'■îrs-:jfer5ï>~ï-- 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



Di' ra\iloiiiii.- IG.'jO jusiiu'à raulomni' IGÔT, 
au (Ji'pai'l (li's vaisseaux du Canailas. 



Le 27 du mois de Janvier il arriva ici un grand mal- 
heur à Melle. Mance, laquelle se rompit et se disloqua le 
bras tout en même temps d'une étrange façon, sans que 
les chirurgiens pussent trouver le moyen de le rétablir, 
mais ce qui n'étoit pas possible aux hommes, s'est trou- 
vé depuis facile à la main du tout-puissant, laquelle 
avoit permis ce malheur afin de mettre la mémoire de 
feu M. Ollier en vénération par l'eftet miraculeux de cet- 
te guérisonjugée de tous incurable soit en Canadas, soit 
en France, ce que nous verrons dans son lieu : En atten- 
dant, accompagnons un peu M. de Maison-neufve en son 
voyage et le voyons convier Messrs. les Associés à deman- 
der à feu M. Ollier c[u'il envoyât des Ecclésiastiques à 
Montréal, proposition qui fut si bien reçue cjue tous ju- 
gèrent cprilTen falloit presser fortement, mais on n'y eut 
pas grand peine car M. de Maison-neufve allant trouver 
M. Ollier après s'être entretenu avec lui de toutes ces 
choses il le pria de se ressouvenir d'une lettre que Melle 
Mance lui avoit écrite fan dernier, laquelle l'avertissoit 
qu'il étoit temps d'exécuter tous les beaux projets qu'il 
avoit toujours fait pour le Montréal, c|u"iL ne devoit pas 
retarder davantage à lui envoyer des ecclésiastiques de 
son Séminaire ; Ce zélé serviteur de J.-C, qui ne pouvoit 
refuser telles propositions les accepta d'abord, il eut bien 
voulu y venir se sacrifier lui-même tout accablé qu'il 
étoit et près de son tombeau par ses mortifications et aus- 



lis 

térités t'Xtraordiiiairi'.'s, mais n'y avant de possil)ilité à la 
chose, il ji'tta les y«'nx sur M. \j-d\)h(' f/e Qt(t^h(s{^), s\ir 
Messieurs S<>i/ar( et Gd/h'/u'ervi M. Dnllrl (2) qui tous qua- 
tre acceptèrent le parti avec autant d'obéissance et de 
zèle qu'on en sauroit souhaiter: Le temps étant venu de 
partir chacun plia la toilette avec autant de diliii'ence et 
promptitude <.\\\ h<uic lia son l'auot, s'en allant vers ce lieu 
qu'on reg-ardoit pour celui de son sacrifice : Quant à M. 
de Quelus auipicl l'assemblée g-énéralc du (,'lergé avoit 
voulu auparavant [)rocurer une mitre pour venir ici an- 
noncer l'évangile, il n'y vint pas avec moins de Joie sous 
une moindre qualité, voyant que la plus grande gloire de 
Dieu ne s'étoit pas trouvée conlorme à celle qu'on avoit 
eu de l'honorer du bâton pastoral : La conduite de Dieu 
est admirable en toutes choses, M. de Maison- neufve et 
Melle. Mance se disoient d'année en année, il faut de- 
mander des ecclésiastiques à M. Ollier avant qu'il meure, 
même il ne faut pas beaiicoup tarder car tous les ans on 
nous mande qu'il se porte mal, ils se disoient assez cela 
tous dtnix ensemble mais pour cela ils n'en i)oursuivoient 
point l'exécution, il n'y eut que cette année qu'ils entre- 
prirent cela chaudement, — Voyons un peu combien il 
étoit temps de le faire, incontinent que ces quatre MM. 
furent partis M. Ollier mourut (;>). ils partirent en carê- 
me et lui il mourut à raques, s'il fut mort plutôt peut-être 
que l'ouvrage seroit encore aujourd'hui à entreprendre, 
même si ces quatre messieurs eussent difîéré le carême 
à partir, n'ayant i)oint été eng-agés dans ce voyag'e qu'ils 
ne pouvoient pas honnêtement abandonner après s'y 
être mis, apparemment ils ne seroient pas partis voyant 
cette mort arriver, mais la providence qui veilloit sur son. 



(li II sifîiiiiil ijii'i/his. .1. V 
(•2) U signait fi'MH. (J, \.\ 
I?,) rVri'd.' .1 Paris. !<• 2 avril l(;:.7. d'ai-r-'s IWhl..- F.iiiloii (.1. V.» 



119 

serviteur exécuta tous ses desseins avant que d'en sor- 
tir, voulût qu'il commençât l'exécution de celui-ci et le 
mit en état d'être poursuivi avant que de l'attirer à soi ; 
jusques alors il avoit été servi de lui par tous les coins 
de la France, mais pour dilater son cœur davantage et 
donner des espaces à l'excès de son amour, il voulut le 
porter par ses enfants, avant sa mort, jusques dans les 
pays étrangers, il ne voulut lui faire cette grâce qu'à la 
mort, parce qu'il vouloit que l'arrivée de ces quatre ec- 
clésiastiques du Séminaire de St. Sulpice fut un témoi- 
gnage authentique au Montréal de l'intime amour que 
lui portoit son serviteur, par le legs pieux qu'il lui faisoit 
de ses enfants pour le servir après lui, Dieu seul sait 
combien ces quatre Missionnaires évangéliques furent af- 
fligés lorsqu'étant encore à Nantes, avant que de faire voi- 
le ils apprirent la fâcheuse nouvelle de ce décès, mais en- 
fin, comme ils étoient dans le dessein de mourir à tout 
pour Dieu ils ployèrent le col comme des victimes qui 
n'alloient pas pour éviter le sacrifice, pour cela ils ne tour- 
nèrent pas la tète en arrière, ils suivoient toujours M. de 
Maison-neufve comme celui qui les devoit mener dans 
cette terre destinée pour être le champ de leurs combats 
aussi bien que le théâtre de leurs triomphes. Quand ce 
fut le temps de partir ils montèrent tous gaiement dans 
le vaisseau et se disposèrent à affronter généreusement 
pour Dieu les plus élevés flots de la mer, il est vrai que 
au commencement elle sembla être la maitrese et fit mal 
au cœur à plusieurs, mais la partie supérieure qui dans 
les âmes généreuses et chrétiennes ne cède pas volon- 
tiers aux soufi^rances corporelles devint la maitres- 
se par la vertu de la patience qui les fit triompher de 
toutes les peines et hasards de la mer : Il est vrai que Dieu 
les assista bien en ce voyage et que par une protection 
de sa main il les délivra de plusieurs grands etéminents 



120 

prrils dans losqucls ils clovoiont fairo iiaulraot'. mais en- 
liii If Ciel (jui 1rs (Icsiiiioil à autre chose les délivra du 
tous ces aociclents ot les ayant mis dans le ileuve St. Lau- 
rent ils navig'uO'rent heureusement vers Québec, ce qui 
ne se fit pas sans a*oiitt^r "auparavant des ral'raichissements 
de ce pays; parce que le Père Dequaii (1) Supérieur 
des Kevds. pères Jésuites et feu M. Daillebout ayant sçu 
leur venue ils s'en allèrent au-devant d'eux jusqu'à l'Isle 
d'Orléans ou ils les régalèrent avec des témoignages d'u- 
ne si grande bienveillance que cela les obligea de venir 
passer quelques jours à Québec {'2) avant que de monter 
au Montréal, contre la résolution qu'ils en avoient faite, 
quoi plus on complimenta M. L'abbé de Quélus sur h^s 
lettres de Ci-rand-Yicaire qu'on savoit qu'il avoit ou qu'on 
présumoit avoir de ^L L'Archevêque de Kouen. Ayant 
reçu leurs compliments et civilités sur ce sujet, il 
fut convié, surtout par un des Jlll. W. Jésuites, de 
s'en vouloir servir pour Québec, ce qu'il ne vouloit pas 
faire dabord, mais enfin il acquiesça aux instances, il 
n'v avoit rien de plus doux dans un pays })arbare com- 
me celui-ci que d'y voir ces belles choses, mais un temps 
si serein ne fut pas lonu'temps sans se brouiller, les ton- 
nerres commencèrent à gronder et nos quatre nouveaux 
missionnaires ne s'enfuirent pas pour en être mena- 
cés. Ils se regardèrent comme des novices sous le père 
maître et se résolurent de soufi'rir tout au long la rigou- 
reuse de leur noviciat. Laissons-les tous quatre sur la 
croix avec !«' \l. \\ l'oiier (-5), très-dii>ne religieux de la 
Compagnie de Jésus, ne disons rien d<» leurs j^einesafin 



il. !,.• li. l'..I.'.iii I) '.111. -H. .1. V. 

r2, Ils il'li.ir (iii-P-nt à yiH'lMT If i'.) Juilli'l ir»,')?. siiivjinl Ir jniiriuil MS. 
fies JfMiilt's, i-l non pas !•• In-nlf mai, «•(nni»»' ilil la l.isir dis pirlirs, ini- 
|iniui-r' à Qiu'Im'c en ISiJ'i, flnv T. (Imy. (.1. V.) 
.1) Li-M-z lunjinn» l'"i i il -i.'ii.iit .lin^i i.l \',) 



121 

que le ciel découvrant un jour toute chose à la fois, 
fasse voir en même temps la sincérité d'un chacun dans 
son procédé, et la raison pourquoi il a permis tout ce qui 
é'est passé : J'espère que nous verrons que comme tous 
ont eu bonne intention, que tous aussi en auront des ré- 
compenses, tant ceux qui auront jette les balles que ceux 
qui les auront reçues : Quant à ce qui est du reste des 
choses qui regardent le Montréal nous n'avons rien à vous 
en dire pour cette année, si ce n'est la joie singulière 
qu'on y reçut d'y voir tous ces quatre Messieurs, mais 
cette satisfaction ne dura pas longtemps et fut bientôt 
mélangée de tristesse par la venue du R. P. Ponset qui fit 
descendre M. l'Abbé de Quélus à Québec afin d'y exer- 
cer pendant ce temps les fonctions curiales. 



N 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



Di; l'iiiUoiuiie 1607 jus(ju à rautoiuiK- \bltH an 
df'parl dos vaissftau.x du Canadas. 

Nous avons uuo histoiro biou funeste pour commen- 
cer cette année, si toutefois nous pouvons trouver quelque 
chose qui puisse être nommé de la sorte entre les gens de 
bien, la chose arriva ainsi : Le 2ô Octobre 1657, un excel- 
lent menuisier appelé Nicolas Godet que la compagnie 
du Montréal a voit tait venir avec toute sa famille par Nor- 
mandie dès l'année U>41,son gendre Jean ISainct-Père, 
homme d'une piété aussi solide, d'un esprit aussi vif et 
tout ensemble, dit-on, d'un jugement aussi excellent qu'on 
ait vu ici, furent cruellement assassinés à coups de fu- 
sils avec leur valet (1) en couvrant leur maison, par des 
traitres hiroquois qui vinrent en paix parmi nous, com- 
me n'ayant plus de guerre les uns avec les autres depuis 
cette paix dernière et solennelle dans laquelle il nous 
avoient rendu nos gens et nous leur avions remis ceux des 
leurs qui étoient dans nos prisons. Certes cette perfide 
rupture nous fut bien fâcheuse, car il est bien diihcile de 
recouvrer des gens tels que nous les perdîmes, il est 
bien sensible de voir périr les meilleurs habitants qu'on 
ait par des lâches infâmes qui après avoir mangé leur 
pain les surprennent désarmés, les font tomber comme 
des moineaux de dessus le couvert d'une maison : au res- 
te le ciel trouva cette action si noire, que ces barbares 
s'enfuyant trop vite pour recevoir ici la punition de leur 



(I) 1607, Ocl. "20, Nicolas Go<lé, Jean St. l'en.' ^t .lac(ia'^« Novl, assaj'siné.» 
par le? Iroquois. [Heg. de la l'aut'txf.) (J. V.j 



128 

crime, il les punit par des reproches qu'il tira de la langue 
d'un de ceux qu'ils avoient tués, ce que j'avance est un 
dire commun qui prend son origine de ces mêmes assassi- 
nateurs, lesquels ont assuré que la tête de l'eu St. Père 
qu'ils avoient coupée leur fit quantités de reproches en 
remportant,et qu'elle leur disoit en fort bon Iroquois,quoi- 
que ce défunt ne l'entendît point en son vivant :"Tu nous 
tues, tu nous fais mille cruautés, tu veux anéantir les fran- 
çois, tu n'en viendras pas à bout, ils seront un jour vos 
maîtres et vous leur obéirez, vous avez beau faire les mé- 
chants." Les Iroquois disent que cette voix se faisoit en- 
tendre de temps en temps le jour et la nuit à eux, que cela 
leur faisoit peur et les importunant, tantôt ils la mettoient 
dans un endroit, tantôt dans un autre ; que même parfois 
ils mettoient quelque chose dessus afin de l'empêcher 
de se faire ouir, mais qu'ils ne gagnoient rien, qu'enfin ils 
l'écorchèrent et en jettèrentle crâne de dépit, que toute 
fois ils ne cessoient pas d'entendre la voix du côté où 
ils mettoient la chevelure, que si cela est comme il y a 
peu d'apparence que ceci soit une fiction sauvage, il faut 
dire que Dieu sous les ombres de ce mort vouloit leur fai- 
re connoître en leur faisant ces reproches ce qui a arrivé 
depuis, que si on en veut douter je donne la chose pour 
le même prix que je l'ai reçue de personnes dignes de foi, 
entre lesquels je puis dire que la dernière qui m'en a 
parlé et qui dit l'avoir ouï de la propre bouche de ces 
Iroquois est un homme d'une probité très-avérée et qui 
entend aussi bien la langue sauvage que je puis faire du 
françois, cela étant j'ai cru devoir vous rapporter la cho- 
.se dans l'ingénuité qu'on y peut remarquer, etjecroirois 
manquer si je lalaissois dans robscurité du silence. Depuis 
ce désastre arrivé on commença mais un peu trop tard à 
86 tenir sur ses gardes et à ne plus souffrir les Iroquois 
plus proche que la portée du fusil, ce qui fit qu'ils ga- 




^'24 

jriK'roiit l'ort pou sur nous. If reste de cotte année, et que 
tout ce qu'ils firent tourna à leur désavantage. Le petit 
printemps nous fournit une histoire qui mérite d'avoir 
ici son lieu et place, ce lut l'arrivée de 50 François les- 
quels abordèrent ici le 3 Avril sous le commandement 
de M. Dupuy à la conduite des KK. PP. Jésuites qui 
avoient été ohlii^és de quitter la mission des Onontahé, 
crainte d'y être cruellement brûlés par ces barbares, plu- 
sieurs de leurs gens moins disposés qu'eux à ce genre de 
mort et à tous autres qu'il plairoit à la providence envoy- 
er en eurent une telle frayeur qu'ils n'en furent guéris 
qu'à la vue du Montréal, lequel a fait plusieurs fois de sem- 
blables miracles ; au reste tout ce monde arrivé on tâcha 
de leur faire les meilleures réceptions qu'il fut possible et 
pour tacher d'y mieux réussir on les sépara et on en mit 
une partie au Château et l'autre partie en cette communau- 
té à laquelle on accorda la grâce d'y précéder (l)lesRR. 
PP. Jésuites. Depuis cette Hotte arrivée ici il ne se passa 
rien qui mérite d'être écrit jusqu'aux nouvelles de 
France, lesquelles nous apprirent que le tonnerre qui 
avoit menacé l'an dernier nos quatre missionnaires, com- 
me nous avons vu, avoit fait liraiid ])ruit en plusieurs 
endroits du Ivoyaume, ce qui lit que M. l'Abbé de Qué- 
lus quitta Qué])ec pour venir consoler le Montréal de sa 
présence, il y vint demeurer au grand contentement 
de tout le monde mais surtout de Messrs. Souart et Gal- 
linier qui ne craiirnirent pas de s'avancer bien loin dans 
les bois sans crainte des ennemis, alin d'aller au devant 
de sa barque, pour lui témoigner la joie qu'ils avoient 
de son retour. Or M.l'j^bbé de Quélus étant au Montréal, 
aussitôt Molle. Manco qui étoit depuis 18 mois estropiée 
d'un bras par l'accident que nous avons marqué, lui dit : 

(I) PossiMior (?) 



125 

" Mons., voila que mon bras s'empire an lien de se guérir, 
il est déjà quasi tout desséché et me laisse le reste du 
corps en danger de quelque paralysie, je ne le puis au- 
cunement remuer, même on ne me peut toucher sans me 
causer les plus vives douleurs, cet état m'embarrasse fort; 
surtout me voyant chargée d'un hoj^ital auquel je ne puis 
subvenir dans l'incommodité ou je suis et l'état ou je 
me A'ois obligée de rester pour le reste de mes jours, 
cela étant voyez ce qu'il est à propos que je fasse ; ne 
seroit-il pas bon que j'allasse en France trouver la 
fondatrice pendant qu'elle est encore vivante, et que je 
parlasse à Messrs. de la Compagnie du Montréal afin 
d'obtenir de la fondatrice, s'il se peut, un fonds pour des 
religieuses, puisque aussi bien la compagnie du Montréal 
n'est pas présentement en état de faire cette dépense 
avec les autres que ce lieu requiert, et que je ne peux 
plus vaquer aux malades; que si je puisréussir je tâche- 
rai d'amener ces bonnes Religieuses de la Flèche avec les- 
quelles feu M. Ollier et les autres associés ont, il y a déjà 
longtemps, passé contract pour le même dessein (1) ; qu'en 
dites-vous, Monsieur ? " " Yous ne pouvez mieux faire," 
lui dit-il témoignant beaucoup de joie et de cordialité la- 
dessus. Delà à quelques jours M. Souart part pour Québec, 
M. L'Abbé lui ayant dit qu'une des Mères Hospitalières 
de ce lieu là avoit grand besoin de changer d'air, que 
comme c'étoit une personne de mérite, il falloit tâcher 
de lui sauver la vie, qu'il feroit fort bien de descendre 
pour cela, parce que ayant la connoissance de la méde- 
cine outre son caractère sacerdotal, aussitôt qu'il donne- 
roit son suffrage à ce qu'elle montât ici pour changer 
d'air, on ne manqueroit pas de la faire venir ; ce bon M. 
ayant ouï ce discours se disposa de partir au plus vite 



11) Le 31 déct'mbiv, l(j5G. (J. V.) 



126 

pressé par cette même charité qui sans lui donner loisir 
de réfléchir le porte tous les jours chez les malades, afin 
de les assister, quand il en est requis selon que Sa Sainteté 
a trouvé l)on de lui permettre; si ce M. dessendit promp- 
tement à Québec il remonta encore aussi vite à Montréal 
avec cette bonne Religieuse malade et une de ses com- 
patifnes. .Ces deux Ueligieuses étant à terre, M. L'Abbé 
de Quélus qui n'avoit pas pensé à dire la raison pour la- 
quelle il aA'oit trouvé à propos d'envoyer M. Souart à Qué- 
bec, soudainement vint avertir de tout ceci Melle. Mance 
qui ne savoit rien de tout ce qui se passoit lui disant : 
*• Voilà deux bonnes filles hospitalières (1) qui arrivent à 
cause que l'une d'entre elles a eu besoin de changer d'air, 
elles vous vont venir saluer et demander le couvert;"après 
cela ces deux bonnes filles entrèrent, auxquelles cette 
bonne demoiselle un peu interdite fit la meilleure récep- 
tion qu'elle pût, ensuite de quoi elle leur dit agréablement: 
'• Vous venez, mes Mères, et moi je m'en A'ais. " Que si 
cette répartie d'esprit fit voir son soupçon cela lui étoit 
pardonnable, d'autant que l'innocence de cette conduite 
eut paru un peu jouée à beaucoup d'autres ; Après avoir 
causé quelque temps avec elles elle prit son temps pour al- 
ler voir M. de Maison-neufve, lequel croyant quelle avoit 
fait venir ces deux Religieuses étoit étonné de ce qu'elle 
ne lui en avoit rien dit, c'est pourquoi il la regarda un peu 
froid, surtout parce qu'il soup(,'onnoit quelque dessein d'é. 
tablissement contre le contrat que feu M.Ollier avoii 
fait conjointement avec les associés en fav«'ur d(>s Reli. 
gieuses de la Flèche ; mais yui peu d'éclaircissement sur 
le tout leur ayant fait connoitre qu'ils n'étoient pas plus 
savants l'un que l'autre en cette matière, et que ces bon- 

;l) 1,0- HU M.\ . Mari" \Wtv Hi'iilic il.- la .N'.iiivii.- .-i .liaiiii'- Ttis. Apin'H 
<!«• Si. l'.iul. Klli- arri\i*nrit à MmuIpmI vrs la tin d.- St*|iti'niliio lOfiS. 
(.1. V.) 



127 

nés filles ne venoient que pour prendre l'air afin de se 
guérir, ils se mirent à rire de la fausse allarme, se sépa- 
rèrent bons amis et Melle. Mance s'en retourna trouver 
ces chères hôtesses avec lesquelles elles fut deux jours 
et deux nuits, après lesquelles elle les laissa dans sa 
maison de l'hôpital, et s'embarqua pour la France, 
toute remplie d'un religieux amour vers ces deux bon- 
nes et pieuses filles, aussi bien que pour toute leur mai- 
son où Dieu est admirablement bien servi, d'où elle au- 
roit bien voulu dérober pour toujours un aussi riche tré- 
sor que ces deux hôtesses, sans les filles de la Flèche 
auxquelles elle pensoit uniquement à cause de l'élection 
qui en avoit été faite (1). Étant à Québec elle y séjour- 
na 8 jours à l'hôpital ou elle fut fort régalée en témoi- 
gnage des reconnaissances du bon accueil qu'elle avoit 
fait à leurs sœurs au Montréal, ensuite de quoi elle s'em- 
barqua pour ne mettre désormais pied à terre que dans 
l'Europe. (2) 



(1) Voir App. VI. (J. V.) 

(2) Elle partit de Québec le 1 4 Oct. 1 668. (Journal des Jésuitos.) J. ▼. 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



!)•' raulfimin' l().')H jusqu'à raulomrii- IfiôO, au 
ili-|»,ii-t dos iiavin-s ilu < l.iiiad.is. 

Le Montréal ne nous fournit pas des matières fort con- 
sidérables pour l'histoire jusqu'à l'arrivée des vaisseaux 
de cette année, d'autant que chacun se tint si bien sur 
ses gardes à cause de la guerre, que fon se para de l'em- 
bûche de l'ennemi, ce que nous pouvons dire seulement 
c'est que messieurs du Séminaire de St. Sulpice ayant 
pris deux terres aux deux extrémités de cette habitation 
cela servit grandement à son soutien à cause du grand 
nombre de gens qu'ils avoient en l'un et l'autre de ces 
deux lieux qui étoiont les deux frontières du Montréal. 
Il est vrai qu'il leur en a bien coûté surtout les deux j^re- 
mières années à cause d'une pieuse tromperie que leur 
fit M. de la Doversière, qui sachant la nudité ou-tous les 
habitants étoient alors leur dit qu'ils n'avoient pas be- 
soin de mener beaucoup de gens, qu'ils en trouveroient 
assez au Montréal pour faire leurs travaux, qu'ils n'a- 
voient qu'à bien porter des étoffes et denrées, que moy- 
ennant cela ils feroient subsister les habitants du lieu et 
feroicnt faire en même temps ce qu'ils voudroient : Il 
est vrai que l'invention fut bonne car ils trouvèrent un 
chacun ici dans un tel besoin de ces choses que, sans ce 
secours, il n'y eut pas eu moyen d'y résister: La providen- 
ce est admirable qui prévoit à tout : Pour les autres an- 
nées ces Messieurs firent venir quantité de domestiques 
à cause de la grande chèreté des ouvriers qui dans la 
suite n'ayant pas de si mauvaises années ont été bien ai- 



129 



se de travailler plus pour soi que pour autrui ; puisque 
le Montréal se trouve ici pauvre en ce qui regarde l'his- 
toire, passons un peu en France et voyons s'il ne s'y fait 
rien à son sujet qui nous donne lieu de nous entretenir, 
surtout voyons ce qui arrive à Melle. Mance et disons ce 
qui lui arriva dans le séjour qu'elle y fit, ce qui se passa 
de la sorte. Elle ne fut pasplustôtà la Rochelle que pre- 
nant un branquart à cause que l'état ou étoitson bras ne; 
lui permettoit pas une autre voiture, elle alla droit à la 
Flèche trouver M. de la Doversière, qui lui lit un visa- 
ge fort froid à cause de quelques mauvais avis qu'on 
lui avoit donné du Canadas, appuyé sur ces mauvaises 
nouvelles il croyoit que cette demoiselle venoit pour lui 
faire rendre compte, afin de se détacher de la compao-uie 
et qu'elle vouloit d'autres filles pour l'assistance de l'hôpi- 
tal du Montréal que celles qui avoient été choisies par 
les associés : —Voilà le rafraichissement que cetie 
infirme eut à son abord pour les travaux de son 
voyage ; mais enfin le tout étant éclairci on se ra- 
paisa et l'union fut plus ]>elle que jamais, si bien 
qu'elle se vit en état de partir en peu de jours pour 
Paris, plus joyeuse qu'elle ne se vit à son arrivée à la 
Flèche. Etant à Paris elle vit aussitôt M. de Breton-Yil- 
liers le Supérieur du Séminaire St. Sulpice, et Madame 
sa chère fondatrice, qu'elle rendit les témoins occulaires 
de son pitoyable état auquel ils prirent une part bien 
singulière ; quelques jours après elle vit tous les Mes- 
sieurs delà Compagnie du Montréal asseml)lés, auxquels 
elle fit un fidèle rapport des choses comme elles étoient 
ici, après cela elle leur témoigna bien au long l'impossi- 
bilité où elle étoit de subvenir à l'hôpital, si^dle n'étoit 
secourue; que son âge et son infirmité l'en empéchoient 
absolument, qu'elle croyoit que le temps étoit venu d'en 
voyer ces bonnes filles sur lesquelles feu M. Ollier et tous 



o 



130 

eux avoit .j«'tté la vui', quelle, l'croit sou possible auprès 
de sa chère Dame pour en obtenir hi iondation, qu'elle 
osoit tout espérer de sa bonté : eux lui ayant témoigné 
la reconnoissance qu'ils avoient à sa sollicitude parlèrent 
tous unanimement de son infirmité et dirent qu'il ialloit 
la l'aire voir sans tarder au j)lus expert, alin de tenter par 
toutes les voies possibles sa auérison. Là dessus l'eu M. 
Duplessis-Monbar d'heureuse mémoire, ajouta que Melle. 
Ohahue sa sœur la meneroit en son carosse chez les per- 
sonnes qu'on nomma et qu'on crut les plus habiles : La 
chose s'exécuta comme on l'avoit résolue mais sans aucun 
i'ruit, car dans toutes les consultes on répondoit qu'il n'y 
avoit rien à l'aire, que le mal étoit trop urand et invété- 
ré, que de plus elle étoit trop âgée, qu'il l'alloit même 
prendre «arde que ce mal de bras ne se communiquât 
au corps, que sa main et son bras ayant la peau aussi sè- 
che qu'un cuir à (b^ni préparé, qu'étant sans la moindre 
liberté d'en user, que les parties étant toutes atrophiées 
et glacées de froid sans conserver d'autre sensibilité ql^e 
pour lui causer de grands tourm«'nts lorsqu'on la louchoit, 
il y avoit bien à craindre que le côté droit de son corps 
ne vint participant des infirmités de son bras : que si 
quelques charlatans osoient entreprendre sa guérison au 
lieu de la soulager ils attireroient et irriteroient les hu- 
meurs qui la rendroient paralitiquc de la moitié du 
corps, Mde. Chahu entendant ce langage des plus ha- 
biles de Paris emmena son infirme, laqiielle commença 
de solliciter sa Dame pour les filles de la Flèche, Or cet- 
te pieuse fondatrice ayant compassion d'elle et étant bien 
afïlisrée de l'état irrémédiable ou elle la voyoit se résolut 
de l'assister et donna 20, OOO.d pour l'établissement des 
filles qu'elle lui proposoit, ce qui réjouit extrêmement 
les associés, lesquels en rendirent grâce à Dieu et a Melle. 
Mance qui ménageoit ainsi des secours par sa prudence : 



131 

travaux qui furent si agréables à notre-Seigneur qui les 
voulut reconnoître par un miracle authentique qui se lit 
dans la chapelle du Séminaire St. Sulpice, le jour de la 
Purilication, ou Dieu A^oulut honorer la mémoire de feu 
M. Ollier son serviteur, donnant à son cœur le moyen de 
témoigner sa gratitude à celle qui pour lors s'employoit 
si fortement en laveur de cette Isle à laquelle il prenoit 
tant de part lorsqu'il étoit vivant, et dont Dieu veut bien 
qu'il prenne la protection après sa mort ; Comme nous 
allons voir par le détail de ce miracle que nous pouvons 
dire bien grand; puisqu'il se réitère tous les jours à la 
vue d'un chacun et selon l'aveu de tous ceux qui veulent 
prendre la peine de voir le bras sur lequel il est opéré 
et s'opère incessamment, décrivons-en l'histoire ; Quel- 
ques jours avant la Purification, Melle. Mance étant allée 
voir M. De Breton-Villiers au Séminaire de St. Sulpice 
toute remplie du respect qu'elle conservoit pour M. Ol- 
lier, elle lui demanda ou étoit son corps et son cœur 
qu'on lui avoit dit être enchâssé séparément, qu'elle eut 
bien souhaité rendre ses respects à l'un et à l'autre. M. 
De Breton- Yilliers lui dit que son corps étoit dans la cha- 
pelle, qu'il avoit son cœur en sa chambre et qu'elle vînt 
le jour delà Purification dans le temps que Messieurs les 
Ecclésiastiques seroient à l'église, qu'alors il laferoit en- 
trer dans la chaf)elle parce qu'il ne la vouloit pas faire ve- 
nir devant tout le monde, d'autantque les femmes n'ayant 
pas coutume d'y aller si elle y entroit publiquement les 
autres à qui on en rei'useroit l'entrée en recevroient de 
la peine, quant à lui il lui diroit la messe, et lui appor- 
teroit le cœur de feu M. Ollier: Le jour arrivé elle vint 
à l'heure donnée, aussitôt qu'elle fut entrée dans le sé- 
minaire il lui vint dans l'esprit que feu M. Ollier luipour- 
roit bien rendre la santé, incontinent qu'elle reconnut 
. ce qu'elle pensoit elle voulut l'éloigner comme une ten- 



i;^2 

tation, mais voulant chassiM* cotte pensée il lui en vint 
(le plus fortes; ce <jui lui lit (lire ([u'cncore qu'elle ne les 
niéritoit pas, Ce serviteur de .I-C. pouvoit })ien obtenir 
cette laveur et même de plus jrrandes, marchant vers la 
chapelle en s'entretenant de la sorte, elle vit M. Ollier 
aussi présent en son espiit <|u"()n le pouvoit av(ùr sans 
vision: — Ce (pii lui lit ressentir une joie si irrande pour 
les avantages que ses vertus lui avoient acquises, que 
voulant ensuite se confesser elle avoue qu'il lui fut impos- 
sible de le l'aire e1 «qu'elle ]ie put din» autre chose à son 
confesseur sinon, '"^lons., je suis saisie d'une telle joie que 
je ne puis vous rii'ii exprimer. " Cette satisfaction lui 
dura pendant toute la messe et fut accompagnée d'une 
certitude intérieur»* que Dieu la guériroit par l'entremi- 
se do. son serviteur. A])rès que la messe fut dite, voy- 
ant que M. De Breton-Villiers étoit pressé pour l'église à 
cause des cérémonies du jour, elle lui dit, " Mons., don- 
nez-moi un peu ce cœur que vous m'avez promis, il n'en 
faudra pas davantage pour ma guérison, " d'abord il le 
lui atteignit et la quitta en lui marquant le lieu ou elle 
le mettroit par après. Dabord elle prit tout pesant qu'il 
étoit à cause du métal ou il étoit enchâssé et du coii'ret 
de bois ou le tout étoit enfermé, et elle l'appuia sur son 
écharpe à l'endroit de son plus grand mal, qui ne pou- 
voit être approché auparavant de la moindre chose ; Or 
ayant appuyé ce petit colfre sur son bras tout empêché 
qu'il étoit de plusieurs et différents linges attachés d'une 
multitude d'épeinti'les, elle se mit à admirer et se conjouir 
des trésors qui avoient été enfermés dans c(^ cœur, et 
soudiiin voilà qu'une grosse chaleur lui dessant de 
l'épaule t;t lui vint occuper tout le bras qui passa dans 
un instant d'une extrême froideur à cet état qui lui est 
si opposé. En même temps toutes les ligatures et enve- 
loppes se dellirent d'elles mêmes, son bras se trouva libre 



133 

et se voyant guérie elle commença àifaire un beau signe de 
croix, remerciant le Tout-Puissant qui lui faisoit une telle 
grâce par son serviteur y ayant deux ans qu'elle n'en avoit 
pu l'aire autant de sa main droite qui étoit l'estropiée-Cela 
la mit dans un si grand transport de joie l'espace de huit 
jours, qu'à peine put-elle manger quelque chose tant elle 
en étoit pâmée, Son action de grâce faite elle remit son 
bras dans Técharpe, afin que le portier ne s'apperçut de 
rien et que M. De Breton- Villiers fût le premier à 
apprendre la chose, ainsi elle s'en alla chez elle ou sa 
sœur arriva peu après, elle voulant exprimer à sa sœur 
le bien qu'elle avoit reçu et ne le pouvant pas par ses 
paroles à cause qu'elle étoit transie d'allégresse, elle se 
mit à agir de sa main droite et lui montra par ses actions 
qu'elle n'y avoit plus de mal. Sa sœur toute transportée 
de joie elle même ne lui put repartir que des yeux 
dans l'abord mais ayant repris ses esprits ; — " Ma 
sœur, lui dit-elle, qu'est-ce que je A^ois, est-ce la sainte 
épine qui a fait cette merveille " ? — " Non, lui répondit- 
elle, Dieu s'est servi du cœur de feu M. Ollier ; " — " Ah ! 
lui répondit-elle, il le faut publier partout ;je vais le dire 
aux Carmes-déchaussés et en tels et tels endroits:" — 
" Non, ma sœur, répondit Melle. Mance, ne le faites pas^ 
Messieurs du Séminaire n'en savent rien encore, il faut 
du moins qu'ils le sachent les premiers, après leur 
récréation nous irons le leur apprendre. Cela dit, elles 
se mirent à table à cause que l'heure en étoit venue et 
non pas pour manger, car il ne leur fut pas possible : sur 
les deux heures elles allèrent au Séminaire ou une partie 
des Messieu.rs étoient déjà retournés à l'église, mais 
comme M. De Breton-Villiers étoit à la maison elle le 
demanda et lui dit aussitôt qu'elle l'apperçut en état de 
l'entendre facilement, — "Mons.,-en lui montrant sa main, 
voilà des effets de M. Ollier"; — M. De Breton-Villiers lui 



1'^4 

répartit, — " Voyant votre conliance de ce matin, je croyais 
bien que vous seriez exaucce" : — Après il fit appeler ce 
qui étoit resté d'éclésiastiques au Séminaire, alin d'aller 
les uns avec les autres remercier J)ieu à la même cha- 
pelle où s' étoit l'ait le miracle; L'action de g;rftce faite, M. 
De Breton-Villiers demanda à Melle. Mance si sa main 
droite de laquelle elle avoit été guérie étoit assez forte 
pour écrire la vérité du fait qui s'étoit passé, elle lui 
ayant répondu que oui. on lui donna incontinent du pa- 
pier et de l'encre et elle satisiit à ce qu'on souhaitoit, que 
si l'écriture a quelque défaut il faut accuser l'extrême joie 
dont elle étoit émue et non pas les inlirmités du bras et 
*le la main (1): le jour suivant Messieurs les associés du 
Montréal s'assemblèrent et firent raconter toute cette 
histoire à cette bonne demoiselle pendant quoi ils 
remercièrent Dieu de tout leur cœur, qui laisoit encore 
par leur ancien confrère de telles grâces à cette Isle en 
remettant Melle. Mance en état d'y rendre encore plu- 
sieurs services : Après cette assemblée Melle. Mance 
alla voir sa bonne fondatrice, laquelle reçut une joie 
indicible lorscju'elle apprit ce miracle et qu'elle lapperçut 
de ses yeux y ayant en cela de j)articulier en ceci (|ue le 
miracle est continuel et manifeste, parce que les princii)es 
des mouvements sont demeurés disloqués comme aupa- 
ravant, et cependant nv(M- tout cela clic manie son bras 
et sa main sans aucun» douleur comme si tout étoit en 
bon état : ce qui est un miracle si visible qu'on ne peut 
le vf)ir sans en être convaincu, c'est aussi ce (juetous les 
experts ont avoué et attesté. Mais passoiiN ce bienfait qui 
nous assure ici de la bienveillance de M Ollier dans le 
lieu même là ou il est aujourd'hui, et parlons de ce qui se 
fit au printemps, à Taris.Joù les Messieurs de cette compa- 



li Voir .\|i|.. No. VII.— (I. \.) 



135 

gnie firent plusieurs assemblées dans deux desquelles 
Mgr. l'Evêque De Pétrée assista comme venant en Canada 
y faire voir la première mitre qui y ait jamais paru : Dans 
ces deux assemblées où M. de Pétrée lut, on parla d'en- 
voyer ces filles de la Flèche au Montréal, mais ce Prélat 
demanda toujours qu'on dift'érât d'une année ce trajet, 
crainte, disoit-il, que cela ne fit peine à une certaine per- 
sonne qu'il croyoit avoir d'autres desseins,.. Ces Messieurs 
de la compagnie lui répondirent qu'ils pouvoient bien l'as- 
surer que celui dont il parloit n'auroit pas d'autre senti- 
ment que le leur, que le fondement qu'on prenoit de soup- 
çonner le contraire n'étoit que présumé et qu'on avoit 
avoit tout lieu de ne pas le croire, qu'au reste on avoit si 
grand besoin de C'S filles pour le soulagement de l'hôpi- 
tal du Montréal, que n'ayant aucune vue ni dessein pour 
d'autres, on le supplioit de trouver bon qu'elles pas- 
sassent cette année-là : Après ces assemblées et cette 
prière faite à M. de Pétrée, le temps de partir étant venu, 
Melle. Mance s'en alla à la Rochelle, à 8 lieues de laquelle 
il y lui arriva un accident qui la de voit du moins disloquer 
tout de nouveau si la main qui lui avoit donné la santé 
n'eut eu le soin de la lui conserver, ce qui arriva de la 
sorte. Les chiens ayant fait peur à un cheval ombrageux 
sur lequel elle étoit, cet animal se lança si haut pardes- 
sus un fossé et en même temps la jetta si loin et si 
rudement sur sa main autrefois estropiée qu'on a attri- 
buée à une charitable protection du ciel qu'elle en eut 
été quitte comme elle l'a été par une légère écorchure, 
sans rien rompre, ni démettre, ce qui n'empêcha pas 
.qu'une certaine plume trop libre prit là, la peine, assez 
mal à props, d'écrire contre ce qui s'étoit passé au sujet 
de ce bras à Paris, usant de ces termes nouveaux pour 
rendre ridicule ce fait dans une lettre qu'il écrivoit à un 
bon Père Jésuite à la Rochelle au sujet de Melle. Man- 



136 

ce: — • Enfin lo miraclo est d(''iniracl»'' et la <hullt' arrivée 
à la (lomoisello l'a mise on pareil état qu'autrelois. " Le 
Père à qui on éorivoit se connoissant l)ien aux ruptures 
et dislocations vint voir si cela étoit vrai il parla à 
cette demoiselle comme si on eut voulu al)user le monde, 
mais alors elle lui dit: " Mon Père, vous avez été mal 
informé car tant s'en faut que ma ehuto doive diminuer 
l'estime du miracle opéré sur moi, elle la doit augmenter, 
car j(^ devrois m'ètre cassé et disloqué le bras, au reste, 
mon Père, voyez si le miracle de Paris n'est pas véritable. 
Il subsiste encore, regardiez ce bras et en portez votre 
jugement;" Ce Ixm père s'approdia cl ayant témoigné la 
vérité il dit tout haut, — "Ah ! j'écrirai à celui qui m'a 
fait la lettre, qu'il faut respecter ceux que Dieu veut 
honorer, il a voulu faire connoitre son serviteur, il no 
faut pas aller contre sa volonté, il faut lui rendre ce que 
Dieu (veut) que nous lui rendions." — Voilà ce qui se 
passa dans la ville de la Ivoc-helle, ou Melle. Mance trou- 
va la bonne Sœur Marguerite Bourgeois de lacjuelle nous 
avons parlé ci-devant, elle j'avoit accompagnée dans 
son voyage en France alin de l'assister dans son infirmité • 
Quant à son retour Mlle. Manceavoit trouvé bon qu'elle 
se rendit la premièl-e à la Rochelle avec une compagnie do 
32 filles (ju'elle amenoitavec elle pour le Montréal, nux- 
(j[Uelles cette bonnes(Diira .servi de Mère dansée voyage, 
pendant toute la routi' et même jusqu'à ce qu'elles aienr 
été pourvues, ce qui nous fait dir«' qu'elles ont été bien 
heureus"s d'èlre tombées dans de si bonnes mains que les 
siennes : .Vu reste, il faut <pu' je dise encore un mot de 
cette bonne lille, })ien qu'il ne soit pas trop approuvé, 
c'est qu'un homme riche et vertueux de la compagnie lui 
voulant donner en ce voyage du bien pour l'établir ici, 
elle ne voulut l'aecepter, appréhendant que cela ne fit 
tort à cet esprit de pauvreté qu'elle conserve si religieu- 



137 

sèment ; Dieu sans doute lequel fait plus par ces per- 
sonnes détachées que par les efforts des plus riches 
favorisera de ses bénédictions cette amatrice de la pau- 
vreté. Mais venons aux Religieuses de la Flèche aux- 
quelles Melle. Mance et la Compagnie avoient écrit tout 
ce qui s'étoit passé et qui étoient demeurées d'accord 
que trois filles de cette maison ou de celles de ses 
dépendances iroient, cette année-là, au Montréal, pour 
l'exécution de ce dessein, le printempsétant venu Melle. 
Manee écrivit à ces Religieuses,leur donna le rendez-vous 
à la Rochelle et envoya pareillement une lettre à M. de la 
Doversière qui les devoit mener à leur embarquement, 
donnant avis aux uns et aux autres qu'elle ne manque- 
Toit pas de s'y rendre par une autre voie qu'elle leur 
marqua : Les Religieuses de la Flèche sur cet avis afin 
de se rendre prêtes au temps qu'on leur marquoit firent 
venir au plus tôt de leur maison de Baugé et du Ludde 
les sœurs Maer, (1) De Bresolle (2) et Maillot (3) qui 
étoient les trois victimes destinées pour le Canadas qui 
se rendirent pour cet eflet promptement et avec joie à 
leur maison de la Flèche, afin qu'on n'attendit pas après 
elles quand on seroit près de partir. Or ce coup — c'étoit 
un coup du Ciel et comme les affaires de Dieu ne se font 
jamais sans de grandes difficultés pour l'ordinaire, celle- 
ci n'en manqua pas. Quand il fut question de l'exécuter, 
Monseigr. Dangers (4) se trouva si difficile pour son obédi- 
ence qu'on désespéra quasi de l'avoir, M. de la Dover- 
sière qui étoit le principal ar-boutant de l'affaire et 
sans lequel il n'y avoit rien à espérer pour elles se trou- 
. va si mal que trois jours avant de partir il fut en danger 
de mort et les médecins jugèrent qu'il ne releveroit pas 

(t) Macé. (2) De Bresole, (3) Maillet. (J. V.) 
(i) d'.Vngi?rs. (J. V.) 



138 

de cette maladie. Mais Dieu qui vouloit seulement sceller 
cette entreprise du sceau de sa Croix et non pas la détrui- 
re, voulut que dans deux jours il i'ut assez rétabli pour 
oser entreprendre le voyage de la Rochelle ; le lendemain 
il ne manquoit pour cela que Tobédiance de Mgr. Dangers 
qui arriva le même jour que la restitution de sa santé, 
ce qui lit qu'on résolut de partir la journée suivante. 
Cela étant sçu dans la ville il se lit une émeute populaire, 
chacun murmura et dit — " M. de la Doversière t'ait 
amener des hlles par force en ce couvent, il les veut 
enlever cette nuit, il faut l'en empêcher." Voilà tout le 
monde par les rues, chacun lit le guet de son côté, plu- 
sieurs disoient en se l'imaginant, — " Voilà que nous les 
entendons crier miséricorde. " Enfin plusieurs ne se cou- 
chèrent pas cette nuit-là pour ce sujet, dans la ville de la 
Flèche, néanmoins à dix heures du matin on se résolut 
de les faire partir mais pour en venir about on y eut bien 
de la peine, il fallut que M. Saint- André et les autres 
qui dévoient les assister dans leur voyage missent l'épée 
à la main et lissent écarter le peuple par les impressions 
de la crainte, ce qui n'est pas difficile dans les villes 
champêtres qui ne sont pas frontières : étant sorties elles 
lirent le chemin jusqu'à la Rochelle avec une grande joie 
et désir de se sacrifier entièrement pour Dieu ; il est 
vrai qu'elles avoient besoin d'être dans cette disposition 
parce qu'elles eurent bien des épreuves mémo dès la 
Rochelle, où on leur voulut persuader qu'on les renver- 
roit du Canadas la même année, sans vouloir d'elles, de 
plus comme tous les deniers se trouvèrent employés elles 
se trouvèrent fort embarrassées de quoi payer le fret qu'el- 
les n'avoient pas réservé à cause de la multitude des den- 
rées qu'on avoit })esoin. embarras où se trouvèrent aussi 
deux prêtres du Séminaire de St. Sulpice <jui pjissoieiit 
cette année là pour le Montréal, où depuis ils ont été tués 



139 

par lesiroquois (1). La peine qu'ils eurent tous deux arec 
Melle. Mance fut telle qu'on ne les vouloitpas embarquer 
à moins qu'ils n'eussent de l'argent de quoi payer. Cepen- 
dant ils étoient 110 personnes auxquelles il falloit pour- 
voir, vous voyez assez quelle pouvoit (être) cette mortification ; 
c'est pourquoi nous passons outre et jugez, comprenant 
tout ce qu'il falloit acheter pour le Canadas, de la dépense 
qu'on fit surtout à cause du retardement à la Rochelle 
qui fut de 3 mois cette année : Jugez combien il en coûta 
à Messieurs de la Compagnie du Montréal, au Séminaire 
de St. Sulpice et à l'hôpital qui tous trois portoient les 
frais de ce voyage. — Jugez de la peine où étoient ces 
deux bons prêtres et ces trois religieuses avec Melle. 
Mance, car enfin tout se vit à la veille de demeurer sans 
qu'à la fin le maître du navire qui étoit préparé et qui 
ne tenoit qu'à de l'argent se résolut de tout embarquer 
sur leur parole. Les voilà donc en mer mais n'allèrent pas 
bien loin que leur navire qui avoit servi deux ans d'hô- 
pital sans avoir fait depuis la quarantaine infecta les 
passagers de la peste, 8 ou 10 de ces gens moururent de 
prime abord sans qu'on permit aux religieuses de s'ex- 
poser, mais enfin on accorda à leurs instances qu'elles 
commenceroient leurs fonctions d'hospitalières dans les- 
quelles elles eurent ce bonheur ayant commencé ces 
premiers travaux de leur mission qu'il ne mourut plus 
personne, encore qu'il y eut bien des malades, au reste 
nous pouvons dire que la sœur Marguerite Bourgeois 
fut bien celle qui travailla autant pendant toute la route 
et que Dieu pourvut aussi de plus de santé pour cela, que 
si il y eut bien des fatigues dans ce voyage il y eut aussi 
bien des consolations pour la bonne lin que faisoient ces 
pauvres pestiférés, que ces deux prêtres du Séminaire de 

(Il Messrs. Jacques Le Mailre et Guillaume Vignal.— fj. V.) 



140 

iSt. tSulpici' dont nous avons parlr assistoiont autant qu'ils 
pou voient, que It'urs corps, au.ssi a('cabl»''S d»* maladie leur 
permettoient, ils assistèrent deux huf]^uenots entre ces 
malades qui firent leur abjuration avant que de paroître 
devant ce Jucre qui juiriM-a riuoureusement ceux qui nous 
veulent défendre aujourd'hui dcjui^er les «'rreurs de leur 
religion prétendue réformée, afin d'avoir la liberté d'y de- 
meurer pour leur confusion éternelle; mais passons cette 
mer et disons qu'après les efforts de la maladie, les va^^ues 
de la mer essuyées, voilà enfin le navire arrivé à Québec 
après avoir bien vogué, que si ces religieuses se croyoient 
être en ce lieu au bout de toutes les tempêtes elles se 
trompoient fort, car elles y en essuyèrent une si grande 
qu'elles eurent de la peine à y mettre pied à terre, et ne 
l'eussent peut être jamais fait si l'astre nouveau qui depuis 
ce temps éclaire notre Eglise (1) ne leur eut été assez fa- 
vorable pour dissiper l'orage qui la causoit, de quoi le 
Montréal lui fut bien obligé parce qu'il contribua ainsi 
à lui donner ces bonnes filles (2). P]nsuite de ceci nous 
avons le retour de M. l'abbé de Quelus en France (3) ce 
qui affligea beaucoup ce lieu, ainsi en cette vie les dou- 
ceurs sont mélangées d'amertumes : Quant à toute la 
flotte arrivée pour ce lieu elle y monta à la joie extrême 
d'un chacun, et ces deux bonnes religieuses qui y 
étoient comme nous l'avons dit l'an dernier, en descen- 
dirent après que celle qui étoit malade eut recouvré sa 
santé ; La providence ayant permis que son mal eut 



1) I/Kv.'.|ii.' <l.' l'.'tr..', arn\<- à giifhec l.' Ki .liiiii Ki')'.) (.1. V.) 

2) Kllt's arn\«-i'nl à gii'-ln'.- In s St'|il. Kl.')'.» el à MoiilP-al vi-rs la lin de 
ce mois. iJ. V.) 

(3) Il qiiitLi Muiitn-al i-naoùl |ioiir C»>U'liec où il arriva Ir 7 et d'où il par- 
tit pour lu Kraiici- lu '20 Ocl'ibn- l(i.')'J (Journal «les Jésuites MS.) "Mr. 
labljé 'II- Ki'his, dit M. d'' Btdinont, roijut l'ordr»- de retouriK-r on Fi-ance 
iju'on lui lit .-.lyniller à Montif-al pac un comniandanl et une escouade de 
s.ildats." (J. V.) 



141 

duré pour le bien de cet hôpital jusqu'à l'arrivée de ces 
trois bonnes filles, aux travaux desquelles Dieu a donné 
depuis une grande bénédiction. Plusieurs Iroquois et 
quantité d'autres Sauvages y ont été convertis tant par 
leur ministère que par l'assistance des Ecclésiastiques 
du lieu et y sont morts ensuite avec des apparences 
quasi visibles de leur prédestination ; G-rand nombre de 
huguenots y ont eu ce même bonheur ; même dans un 
seul hiver il y en a eu jusqu'à 5 qui y sont morts catholi- 
ques à la grande satisfaction de leurs âmes. Ces bonnes 
filles ont rendu et rendent encore de si bons services au 
public qu'il se loue tous les jours de la grâce que le Ciel 
lui a fait de les lui avoir amenées pour sa consolation 
dans un pays si éloigné que celui-ci, où leur zèle les a 
portées ; Outre les personnes que j'ai remarqué être 
venues de France cet Eté, je dois nommer Mr. Debele- 
tre (1) lequel orne bien ce lieu tant dans les temps de la 
guerre que lorsque nous jouissons de la paix, à cause 
des avantageuses qualités qu'il possède pour l'une et 
l'autre de ces saisons. Je donne ce mot à sa naissance 
et à son mérite sans préjudice à tous ceux qui ont été 
du même voyage et faire tort à leur mérite particulier : 
au reste l'on peut dire du secours de cette année en 
général qu'il étoit très-considérable au pays lequel étoit 
encore dans une grande désolation, et qu'il étoit néces- 
saire pour confirmer tout ce que celui de l'année 1653 
conduit par M. de Maison-neufve y avoit apporté d'avan- 
tage, parceque sans cette dernière assistance, tout le pays 
étoit encore bien en danger de succomber, mais il est 
vrai que depuis celle-ci on a moins chancelé et craint 
une générale déconfiture qu'on faisoit auparavant, quel- 
ques combats de perte de monde que nous ayons eus. 



(1) Fiool'- de Bel.'slre. J. V.) 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



Di' raiitoinnt' 10."»!) jiis<|irà raiili»iiiin> 1060, 
au (Ifiiarl dus vaisseaux du Canadas. 

Nous «Mitrons dans uno année que le Montréal doit 
marquer en lettres rouîmes, dans son Calendrier, pour les 
différentes pertes d'hommes qu'il a fait en plusieurs et 
différentes occasions; il est vrai que si les belles actions 
doivent consoler en la mort des siens, le Montréal a tout 
sujet de l'être dans la perte qu'il a fait de tous les 
grands soldats qui ont péri cette année, parce qu'ils se 
sont tellement signalés et ont tellement épouvanté les 
ennemis en mourant, à cause de la vigoureuse et 
extraordinaire défense qu'ils ont marqué en eux, que 
nous devons le salut du pays à la frayeur qu'ils ont 
imprimé en eux répandant aussi généreusement leur 
sanir qu'ils ont fait pour sa querelle ; ce qui se peut 
pour eux glorieusement remarquer surtout dans une ac- 
tion laquelle se passa le 26 ou 27 de mai (1), au pied du 
Long-Sault (2), un peu au-dessus de cette isle, où 17 de 
nos Montréalistes étant en parti furent attaqués par 800 
Iroquois sans que aucun d'eux voulut Jamais demander 
Cartier chacun ne pensant qu'à vendre sa vie le plus cher 
qu'il pourroit. Voyons le fait; Sur la fin d'avril, M. Daulac 
(3) garçon de cœur et de famille, lequel avoit eu quelque 

lli M. di' M«'linnnl lixL' <••• <;oml»al au '21 mai lOfiO : cm peut »^ln> erreur 
lypogra|ihi(iue. (J. V.) 

(2) Rivière des Oulaouais. (J. V.) 

(3) J'ai eu en mains, en 1S47, l'Inventaire, lait par le Notaire Basset, des 
biens délaiss'-s à Montréal par nnlre héros, en date du 6 nov. tfiCO " Il est 
nommé .\dam Dollard. Sr. Désormeaux, et il est qualilié de Commandant 
(Ir la garnison du Fort de Ville-Marir." (J. V.) 



143 

commandement dans les armées de France, voulant faire 
ici quelque coup de sa main, et digne de son courage, 
tacha de débaucher 15 ou 16 François pour les mener 
en parti au-dessus de cette isle, ce qu'on n'avoit point 
encore osé tenter, — Il trouva de braves garçons qui lui 
promirent de le suivre si M. de Maison-neufve le trou- 
voit bon ; Daulac proposa la chose et il eut son agré- 
ment, ensuite chacun se disposa à partir, mais aupara- 
vant ils firent un pacte de ne pas demander quartier et 
se jurèrent fidélité sur ce point, outre cela, pour être 
plus fermes à l'égard de cette parole et être mieux en 
état d'affronter la mort, ils résolurent de mettre tous leur 
conscience en bon état, de se confesser et communier 
tous, et ensuite de faire aussi tous leur testament, afin 
qu'il n'y eut rien qui les inquiétât pour le spirituel ou 
temporel et qui les empêchât de bien faire ; tout cela 
exécuté de point en point ils partirent. M. le Major 
avoitbien eu envie de grossir le parti, MM. Lemoine et 
de Beletre avoientbien demandé la même chose, mais ils 
vouloient faire différer cette entreprise jusqu'après les 
semences qui se font ici en ce temps-là, ils disoient que 
pour lors ils iroient une quarantaine d'hommes ; Mais 
Daulac et son monde avoit trop d'envie de voir l'ennemi 
pour attendre, au reste Daulac voyant que s'il différoit 
il n'auroit pas l'honneur du commandement, il pressa 
le plus qu'il put l'affaire et redoutant plus qu'il eut été 
bien aise de se pouvoir distinguer, pour que cela lui put 
servir à cause de quelque affaire que l'on disoit lui avoir 
arrivé en france : Tellement que le voilà parti résolu 
à tous évènemens, il ne fut pas bien loin qu'entendant 
une alarme dans un ilet tout vis-à-vis d'ici où nous per- 
dims 3 hommes (1), il revint avec son monde et poussa 



(h Les Reg. lie la Paroisse ont à ce sujet lenti-ée que voici : •• l(;60, avril 



144 

8i vig-oureuseiueiil les Iroquois qu'ils les eut pris eu 
canot, sans qu'ils abandonnèrent tout pour se jetter dans 
le bois et se sauver, s'il n'eut pas la consolation de les 
joindre, il eut celle d'avoir leur dépouille, entr'autre un 
bon canot dont il se servit dans son voyage, qu'ils conti- 
nuèrent aussitôt avec l'accroissement d'un des leurs 
lequel eut honte d'avoir manqué à la parole (ju'il avoit 
donnée, alors étant tous de compagnie, ce nouveau 
venu à eux, ils dirent un adieu général qui lut le der- 
nier à leurs amis,ensuite dequoi les voilà rembarques tous 
de nouveau, étant remplis de cœur, mais étant par mal- 
heur peu habiles au canotage, ce qui leur 'donna beau- 
coup de peines, même on a su par les hurons auxquels 
ils l'ont dit, qu'ils furent 8 jours arrêtés au bout de cette 
isle par un petit rapide qui y est ; Enfin le cœur les fit 
surmonter ce que leur peu d'expérience ne leur avoit 
pas acquis, si bien qu'ils arrivèrent au pied du Long- 
Sault, où trouvant un petit fort sauvage nullement flan- 
qué, entouré de méchants pieux qui ne valoient rien, 
commandé par un coteau voisin, ils se mirent dedans, 
n'ayant pas mieux ; là moins bien placés que dans une 
des moindres maisons villageoises de France, Daulac 
attendoit les Iroquois, comme dans un passage infailli- 
ble au retour de leurs chasses, il ne fut pas longtemps 
seul en ce lieu, d'autant que Ilonontaha et Mrfiomeg-ue, 
l'un Huron, l'autre Algontien eurent un defli aux Trois- 
Rivières sur le courage et se donnèrent pour cela le 
rendez-vous au Montréal, comme au lieu d'honneur, 
afin de voir en ce lieu ou les combats sont fréquents, 
lequel des deux auroit le plus de })ravoure, ce défis fait, 

19, Nie. Duval, servitoiir au Fort, tué fl Biaise Juillet dit Avipnon, habi- 
tant, et Mathurin Soulard, charjH'nlicr du ForI, .noyé?, «n se voulant sau- 
ver des Iroquois." — (J. V.i 



145 

Métiomègue vint lui 4'"^' de sa nation, et Honontaha lui 
40 '"' de la sienne au Montréal. D'abord qu'ils lurent 
ici les François dont le principal défaut est de trop parler 
leur dirent que nous avions des Irançois en guerre d'un 
tel côté, eux jaloux de se voir prévenus et étonnés de 
la hardiesse de ce petit nombre, demandèrent un billet 
à M. de Maison-neufve pour porter à Daulac, afin qu'il 
leur fit la grâce de les recevoir en son parti pour faire 
ensuite tous ensemble quelques grandes entreprises : 
M. de Maison-neufve fit tout ce qu'il put pour les en em- 
pêcher, il aimoit mieux moins de gens, mais tous braves, 
qu'une telle marchandise mêlée en plus grande abon- 
dance, il se rendit néanmoins en quelque façon à leur 
importunité, mettant le sieur Daulac, par les lettres qu'il 
lui écrivoit, à son obtion de les recevoir sans l'y engager 
toutefois, l'avertissant au surplus qu'il ne s'assurât pas 
trop sur ces gens-là, mais qu'il agit comme s'il n'avoit 
que les seuls françois ; les Sauvages l'ayant joint, ils 
demeurèrent tous ensemble dans le lieu que nous avons 
dit pour attendre les Iroquois, où enfin, après quelque 
temps nos François qui alloient à la découverte virent 
descendre deux canots ennemis, l'avis en ayant été 
donné, nos gens les attendirent au débarquement près 
duquel ils étoient postés où ils ne manquèrent pas de 
venir, mettant à terre l'on fit sur eux une décharge mais 
la précipitation fut cause que l'on ne tua pas tous, 
quelques-uns se sauvèrent malheureusement au travers 
du bois et avertirent 300 de leurs guerriers qui étoient 
derrière et les avoient envoyés à la découverte ; d'abord 
ils leur dirent, — " Nous avons été défaits au petit Fort au- 
dessous, il y a des françois et des Sauvages ensembler; " 
Cela leur fit conclure que c'étoit des gens qui montoient au 
pays des hurons, qii'ils en viendroient bientôt about ; 
pour cela ils commencèrent à faire leurs approches vers ce 

Q 



146 

petit réduit qu'ils tentèrent d'omportor par plusieurs 
fois, muis on vain parce qu'ils lurent toujours repoussés 
avec perte des leurs et à leur confusion ; ce qui leur 
faisoit beaucoup de dépit c'est qu'ils voyoient les Fran- 
çois prendre devant eux les têtes de leurs camarades et 
en border le haut de leurs pieux, mais ils avoient beau 
enrager, ils ne pou voient se venger, étant seuls ; c'est 
pourquoi ils députèrent un canot pour aller quérir 500 
GuerriiM-s qui étoient aux Isles de Richelieu et qui les 
attendoieut, alin d'emporter tout d'un coup ce qu'il y avoit 
de François dans le Canadas et de les abolir ainsi qu'ils 
en avoient conjuré la ruine, ne faisant aucun doute qu'ils 
auroient Québec et les Trois Rivières sans aiihculté ; que 
pour le Montréal, encore qu'ils y fussent ordinairement 
mal reçus ils tacheroient cette fois là de l'avoir aussi bien 

que du (1) à force de le harceler et s'y opiniatrer: ce 

qu'ils disoient auroit été vrai auparavant (2) si nos 17 fran- 
çois n'eussent détourné ce coup fatal par leur valeureuse 
mort, — Voyons comme le tout arriva dans la suite. Le 
canot qui étoit allé quérir du secours étant parti, le 
reste des ennemis se contenta de tenir le lieu bloqué 
hors de la porté du fusil et à l'abri des arbres, de là ils 
crioient aux Hurons qui mouroient de soif dans ce chétif 
trou aussi bien que nos gens, n'y ayant point d'eau, 
qu'ils eussent à se rendre, qu'il y avoit bon quartier, 
qu'aussi bien ils étoient morts s'ils ne le faisoient, qu'il 
leur alloit venir 500 hommes de renfort, et que alors 
ils les auroient bientôt pris, la langue de ces traitres qui 
leur représentoient l'appan'nce de l'arbre de vie, les 
déçut aussi frauduleusement que le serpent trompa nos 
premiers parents lorsqu'il leur fit manger ce fruit de mort 



(1) Illisihii-. 

(2) Api)arcmni'>nt 



147 

qui leur coûta si cher, enfin ces âmes lâches au lieu de 
se sacrifier en braves soldats de J. C, abandonnèrent nos 
17 françois, les 4 alg-onquins et Anontaha qui paya pour 
sa nation de sa personne, ils se rendirent tous aux en- 
nemis, sautant qui d'un côté qui de l'autre par-dessus 
les méchantes palissades, de ce trou ou étoient nos pau- 
vres relégués, ou bien, sortant à la dérobée par la porte 
afin de s'y en aller. Jugez un peu du crève-cœur que 
cela fit à nos gens, surtout au brave Hanontaha (1) 
qui, dit-on, manqua son neveu d'un coup de pistolet, le 
voulant tuer lorsqu'il le vit s'enfuir avec les 40 pai- 
gnots (2) qu'il avoit amenés : Voyez après tout cela 
quel cœur avoient ces 22 personnes restées, demeurant 
fermes et constants dans la résolution de se défendre 
jusqu'à la mort, sans être effrayés par cet abandon, ni par 
l'arrivée des 500 hommes dont le hurlement eut été seul 
capable de faire abandonner le parti à un plus grand 
nombre. Ces nouveaux ennemis étant arrivés le 5"^^ 
jour, et faisant lors un gros de 800 hommes ; ils com- 
mencèrent à donner de furie sur nos gens, mais ils n'ap- 
prochoient jamais de leur fort dans les différents assaults 
qu'ils lui livrèrent qu'ils ne s'en retirassent avec de 
grandes pertes, ils passèrent encore 3 journées après ce 
renfort à les attaquer d'heure en heure, tantôt tous, 
tantôt une partie à la fois, outre cela ils abatirent sur eux 
plusieurs arbres qui leur firent un grand désordre, mais 
pour cela ils ne se rendirent point, parce qu'ils étoient 
résolus de combattre jusqu'au dernier vivant, cela faisoit 
croire aux ennemis que nous étions bien davantage que 
les lâches Hurons ne leur avoient dit, — C'est pourquoi 

Voilà " Honontalia, Apontaha, Hanontaha " ! puis,' M. de Belmont 
écrit " Onontaga " ! Choisissez. Charlevoix ne parle pas de ce combat. 
(J. V.) 

(2) Pagnotos, c-à-d, poltrons. (J. V.) 



148 

ils t'toiont souvent en délibération do quitter cette 
attaque qui leur coûtoit si bon, mais eniin le 8" ' jour de 
ee siéi^e arrivé, une partie des ennemis étant prête à 
abandonner l'autre, lui dit que si les François étoient si 
peu ce seroit une honte éternelle de s'être faits ainsi mas- 
sacrés par si peu de i»vnssans s'en ven;çer. Cette rellection 
lut cause (|u"iLs interroi^vrent tout de nouveau les traîtres 
hurons, qui les ayant assuré du peu que nous étions, 
ils se déterminèrent à ce coup là de tous périr au pied 
du fort ou bien de l'emporter, pour cela ils jette rent les 
bûchettes, afin que ceux qui voudroient bien être les 
enfans perdus les ramassassent, ce qui est une cérémonie 
laquelle s'observe ordinairement parmi eux lorsqu'ils ont 
besoin de quelques braves pour aller les premiers dans 
un lieu fort périlleux, incontinant que les bûchettes fu- 
rent jettées ceux qui voulurent se faire voir l(\s plus 
braves les levèrent, et voilà qu'aussitôt ces gens avan- 
cèrent tête baissée vers le fort, et tout ce qu'il y avoit de 
monde les suivit, alors ce qui nous restoit de gens com- 
mença à tirer pelle-niéle de grands coups de fusils et gros 
coups de mousquetons, enfin l'ennemi u'agna la palissade 
et occupa lui-même les meurtrières ; lors le perfide 
Lamouche qui sétoit rendu aux Iroquois avec les autres 
Ilurons, cria dans son faux Bourdon, avec lequel il 
auroit bien mérité voler jusqu'au gibet, à son illustre 
parent Anontaha, — " qu'il se rendit aux ennemis, — qu'il 
en auroit bon quartier," — à ces lâches paroles, Anontaha 
répondit — " .T"ai donné ma parole aux François, je 
mourrai avec eux ; '" Dans ce même temps les Iroquois 
faisoient tous leurs efforts pour passer par-dessus nos 
palissades où bien pour les arra<Jier. mais nous défen- 
dions notre terrain si viuoureusement que le fer et le 
sabre n'y étoient pas épargnés, Daulac dans cette extré- 
mité chargea un gros mousqueton jusqu'à son embou- 



149 

chure, il lui fit une espèce de petite fusée afin de lui 
faire faire long feu et d'avoir ce loisir de le jetter sur les 
Iroquois, où il espéroit que s'éclatant comme une grenade 
il feroit un grand effet, mais y ayant mis le feu et l'ayant 
jette, une branche d'arbre le rabatit qui fit recevoir à nos 
gens ce que Daulac avoit préparé à nos ennemis, lesquels 
en auroient été fort endommagés, mais enfin ce coup 
malheureux ayant tué et estropié plusieurs des nôtres, il 
nous affoiblit beaucoup et donna grand empire à nos 
ennemis, lesquels ensuite firent brèche de toutes parts. 
Il est vrai que malgré cette désolation chacun défendoit 
son côté à coups d'épées et de pistolets comme s'il eut eu 
le cœur d'un lion, mais il falloit périr, le brave Daulac 
fut enfin tué, et le courage de nos gens demeura tou- 
jours dans la même résolution, tous envioient plustôt 
une aussi belle mort qu'ils ne l'appréhendoient, que si 
on arrachoit un pieu en un endroit, quelqu'un y sautoit 
tout d'un coup le sabre ou la hache à la main, tuant et 
massacrant ce qui s'y rencontroit, jusqu'à ce qu'il y fût 
tué lui-même. Ensuite nos gens étant quasi tous morts, 
on renversa la porte et on y entra à la foulle ; alors le 
reste des nôtres i'épée dans la main droite et le couteau 
dans la gauche se mit à frapper de toutes parts avec 
une telle furie que l'ennemi perdit la pensée de faire 
des prisonniers, pour la nécessité où il se vit de tuer au 
plus vite ce petit nombre d'hommes, c[ui en mourant les 
menaçoient d'une générale destruction, s'ils ne se hatoient 
de les assommer, ce qu'ils firent par une grêle de coups 
de fusils laquelle fit tomber nos gens sur une multitude 
d'ennemis qu'ils avoient terrassés avant que de mourir : 
après ces furieuses décharges sur si peu de personnes 
qui restoient, ces bourreaux voyant tout le monde à bas, 
en coururent incontinant sur les nïorts afin de voir s'il n'y 
avoit point quelques-uns qui ne fussent pas encore passés 



150 

et qu'on pût guérir aiiii de les rendre par après capables 
de leurs tortures ; mais ils eurent beau regarder et tour- 
ner ces corps ils n'y en purent jamais trouver qu'un seul 
qui fût en état d'être traité et deux autres qui étoient 
sur le point de mourir, qu'ils jettèrent d'abord dans le 
feu, mais ils étoient si bas qu'ils n'eurent pas la satisfaction 
de les faire souffrir davantage pour cela ; quant à celui 
qui se pouvoit rendre capable de souffrances, lorsqu'il fût 
assez bien pour assouvir leurs cruautés on ne sauroit 
dire les tourments qu'ils lui firent endurer, et on ne sau- 
roit exprimer non plus la patience admirable qu'il lit 
voir dans les tourments, ce qui forceroit de rage ces 
cruels, qui ne pouvoient rien inventer d'assez barbare et 
inhumain dont ce glorieux mourant n'emportât le triom- 
phe : Quant à Onontaha et nos quatre algonkins ils 
méritent le même honneur que nos 17 François, 
d'autant qu'ils combattirent comme eux, ils moururent 
comme eux et apparemment comme ils étoient Chré- 
tiens ils se disposèrent comme eux saintement à cette ac- 
tion, et allèrent dans le ciel de compagnie avec eux : Ce 
qu'on peut dire des Iroquois est que dans leur barbarie 
et cruauté, ils ont eu cela de loual)le qu'ils firent une 
partie de la Justice qui étoit due aux traitres hurons, 
parcequ'ils ne leur tinrent aucunement parole et qu'ils 
en firent de furieuses grillades. On a appris toutes ces 
choses de quelques hurons qui se sauvèrent des mains 
de l'ennemi : la première nouvelle qu'on en eut fut par 
un de ces 40 hurons nommé Louis, bon chrétien et peu 
soldat, qui arriva ici le 3*^ Juin (1) tout effaré et dit que 
nos 17 françois étoient morts, mais qu'ils avoient tant tué 
de gens que les ennemis se servoient de leurs corps 
pour monter et passer par dessus les palissades du Fort 



(I) Voir Appcnlic; No. VIII.— (,I. V.) 



151 

où ils étoient : qu'au reste les Iroquois étoieiit tant de 
monde qu'ils alloient prendre tout le pays. Ensuite il 
dit tout leur dessein à M. de Maison-neufve, comme il 
l'avoit entendu de leur propre bouche; M. de Maison- 
neufve profitant de cet avis mit son lieu en état de bien 
recevoir les ennemis aussitôt qu'ils viendroient, il fit 
garder tous les meilleurs postes qu'il avoit et donna à 
Messieurs du Séminaire M . De Bellestre pour aller com- 
mander dans leur Maison de Ste. Marie (1) à tout le 
monde qui y étoit, ce bâtiment étant le plus fort et 
mieux en état de se défendre qu'il y eut ; Après que 
M. notre G-ouverneur eut ainsi sagement réglé et ordon- 
né toutes choses, il envoya sans tarder les nouvelles 
qu'il avoit aux Trois-Rivières et à Québec, partout on eut 
une telle frayeur lorsqu'on entendit ces choses, que 
même dans Québec, on renferma tout le monde jusqu'aux 
Religieuses dans le Château et chez les Revds. Pères 
Jésuites. Mais enfin grâce à Dieu et au sang de nos chers 
Montrealistes qui méritent bien nos vœux et nos prières 
pour reconnoissance, les Iroquois ne parurent point et 
on n'en eut que la peur, d'autant que après ce conflit oii 
ils eurent un si grand nombre de morts et de blessés, ils 
firent reflection sur eux-mêmes se disant les uns aux 
autres, — "Si 17 François nous ont traité de la sorte étant 
dans un si chétif endroit comment serons-nous traités lors- 
qu'il faudra attaquer une bonne maison où plusieurs de 
tels gens se seront ramassés, il ne faut pas èt-re assez fou 
pour y aller, ce seroit pour nous faire tous périr, retirons- 
nous ; " — Voilà comme on a su qu'ils se dirent après ce 
grand combat, qu'on peut dire avoir sauvé le pays qui 
sans cela étoit raflé et perdu, suivant la créance commune, 
ce qui me fait dire que quand l'établissement du Montréal 



(1) Voir Appenilice No. VIII. bis. 



152 

n'auroit eu que cet avantage d'avoir sauvt- lo pays dana 
cette rencontre et de lui avoir servi de victime publique en 
la personne de ses 17 enfants qui y ont perdu la vie, il doit 
à toute la postérité être tenu pour considérable si jamais 
le Canadas est quelque chose, puis qu'il l'a ainsi sauvé 
dans cette occasion, sans parler des autres ; Mais passons 
outre et venons au 1 ■'" de Juin qui fut celui auquel on 
fit ici les obs?.ques de feu M. Daillebout qui étoit venu 
ici en l'an 1G43, coramo un des associés de la Compa- 
g-nie de Montréal pour y assister M. de Maison-neufve, 
par toutes les belles lumières dont il étoit avantagé et 
dont il usa très-favorablement pour tout le pays, où il a 
eu l'honneur de plusieurs commandemens comme celui 
du Montréal en '45 et '46 en l'absence de M. de Maison- 
neufve, et même celui de tout le pays pendant quatre 
années, 3 desquelles étoient par commission du Roy 
et la 4,> après quelqu'intervalle pour suppléer et remplir 
la place de M. le Vicomte Dargenson (1), lequel ne vint 
pas en ce pays la première année de sa Commission ; Sa 
mort (2) fut fort chrétienne comme avoit été sa vie, nous 
n'avons rien qu'elle nous oblige de dire en particulier si 
ce n'est ce que nous avons oublié d'exprimer touchant 
sa personne lorsqu'il vint dans ce pays, qui est sa vocation 
pour le Montréal, laquelle fut de la sorte : Deux ans du- 
rant il fut pressé par des mouvemens intérieurs à passer 
dans la Nouvelle-France, mais Madame sa femme qui 
toujours trouvoit la proposition de ce trajet si éloignée 
de son esprit qu'elle ne pouvoit en entendr«> la moindre 
parole sans la tenir pour extrêmement ridicule surtout 
à cause qu'elle étoit toujours malade, — Cependant le di- 

(1) Pie re D; Voyor. flhnvali'T. Vicomti; dAivensrm. (J. V.) 

(2) Arrivée In 31 Mai IGG;), suivant un c» ri fi a' — qii<! ja — !e >r l'o 
Mais»nn"uvi\ L !S Rcglstn/s d- la Parois^'' ri'- disent | a^ le j lur do son 
d'cès. (J. V.) 



153 

recteur de M. Daillebout ne rebutoit point la pensée 
qu'il en avoit, conduisoit aussi Madame sa femme et il 
lui enparloit parfois, ce qui luifaisoit beaucoup de peine 
disant que c'étoit une chose même à ne pas penser 
dans l'état où elle étoit, son directeur lui dit que si Dieu le 
vouloit il la msttroit en état de le faire, ce qu'il fit quel- 
que temps après, la guérissant lorsqu'elle croyoit aller 
bientôt mourir, ce qui se fit si promptement et d'une 
façon si extraordinaire qu'elle et tous ses amis ne dou- 
tèrent point que ce ne fût une faveur singulière du 
Ciel, mais après tout elle n'avoit point envie de passer 
la mer sans que à la fin Dieu la changea par une réfiec- 
tion qu'elle fit à ce propos, disant si mon mari y est appelé 
j'y suis appelée aussi parce qu'étant sa femme je le dois 
' suivre. Cette pensée la fit aller trouver son mari et le 
Père Marnart le directeur de l'un et l'autre ; ce Père 
joyeux de voir le tout résolu au désir de M. Daillebout, 
les fit voir au Pèr^ Charles Lallement qui ne trouvant 
pas à propos de les envoyer comme particuliers leur 
procura l'union avec Messieurs du Montréal en la 
Compagnie desquels ils furent reçus avec beaucoup de 
joie, et peu de temps aj^rès ils partirent pour venir ici ; 
à leur départ ils entendirent la messe de M. G-aufFre (1) 
qui y devoit venir Evèque, fondant l'Evèché de sou 
propre bien, mais la mort l'a donné au ciel en privant 
ce lieu du bonheur de posséder un aussi grand homme. 
Je n'ai plus rien à remarquer sur cette année si ce n'est 
la mort de M. de la Doversicre, qui décéda peu après 
avoir mis nos bonnes hospitallières sur la mer (2) : appa- 

( 1) Lo même qu'on a df-jà cilo, jiages il et OS, sous lo nom de Goff)'i\ M. de 
Bclmont écrit Gofré et M. Faillon, Le Gait/fre, dans sa vie de M. Olier, 
Paris. I8il. (J. V.) 

("2) Jérùmo Le Royor, Sieur de la Dau\ersit2re, ConseilkT du Roi et Rece- 
veur Général des domaines du Roi à la Flèche, en Anjou, mourut en cette 
ville lo G Novembre, 1659. (J. V.) 

R 



154 

remment Dieu l'avoit conservé jusqu'à ce temps-là pour 
lui donner le moyen de coopérer à cet ouvrage qui, 
autant qu'on peut juger naturellement, ne se fût jamais 
fait s'il eut été mort auparavant, étant vrai qu'on a 
jamais pensé à elles que par son mouvement, il est bien 
admirable de voir le principal moteur d'une telle entre- 
prise être prêt à mourir, être accablé de maladie, con- 
damné par les médecins à n'en point relever, et néan- 
moins être trois jours après en campagne lorsqu'il est 
question d'exécuter ces desseins et d'emmener ces reli- 
gieuses de la Flèche à la Ilochelle, comme nous vîmes 
l'an dernier et après cette œuvre faite de voir mourir 
cet homme incontinant, tout cela me paroit bien digne 
de remarque. 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'automne IGGO Jusqu'à l'automn'' IG6I, 
au départ des "Vaisseaux du Canadas. 

Les IroqiTois restèrent dans leur frayeur à cause du 
combat de Daulac jusque bien avant dans l'hiver, mais 
enfin ayant repris leurs esprits avec le commencement 
de l'année 1661, ils nous vinrent donner de très- 
mauvaises étrennes, car dans Janvier, Février et Mars, 
ils nous tuèrent ou prirent quantité de personnes, sur- 
tout en février ou ils nous prirent 13 hommes tout d'un 
coup, et en Mars — et tout d'un coup encore — ils nous 
tuèrent 4 hommes et prirent 6 prisonniers : en février 
il n'y eut quasi de combat d'autant que nos gens étoient 
sans armes, mais en mars le combat fut assez chaud, il 
est vrai que les Iroquois qui étoient bien 260 avoient 
un tel avantage au commencement à cause qu'ils étoient 
plus de 20 contre 1, que nous pensâmes perdre tous 
ceux qui étoient au travail du côté attaqué, mais enfin 
la généreuse défense de nos gens ayant donné le loisir 
aux autres de les aller secourir et de sauver ceux dont 
ils n'étoient pas encore les maîtres ; ce qu'il y avoit de 
plus fâcheux pour ceux qu'ils emmenoient, c'étoit que 
le nommé Baudouin, l'un d'entr'eux, se voyant envi- 
ronné par une multitude de ces barbares sans se pou- 
voir sauver, il choisit un des principaux Capitaines de 
tous les Iroquois et le tua de son coup de fusil, ce qui 
menaçoit tous les Captifs de tourmens très-horribles, sur- 
tout à cause que ce Capitaine âvoit le renom de ne 
devoir point mourir. Mais Dieu enfin exauça les vœux 



156 

de nos Captifs et les délivra la plupart de leurs mains 
comme nous verrons dans la suite ; au reste dans le 
secours que les François donnèrent à leurs confrères en 
cette occasion un vieillard nommé M. Pierre Gadois, 
premier habitant de ce lieii, se lit fort remarquer et 
donna bon exemple à tout \o monde, on dit que cet 
homme tout cassé qu'il étoit faisoit le coup de fusil con- 
tre les Iroquois avec la même vigueur et activité que 
s'il n'eut t'u que 25 ans sans que qui que ce soit l'en put 
empêcher ; ce que j'ai omis de remarquer en l'affaire du 
mois de février c'est le courage de la femme de feu M*. 
Duclos laquelle voyant que nos g-ens se sauvoient tant 
qu'ils pouvoient, à cause qu'ils navoient plus rien pour se 
défendre, hormis M. Lemoine qui avoit un pistolet, 
chacun se liant sur ce que les ennemis ne venoient 
jamais en ce temps-là, et voyant d'ailleurs qu'il n'y avoit 
aucun homme chez elle pour les aller secourir, prit 
elle-même une charû'e de fusils sur ses épaules, et sans 
craindre une nuée d" Iroquois qu elle voyoit inonder de 
toutes parts jusqu'à sa maison, elle courut au-devant de 
nos françois qui étoient poursuivis et surtout au devant 
de M. Lemoine qui avoit quasi les ennemis sur les épau- 
les et prêts de le saisir, étant arrivée à lui elle lui remit 
ses armes, ce qui fortifia merveilleusement tous nos 
françois et retint les ennemis, il est vrai que si ces armes 
eussent été plus en état, on en eut pu faire quelque chose 
davantaire, mais toujours cette amiizone mérita-t-elle bien 
des louanges d'avoir été si généreuse a secourir les siens 
et à leur donner un moyen si nécessaire pour attendre 
une plus grande assistance. On ne sauroit exprimer ici 
(1) les pertes que nous fîmes en ces deux occasions TU 
ces bons et braves habitans qui y étoient enveloppés, 



fl) ? les afflictions ipi^^ CTiisrTonl (J. V.) 



157. 

mais Dieu qui n'afflige les corps que pour le plus grand 
besoin des âmes se servoit merveilleusement bien de 
toutes ces disgrâces et frayeurs pour tenir ici un chacun 
dans son devoir à l'égard de l'éternité, le Vice étoit quasi 
alors inconnu ici et la religion y fleurissoit de toutes 
parts bien d'une autre manière qu'elle ne fait pas au- 
jourd'hui dans le temps de la paix : Mais passons outre 
et venons au mois d'août où il y eut plusieurs attaques, 
l'une desquelles entr'autres fut très-désavantageuse à ce 
lieu pour la perte qu'il y fit d'un bon prêtre qui y ren- 
doit très-utilement ses services depuis 2 ans que le 
Séminaire de St. Sulpice l'y avoit envoyé, cet Ecclésias- 
tique nommé M. Lemaitre-(l), avoit de fort beaux tallens 
que pour l'amour de Dieu il étoit venu ensevelir en ce 
lieu ici, bénéficiant de ce droit de sépulture que feu M. 
Ollier avoit acquis à son Séminaire dès l'année 1640, 
comme nous l'avons remarqué. Notre Seigneur le fit 
jouir ici deux ans du doux entretien de la Ste. Solitude 
après lesquels il l'appela à lui du milieu de son désert, 
permettant que les Iroquois lui coupassent la tête le 
même jour que Hérode la fit trancher à ce célèbre habi- 
tant des déserts de la Judée, Saint Jean Baptiste : ce qui 
arriva de la sorte, — M. Lemaitre ayant dit la messe, et 
entrant, comme il est à présumer de sa piété et ainsi que 
la fête l'exigeoit, dans les désirs de sacrifier sa tête pour 
J. C. comme son St. Précurseur, il s'achemina vers le lieu 
de St. G-abriel, où étant entré dans un champ avec 14 ou 
15 ouvriers lesquels y alloient tourner du bled mouillé, 
ces bonnes gens se mirent à travailler chacun de 
son côté et laissèrent leurs armes dispersées impru- 
demment en plusieurs endroits, pendant que M. Le- 
maitre auquel ils avoient dit qu'assurément il y avoit 



(1) Le R. P. Gliarlevoix écrit Le Maitrj.— (J. V.) 



158 

des ennemis proche à cause de qiielc^uc chose ' qu'ils 
avoient remarque, regardoit de part et d'autre dans les 
buissons alin de voir s'il n'y en avoit pas quelqu'un ; 
or recherchant de la sorte il avança sans y penser jusque 
dans une embuscade d'Iroquois, alors ces mistrables se 
voyant découverts, ils se levèrent tout d'un coup, lirent 
leur huée et voulurent courir sur nos gens : ce que ce 
bon prêtre voyant au lieu de prendre la fuite il résolut 
à l'instant de les empêcher de joindre, s'il pouvoit, nos 
françois avant qu'ils eussent le loisir de prendre leurs 
armes qui étoient de côté et d'autre, pour cela il prit un 
coutelas avec lequel il se jetta entre nos gens et ces 
barbares et s'en couvrant comme d'un espadron il cria à 
nos Irançois qu'ils prissent bon courage et se missent en 
état de garantir leur vie ; les Iroquois voyant ce prêtre 
leur boucher le passage et leur faire obstacle au cruel 
dessain qu ils avoient, de dépit ils le tuèrent à coups de 
fusil, non pas qu'ils eussent aucune crainte d'en être 
blessé parcequ'il ne se mettoit pas en devoir d'en blesser 
aucun, mais parcequ'ils ne pouvoient pas l'approcher 
pour le prendre vivant et qu'il donnoit du couiage à nos 
françois pour se mettre en état de se défendre et de 
se retirer en bon ordre vers la maison de St. Gabriel : 
Il est vrai qu'après l'avoir mis à mort, ils en eurent 
un sensible regret et que leur Capitaine (1) qui fut celui 
lequel lit ce coup en fut fort blâmé des siens, lesquels 
lui disoient qu'il avoit fait un beau coup,' qu'il avoit tué 
celui qui les nourrissoit lorsqu'ils venoient au Mont- 
réal: ce qu'ils disoient avec raison parceque M. Lemaitre 
étoit Econome de cette Communauté et avoit une sin- 
gulière inclination de travailler au salut de ces aveugles 
dont il tâchoit d'apprendre la langue, c'est pourquoi 

(1) "Outrjouliali,"chef onnonlagU'', d'après Charluvoix el Delinont. (J.V.) 



159 

il avoit des entrailles de père pour eux et ne leur épar- 
gnoit rien, mais enfin voilà comment ils le payèrent, 
salaire qui lut bien avantageux à son âme puisque il lui 
donna l'entière liberté. Ce bon prêtre étant mort, nos 
françois ayant eu le loisir de se mettre en état, se 
retirèrent en bon ordre hormis un qui y perdit aussi la 
vie de ce monde pour en avoir une meilleure dans l'au- 
tre comme sa grande vertu l'a donné à présumer : On 
dit une chose bien extraordinaire de M. Lemaitre qui 
est que le sauvage qui emportoit sa tète l'ayant envelop- 
pée dans son mouchoir, ce linge reçut tellement l'im- 
pression de son visage que l'image en étoit parfaitement 
gravée dessus et que voyant le mouchoir l'on reconnois- 
soit M. Lemaitre ; Lavigne, ancien habitant de ce lieu, 
homme des plus résolus comme cette Relation l'a remar- 
qué, et qui ne paroit pas chimérique, m'a dit avoir vu le 
mouchoir imprimé comme je viens de le dire étant 
prisonnier chez les Iroquois, lorsque ces malheureux y 
vinrent après avoir fait ce méchant coup, et il assure 
que le Capitaine de ce parti ayant tiré le mouchoir de 
M. Lemaitre à son arrivée, il se mit à crier sur lui de la 
sorte ayant reconnu ce visage, — " Ah ! malheureux, tu 
as tué Aaouandio, (c'est le nom qu'ils lui donnoient), car 
je vois sa face sur son mouchoir." Alors ces Sauvages 
resserèrent ce linge sans que jamais depuis ils l'aient 
voulu donner ni même montrer à personne, pas même 
au R. P. Lemoine (1) qui sachant la chose fit tout son 
possible pour l'avoir, il est vrai que quand ces gens-là 
estiment quelque chose il n'est pas aisé de l'obtenir, je 
ne sais pas si c'est pour cela que cet homme étoit si 
réservé, ou bien si c'étoit par la honte qu'il avoit 
d'avoir fait ce méchant coup en tuant ce prêtre, car ce 



(1) Le R. P. Simon LoMoiiie, Jésuite. (J. V.) 



160 

Missionnaire étoit si aimé de toute cette nation, qu'il en 
recevoit dos avanios publiques ot qu'on no le vouloit 
pas regarder, ce qui lit nu-nie que de la honte qu'il en 
avoit il quitta, à ce qu'on dit, les cabanes pour n'y reve- 
nir de quelques temps : quoiqu'il en soit de cette mer- 
veille, je vous en ai rapporté le fondement alin que 
vous en croyez ce qu'il vous plaira ; je vous dirai qu'on 
m'a rapporté bien d'autre chose assez extraordinaire à 
l'éi^ard de la même personne, dont une partie étoit 
comme les pronostiques de ce qui lui devoit arriver un 
jour ; et l'autre rei^ardoit l'état des choses présentes 
et celui dans lequel apparamment toutes les choses 
seront bientôt. Ce Monsieur a parlé durant sa vie avec 
assez d'ouverture de tout ceci à une lieliu^ieuse et à 
quelques autres personnes, pour m'autoriser, si j'en vou- 
lois dire quelque chose, mais je laisse le tout entre les 
mains de celui qui est le Maître des temps et des saisons 
ot qui en réserve la connoissancc ou bien la donne à qui 
bon lui semble (1). Finissons ce Chapitre et ce qui regarde 
la g-uerre pour cette année, parlons des nouvelles que 
la France nous y donna, surtout disons un petit mot du 
Montréal au sujet de M. l'Abbé de Quelu.s qui y arriva 
environ le temps de la mort de M. Lemaitre ; aussi bien 
encore qu'il n'y ait paru cette fois que comme un éclair, 
il y a trop de chose à en dire pour s'en taire tout à fuit 
je ne veux pas néanmoins pour cela en grossir par trop 
notre volume parcoque cela me donneroit trop de peine 
et ne laissoroit p:is au lecteur la matière d'exercer ses 
pensées ; ce qui «Hant je me contenterai de dire que M. 
l'Abbé de Quelus venant de Rome avoit passé ici à 
l'Italienne — /wroij-wj/o, mais qu'on jugea qu'il ne devoit 
pas ainsi se servir dos maximes étrangères, qu'il étoit 



(!) V. App'iidicc No. XIII. (.T. V.) 



161 



plus convenable à une personne de sa qualité et vertu 
de faire le trajet à la Françoise. C'est pourquoi on 
l'obligea de repasser la mer cette même année afin de 
revenir par après au su de tout le monde et avec plus 
de splendeur, à la mode de l'ancienne France, comme il 
a fait depuis (1). 



(1) Voir App. No. IX. (J. V.) 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



IJ.' raiitoinne IGOl jusqu'à laulomne ICG2, au 
(l-'part dos Vuisse.iiix du Canadas. 

Il s'est fait pendant le cours de cette année plusieurs 
coml)atsou nous avons perdu beaucoup de monde et qui 
nou.s ont été très funestes : le premier, qui fut le 25 oc- 
tobre; se passa comme je vais dire. M. Vignal, i)rêtre 
de cette Communauté, ayant demandé congé à M. de 
Maison-neufve de mener des hommes à l'Isle-à-la-pierre 
(1), afin de faire tirer des matériaux pour parachever cette 
Maison ou sont présentement logés les Ecclésiastiques 
qui servent cette Isle, il en ol)tint la permission avec 
peine, parceque M. de Maison-neufve craignoit qu'il ne 
trouvasse quelqu'embuscade en ce lieu, à cause (juil y 
avoit travaillé le jour précédent, ce qui ne manqua pas 
d'arriver, sur quoi il est à remarquer que pour éviter d'être 
ainsi attrapé rarement l'on alloit deux fois de suite en un 
endroit lorsque les «Minemis étoient à craindre : ( )r pour 
revenir à feu M. Vignal aussitôt qu'il eut le congé il ne 
Bonirea qu'à s'embarquer promptement sans se mettre en 
pt ine des Iroquois, même en allant, quelqu'un lui ayant 
dit (ju'il croyoit voir des canots le long de la grande ter- 
re et de l'islot, il ne se le put persuader et s'imagina 
que c'étoit desoriirnaux ; d'a])ord qu'ils furent à l'Ilot les 
voilà à terre ou ils s'en allèrent de chacun son bord com- 
me pour se dégourdir sans prendre des armes ni penser 



(I) ('.'l'A la d-'rniriv llf nudossus docelle Slo. Ilolon*?, justement vis-à-vig 
le PfTi Je M';>iUrottl, vi^rs r<'XlixTnit«? puix-rienic d»î lai]uelle on n-niarque 
«ncoro 2 arbr-'s, I8i5. (.F. V.) 



163 

à aucune découverte : M. Brigeart (1) même qui avoit le- 
commandement en cas d'attaque y arriva le dernier, par- 
ce que il avoit reçu son ordre un peu tard et qu'il n' avoit 
pu joindre ce monde parcequ'il alloit trop vite ; pendant 
que quelques-uns se promenoient pour se dégourdir du 
bateau comme nous avons déjà dit, les autres plus dilii>-ens 
se mirent à ramasser de la pierre et un autre qui ne fut 
pas le moins surpris alla vaquer à ses nécessités, se met- 
tant sur le bord de l'embuscade des ennemis auxquels il 
tourna le derrière, un Iroquois indig-né de cette insulte 
sans dire mot le piqua d'un coup de son épée emman- 
chée, cet homme qui n'avoit jamais éprotivé de serina-ue 
si vive ni si pointue fit un bond à ce coup en courant à 
la voile vers nos françois qui incontinant virent l'ennemi 
et l'entendirent faire une grosse huée, ce qui effraya telle- 
ment nos gens dont une partie n'étoit pas encore débar- 
quée, que tous généralement ne songèrent qu'à s'enfuir, 
hormis le Sieur Brigeart, lequel se jetta à terre et se 
mit à crier et à appeler les François, lesquels véritable- 
ment s'oublièrent de leur ordinaire bravoure et ne le se- 
condèrent pas, que si ils l'eussent fait les Iroquois 
étoient défaits ; — Le Sieur Brigeart quoique seul les em- 
pêcha tous pendant quelque temj^s d'avancer, ce qui fa- 
vorisa la fuite des nôtres qui sans cela eussent tous été 
pris, les ennemis prirent la résolution d'aller sur lui et 
alors il choisit le Capitaine qu'il jeta roide mort d'uii 
coup de fusil, ce qui efiraya tellement tous les autres que 
cela les mit en balance s'ils dévoient essuyer encore un 
coup de pistolet qu"il avoit à tirer, mais enfin A'oyant que 
•Brigeart étoit seul et qu'il n'étoit point soutenu ils firent 
une décharge sur lui dans laquelle lui ayant rompu le 

(1) Le môme quo M. de Belmont nommé Brysat, et que le Reg. de la Pa- 
roisse, appelle et qualifie ainsi: " Le Grenadier Claude de Brigard, soldat et 
Secrétaire de M. le Gouverneur, âgé de 30 ans, de Ligni-en-Barois." (J. V.) 



it;4 

bras droit et fait tomber son pistolet, ils se jettèrent sur lui 
et se mirent ensuite à taire de lurieusesdrchuroes sur un 
grand bateau plat lequel tachoit de se mettre au largf, par 
leurs coups de fusils ils tuèrent et estropièrent plusieurs 
personnes, entr'autresdeux braves enfans de famille nom- 
més Messieurs MoyiMi (1) et DuChesnc, le dernier de ces 
deux exhortant son camarade à la mort sans songer être 
blessé lui-même tomba tout roide mort dans le bateau (2) : 
C'est une chose étonnante que la peur, car il y avoit là 
de braves gens mais quand l'appréhension s'est une fois 
saisie du cœur humain il s'c)ul)lie de soi-même, au reste 
si le brave M. Brigeart eut pu arriver assez tôt pour 
faire faire la découverte et mettre ce monde à terre dans 
l'ordre qu'il falloit observer, ce malheur n'eut pas arrivé, 
mais c'étoit une permission de Dieu et non pas de sa 
faute : Revenons à M. Vignal afin de voir ce qui en 
arriva ; ce bon prêtre voyant tout le monde en ce désor- 
dre voulut se mettre dans le canot d'un de nos meilleurs 
habitans nommé M. René Cuillorier (3) dont malheu- 
reusement il trempa le fusil dans l'eau y voulant monter 
ce qui ayant réduit cette personne sans défense, les 
Iroquois tirèrent sans crainte sur eux avant qu'ils 
eussent le loisir de prendre le large, ce qui leur réussit 
€i malheureusement pour nous que M. Vignal fut percé 
d'outre en outre et ensuite pris avec Cuillorier ; ce 
pauvre homme ainsi percé fut jette comme un sac de 
blé dans un canot et son compagnon d'infortune fut mis 
dedans un autre ; M. Vignal se levant de temps en temps 
du milieu de son canot avec beaucoup de peine et de 
douleurs disoit aux autres prisonniers qui étoient proche 



il) J. Ble. Moyen de Paris, enlerré le 29 Octobre, mort de blessures reçues 
le 25, à environ 19 ans. (J. V.) 

(2) Bu Cbf^sne, Joseph, t'-lail de Dio|ij»<! et i\f,'é d'environ 20 ans. (J. V.) 

(3) Le nom de Cuillérifr, non r^iiillori'T, «-xijile encore au pays. (J. Wa 



165 

dans les autres canots, — " tout mon regret dans l'état ou 
je suis est d'être la cause que vous soyez en Tétat que 
vous êtes ! prenez courage et endurez pour Dieu." — Ces 
paroles prononcées dans un état aussi digne de compas- 
sion que celui ou il étoit crévoient le cœur de tous nos 
pauvres captifs, enfin on les emmena les uns et les 
autres au pays de l'ennemi hormis M. Vignal qu'ils ne 
traînèrent pas bien loin car le voyant trop blessé pou^ 
faire un long voyage ils le brûlèrent pour l'achever et 
lui donnèrent lieu d'offrir à son Créateur le sacrifice de 
son corps en odeur de suavité, étant brûlé sur un bû- 
cher comme le grain d'encens sur le charbon sans qu'il 
restât rien de son corps, si nous joignons à ces fiâmes 
la dent des Iroquois qui en fit un holocauste parfait (1) ; 
Pour ce qui regarde M. Brigeartils le firent pareillement 
brûler, mais Dieu le voulut favoriser d'une croix beau- 
coup plus cruelle dans la mort, ou il souffrit prodigieu- 
sement et ou il endura d'une façon admirable comme 
vous l'allez voir : Ces cruels l'ayant fort bien guéri à 
force de le bien traiter, pour le mettre en état de leur 
donner plus de plaisir en le rendant capable de plus 
horribles souffrances, aussitôt qu'ils le virent en bon 
point et entièrement remis des grandes plaies qu'il 
avoit reçues au combat, ils commencèrent son supplice (2), 
afin de lui faire payer la mort de leur Capitaine aussi 
chèrement qu'ils pouroient, ils lui arrachoient les 
ongles, lui arrachoient les bouts des doigts et les fumoient 
ensuite, ils le coupoient tantôt dans un endroit, tantôt 
dans un autre, ils l'écorchoient, le chargeoient de coups 
de bâton, lui appuyoient des tisons ardens et des fers 
chauds sur sa chair toute nue, enfin ils n'épargnèrent 



(1) Voir App. No. XIV. (J. V.) 

(2) A Onneyoulh, dit M. de Belmont. (J. V.) 



166 

rien poiKlant 24 heures que le supplice dura, durant 
lesquelles voyant son admirable patience ils en enra- 
gt'oient, Ibrneoient de nouv«'aux m<»yens pour le l'aire 
soutirir davantacre ; lui au milieu dr ces tourmens 
atroces ne laisoit que i)rier Dieu pour Itîur conv^ersion et 
salut ainsi qu'il avoit promis à Dii'U de 1»» faire se voyant 
sur le point d't*ntrer dans ces tortures, comme il l'écrivit 
lui m«'*me en ces temps-là au lî. Pire Lemoine qui étoit 
dans une autre Nation iroquoise. M. Cuillorier qui 
avoit lors sa vie assurée fut merveilleusement surpris 
d'un tel prodige de patience et vertu qu'il voyoit dans 
la mort de cet homme de bii-n. Les Iroquois' qui 
en étoient les bourreaux en étoient si hors d'eux-mêmes 
qu'ils ne savoient qu'en dire : au reste quant à nous, 
nous nous en étonnerons moins si nous faisons réflection 
sur sa vie et sur le dessain qui l'a fait venir en ce pays, 
puisque sa vie étoit fort sainte et qu'il n'étoit venu ici 
pour autre intention qu'afin d'y ofiVir à Dieu un pareil 
sacrifice, y risquant sa vie pour son amour en assistant 
les habitans de ce lieu ou ils étoient si exposés (1) : 
Mais passons outre pour venir au combat funeste du 7 
février qui nous ravit notre illustre ^lajor, par la lâcheté 
d'un Flamand qui étoit son domestique lequel l'aban- 
donna, ce qui donna beaucoup de cœur aux ennemis 
qui le tuèrent lui quatrième (2). Sans que ses deux 
pistolets lui manquèrent, il eut changé la fortune du 
combat ou quelques-uns eussent porté de ses marques, 
d'autant qu'il étoit extrêmement bon pistolier et que sa 
générosité luidonnoit une grande présence d'esprit parmi 



(I) Voir Api»en(lice No. XVI. (J. V.) 

(2| Les Hegi?lrfs 'le la Paroisse donnonl ù cp combat la ilàic du G al 
non du 7 fév. — Voici lentp-o qu'on y lit : "IGG2. fev. G. Le sieur I>ambort 
Clo~-c, s'^r^'^'Ht-major de la garnison, Simon L<' Hoy.-Jean Lecompte et 
Loui* Brisson, tut-s par les Iroquois." (J. V.) 



167 

les coups dont il n'étoit nullement troublé : Ce malheur 
lui arriva premièrement à cause qu'il alloit secourir des 
gens attaqués, selon son bon zèle ordinaire, laquelle 
action étant délaissée par ce pagnotte (1) que nous avons 
marqué au milieu des coups l'ennemi prit cœur et fit 
l'esclande dont nous parlons, que si cet étranger avoit eu 
le courage d'un Pig'eon françois qui étoitson campagnon 
de service lequel avoit la moitié moins de corps et d'appa- 
rence que lui ; M. le Major seroit peut-être aujourd'hui 
encore en vie, car ce pigeon fit merveille et s'exposa si 
avant que s'il n'eut eu de bonnes ailes pour s'en revenir 
il étoit perdu lui-même et ne fut jamais revenu à la 
charge : au reste si ce brave Mons. Closse, major de ce 
lieu, mourut en cette rencontre il mourut en brave soldat 
de J. C. et de notre Monarque, après avoir mille fois 
exposé sa vie fort généreusement, sans craindre de la 
perdre en de semblables occasions, ce qu'il fit bien voir 
à quelques-uns qui lui disoient peu avant sa mort, — " qu'il 
se feroit tuer vu la facilité avec laquelle il s'exposoit par- 
tout pour le service du pays, — " à quoi il repondit — " Mes- 
sieurs, je ne suis venu ici qu'afin d'y mourir pour Dieu 
en le servant dans la profession des armes, si je n'y croyois 
pas mourir je quitterois le pays pour aller servir contre le 
Turc et n'être pas privé de cette gloire : " Quelques temps 
après ce désastre, il arriva un trouble assez grand pour 
un certain personnage dont le pays a été délivré depuis. 
Cet homme par ses menées secrètes et discours pestilan- 
tiels quin'épargnoient personne eut allumé un grand feu 
si Dieu ne l'eut bientôt éteint par sa miséricorde comme 



(1) Ce mot que nous avons déjà vu page 147 n'est point un nom d'homme, 
dans ce cas particulier au moins, mais un vieux mot franrjais signifiant 
lâche ou poltron et s'écrivant pagnole. (J. V:) M. Margry croyait le con- 
traire. Pigeon, était le nom de l'autre domestique do M. Closse. Il i^arait 
qu'il était de petite taille. 



168 

il fit : Le >> de mai il se lit un l>t':iu combat à Ste. Marie, 
Maison du Séminaire, laquelle u toujours exp«''rimenté 
les sinpfulières protections de sa bonne patrone qui lui 
a toujours conservé ses gens sans mort ni blessure, quoi- 
qu'ils aient été souvent attaqués et qu'ils aient toujours 
passé pour irens de cœur a])préh('ndés par les Iroquois ; 
mais voyons cette action dont je parle ; Le Sieur Rouillé, 
Trudante (1) et Langevin étant restés les derniers sur les 
lieux au travail, tous les autres domestiques de Ste. Marie, 
s'en étant déjà r»*tournés hormis le nommé So/fint. senti- 
nelle, lorsqu'il venoit dans un méchant trou nommé 
Redoute où il faisoit des châteaux en Espagne : dans ce 
temps 50 Iroquois qui avoient passé tout le jour dans les 
frodorhea éloignées d'une bonne portée de fusil, quelque 
peu davantage, se levèrent et vinrent tout doucement sur 
ces 4 derniers hommes afin de les surprendre, lier et em- 
mener prisonniers, mais par bonheur quelqu'un d'eux 
ayant levé la tète il s'écria — " aux armes, voici les enne- 
mis sur nous," — à ce cri chacun sauta sur son iusil et 
l'esprit de la sentinelle se réveilla pour s'enfuir, les Iro- 
quois voyant n'avoir pas réussi en leur entreprise jette- 
rent hnirs colliers et firent une salve de ôO coups de fusils 
à brule-pourpoint, les françois qui étoient dans le chami) 
s'encoururent à la redoute, d'où le soldat s'enfuyant, M. 
Trudeau, grand, fort et résolu gar(;on. voyant cette la- 
ch»'té, à coups de pieds, de poings rejetta le pauvre Soldat 
en sa redouta et le secoua tellement en ce moment qu'il 
le tint, qu'il lui fit nvciiir son cœur lequel commençoit 
déjà à s'exalh-r. M. Dcbolestre entendant ce choc sort au 
plus vite de Ste. Marie avec tout ce qu'il peut de monde 
pour soustraire les attaqués, par les chemins il rencontra 
ceux qui revenoient du travail dont une partie fuyoit et 

(1) Trude'iu. 



169 

l'autre partie retournoit à ses camarades pour les défen- 
dre, mais il lit honte aux fuyards et tous allèrent à la corn- 
pagnie avec bonne intention et diligence à ces 4 assaillis 
qui encore que le lieu fût prêt avoient déjà essuyé 2 ou 
3 cents coups de fusil avant leur arrivée, quand le monde 
de Ste. Marie fut venu on commença à répondre aux 
ennemis et à leur faire voir que nous savions mieux tirer 
qu'eux, car en toute leur décharge ils ne firent autre 
chose sinon que couper le fusil de M. Rouillé en deux 
avec une balle et nos François trouvèrent bien le secret 
de les atteindre, ce qu'ils eussent fait encore plus heureuse- 
ment sans que ces misérables appercevant qu'on les cou- 
poit ils s'enfuirent au plus vite dans les bois avec plusieurs 
blessés dont un mourut peu après de ses blessures ; au 
reste on tira tant dans cette attaque qu'on croyoit que 
tout fut pris lorsque du Montréal on vint au secours, 
mais on trouva tout le contraire car les ennemis avoient 
bien été vigoureusement repoussés, au reste la provi- 
dence fut grande à l'égard d'un prêtre de ce lieu qui agit 
tout le jour autour de cette embuscade venant à deux ou 
trois emjambées près, sans que pour cela personne bran- 
lât, on voulut allumer des feux qui eussent été favora- 
bles aux ennemis pour la fumée laquelle venant de leur 
côté leur auroit donné lieu de surprendre tous les Fran- 
çois sans en être vu, mais notre Seigneur permit que le 
bois se trouva si mal disposé pour brûler qu'à la fin on 
l'abandonna : plusieurs autres fois on a eu encore lieu 
de remarquer le bonheur de cette Maison, une fois en- 
tr'autre les ennemis y étant venus de nuit et ayant dressé 
une embuscade à la porte, M. de la Vigne qui demeuroit 
lors à cette Maison se levant pour quelque nécessité re- 
garda dehors et voyant ces traîtres venir il en avertit un 
chacun et on eut le plaisir de l'es voir se placer au clair 
de la lune, ou le lendemain on les débusqua et ceux qui 

T 



170 

vouloient prendre furent pris et laits prisonniers au nom- 
bre de 15 ou IC qu'ils étoient : Ainsi Dieu a toujours été 
l'avorahle à cette Maison dans toutes les autres occasions, 
tant dans cette année que dans les autres : il y a bien eu 
d'autres attaques au Montréal j)endant ce temps-là, et il 
y a bien eu quelques François de tués en diliérentes 
rencontres, — mais comme ces actions n'ont pas été lort 
considérables je ne me crois pas aussi obligé d'en re- 
chercher le détail. 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'automne \6Q1 jusqu'à l'.'uitomn'^ IC63 au 
départ des vaisseaux du Canadas. 

Cette année ne nous donnera pas rien de bien remar- 
quable au sujet de la guerre, car encore bien que nous 
y ayons eu quelquefois du monde tué, il ne se trouve 
pas toutefois des faits qui méritent être touchés dans une 
histoire : Il y a bien quelque chose à remarquer sur le 
fruit d'un voyage que Mlle. Mance fit cette année-là en 
France, pour lequel elle étoit partie dans les derniers 
navires ; ayant su cette fâcheuse nouvelle que tous les 
biens de feu M. de la Doversière avoient été saisis et que 
partant toute la fondation des Religieuses hospitalières 
qu'il avoit entre ses mains étoit bien en risque d'être 
perdue, comme en effet elle l'a été, ou vous considérerez, 
s'il vous plait, que si ces bonnes filles avoient tardé de 
partir une année comme on souhoitoit, M. de la Dover- 
sière auroit été mort avant ce temps et leur fondation 
auroit été absorbée par ceux qui ont voulu faire voir que 
ce bon M. étoit mort ruiné, et partant ces filles n'au- 
roient eu que faire de songer à partir étant sans fonda- 
tion, mais Dieu qui les vouloit ici dans l'état ou elles se 
trouvent et qui savoit les choses, les a fait prévenir ce 
qui les pouvoit arrêter, c'est ce que je trouve de plus 
remarquable dans le voyage que la charité fait faire à 
• Mlle. Mance cette année. Le 11 du mois d'août une 
petite Sauvagesse nommée Marie des Neiges, qui promet- 
toit beaucoup, est morte à la Congrégation chez la Sœur 
Bourgeois, laquelle l'avoit élevée depuis l'âge de 10 mois 
avec des soins et des peines bien considérables dont elle 



172 



a été payée par la satisfaction que ronfant lui donnoit 
(1) ; à cause de l'amiti»' qu'on i)ortoit à cet enlant, on a 
voulu resusciter son nom par une autre petite Sauva- 
gesse qu'on a eu en ce lieu à laquelle on a donné le 
même nom dans le ))aptème : cettf deuxième étant aussi 
décédée, on a pris une -V petite lille Sauvagesse vers la- 
quelle on s'est comporté d»- la même façon et à laquelle 
on a donné le même nom ; que si celle-ci ne meurt pas plus 
criminelle que les autres, après avoir demeuré ici bas 
toutes trois dans la Congrégation du Montréal, elles au- 
ront l'honneur d'être, j'espère, toutes trois au ciel pour 
toute l'éternité, dans cette Congrégation qui suit 
l'Aiineau immaculé avec des prérogatives toutes spé- 
ciales. 



(I) V. App.-nflic-. No. \. .I.N 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



Do raulomui' IGG3 Jusqui'i l"aulomne 1004 au 
ili''|iai"l des Viiisspan\ du (lanad.is. 

La Seigneurie du Montréal ayant été donnée par 
Messieurs de cette Compag-nie à Messieurs du Séminaire 
de St. Sulpice (1) ils en ont pris possession cette année 
(1664), ce qui leur donna de l'exercice bientôt après ; 
et pour commencer, sans considération de l'autorité du 
Roi qui avoit donné une Justice à cette Seigneurie avec 
droit de ne ressortir par appel que devant une Souve- 
raine, on trouva à propos de ne lui pas même souffrir la 
moindre ombre de Justice aussitôt que Messieurs de la 
Conij^agnie du Montréal la leur eurent remise ; Il est vrai 
que cette insulte est assez grande et qu'il est assez inoui 
de voir telles entreprises sans fondement, ni pouvoir : 
C'étoit moins bien reconnoitre six ou sept cents mille 
livres de dépenses faites par les Seigneurs de Montréal 
pour le soutien de ce pays ou ils ont tant perdu de 
monde et ou il n'y aura d'ici à longtemps que de la dé- 
pense à faire : mais n'importe, Messrs. du Séminaire se 
consolent fort aisément d'un tel affront en ce que leur 
ôtant cette Justice extérieure qui regarde le barreau on 
leur a donné lieu d'anoblir et d'accroitre celle qui est 
intérieure et qui regarde le Ciel. Au reste M. Talion (2) 
trop équitable poiir souffrir telles injustices a rétabli les 



(1) Cette donation, faite à Paris, est du 9 mars 1663, et le contrat en a été 
insinué au Chàtelet le 5 juin suivant ; puis ratifié par le Roi en Mai 1677.- 
Registré à Québec, le 20 sept. 1677. (J. V.) ' 

('2) M. Jean Talon, iraprès son autographe. Intendant. (J. V.) 



174 

SeiLrnours do ce lieu dans leurs droits et a lait évanouir 
un certain fantôme de Justice qui a réi^né quelque peu 
de temps se recouvrant du beau manteau de " Justice 
Royale," contre tout droit cl raison (1). Pour ce (jui 
regarde la g'uerre on a bien eu de la peine cette ann»''e, 
aussi bien que les autres il lalloit toujours être ici sur ses 
gardes ; de tous côtés on étoit en crainte à cause des em- 
buscades, même si on vouloit l'aire savoir des nouvelles 
à Québec ou aux Trois-lîivières de quelque chose im- 
portant la guerre, il lalloit chercher les meilleurs canot- 
teurs, les l'aire partir de nuit, et après, avec une diligence 
qu'aujourd'hui on ne voudroit pas croire, ils tachoient de 
se rendre au lieu déterminé et d'éviter par leur vitesse 
la rencontre des ennemis ; — M. Lebert (2), un des plus 
riches et honnêtes marchands qu'il y ait ici et même dans 
tout le Canadas, a rendu en ceci de grands services à la 
Colonie, pour laquelle il s'est souvent exposé afin de don- 
ner ses avis soit en canot, soit sur les glaces, ou à travers 
les bois ; ce n'est pas là l'unique secours qu'il ait rendu à ce 
lieu, d'autant que s'il a eu l'esprit d'y faire sa fortune par 
son commerce il a en même temps beaucoup servi le pu- 
blic dans la manière aisée et commode en laquelle il l'a 
fait touchant les laits de guerre. Je rapporterai ici deux 
coups faits par les Iroquois, afin de faire voir les peines 
et hazards ou l'on étoit ici alors, puisque à peine osoit-on 
paroitre à sa porte pour y aller chercher de quoi vivre. 
Feu Raguideau étant allé à la chasse avec plusieurs per- 
sonnes dont il avoit le commandement, M. Debellètre 
étant aussi sorti de l'Habitation avec un parti dans le 
même temps pour le même dessein, ces deux partis se 

(1) C-lto Justice onlov<^p aux S'ipnfiirsdf rilo di'MonlrvQl par M. de Mesy 
en 16r>3, leur Tut rendue par M. Talon »'n IGG7. (.1. V.) 
(1) M. Jacques Le Ber ; j'ai son autographe. (J. V.) 



175 

joignirent à deux isles qui sont un peu audessous de ce 
lieu (1) où ayant tué des bétes ils envoyèrent un canot 
devant eux chargé de viande à l'Habitation, — Or comme 
on ne peut remonter ce fleuve à la rame sans être proche 
de terre pour éviter le courant, ce canot chemin faisant 
le long du rivage se trouva vis-à-vis d'une embuscade 
qui fit une décharge laquelle tua ou blessa 3 ou 4 hommes 
qui étoient dans le canot, cela fait un Iroquois accourut 
afin de tirer le canot de l'eau, mais un de nos gens qui 
étoit encore en état de se défendre jetta roide mort d'un 
coup de fusil l'Iroquois qui venoit à lui, cela fait il mit 
au large, les autres Iroquois s'encoururent à leur canot 
apparemment pour poursuivre ros gens moribonds et 
blessés, mais voyant M. Debellestre, Saint Greorge et 
autres françois lesquels venoient au secours ils changè- 
rent le dessein en celui de s'enfuir (2). Au mois d'août 
de cette année deux françois étant tout proche du Mont- 
réal en canot, tout d'un coup ils furent tués roides morts 
sans avoir le loisir de voir ceux qui les chargeoient (8) ; 
enfin on avoit tellement l'ennemi à craindre de toutes 
parts en ce lieu et il y auroit tant d'exemple fâcheux à 
rapporter que nous n'en manquerions pas d'en trouver 
d'aventage, mais ceux-ci suffiront pour donner une idée 
générale du tout. (4) 

(1) Les îles Ste. Thérèse, selon M. de Belmont. (J. V.) 

(2) " 1664, Mai 4. — Michel Théodore dit Gilles, tué à la Longue-Pointe" 
(Registre de la Paroisse.) (J.V.) 

(3) " 1664, Août 9. — Jacques Dufresne et Pierre Maignan, tués à l'isle Ste. 
Hélène " (Reg. de la Par.) (J. V.) 

<4) Il semble que notre écrivain n'aurait pas dû oublier de noter le retour 
de France de Melle. Mance, que le Journal des Jésuites fi.xe au 25 Mai 1664. 
(J. V.) 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De laulomne IGG'i jusqvià laulomiio 1G65 nu 
départ îles Vaisseaux du Canadas, 



Plus de la moitié de cette année se passa sans qu'il y 
eut rien de funeste parceque on se tint toujours bien 
sur ses gardes, mais dans le mois de Juillet M. Lemoine 
ayant eu envie d'aller à la chasse, il demanda et obtint 
cong-é d'y aller avec quelques Sauvages de la Nation des 
Loups avec lesquels il alla nonobstant quelques avis 
qu'on lui donna particuliers, touchant les ennemis qu'on 
croyoit n'être pas loin, mais son peu de crainte empêcha 
d'examiner ce qu'on lui en dit ; il ne fut pas très loin 
qu'étant entré dans l'Isle Ste. Thérèse pour chasser, il 
fut attaqué par les Iroquois qui le surprirent seul, lui 
crièrent de se rendre, ce que ayant refusé et les ayant 
couché enjoué, reculant peu-à-peu, les ennemis avan- 
çoient toujours sur lui : ce que voyant résolut de vendre 
sa vie qu'il tenoit pour perdue, il tira son coup de fusil 
mais au lieu de frapper celui qu'il visoit, il n'atrappa que 
les branches des arbres à cause d'un chicot qui le fit cul- 
buter, s'étant relevé avec promptitude il s'enfuit de son 
mieux, mais il fut poursuivi si vivement qu'enfin il fut 
atteint, environné et pris : d'abord qu'on eut cette fâ- 
cheuse nouvelle au Montréal on envoya du monde après 
les Iroquois mais ne les ayant trouvé, on fut obligé de 
revenir ici, on ne faisoit aucun doute qu'il ne fut très- 
cruellement brûlé à cause que jusqu'alors ilsavoient fait 
tous leurs efforts tant par trahisons que par force ouverte 
afin de lattrapper et de satisfaire par là à la dévotion de 



177 

leurs Vieillards qui, depuis plusieurs années, amassoient 
de temps en temps du bois pour le brûler, faisant toutes 
ces sottises devant eux afin de les animer à en faire cap- 
ture : que si il est réchappé ce fut par ce qu'il leur dit 
étant parmi eux: " ma mort sera bien vengée, je t'ai sou- 
vent menacé qu'il viendroit ici quantité de soldats fran- 
çois lesquels iroient chez toi te brûler en tes villages, ils 
arrivent maintenant à Québec, j'en ai des nouvelles as- 
surées ; " — Cela leur fit peur et les obligea à le conserver 
afin de moyenner leur accommodement pour lequel sujet 
ils le ramenèrent à l'automne sans lui faire aucun mal, 
il est vrai que cela a été considéré comme un petit miracle 
à cause de la haine qu'ils lui portoient, aussi on peut dire 
que sa femme dont la vertu est ici un rare exemple peut 
bien avoir contribué tant par sa piété que par ses vœux 
pour cette délivrance si peu attendue ; Mais venons à 
l'arrivée des navires afin de dire un mot de ce grand mon- 
de qui vint cette année au Montréal et afin d'annoncer 
avec ingénuité que si la joie en fut extrême à cause de 
la bonté que le roi eut d'y faire briller ses armes victo- 
rieuses et de rendre désormais libre le passage de la mer 
aux lévites de J.C. qui la voudroient traverser, afin de 
venir en ces lieux desservir l'Arche de notre nouvelle al- 
liance : toute-fois ces joies dans les plus éclairés furent dé- 
trempées de beaucoup d'amertumes lorsqu'ils virent 
M. de Maison-neufve leur père et très-cher Grouverneur 
les quitter cette fois-là tout de bon et les laisser dans 
d'autres mains (1), dont ils ne dévoient pas espérer le 

il) V. Appendice. No XI. ( J.V ) 

Extraits des Registres de Id Paroisse : " 1665, Avril, 24.-Rolin Basile, tué ; 
Guill. Jérôme, blessé à mort : Jacifues Petit et Montor, pris et emmenés pir 
les Iroquois."- (Voir App. No. XV.) " Mai, 29. Jeanne Osibanoche de la 
nation des Loups-prache les Anglois, morte de blessures reçues des Iro- 
quois ". — " .\.oût, 28. Pierre Raguideau, tué par ces sauvages." (J.V.) 

U 



178 

même dégap^ement, le même amour et la même fidélité 
pour réloii^îiement dos vices qui y ont pris en eltot, depuis 
ce temps, leurs maisons et leurs accroissements avec 
beaucoup d'autres misères et disgrâces, lesquelles n'a- 
voient point paru jusqu'alors, à ce point qu'on a vu de- 
puis. 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'automne 1GG5 jusqu'à l'aiitomno 1G6C au 
départ des Vaisseaux du Canadas. 

Encore que le Montréal eut été cette année notable- 
ment fortifié de monde pour l'arrivée des troupes où il y 
avoit de braves soldats et dignes officiers, toutefois com- 
me ils vouloient qu'on suivit la manière dont on se sert 
dans l'Europe pour se défendre, laquelle est très désa- 
vantageuse pour ce pays, aux expériences duquel ils y 
ajoutoient trop peu de foy : cela fit que les ennemis ne 
laissoient pas de nous tuer du monde tout comme aupa- 
ravant, même ils nous en auroient tué davantage dans 
ces commencemens si la multitude des gens ne leur eut 
fait peur et s'ils ne fussent point allé les chercher chez 
eux pour les combattre, ce qui les intimida : en quoi on 
a beaucoup d'obligation à M. De Courcelle, Grouverneur 
de ce pays, car il a pris des peines incroyables et risqué 
beaucoup sa vie nomément cet hiver parce que jugeant 
qu'il étoit très important de donner aux Iroquois une 
haute idée de nous, il se résolut d'aller chez eux aussitôt 
que les glaces seroient bonnes (1) : on ne sauroit expri- 
mer l'excès des peines qu'il eut en ce voyage pour le peu 
d'expérience qu'avoient alors nos françois, ce que je dé- 
crirai plus au long sans que ce soit m'étendre plus loin 
que je ne me suis prescrit dans cette histoire, suivant la- 
quelle je puis seulement «jouter que M. de Courcelle 



(I) Cette expédition eut lieu du 9 Janvier 1666, que M. de Courcelle quitta 
Québec, au 17 Mars suivant, qu'il y rentra avec ses troupes (Journal 
des Jésuites, MS.) ( J.V.j 



ISO 

avoit 70 Montrealistes en cette exp(''dition sous le com- 
mandomoiit de M. Lemoine et que M. le Gouverneur 
les sachant les mieux agut'-ris il leur fit l'honneur de leur 
donner la tête en allant et la queue au retour ; y en ayant 
peu d'autres auxquels il eut pu lors confier ces marches 
honorables et pt-rilleuses parmi ces bois dont nos trou- 
pes avoient si peu d'instruction en ce temps là. Aussi 
M. le Gouverneur se reposoit beaucoup sur eux tous, il 
leur témoig-noit une confiance particulière et les cares- 
soit crandement, il les appeloit fies capots bleus, com- 
me s'il les eut voulu nommer les enfants de sa droite: 
que si tout son monde eut été de pareille trempe il eut 
été bien en état d'entreprendre d'avantage qu'il ne pût 
pas: au reste pour cette occasion et toutes les autres M. 
le Gouverneur a toujours trouvé le peuple de ce lieu 
plus prompts et prêts à marcher qu'aucun autre, ce qui 
a fait qu'il a toujours uniquement eu une affection toute 
particulière pour le Montréal ; ce que ayant été trouvé 
à redire par une personne, il lui répondit. "Que voulez- 
vous, je n'ai trouvé de gens qui m'aient mieux servi 
pendant les guerres et qui m'aient mieux obéi ; " L'été 
d'après on fit une seconde entreprise contre les Iroquois 
ou M. de Sorel eut le commandement (1) dans lequel 
parti il fut assisté d'environ 30 bons Montrealistes quoi- 
qu'il n'eut qu'environ 200 François; M. De Tracy allant 
pendant l'automne en cruerre contre les mêmes (^nnemis 
il eut 110 habitans du Montréal auxquels il accorda le 
même honneur allant chez les ennemis, les faisant mar- 
cher assez loin devant jusqu'à la vue des villages enne- 
mis, bravant les plus o-rands périls qu'on pouvoit encou- 
rir,— M. Lemoine eut l'honneur pareillement d'être Capi- 
taine des habitans en cette occasion et M. de Bellestre 



(1, Oui ; on .Vofil IGOf, /Journal (!<-? .Tôsuilos MS). (J.V.) 



181 

celui d'en être Lieutenant (1) outre cette belle Compa- 
gnie nous avions encore trois autres Montrealistes-trois 
qui étoient près de M. de Courcelles (2) ou de certains 
Capitaines lesquels étoient leurs amis particuliers, ces 
trois étoient M. Dailleboust, M. Duhomeny (3) et M. de 
St. André ; quant à M. Dailleboust il ne vint pas jus- 
qu'au pays pour une morsure d'ours qui l'empêcha, — 
quant à M. de Homeny il vint non seulement à ce voy- 
age mais encore en celui de l'hiver fait par M. de Cour- 
celles, où il pensa périr et aussi en celui de M. de Sorel; 
La troupe de Messieurs les habitans du Montréal dans 
l'expédition de M. de Tracy se peut encore grossir par 
la venue d'un prêtre de St. Sulpice lequel étant arrivé, 
cette année-là, de France, 5 ou 6 jours devant cette ex- 
pédition (4) y assista selon son ministère,ainsi que la Rela- 
tion du Canadas le manifeste sous le nom de M. Colson 
(5) ; au reste ce prêtre fit un bon noviciat d'abstinence 
sous un certain Capitaine qui peut être appelé le Grand 
Maître du jeûne, du moins cet officier auroit pu servir 
de Père-maître en ce point chez les Pères du Désert : (M. 
Tabbé Dubois (6) devoit faire pour (7) ). M. l'abbé Dubois 



(1) L'expédition de M. de Tracy eut lieu du 14 Sept., qu'il quitta Québec, 
au 5 Nov. 1666, qu'il y rentra. (Journal des Jésuites) (J.V.) 

(2) Son autographe fait foi qu'il signait " Courcelle " (J.V.) 

(3) De Hautmesnil. 

(4) Gharlevoix dit que M. de Tracy se mit en marche le] 16 Septembre 
1666 ; le Journal des Jésuites dit la môme chose, et il annonce sous la date 
du 6 Septembre, l'arrivée de 4 Sulpiciens, sans donner leurs noms. 

(5) On lit Cosson dans les Relations, 1665-66, p. 9, édit. de Québec. 

(6) N. Dubois étoit arrivé le 10 Août 1G65 (Journal des Jésuites MS.) 

(7) Il doit manquer quelques mots, ou tous les mots de cette parenthèse 
sont de trop. ( J.V. ) Ne pourrait-on pas lire : M. l'abbé Dubois devnit faire 

pour ? Cette phrase incidente ne serait que la continuation do l'int.'ntion 

maligne qui perce chez M. DoUier. Un nom propre, omis dans la parenthèse, 
pouvait facilement être suppléé par les lecteurs de cette histoire, laquelle n'é- 
tait point destinée à la publicité, comme nous l'avons déjà dit. 



182 

qui étoit de cette confrérie y pensa mourir absolument 
pour le même sujet. Pour r»'cclt'siastique de St. Sul- 
pice il étoit d'une comploxion plus forte, mais ce qui 
l'alibiblissoit beaucoup c'étoit les confessions de nuit, tra- 
vaux spirituels qu'il falloit faire pendant que les autres 
dormoient, ce qui lit qu'il ne put jamais sauver un hom- 
me qui se noyoit devant lui, ce qu'il eut fait aisément 
sans cette grande foiblesse et que un affronteur de cor- 
donnier lavoit mis nu-pieds pour une méchante paire de 
souliers qui n'avoit plus que le dessus, ce qui étoit bien 
rude surtout en ce lieu-là, à cause des pierres aiguës 
dont l'eau et le rivage sont pavés. Ces choses l'ayant 
rendu paresseux, quand ce fut à l'extrémité et qu'il 
se fut désabillé pour se jeter à la na^^e il n'en étoit 
plus temps, ce qui n'empêcha pas que sa tentative n'en 
eut une bonne récompense parce que cet homme étant 
en quelque façon aux KR. PP. Jésuites, un des Pères 
de la Compagnie l'ayant remercié de ce qu'il avoit voulu 
faire il lui répondit — que la foiblesse de la l'aim l'avoit 
empêché de faire davantage. Ce bon Père entendant ce 
discours le tira à part et lui donna un morceau de pain 
— assaisonné de deux sttrres foui /h'Jférents l'un de Madè- 
re et l'autre de l'appétit. 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



D't lautoinni; 16G0 jasquà lautùiiine lG(j7, 
au (iéparl des vaiss''aux du Canadas. 

Dans la fin de cet automne, M. Fremont (1\ prêtre de 
cette commnnatité se rendit aux Trois-Rivières afin d'y 
assister les habitans selon son ministère, mais il fit un 
voyage fort rude et dangereux, d'autant qu'il fut obligé 
de descendre fort tard dans une petite barque fort-mal 
provisionnée qui croyoit être bientôt rendue mais qu'un 
vent contraire fit tromper en son calcul, car elle fut long- 
temps à se rendre, et pardessus cela, on y souffrit du 
froid dans le dernier excès, tous les bords du fleuve se 
glacèrent jusqu'au courant qui, se trouvant moins fort 
lorsqu'ils furent dans le Lac St. Pierre se gela aussi bien 
que tout le reste, si bien qu'il leur fut impossible d'avancer 
ni de reculer, non plus que d'aller à terre par dessus les 
glaces, à cause qu'elles étoient trop foibles : ce qui rédui- 
soit tout le monde dans une extrême anxiété, surtout à 
cause que l'on n'avoit pas de quoi se couvrir et que l'on 
manquoit de bois pour faire du feu, ce qui eut été insup- 
portable à quelques-uns entr' autres pendant la nuit, si 
M. Fremont ne leur eut donné sa couverte par charitable 
compassion, d'autant qu'il n'en avoit f)oint et étoit fort 
mal vêtu : Après que Dieu les eut tenu assez longtemps 
en cette épreuve ou la diète étoit jointe aux rigueurs du 
froid, il fit enfin souffler les vents avec une telle impé- 
tuosité qu'ils firent sortir ce bâtiment du lac et le porta 
jusqu'à l'autre côté des Trois-Rivières ou ayant mis pied à 

(I) Joan Fremont, et non Fic.n ni, vor.u en IGGG. (J. V) 



184 

terre ils firent un grand régale par le moyen d'un grand 
feu qu'ils allumèrent : ce que Messieurs des Trois-Ki- 
vicres ayant vu, s'imaginanl bien que ce prêtre dont nous 
venons de parler étoit dans cette Compagnie, à cause 
qu'ils l'attendoient pour leur servir de curé, ils se résolu- 
rent de hasarder le passage pour aller le chercher en 
canot d'écorce, ce qui réussit lort bien, parceque jamais 
ils n'eussent pu venir à eux en ce temps-là à cause des 
grosses glaces qui étoient aux Trois-liivières. Je ne vous 
dis point ici ce qu'ils iirent étant arrivés aux Trois-Ri- 
vières parceque vous jugerez bien qu'après avoir remer- 
cié Dieu ils ne manquèrent pas de se bien réchauffer et 
de bien faire voir leur ax>pétit ; Quant à ce qui regarde 
la guerre des Iroquois nous ne vous parlerons plus 
de leurs embuscades, car la peur de la précédente cam- 
pagne les avoit tellement effrayés que chaque arbre leur 
paroissoit un François et qu'ils ne savoient ou se mettre, 
néanmoins comme on n'étoit pas informé de leurs ter- 
reurs on se tenoit toujours fort ici sur ses gardes, ce qui 
donna beaucoup de peine aux ecclésiastiques de ce lieu 
pour aller secourir le Fort Ste. Anne qui étoit sans prêtre, 
encore quil fut le plus exposé aux ennemis comme étant 
beaucoup plus avancé que les autres qu'on avoit faits 
depuis la venue des troupes : M. de Tracy ayant bien 
considéré combien il étoit fâcheux de laisser ce lieu sans 
aucun secours spirituel, écrivit à M. Souart, lors supé- 
rieur du Séminaire, le priant d'y envoyer un prêtre; il 
n'y eut personne de cette Communauté qui n'estimât 
cette commission fort avantageuse, parce qu'on y devoit 
avoir l'occasion d'y bien souffrir et de beaucoup s'exposer 
pour Dieu; cependant M. Souard (1) qui devoit avoir 
de la i)rudence pour tous ne pouvoit pas se résoudre à 

(l)Soùirl, d'après l'uulographe que j'u ici comme il est écrit plus haut. (J Vj 



envoyer un prêtre dans un temps de guerre ou il y alloit 
d'être brûlé tout vif, sans une escorte considérable, ce 
Fort nouvellement fait étant à près de 25 lieues d'ici du 
côté des ennemis, c'est pour cela que tout demeura en 
suspens. M. Souard voyoit bien une lettre de M. de 
Tracy qui lui proposoit le secours spirituel de tous ses sol- 
dats et officiers qui étoient-là dans une état assez pitoya- 
ble, mais il n'avoit pas songé à donner aucun ordre pour 
y escorter un Missionnaire et les officiers de ce lieu ne 
jugèrent pas à propos de risquer leurs soldats et de leur 
donner une telle fatigue sans un commandement absolu 
de sa part : cela étant M. Souart se contenta de nommer 
l'ecclésiastique qu'il jugea à propos devoir aller à 
Ste. Anne (1) afin de se tenir prêt s'il s'en trouvoit l'occa- 
sion ; ce qui arriva dans un temps assez fâcheux pour 
lui quelque temps après ; parceque cet ecclésiastique 
étant allé à la guerre de l'automne il lui en avoit resté 
une grosse enflure en forme d'une loupe sur le genoux. 
Or après plusieurs remèdes il se fit seigner, mais le chi- 
rurgien mal à propos lui ayant tiré une furieuse quantité 
de sang, il s'évanouit entre ses bras, revenant à soi il 
vit entrer deux soldats en sa chambre qui le saluèrent et 
lui dirent qu'ils venoient du Fort St. Louis (2) qui est à 
4 lieues d'ici, sur le chemin de Ste. Anne, entendant ces 
paroles, après leur avoir demandé des nouvelles de leur 
Fort, il s'enquit d'eux cjuand ils s'en vouloient retourner, 
ils lui répondirent que ce seroit le lendemain — à quoi il 
repartit — " donnez-moi un jour et je partirai avec vous 
pour Ste. Anne, ou je ne puis aller si vite à cause d'une 
•terrible seignée qu'on vient de me faire." Ce délai obtenu 
et écoulé il partit avec le congé du Supérieur qui fut 



* 1 Voir Appendice No. XVII, 
ri) Fort Ghambly. (J. V.) 



186 

plus difficile à avoir, accompaifiié de Messieurs Lebert, 
Lemoine et Mijeoii (1) qui voulurent aller avec lui à St. 
Louis, il est vrai que dans cette route ce prêtre qui étoit 
nouvelliMuent arrivé de France trouva bien à qui i)arler 
tant pour l'inlirmitt' de son genou qut» pour la l'oiblesse 
que lui avoit causé sa seiiniée, que pour aussi la diffi- 
culté des neiges qui étoient pour lors très mauvaises 
surtout à un nouveau Canadien qui n'avoit jamais marché 
en raquette et qui avoit un bon fardeau sur ses épaules 
pendant une partie du chemin : Quand il fut à St. Louis 
on lui refusa de l'escorter 24 heures durant, mais à la iiu 
comme on le vit résolu de partir nonobstant, on lui 
donna 10 hommes dont un Enseigne demanda le com- 
mandement pour l'amitié qu'il lui portoit : La providence 
est admirable, il ne croit jamais avoir tant souUert que 
durant ces 24 heures ou il lui eut été impossible de 
marcher, ce qu'il dissimuloit de son mieux, crainte qu'on 
ne lui fit encore plus de difficultés à lui donner de l'es- 
corte et sans qu'on sût son mal on lui donna du temps 
pour se reposer, après quoi on lui donna ce monde et il 
partit, quoiqu'il eut ordre de son Supérieur de ne pas 
passer outre qu'il n'eut 25 ou 30 hommes, parcequ'il est 
vrai qu'il avoit un fort pressentiment des misères que 
nous verrons qu'il trouva au Fort Ste. Anne lors de son 
arrivée ; y allant il ne se trouva rien autre chose de remar- 
quable si ce n'est la difficulté des cclaces qui les mit 
beaucoup en péril et ou même une fois on croyoit un 
soldat perdu parce que la glace ayant rompu sous lui et 
s'étant retenu avec son fusil sans couler tout-à-fait à fond, 
il ne pouvoit remonter sur la glace à cause de ses ra- 
quettes qu'il avoit aux pieds ; l'ecclésiastique le voyant 



(I) Ecrivons : Le B<t, I. • .M'i\ n^ et Migoon «l- llransMrt, car cesl ainsi 
que CCS dignes chrétiens signaient. (J. V.) 



187 

en si proche et manifeste péril pour Tamour de lui crut 
qu'il se devoit hasarder pour le tirer de là, ce qu'il lit ; 
après s'être armé du signe de la croix il alla à lui et le prit 
par les bras, mais cet homme étant si pesant et embar- 
rassé avec ses raquettes qu'il ne le pouvoit tirer qu'à 
demi, c'est pourqvioi il demanda du secours mais per- 
sonne n'étoit d'humeur à lui aider en cette rencontre 
sans que ayant assuré M. Darienne [?] qui étoit l'Enseigne 
dont nous avons parlé, que la glace étoit fort bonne sur 
le bord du trou, il vint lui-même n'osant pas faire ce 
commandement à personne ; étant venu ils tirèrent tous 
deux ce grand corps et l'allèrent faire chauffer au plus 
vite remerciant Dieu de l'avoir tiré de là (1) : Mais pas- 
sons outre et approchons du fort de Ste. Anne, car on y crie 
déjà depuis plusieurs jours et on y appelé un prêtre, déjà 
deux soldats sont morts sans ce secours et l'un d'eux en 
a demandé un huit jours entiers sans l'avoir pu obtenir, 
mourant dans ce regret: plusieurs moribonds jettoient 
vers le ciel la même clameur, lorsqu'à ce moment il leur 
en envoya un pour les assister ; Ces soupirs, ces atten- 
tes et ces désirs firent que tant loin qu'on le vit sur le 
lac Champlain qui environnoit ce fort, on en alla donner 
l'avis à M. Lamotte (2) qui commandoit en ce lieu-là, lui — 
sachant cette nouvelle sortit incontinent avec Messrs. les 
officiers et les soldats qui n'étoientpas absolument néces- 
saires pour la garde du fort, allant tous avec une joie 
indicible audevant de lui, l'embrassant avec une affection 
si tendre qu'il ne peut s'exprimer, — tous lui disoient — 
'' Soyez le bienvenu, que n'étes-vous venu encore un 
peu plutôt, que vous étiez souhaité par deux soldats qui 
viennent de mourir, que vous allez apporter de joie à 



(1) Voir App. No. XII. (J. V 

(2) M. De La MoUe. (J. Y.) 



188 

tous nos malades, que la nouvelle de votre arrivée les 
réjouit, que nous vous avons d'obliu;-ation ; " Comme on 
lui laisoit ces oomplimens, l'un le déchargeoit de son sac, 
l'autre lui enlevoit sa chapelle et enhn l'ayant mis dans 
un état plus commode on le mena au Tort, ou après quel- 
ques prières faites il visita quantité de malades dans leurs 
cabanes, ensuite de quoi il s'alla ralraicliir avec Messrs. 
De Lamotte et Durantaye (1) et tous Messieurs les olR- 
ciers subalternes : au reste il étoit temps d'arriver, car 
de 60 soldats qui étoient dans ce fort en peu il s'en trouva 
40 attaqués du mal de terre tout à la fois : maladie qui 
les infecte tellement et les mettoit dans un si dange- 
reux et pitoyable état qu'on ne savoit qui en réchapperoit 
tant ils étoient grandement malades, même on appré- 
hendoit que ceux qui restoient encore sains ne fussent 
saisis de ce mal contagieux,surtoutà cause qu'ils n'avoient 
aucun légume, qu'ils n'avoient que du pain et du lard, 
et que même leur pain étoit mauvais à cause que leur 
farine s'étoit corrompue sur la mer ; Ce qui leur causa 
toutes ces disgrâces à l'égard des vivres, fut que jusqu'à 
la fin de l'automne on avoit résolu d'abandonner ce lieu, 
qu'on ne pensa à garder que dans un temps ou l'approche 
de l'hiver rendoit (2) Mons. l'Intendant, nonobstant tous ses 
soins, à l'impossibilité de le mieux ravitailler, ce qui obli- 
gea un chacun à se contenter de la subsistance qu'on y 
put jetter en ce peu de temps qu'il y eut. Or malheureu- 
sement il leur échut la farine gâtée et de l'eau-de-vieque 
les matelots avoient remplie d'eau de mer en la traverse 
de France, — ils avoient outrer cela une barique de vin ai- 
gre laquelle eut été excellente pour leur mal, mais mal- 
heureusement elle coula et se perdit entièrement, enfin 



(1) De La DuranUy»;. (.1. V.) 

(2) llciluisil. 



189 

tout étoit en un si pitoyable état que tout eut péri sans 
que M. de Lamotte voulant tout tenter alin de sauver 
la vie à un de ses Cadets l'envoya au Montréal avec 
quelques hommes qui en revinrent bien chargés, parce 
que M. Souard et Melle. Mance appréhendant surtout la 
mort de cet ecclésiastique qui étoit à Ste. Anne lui en- 
voyèrent plusieurs traisnes chargées de tous les rafrai- 
chissemens possibles, comme pourpier, salle, oignons, 
poulies et chapons avec quantité de pruneaux de Tours ; 
M. de Lamotte voyant entrer toutes ces provisions dans 
son fort et que ses amis lui en avoient envoyé fort peu 
pour n'en avoir pas pu trouver, il pensa y avoir une 
petite querelle entre lui et son missionnaire, il est vrai 
que comme ils étoient bons amis elle ne fut pas san- 
glante, il disoit à cet ecclésiastique,-"puisque nous man- 
geons ensemble, il faut que cela vienne chez moi." — 
L'Ecclésiastique répondoit — "je travaille assez pour les 
Soldats, le Roi me nourrira bien, quant à mes provisions 
je n'y goûterai pas, elles seront toutes pour les malades, 
car je me porte assez bien pour m'en passer ; " cela dit, 
il fit entrer cependant tout ce qui étoit venu dans sa 
chambre et il commença à donner tous les matins des 
bouillons qu'il faisoit à tous les malades — sur lequel il 
mettoit un petit morceau de lard avec un morceau de 
volaille, le soir il donnoit à chacun 12 ou 15 pruneaux 
qu'il faisoit cuire, ce qui a sauvé la vie à quantité de sol- 
dats, parce que cela les faisant vivre plus longtemps on 
les transféroit au Montréal successivement sur des 
traînes, ce qui étoit l'unique moyen de les guérir parce 
que l'air étoit si infecté à Ste. Anne — qu'il n'en réchappa 
pas un de ceux auxquels on ne put pas faire faire ce 
voyage : ces maladies duroient des 3 mois entiers, ils 
étoient des 8 jours à l'agonie, la puenteur en étoit si 
grande que même il s'en trouvoit dont l'infection s'en 



190 

ressentoit quasi jusqu'au mili.'u du fort, encore qu'ils 
fussent bien enfermés dans leur c'haml>re : ces moribonds 
étoient si abandonnés que personne ne les osoit quasi 
approcher hormis l'ecclésiastique et un nommé Forestier, 
chirurarien, lequel fit fort bien et n'auroit pas manqué de 
récompense si on avoit bien su la charité avec laquelle 
il s'exposa, qui fut jusqu'au point qu'on ne croyoit pas 
qu'il en réchappât, l'Ecclésiastique qui étoit toujours au- 
près des malades a rendu ce témoii^nage partout de 
lui, qui est que jamais il ne l'a appelé soit de jour, soit 
de nuit, qu'il n'ait été fort prompt à venir, il est vrai que 
sur la fin voyant qu'il étoit trop abattu craignant qu'il 
ne demeurât tout-à-fait il l'appeloit le moins qu'il pou- 
voit ; Les malades se voyant dans ce délaissement trou- 
vèrent un moyen admirable afin d'avoir quelques cama- 
rades à les aider, pour cela ils s'avisèrent de faire de 
o-rauds testamens comme si ils eussent été bien riches,. 
disant, — " je donne tant à un tel à cause qu'il m'assiste 
dans cette dernière maladie, dans l'abandon où je suis," 
— tous les jours on voyoit de ces testamens et chacun de 
ceux qui étoient plus éclairés rioient de l'invention de 
ces pauvres cens qui n'avoient pas un sol dans ce monde 
et ne laissoient pas de se servir utilement de ses biens 
imacriiiaires : Ce qu'on peut dire de toutes ces misères 
est que si le corps y étoit abattu l'esprit y avoit de la satis- 
faction à cause de la sainte vie que l'on commença à me- 
ner dans ce lieu, les soldats vivoient sains et malades 
comme si ils eussent communié tous les jours, aussi le 
faisoiont-ils très-souvent, les messes et les prières étoient 
réirlées et chacun étoit soigneux de s'y rendre, les jure- 
mens et les paroles moins honnêtes ne s'y entendoient 
quasi point du tout, la piété y étoit si srrande que le mis- 
sionnaire qui les servoit s'en trouvoit abondamment payé 
de ses peines ; il assista à la mort 1 1 de ces soldats assu- 



191 

rément aussi bien disposés qu'on le pouvoit souhaiter ; 
« Tous les voyages du Montréal lui apportoient de nou- 
veaux rafraichissemens qui le rendoient bon orateur au- 
près de ces malades ; s'il n'étoit pas dans leur chambre 
ou bien dans la sienne à prendre un peu de repos, il 
étoit obligé pour éviter le mal d'aller entre les bastions 
du fort ou la neige étoit battue prendre Tair, et faire des 
courses afin d'éviter le mal, dont il se ressentoit un peu, 
ce qui l'auroit fait prendre pour fou si on l'avoit vu 
et on n auroit pas su combien un exercice aussi violent 
étoit nécessaire pour préserver de ce mal ; il est vrai 
que cela étoit plaisant de voir réciter un brcA'iaire à la 
course, mais comme il n'avoit point d'autre temps, il 
croyoit bien employer celui-ci à dire son office, sans que 
Messieurs les Casuistes y puissent trouver à redire, si sa 
chambre eut été plus commode, il l'eut fait dedans avec 
plus de bienséance, mais c'étoit un bouge si étroit, si pe- 
tit et si noir que le soleil n'y entra peut-être jamais et 
d'un si bas étage qu'il ne s'y put tenir debout. Un jour 
M. de Lamotte se voyant avec si peu de monde pour 
combattre et si avancé vers les ennemis il dit en riant à 
son Missionnaire, — " Voyez-vous, M , je ne me rendrai 
jamais, je vous donnerai un bastion à garder ; " cet Ecclé- 
siastique, afin de rendre le change à sa raillerie, lui dit, 
— "M., ma Compagnie est composée des malades dont le 
frater (1) est le lieutenant, faites-moi préparer des civières 
roulantes nous les conduirons dans le bastion que vous 
nous direz, ils sont braves maintenant, ils ne s'enfuiront 
pas comme ils ont fait de votre Compagnie et de celle de 
M. de la Durantaye, dont ils ont déserté pour venir en la 
mienne." — Après ces railleries on se vit dans la croyance 
que nous allions être attaqués mais heureusement c'étoit 



(I) Le garçon chirurgien. 



192 

des ambassadeurs Iroquois qui venoient demander la 
paix, accompagnés de quelques françois qu'ils rame-* 
noient de leur pays ; aussitôt que l'on les vit on fit faire 
grand feu par toutfs les cabannes, afin de leur faire ac- 
croire qu'il y avoit du monde partout, étant venu au 
fort on ferma toutes les cabannes afin de leur faire croire 
quelles étoient pleines de monde, outre cela on leur dit 
que c'étoit merveille (|uils n'avoient pas été tués à venir 
jusqu'à ce lifu. d'autant qu'il y avoit de tous côtés 
des soldats en parti, ce qu'ils crurent par après très- 
véritable à cause que s'en allant de là au Montréal ils 
trouvèrent une troupe de convalescents qui en venoient 
au nombre" de 14 ou lô, qui vinrent sur eux le fusil ban- 
dé jusqu'à brùle-pourpoint, ils les eussent tirés sans que 
la Batard-Flamant (1) qui est un célèbre entre les Iro- 
quois, cria à un françois lequel étoit derrière de parler 
promptement, ce François ayant dit, — " Ne tirez pas, ca- 
marades, ils viennent en paix," — alors les convalescents 
cessèrent de les tenir couchés en joue et s'approchèrent 
comme amis, ce qui fit bien plaisir à messieurs les Iro- 
quois : Ce que nous avons encore à remarquer du Fort 
Ste. Anne au sujet du Montréal est que si l'ecclésiastique 
du Montréal n'y étoit allé en ce temps-là on n'auroit pas 
du moins sitôt tenté le voyage du Montréal parceque on 
ne le croyoit pas si tôt possible à cause des glaces, ce qui 
auroit causé la mort à bien desirensqui seroient morts 
sans confession : je dois dire outre ceci que l'hôpital du 
Montréal s'est signalé par une confusion de malades qu'il 
a reçu de celui-là. auquel il a rendu tant de services en 
cette maladie qu'il en mérite trop de louancre pour n'en 
pas parler ; — comme aussi de la grande quantité de ma- 



di Chef Agnier. fils fl'imo IrO'[tioiso do en canfoii t'i il'un Hollandois, 
d'où son nom Ualard-Flamind. II 'tail <l'un.- grande bravoure. [J. V.] 



193 

lades et blessés qu'il reçut tout l'an dernier des Forts de 
St Louis et de St. Jean, sans omettre ceux de cette pe- 
tite armée de M. de Courcelle, qui trouva heureusement 
ce lieu à son retour pour ses malades et blessés, après 
cette terrible guerre de V hiver que nous avons oublié de 
dire en son lieu. 

Nous n'avons rien à dire du voyage que fit M. De Tra- 
cy cette année en l'Isle du Montréal (1) parceque il ne 
s'y passa rien d'extraordinaire, de telles courses n'étant 
pas surprenantes à M. De Tracy qui en a beaucoup en- 
trepris de semblables pour le service du Roi qui l'obligea 
de se transporter en ce lieu afin de se faire connoitre 
aux Sauvages, comme étant le lieu le plus avancé du fleu- 
ve où ils se rendent le plus communément ; M. Talion y 
monta aussi quasi dans le même temps, tant pour le 
même sujet que pour y exercer en qualité d'Intendant 
toutes les fonctions que le service du Roi pouvoit exiger 
de sa personne, lequel fit à la satisfaction d'un chacun 
et à l'édification de tout le public qui le vit marcher de 
maison en maison suivant les Côtes de cette Isle, afin de 
voir jusqu'au plus pauvre si tous étoient traités selon 
la justice et l'équité, et si la nécessité de quelques-uns 
n'exigeoit point la participation de ses libéralités et au- 
mônes, de quoi il s'est dignement acquitté. Nous ne de- 
vons pas oublier en cette année le passage de M. Souart 
en France, qui y alla exprès pour chercher des ouvriers 
évangéliques, parceque le nombre en étoit trop petit 
pour des Nations d'une aussi vaste étendue. 



(1) Selon le Journal df>s Jésuites, MS. déjà cité, M. de Tracy quitta Québec 
le 4 mai, et M. Talon le 6 du môme mois, 1667, pour aller à Montreal.-(J.V.) 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



Do l'aulomiiiî 1GG7 jusqu'à l'automne 1668 au 
dép?rt dos vaissi'aux du Canadas. 

Il faut que nous commencions cette année par cette 
transmigration célèbre qui se lit de La Chine, en ces 
quartiers, en donnant son nom, pendant cet hiver, à une 
de nos Côtes, d'une façon si authentique qu'il lui est 
demeuré, si elle nous avoit donné aussi bien des oranges 
et autres fruits qu'elle nous a donné son nom, (quand 
nous aurions dû lui laisser nos neiges en la place,) le 
présent seroit plus considérable, mais toujours son nom 
en attendant est-il quelque chose de grand et fort con- 
solant pour ceux qui viendront au Montroyal, lorsqu'on 
leur apprendra qu'il n'est qu'à 3 lieues de La Chine et 
qu'ils y pourront demeurer sans sortir ce cette Isle qui 
a l'avantage de la renfermer, mais passons outre et disons 
que Messrs de St. Sulpice sachant que l'Océan leur étoit 
parfaitement ouvert pour le Canadas cette année ; aussitôt 
il y vint 4 Ecclésiastiques de cette maison, savoir: M. l'Ab- 
bé de Quélus, M. d'Urfé (1), Mr. Dalleq (2) et M. Galli- 
née (3) lesquels y arrivèrent tous quatre cet automne à la 
grande satisfaction d'un chacun, M. de Fenélon (4) et 
M. Trouvé (ô) prêtres demcurans en ce lieu sachant que 
M. de Quelus étoit arrivé pour Supérieur de cette maison, 



M) PV". Sitnrnin d'L'rP-. 'J.V.) 

(2) A. D'AIlft, di'-jà venu on I6.")7 et repassa en France. (J.V.) 

(3) Urbain Brclmn do Galin'-e. (J. V.) 

(4) Frs. de Salagnac, abbodeFénélon, frère de r.Vrchévêque de Cambrai, 
(J. V.) 

(■i) M. Claude Trouvé. Ces deux derniers Messieurs étaient arrivés 27 Juin 
1GG7. (J. V.) 



195 

ils s'offrirent aussitôt à lui pour commencer une Mission, 
de la part du [Séminaire de St. iSulpice dans le pays des 
Iroquois qui sont au nord du lac Nonlario (1), lesquels les 
étoient venus demander ; une telle proposition parut si 
belle d'abord à M. l'Abbé de Quelus qu'il témoigna l'avoir 
très-agréable pourvu que Mgr. l'Evêque en accordât la 
permission, ce qui étant octroyé par ce digne Prélat, ces 
deux missionnaires partirent d'abord pour entreprendre 
cet ouvrage qui a toujours subsisté depuis, et à qui j'es- 
père Dieu donnera la persévérance : mais disons un 
mot des troupes qui partirent cette année ici pour s'en, 
aller en France, ou après avoir été ici trois ans contre 
les Iroquois ils s'en retournèrent une partie chargés de 
leurs dépouilles que depuis ils ont changés en bons louis 
d'or et d'argent lesquels n'ont point la puanteur de pel- 
leterie, transmutation que jamais M. de Maison-neufve 
n'avoit pu apprendre ; il est vrai que ce secret n'est pas 
avantageux pour la Colonie qui demanderoit que la subs- 
tance du pays fut employée à avancer les travaux du pays, 
mais ils se sont moins mis en peine de son établissement 
que notre ancien Gouverneur, Dieu veuille que la leçon 
qu'ils ont laissée à la postérité se puisse bien oublier, car 
autrement on verroit ici la dernière misère, n'étant pas 
possible que des gens vivent ici sans avoir de quoi acheter 
aucuns ferremens ni outils, sans avoir de quoi acheter 
linge ni étoffe et autre chose nécessaire à son entretien : 
le tout dans un lieu ou le blé ne vaut pas un sol de débit 
sitôt qu'il y en a un peu, ou il n'y a encore aucun miné- 
raux ni manufacture qui donne rien aux habitans pour 
• avoir leurs besoins : Tout cela bien considéré, on peut 
bien assurer le monde qu'on a plus à faire de bourses 
pleines qu'à remplir si on veut donner les moyens aux 



(I) Ontario. (J.V.) 



106 

Collons de ces nouvelles terres de travailler à un établis- 
sement parfait au moyen des manufactures qui s'y peu- 
vent élever peu-à-peu, que silos habitans n'ont rien dans 
ces commencemens, comme produire de rien est un ou- 
vrage du Créateur et non de la Créature, il ne le faut 
pas^attendre d'eux, mais plutôt il l\iut s'attendre de les 
voir périr dans leur nudité et besoins à la grande com- 
passion des spectateurs de leurs misères qui n'ont moyen 
d'y subvenir ; au reste cette cupidité d'avoir est cause 
que tout le pays est sans armes d'autant que le monde 
n'ayant plus de pelleterie il a été obligé de les (1) vendre 
pour avoir de quoi se couvrir, si bien que tout y est 
exposé aujourd'hui à être la proie des Iroquois quand ils 
voudront recommencer à faire la guerre, le peuple n'ayant 
que les pieds et les mains pour toutes armes à se défendre ; 
Ainsi la cupidité réduit toutes les dépenses du Roi dans 
un extrême péril d'être perdues avec un assez bon nom- 
bre de sujets qu'il a déjàdans ces quartiers qu'on pourvoit 
rendre lleurissants, si on faisoit valoir ce qui en pourroit 
sortir aussi bien et avec autant de politique que font nos 
voisins, qui en usent avec tant de prudence tant au dehors 
qu'au dedans de leur pays qu'ils ont la plus grande partie 
des pelleteries du Canadas et que tout le monde est chez 
soi à son ais.', au lieu qu'ici il est communément miséra- 
ble : si les pelleteries ne valoient chez nous qu'un tiers 
moins que chez li's étrangers nos voisins, tous les Sau- 
vages viendroient ici et rien n'iroit chez les étrangers, 
car outre que les Sauvages nous aiment mieux qu'eux, 
c'est que la chasse se fait chez nous et qu'ils ont la peine 
de la porter chez les étrangers avec beaucoup de peine. 

(I) Cest-à-dire, san^ >l ul-v quo l--. colons ont et- oblig.-s de vendre L-urs 
armes. 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



D(^ l'automne 1668 jusqu'à l'automne 1669 a\i 
départ des vaisseaux du Canadas. 

L'arrivée des Ecclésiastiques de l'an dernier ayant 
grossi le Clergé en ce lieu, M. l'Abbé de Quelus trouva 
bon que deux prêtres allassent hiverner dans les bois 
avec les Sauvages, afin de les instruire de notre religion 
et de s'instruire en même temps de leur langue ; ce qui 
réussit fort bien à l'un d'entre eux nommé M. Barthé- 
lémy (1) lequel a bien apris le langage des Algonquins 
et leur a rendu beaucoup de service pour le salut de 
plusieurs ; quant à l'autre prêtre (2) il y interrompit les 
premières instructions qu'il y reçut par une grande entre- 
prise qui fut faite suivant laquelle on espéroit au moyen 
d'un Sauvage lequel s'ofFroit pour guide, d'aller à 7 ou 
800 lieues d'ici afin d'y annoncer l'évangile dans unpa^^s 
qu'on sait être très peuplé, les préparatifs de ce voyage 
encore qu'il ne se fit que dans l'été, empêchèrent beau- 
coup les progrès qu'il eut pu faire dans le bois avec les 
Sauvages à cause que cela lui fit rompre ses mesures, 
mais passons tous ces préparatifs et disons un mot de 
son départ, tant à cause des personnes avec lesquelles il 
lit le voyage qu'à cause d'une affaire qui arriva pendant 
ce temps. M. de Galinée (3) encore qu'il ne fut que 



(I) M. Michel Barthélémy, venu en 1666. (J. V.) 
(1) M. Doliier lui-môme. (J. V.) 

(3) Nous l'avons déjà vu, j). 194. (J. V.) Il était de la famille de Brehan 
dont la devise étoil : Foi de Brehan vaut mieux qu'argent. M. Margry 
écrit Gallinéc, mais aussi il ùcrll Saijhart ponv Satjai^d. (Les Norina7}iIs dans 
la vallée de VO'tio ci du X'ississipi. Jour. Gêné, de l'Inst. Pub. 166Î.) 



198 

diacre sachant les closseiiis qu'on avoit — parla à M. l'Abbé 
de Qnelus alin qu'il jugeât s'il ne seroit pas à propos 
qu'il lut de la partie avec ce prêtre que nous avons parlé, 
M. l'Abbé ayant trouvé la chose l'ort à propos à cause des 
avantageuses et plusieurs belles connoissances qu'il a, il 
fut de la partie et lit avec cette Communauté trois canots, 
un nommé M. de la Salle ayant autrefois beaucoup oui par- 
ler des pays ou on alloit par les Iroquois, qui lui avoient 
fait venir la pensée de faire ce voyage, sachant qu'on l'alloit 
entreprendre tout de bon fit une dépense très considérable 
pour cette découverte où il alla avec 4 canots qui étant 
joints avec les 3 des deux ecclésiastiques faisoient le nom- 
bre de 7 canots lesquels contenoient 22 franc ois : Tout ce 
monde s'étant disposé à un promfjt départ il arriva une 
fâcheuse atl'aire qui retarda le tout de 15 jours, c'étoit un 
assassinat fâcheux d'un considérable Iroquois commis 
par 3 soldats des troupes du Montréal, ce qui menaçoit 
d'un grand renouvellement de guerre si on n'y donnoit 
ordre au plutôt, à quoi on ne tarda pas à le faire, mais 
en attendant ces Messieurs ne pouvoient pas partir parce 
que ils dévoient passer chez les Iroquois ou il n'eut pas 
fait bon pour eux alors, et parce que d'ailleurs les 3 cri- 
minels étant saisis ils prièrent le prêtre qui devoit partir 
de ne les point abandonnerjusqu'à leur mort, qui fut le 
6 de Juin, ou ayant Uni leurs jours en expiant leur crime 
avec une résignation admirable entre les mains de Dieu, 
on partit le même jour pour aller à la Chine (1), qui ter- 
mina la première journée : c'est tout ce que nous avons 
à dire de ce voyage jusqu'à un an où nous en dirons la 
réussite. 



( I ) Lo '• Voyage «le M M. Dollif-r et Galinéc de 1CG9 nu lac Ontario " dont 
M. l'Abbé Paillon m'a fourni copie en 1858, dit lo 6 Juillet, cl ce doit être la 
vraie dalo, d'ajirès un auip- dorum'-nl que j'ai on mains. (J. V.) 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'automne 1669 jusqu'à Tautomne 1670 au 
départ des vaisseaux du Canadas. 

Il n'y a rien de considérable à mettre dans cette histoire 
pour le regard de cette année, si non le voyage que M. 
De G-alinée et moi (1) avons fait, vous le pouvez ici faire 
insérer si bon vous semble, je l'ai écrit tout du long de 
mon style, mais comme il est beaucoup inférieur à celui 
de M. de Gralinée, je n'ai pas jugé à propos de l'insérer, 
parceque la description qu'en a fait M. de G-alinée vous 
donnera plus de satisfaction. Nous conclurons cette année 
par M. Perrot (2) Gouverneur du Montréal, qui y est 
arrivé après avoir bien essuyé des hazards et périls sur 
la mer avec M. Talion, l'Intendant son oncle, tant cette 
année que la précédente année, ou il fut obligé de relâ- 
cher dans le Portugal ou ils firent naufrage : Comme 
c'est un gentilhomme fort bien fait et de naissance ; son 
arrivée nous a tous donné sujet d'en beaucoup espérer. 



(1) Ce moi, — c'est M. Frs. Dollier de Casson. ;J. V.) 

(2. )M. François Marie Perrot, gouverneur de 1670 à 1684. [J. V.] 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



De l'aulonine IGTO jusqu'à Inutonino IC71 au 
d<'[iarl des vaisseaux du Canodns. 

M. de Courcelle ayant beaucoup imprimé de frayeur aux 
Iroquois, comme il est remarqué dans la Relation de PP. 
Jésuites (1) ; il lui amenèrent ici, afin de calmer quelque 
colère qu'il leur avoit fait paroitre avec raison le nombre 
de captifs qu'ils avoientpris du côté des Putuotamistes (2) 
dont Messrs. les ecclésiastiques de ce lieu profitèrent 
par ce qu'ils en obtinrent deux filles sous le bon plai- 
sir de M. le Gouverneur du Montréal en attendant 
la venue de M. De Courcelle au Montréal, qui fut 
le printemps suivant, c'est-à-dire environ 3 mois après, 
d'autant que nous étions assez avant dans l'hiver lorsque 
ces esclaves furent rendus et qu'ils promirent ces deux 
filles ; M. de Courcelle a ratifié agréablement ce don et 
ces 2 filles sont chez les Sœurs de la Congrégation bu 
elles ont appris la langue françoise et ont été élevées à 
l'Européenne, en sorte que la grande, qui a été la der- 
nière baptisée, est en état de se marier avec un françois, 
mais ce qui seroit à souhaiter ce seroit qu'on eut un peu 
moyen de la doter, afin qu'étant à son aise cela donnât 
exemple aux autres et les animât du désir d'être élevée 
à la françoise ; la plus petite des deux filles- dont nous 
parlons étant enlevée quelques temps après avoir été à 
la Conirrégation par sa mère laquelle l'avoit donné con- 
jointement avec les Iroquoi.s, une lille de la Congrégation 



{I) Dans la H'>lation do IGO!), p. 5, Edit. «le Quf-bec. (J. V 
(îj Pouteouatamis ? iJ. V.) 



201 

courant après pour la faire revenir cette enfant quitta sa 
mère qui la tenoit à bras pour se jetter entre les mains 
des filles de la Congrégation. Feue Made. la Princesse 
de Conti a bonne part avec quelques autres personnes 
de qualité à l'instruction de ces 2 filles pour certaine 
somme de 12 ou 1300 liv. que leur charité avoit envoyé l'au- 
tomne dernier et qu'on eut soin d'employer suivant leur 
pieuse intention : au reste si l'eau de vie étoit bannie de 
parmi tous les Sauvages, nous aurions des milliers d'ex- 
emples de convertis à vous rapporter, je ne doute pas que 
la pluspart qui hantent les françois n'embrassent tous la 
religion, mais cette liqueur leur est un appas si diaboH- 
que qu'il attrape tous les Sauvages qui sont proches des 
françois à l'exception de quelques-uns d'entre lesquels sont 
quelques Hurons que Dieu conserve quasi miraculeuse- 
ment ; si un jour on voyoit le désordre de la traite des 
boissons passé on auroit ici de la satisfaction, mais com- 
me on voit tout périr par ce malheureux commerce cela 
donne beaucoup d'affliction à ceux qui sont le plus dans 
l'intérêt de Dieu, il n'y a quasi rien à faire qu'avec les 
enfans, les vieilles et les vieillards, les autres regardant 
l'eau de vie avec une telle avidité, soit qu'ils soient Al- 
gonquins, soit qu'ils soient Iroquois, qu'ils ne la peuvent 
quitter qu'après être ivres à n'en pouvoir plus ; enfin c'est 
une marchandise dont tous moralement parlant ils font 
le même usage que le furieux fait de son épée, jugez si 
selon Dieu on doit la leur distribuer sans discrétion au- 
cune et si celui qui donne et celui qui reçoit ne seront pas 

égaux au i5oids de ce redoutable au jour terrible de la 

mort qui sera bien étrange à tous ceux qui ici journelle- 
ment contribuent, sans se soucier, aussi librement qu'ils 
font au péché ; pour moi quelques certains casuistes en 
disent ce qu'il leur plaira, je ne crois pas que le plus har- 
di voulut mourir immédiatement après avoir donné à un 

Y 



202 

Sauva2:e iiiio portion suffisante pour l'onivrer, ce qui est 
l'enivrer inlailliblement otl»' faire tomber en péché mor- 
tel, vu qu'il est écrit — Malheur à celui par qui le scandale 
arrive : à cela on me dira, — si la traite de boisson ainsi 
faite n'est pas permise aux uens de l>ien il faut qu'ils se ré- 
solvent à mourir de faim, de froid et de misère laissant tout 
aller aux gens sans conscience qui traitent des liqueurs 
sans discrétion : Je réponds à cela qu'il est vrai et qu'il 
leur faut continuer de souHVir jusqu'au toml>eau sans que 
l'amour des commodités ou du nécessaire leur permette 
jamais de consentir au péché pour leur intérêt propre 
ou celui de leur famille, qu'ils doivent tous également 
sacrifier à Dieu quelque compassion et peine naturelle 
qu'ils en aient ; mais à ceci je vas au delà de l'historien : 
passons au printemps de cette année, où M. de Cour- 
celle étant monté au Montréal reçut les captifs que les 
Iroquois lui avoient amenés et y attendit les Othaouais se- 
lon la prière qu'ils lui en avoient faite et comme il leur 
avoit promis ; mais comme il jugea qvi'ils seroient en- 
core quelques temps auparavant que de venir, il se réso- 
lut de profiter du séjour qu'il avoit à faire hors de Qué- 
bec et de monter tout d'un coup sans que personne en 
fût averti jusqu'au grand lac Nonthario sur lequel sont 
placés les Iroquois, ce qu'il conçut avec beaucoup de 
prudence et exécuta avec beaucoup de résolution (1), Si 
les Iroquois eussent su sa venue comme c'est leur re- 
doutable, ils lui «'usseiit peut-être joué quelque mau- 
vais parti sur les chemins afin d'exécuter h'ur mauvaise 
volonté contre le pays après l'avoir défait, c'est pourquoi 
il fit prudemment de ne point découvrir son dessein, 
mais il lui falloit autant de vigueur que celle avec la- 
quelle il l'accomplit pour franchir aussi facilement et 



(1) Du 2 au ICJuin 1671, d'après un journal MS. de ce voyago. (J. V.) 



203 

promptement qu'il fit les mauvais pas qu'il y a à faire 
pour aller jusqu'au lieu ou il vouloit aller, au reste cette 
résolution étoit considérable pour le pays parceque les 
Iroquois commençoient à murmurer et nous menacer 
par entre eux de la guerre, se confient (1) sur la difficulté 
de leur rapide qu'ils croyent indomptable à nos bateaux 
pour s'en aller chez eux, mais M. de Courcelle leur ayant 
fait voir par expérience en cette occasion comme ils se 
trompoient, cela les intimida beaucoup et rabattit même 
tellement leur audace qu'ils firent passer la frayeur que 
cette entreprise leur donna jusque chez les Européens 
qui leur sont voisins, lesquels suivant leur rapport ap- 
préhendoient l'arrivée de M. de Courcelle avec une mul- 
titude de gens de guerre que l'épouvante des Iroquois 
leur avoit fabriqué (2) ; Plusieurs personnes de mérite ac- 
compagnèrent M. le Grouverneur en cette belle entre- 
prise, entr'autre M. Perrot gouverneur du Montréal, 
lequel y pensa périr par un accident de canot ce qui est 
assez à craindre dans tant de diiférents périls, M. de 
Loubiat dont chacun sait le mérite fut aussi de la partie, 
M. de Yarenne, gouverneur des Trois-Eivières et autres 
officiers, comme aussi M. Lemoine, M. de la Vallière, M. 
de Normentville et autres habitans qui y alloient seule- 
ment pour accompagner M. le G-ouverneur et lui don- 
ner des marques de leur estime et bonne volonté ; Cham- 
pagne, Sergent de la Compagnie de M. Perrot y gouver- 
na un bateau plat où il commanda pendant le voyage 
ou il eut des peines très considérables et risqua sa vie 
quantité de fois, donnant des preuves à tout le monde 
de son courage tant dans les travaux que dans les pé- 
rils : Un prêtre du Séminaire de St. Sulpice eut aussi 



(1) Confiant [?] 

(2) Voir Appendice No. XVIII. 



204 

rhonneur d'accompai^ner et d'assister M. le Gouver- 
neur avec toute sa troupe en ce voyage (1) dont je 
ne dirai pas davantage à cause que les IIK. PP. Jésuites 
l'ont écrit en leur relation : Si je l'ai touché après eux ; ça 
été par une pure obligation, à cause qu'il se trouve à 
propos dans l'histoire du Montréal que je décris : Passons 
à l'arrivée des vaisseaux laquelle amène une digne gouver- 
nante au Montréal en la personne de Madame Perrot (2) 
à la louange de laquelle nous dirons beaucoup sans nous 
écarter de ce qu'il lui est dû (|uand nous dirons qu'elle 
se l'ait voir en sa manière d'agir pour Nièce de M Talion 
l'intendant de ce pays et son oncle ; il n'est pas aisé de 
juger quelle fut la joie de M. Perrot son mari et celle 
d'un chacun en ce lieu quand on y eut les premières 
nouvelles de son arrivée, ma plume est trop ibible pour 
le pouvoir exprimer, j'aime mieux le laisser à penser à un 
chacun et venir au plus fâcheux point que nous ayons de 
cette année, qui fut la mort de M. Gallinier (3) très-digne 
prêtre dont la mémoire est dans une singulière vénération 
surtout parmi ses confrères qui soupirent après la 
bonne odeur de ses vertus, il est mort de la mort de son 
lit mais auparavant pour secourir le prochain et lui don- 
ner ses assistances spirituelles, il a exposé sa vie toutes 
les fois qu'il y a eu ici des alarmes l'espace d»- 14 ou 15 
années, sans se soucier de toutes les cruautés que les 
Iroquois auroi<^nt exercé sur hii, ne demandant pas mieux 
que de périr dans ces charital)les emplois ; nous ajoute- 
rons à la perte de ce laborieux Serviteur de .1. C. le 
départ do M. l'ablié de Quolus rappelé en France pour 



( 1) M. Do li«r lui mAme, i\ titre d'aumônier. (.V.S*. de Paris.) (J.V.) 
l2) " Dani 'is);liu Maf^deleino La Guide." (Rogistro do la pHroiss**.) (J. V.) 
(3) M. DominiqueGalinoe, fut enlcrrr le20()cl. 1071. à Muiitrétil, sansqus 
le Registre indique le jour rie son déc«;s. Il était au ji-iys di'puis W '29 Juillet 

in-.T. - (.I.V.. 



20^ 



ses affaires domestiques et de deux autres ecclésiastiques 
de ce lieu, l'un appelé M. Dalbecq (l)qui est auprès de 
M. l'abbé de Quelus l'autre nommé M. de Gallinée dont 
nous avons parlé ci-devant. 



(I) DaUccq. 

On ne connaît ù l'Evèché de Québec, non plus qu'au Séminaire do Mont- 
réal, aucun prêtre du nom de Dalbecq, venu en Canada. C'est évidemment 
M. D'Allet, secrétaire de M. de Queylus, et dont nous avons vu l'arrivée 
p. 120. (J. V.) ♦ 



HISTOIRE DU MONTREAL. 



I)tj l'niitomno Wi71 jusqu'à l'autûnu.e IC72 nu 
dijparl dus vuissf.-aux tlu Canadas. 

La précipitation avec laquelle je suis oblinré de con- 
clure cette histoire ne me permet pas de dire tout ce qui 
s'est passé en cette année ou d'ailleurs je m'étois résolu 
de passer sous silence plusieurs choses que la prudence 
ne permet pas à la vérité d'énoncer : ce qui fait que je 
me contenterai seulement de quelques réflections pour 
finir agréablement cette relation en laquelle je joindrai 
un petit Abré<j^é de celle de Qnenté (1), à cause que ce sont 
les Ecclésiastiques de ce lieu qui déservent cette Mis- 
sion. Première réflection, sur l'avantage qu'ont les fem- 
mes en ce lieu par dessus les hommes, qui est qu'en- 
core que les froids soient fort sains pour l'un et l'autre sexe 
il Test incomparablement d'avantage pour le féminin le- 
quel s'y trouve quasi immortel, c'est ce que tout le mon- 
de a remarqué depuis la naissance de cette habitation et 
ce que moi-mémo j'ai remarqué depuis six ans (2), car 
encore qu'il y ait ici bien 14 ou 1500 âmes, il n'y est 
mort qu'une seule femme depuis les six années dernières, 
encore peut-être ce lieu eut-il trardé ses privilèges à l'é- 
gard de cette vieille caduque si le siéire de la lîochelle 
où elle avoit été renfermée n'eut imprimé quelques fâ- 
cheuses dispositions et qualités dans son corps cacoc h ime, 
qui ont donné à la mort une entrée que les avantages de 



(l) Sur le lac Ontario. On 'cril aujourd'hui : Quint'-. (J. V.) 
(î) M. DoUier serait venu ici en août 1665. d'après la Liste <lu Clergé; 
mais il dit lui-m'ime que ce fut on IGG6. V. pape 181. (J. V.j 



207 

ce pays pour l'immortalité des femmes ne lui auroit 
point accordé. 

La seconde réflection sera sur la facilité que les per- 
sonnes de ce même sexe ont à se marier ici, ce qui est 
apparent et clair à tout le monde par ce qui s'y pratique 
chaque année, mais qui se fera admirablement voir par 
un exemple que je vais rapporter qui sera assez rare, 
c'est d'une femme laquelle ayant perdu cette année son 
mari a eu un banc publié, dispense des deux autres, son 
mariage fait et consommé avant que son premier mari 
fut enterré ; Ces deux réflections à mon avis seront assez 
fortes pour faire déserter la pitié (1) et une bonne partie 
des filles de tous les hôpitaux de Paris si peu qu'elles 
aient envie de vivre longtemps ou de dévotion au 7e. de 
nos Sacremens : La troisième réflection sera sur un cé- 
lèbre prisonnier que nous avons eu cette année le- 
quel s'est sauvé dix ou douze fois tant ici qu'à Québec 
et ailleurs dans lesquels endroits les Serruriers ont per- 
du leur crédit à son égard, les charpentiers et maçons y 
ont tombé en confusion, les menottes lui étoient des 
mitaines, les fers aux pieds des chaussons et le carcan 
une cravate ; qu'on lui fasse des ouvrages de charpente 
propres à enfermer un prisonnier d'état il en sort aussi 
aisément qu'un Moineau de sa cage lorsque la porte en 
est ouverte, il trouvoit si bien le foible d'une maison 
qu'enfin il n'y a point de muraille à son épreuve, il tiroit 
les pierres aussi facilement des murailles que si les ma- 
çons y avoient oublié le ciment et leur industrie ; bref il 
s'est laissé reprendre plusieurs fois comme s'il avoit vou- 
lu insulter tous ceux qui vouloient se mêler de le garder, 
une fois devant 3 hommes qui Tavoient pris, lié, garotté, 



(1) Sans doute VHôpila' df la Pilié où Ftin recevait depuis 1G57 les jouneg 
filles pauvres. 



208 

les mains derrière le dos, il se délia sans qu'aucun des 
3 hommes s'en apperçut, encore que celui qui l'avoit lié 
fut un Sergent lequel avoit été prisonnier en Barbarie 
qui se ventoit de savoir bien s'assurer d'un Esclave en 
pareil cas et qui m'a assuré n'avoir rien omis de sa scien- 
ce pour bien garotter celui-ci, — bref cet athellette de la 
liberté a enfin si bien combattu pour elle qu'il semble 
s'être délivré une bonne fois pour toujours, aussi a-t-il fait 
un coup bien vigoureux en cette rencontre et on peut dire 
qu'il y a en quelque façon mérité sa liberté, car ayant 
été pris il y a quelques mois, et remis entre les mains de 
6 ou 7 hommes bien armés de chacun son fusil, ces hom- 
mes ayant placé toutes leurs armes en un endroit pour 
jouer au pallot, leur prisonnier trouva à propos d'inter- 
rompre leur partie pour commencer la sienne ; il sauta 
sur les fusils, les prit tous sous son esselle comme autant 
de plumes provenues de ces oisons bridés et avec un des 
fusils il covicha tous ces gens en joue, protestant qu'il 
tueroit le premier qui approcheroit, — ainsi reculant peu- 
à-peu en faisant face il a pris congé de la Compagnie et 
a emporté tous leurs fusils ; Depuis ce temps on ne l'a pu 
attraper et il est errant parmi les bois ; il pourra bien 
peut-être se faire le chef de nos bandits et faire bien du 
désordre dans le pays quand il lui plaira de revenir du 
côté des Flamands, où on dit qu'il est allé avec un autre 
scélérat et une femme françoise si perdue qu'on dit 
qu'elle a donné ou vendu doux de ses enfans aux Sau- 
vages. 



ABRÉGÉ DE LA MISSION DE KENTÉ. 



Tout ce que nous avons à dire de plus considérable de 
cette Mission est renfermé dans une Lettre qui nous a été 
adressée par M. Trouvé, lequel a toujours été témoin oc- 
culaire de tout ce qui s'y est passé, ne l'ayant point aban- 
donnée depuis son commencement; Voici le rapport 
fidèle de ce qu'il m'a écrit. (1) 

" Puisque vous désirez que je vous dise quelque chose 
par écrit de ce qui s'est passé dans notre chère Mission 
chez les Iroquois, je le ferai bien volontiers contre toute 
la répugnance que j'en ressens, n'ayant souhaité jusqu'ici 
rien de plus, si non que tout ce qui s'y est passé ne fut 
connu que de celui à la gloire duquel doivent tendre 
toutes nos actions, et voilà la raison pourquoi nos Mes- 
sieurs qui ont été employés à cette œuvre se sont toujours 
tenus dans un grand silence ; d'où vient que M. l'Abbé De 
Fenelon ayant été un jour interrogé par Monseigneur de 
Pestrée (2) notre Evêque, de ce qu'on pourroit mettre en 
la relation (3) touchant la Mission de Kénté, il lui fit 
réponse— "que la plus grande grâce qu'il nous pourroit 
faire étoit de ne point faire parler de nous. " 

"Ce fut l'année 1668 qu'on nous donna mission pour 
partir pour les Iroquois et le lieu principal de notre 
Mission nous fut assigné à Kenté, parce que cette même 

(1) Quoique clans le MS. cette phrase soit immédiatement lioe avec la .ui- 
vante, laquelle commence par une petite lettre, nous avons cru pouvoir les 
séparer, commencer un autre alinéa, et y ajouter de guillemets 

(2) l'élrér. 

(3) Sans doute la Relation de 1668, pour la Lettre qu'il y inséra. 

Z 



210 

année plusieurs personnes de ce Village étoient venues 
au Montréal et nous avoientdemandt'' positivement pour 
les aller instruire dans leur pays, — leur ambassade se lit 
au mois de Juin, mais comme nous attendions cette année 
là de France un Supérieur, nos Messieurs trouvèrent à 
propos qu'on les priât de revenir, ne jui^eant pas qu'on 
dût entreprendre une affaire de cette importance sans 
attendre son avis, pour ne rien faire là-dedans que sui- 
vant ses ordres : — Au mois de Septembre le Chef de ce 
Village ne manqua pas de se rendre au temps qu'on lui 
avoit prescrit afin de tacher d'avoir et de conduire des 
Missionnaires en son pays, alors M. L'Abbé de Quelus 
étant venu pour Supérieur de cette Communauté on lui 
demanda et il donna très-volontiers son agrément pour ce 
dessein, ensuite de quoi on alla pour ce sujet trouver 
Mgr. l'Evêque, lequel nous appuya de sa mission (1), 
quant à M. le Gouverneur et M. l'Intendant de ce pays 
on n'eut pas de peine à avoir leur consentement, vu qu'ils 
avoient d'abord jeté les yeux sur nous pour cette entre- 
prise ; ces démarches absolument nécessaires étant faites 
nous partîmes sans tarder par ce que nous étions déjà 
bien avancés dans l'automne ; enfin nous nous embarquâ- 
mes à la Chine pour Kenté le 2 octobre, accompagnés de 2 
Sauvages duVillage ou nous allions,après avoir déjà avan- 
cé notre route et surmonté les dilîicultés qui sont entre 
le lac St. Louis et celui de St. >>an(,'ois, lesquelles con- 
sistent en quelques portages et traînages de canots, nous 
apperçumes de la fumée dans une des ances du lac de 
St. François, nos Iroquois crurent d'abord que c'étoient de 
leurs gens qui étoient sur ce lac, c'est pour(|Uoi ils allèrent 
au feu, mais nous fûmes bien surpris, car nous trouvâmes 
2 pauvres Sauvagesses toutes décharnées qui se retiroient 



(I) Voir Appenflico XIX. 



211 

aux habitations françoises pour se délivrer de l'esclavage 
où elles étoient depuis quelques années, il y avoit 40 jours 
qu'elles étoient parties du Village Unneiou d'où elles 
étoient esclaves et n'avoient vécu, pendant tout ce temps 
là, que d'écureuils qu'un enfant âgé de 10 à 12 ans tuoit 
avec quelques flèches que lui avoient fait ces pativres 
femmes abandonnées ; nous leur limes présent à notre 
arrivée de quelques biscuits qu'elles jettèrentincontinant 
dans un peu d'eau pour les ramollir et pouvoir plutôt 
apaiser leur faim, leur canot étoit si petit qu'à peine pou- 
voit-on être dedans sans tourner; nos deux Sauvaces 
délibérant ensemble ce qu'ils avoient à faire se résolurent 
de mener chez eux ces deux pauvres victimes avec cet 
enfant, et comme elles craignoient qu'on ne les brûlât par 
ce que c'est là le châtiment ordinaire des esclaves fugi- 
tifs parmi les sauvages, elles commencèrent à s'atrister, 
alors je tachai de parler aux Sauvages et de les obliger à 
laisser aller ces femmes qui dans peu seroient chez les 
François, je leur disois que s'ils les emmenoient M. le 
Grouverneur venant à le savoir seroit convaincu qu'il n'y 
avoit encore rien d'assuré pour la paix puisque un des 
points des articles de paix étoit de rendre les prisonniers ; 
toutes ces menaces ne purent rien sur leur esprit, ils nous 
disoient pour raisons que la vie de ces femmes étoit con- 
sidérable, que si les Sauvages du Village ou elles s'étoient 
sauvées venoient à les rencontrer ils leur casseroient la 
tête sur le champ : ensuite nous marchâmes quatre 
journées par les plus difficiles rapides qu'ils y aient sur 
cette route : après cela un de nos Sauvages qui portoit 
un petit baril d'eau de vie dans son pays en but et par- 
tant il s'enivra, puisqu'ils ne boivent point autrement ni 
pour autre sujet, à moins qu'on ne les empêche par force ; 
or comme ces gens sont terribles dans leur ivresse nos 
prisonnières crurent que c'étoit fait d'elles, par ce que 



212 

pour rordinaire les sauvai^os s'oiiivront pour faire leurs 
mauvais coups, cet Iroquois ayant })assé dans cet excès 
il entra dans un état furieux et inaccessible, et pour lors 
il se mit à poursuivre une de ces femmes, celle-ci épou- 
vantée s'enfuit dans le bois aimant mieux périr par la 
faim que par la hache de son ennemi, le lendemain ce 
brutal surpris de sa proie échappée l'alla chercher dans 
le bois mais en vain : voyant enfin que le tems nous 
pressoit de nous rendre à son villai»e et que nous avions 
déjà eu de la neige il se résolut de la laisser en ce lieu 
la avec son enfant, et afin de l'y faire mourir de faim ils 
voulurent rompre leur petit canot, à cause que cet endroit 
étoit une isle au milieu du Ik'uve St. Laurent, néanmoins 
à force de prière ils leur laissèrent à nos instances ce 
seul moyen de salut ; après notre départ et que la Sau- 
vagesse fut un peu rassurée elle sortit hors de sa cache 
et trouvant alors son canot que nous lui avions fait laisser, 
elle s'embarqua dedans avec son petit garçon et vint heu- 
reusement au Montréal, runcicn azile des malheureux 
fugitifs ; quant à nous ayant emmené l'autre Sauvagesse 
5 ou G jours audessus de cette isle sans jamais avoir su ob- 
tenir sa liberté, à la iin ayant trouvé des hurons qui s'en 
alloient en traite au Montréal nos Sauvages réliéchirent 
sur ce que je leur avois dit que M. de Courcelle, qu'ils 
appréhendoient extraordinairement, trouveroit mauvais 

leur (1) lorsqu'il le sauroit, cette réllection leur 

fit remettre l'autre femme entre les mains de ces hurons 
pour la ramener au Montréal, ce qu'ils firent fidèlement 
comme nous l'apprimes l'année d'après où nous sûmes 
aussi ce qui étoit arrivé à cette autre pauvre femme et à 
son petit enfant : à la fin à force de nager, le jour de la 
fête St. Simon et St. Jude (2j nous arrivâmes à Kenté ou 



(I, Illisible. 

(2) 28 octobre. (.1. V.) 



I 



213 

nous serions arrivé la veille si ce n'avoit été la rencontre 
de quelques Sauvages qui ravis d'apprendre que nous 
allions à Kenté pour y demeurer nous iirent présent 
de la moitié d'un Orignal : au reste ce même 
soir après avoir retrouvé les hommes qui nous 
avoient fait ce présent étant tout près des cabanes, 
nous apperçûmes au milieu d'une belle rivière ou nous 
étions entrés ce jour-là pour accoursir notre chemin, un 
animal qu'ici on nomme Scononton et qu'en France on 
appelle chevreuil, ce qui nous donna le plaisir d'une 
chasse fort agréable surtout à cause de sa beauté et 
gentillesse qui surpasse de beaucoup ce que nous voyons 
en ceux de France, son goût aussi est bien meilleur et 
surpasse toutes les venaisons de la nouvelle France, étant 
arrivés à Kenté nous y fûmes régalés autant bien 
qu'il fut possible aux Sauvages du lieu, il est vrai que 
le festin ne fut que de quelques Citrouilles fricassées 

avec de la graisse et que nous trouvâmes 

bonnes, aussi sont-elles excellentes en ce pays et ne 
peuvent entrer en comparaison avec celles de l'Europe, 
même on peut dire que c'est leur faire tort que de leur 
donner le nom de citrouilles, il y en a d'une très-grande 
quantité de figures et aucune n'a quasi rapport avec 
celles de France, même il y en a de si dures qu'il faut 
avoir des haches lorsqu'elles ne sont pas cuites et qu'on 
les veut ouvrir, toutes ont des noms diflerents : un pau- 
vre homme n'ayant rien de quoi nous donner fut tout 
le long du jour à la pêche afin de nous attraper 
quelque chose, et n'attrapant qu'un petit brocheton nous 
le présenta tout déconforté et confus de n'avoir que cela 
à nous donner : il n'y a rien qui soit plus capable de mor- 
tilîer un Iroquois que quand il voit arriver quelqu'étran- 
ger dans son pays et qu'il n'a rien de quoi lui présenter ; 
ils sont fort hospitaliers et vont très-souvent convier 



214 

ceux qui arrivent à leur nation de venir loirer chez eux: 
Il est vrai que depuis qu'ils hantent les Européens ils com- 
mencent à se comporter d'une autre façon : Mais voyant 
que les Ancflois et Flamands leur vendent tout jusqu'à une 
lionnne, ils les aiment moins que les François qui ordi- 
nairement leur font présent de pain et autres petites 
choses- quand ils vont chez eux. Un ne peut pas être 
reçu avec plus d'amitié que nous reçurent ces barbares 
chacun fit tout ce qu'il put, jusqu'à une bonne vieille qui 
par grand régale jetta un peu de sel dans une sagamité^ 
ou bouillie de bled d'inde qu'elle nous faisoit ; après 
avoir un peu respiré l'air de ce pays, nous délibérâmes 
M De Fénélon et moi ce que nous avions à faire sur le 
sujet de la religion, nous convinmes pour cela de nous 
adresser au Chef du village appelé Rohiario lequel nous 
avoit obligé d'aller en son pays, ensuite de quoi nous lui 

allâmes qu'il savoit assez qu'il nous étoit venu 

chercher afin de les instruire, que nous n'étions venus 
que pour cela, qu'il commenceroit à nous aider en ce 
dessain, qu'il avertit dans son Village un chacun d'en- 
voyer ses enfans dans notre cabanne afin d'être ensei- 
gnés ; ce qui ayant réussi comme nous l'avions désiré, 
quelque temps après nous priâmes ce même Sauvage de 
trouver V>on et de faire agréer à sa Nation que 
nous baptisions (1) leurs enfans; à cela ce vieillard répon- 
dit — " On dit que ce lavement d'eau " (c'est ainsi qu'ils ap- 
pèlent le baptême) " fait mourir les enfans, si tu en bapti- 
ses et qu'ils m<'urent on dira que tu es un Ariflasfo'gufro- 
non' (2) (qui sont leurs ennemis), "lequel est venu dans no- 
tre Villaire pour nous détruire." — " Ne crains point," lui 
dis-je, " ce sont des mal-avisés qui t'ont dit que ce baptême 



Il Bai'lim'ixions. 

(2) Voir Api'f»nd:ce No. XX. 



215 

tuoit les enfans car nous autres françois sommes tous bap- 
tisés et sans cela nous n'irions pas au ciel, et pourtant tu 
sais bien que nous sommes en grand nombre." — Alors, il 
nous dit, — " Fais comme tu voudras, tu es le maitre." 
Nous assignâmes donc le jour que nous devions conférer 
ce grand Sacrement ou plusieurs adultes se trouvèrent, 
et nous baptisâmes environ 50 petits enfans dont la 
fille de Rohario — qui est unique — fut la première et s'ap- 
pela Marie, mettant ainsi nos prémices sous la protection 
de la Ste. Vierge, ce qui est à remarquer c'est que n'é- 
tant mort aucun de ces 50 premiers baptisés, ils n'ont 
plus eu de peine contre le St. baptême, encore qu'il 
soit mort depuis plusieurs autres enfans après le St. 
baptême. Le printemps en 1669, M. De Fenelon étant 
descendu au Montréal pour la consultation des difficul- 
tés qu'il eut dans le voyage ou il traina lui-même son 
canot tant en montant qu'en descendant, au millieu des 
plus furieux rapides, il baptisa un enfant qui mourut 
tôt après, ce qui le réjouit beaucoup au milieu de ses pei- 
nes qui sont si grandes qu'on ne seroit pas cru si on osoit 
les rapporter, puisque en quantité d'endroits et très- 
souvent l'on monte des eaux plus impétueuses que la 
descente d'un moulin, y étant parfois jusque sous les 
esselles, marchant nu-pieds sur des pierre fort coupantes 
dont la plupart de ces eaux sont pavées : M. de Fenelon 
revenant du Montréal amena avec lui un autre mis- 
sionnaire qui fut M. D'Urfé, ensuite étant arrivé il 
s'en alla hiverner dans le Village de Gandafsetiagon, peu- 
plé de Sonontouans détachés — lesquels étoient venu à la 
côte du Nord dont nous avons le soin ; ces gens nous 
ayant demandé pour les aller instruire, furent ravis 
qu'on leur accordât cette grâce sitôt après l'avoir deman- 
dée, quant à nous ayant été obligés d'aller avec les 
Sauvages dans les bois pour nous tirer de la nécessité 



21 G 

dos vivres dans laquelle nous étions à cause que notre 
établissement étoit nouveau ; je tombai par une provi- 
dence singulière dans le chemin de quelques Sauvages 
qui étoient passés il y avoit déjà un peu de temps, mais 
nous iïimes au soir surpris, nous voyant arrivés dans un 
lieu où il y avoit de la lumée, c'étoient les mêmes Sauva- 
ges sur la piste desquels nous marchions parmi les neiges : 
Approchant do plus près nous vîmes quelques branches 

d'arbres do desquelles il sortoitvin pou de iumée;c'é- 

toit une pauvre Iroquoise laquelle avoit accouché de deux 
enfans qui étoient cachés sous ce méchant cabanage, 
avec quelques autres, alors son mari en s'éveillant me dit — 
*' Viens voir, liobe noire, elle a accouché de trois enfans : " 
Ces pauvre gens étoient réduits dans la dernière néces- 
sité car ils n'avoient aucuns vivres et ils ne subsistoient 
que par le moyen de quelques porcs-épic qu'ils tuoient 
et qu'ils mangooient, tout n'étoit pas capable de rassasier 
deux quoiqu'ils fussent plus de neuf ou dix, Voyant cette 
pauvre femme j'en fus d'autant plus touché que je ne 
pouvois lui prêter aucun secours, car nous étions pour le 
moins aussi dépourvus qu'eux je lui demandai si ses en- 
fans étoient en bonne santé, le mari répondit qu'un des 
deux mourroit bientôt, la femme les démaillota tous doux 
devant moi et je vis qu'ils étoient à demi gelés et par- 
dessus cela il y en avoit un qui avoit la fièvre et étoit 
moribond, je pris delà occasion de leur parler de notre 
reliirion en leur disant,— '" Que j'étois bien fâché que ces 
deux enfans allassent mourir sans être ])aptisés et qu'ils 
n'iroient jamais au ciel sans cela ; " après quoi je leur 
expliquai ces choses plus en détail, jusqu'à ce que le 
mari in'intfrrompant dit : " Courage, l)aptises-les tous 
deux, mon frère, cela est fâcheux de n'aller pas au ciel." 
Ce consentement donné je h'S baptisai tous deux et peu 
après bon noml)r»' de ces nouveaux" chrétiens alla jouir 



217 

de la gloire ce même hiver, qui fut en 1670; Depuis cela 
il arriva à M. D'Urfé une chose qui lui pensa être fu- 
neste et que je veux bien remarquer ; après avoir dit la 
Ste. messe, il alla faire son action de grâce dans le bois, 
mais il s'y enfonça si avant qu'il s'y égara et ne pouvoit 
revenir, il passa le jour et la nuit à chercher son chemin 
sans le pouvoir trouver, et après enfin — il fut obligé de 
se reposer, ce qu'il fit dans une attrape à loup qu'un 
Sauvage avoit fait, il y avoit déjà quelque temps, le len- 
demain au milieu de la sollicitude ou le mettoit son égare- 
ment il eut recours à feu M. Ollier auquel s'étant recom- 
mandé il poursuivit de marcher, et alors il alla droit au 
village, pour cela il croyoit devoir beaucoup à sa protec- 
tion ; pendant son absence les Sauvages avoient couru de 
toutes parts pour le chercher, étant de retour ils firent 
tous un festin pour remercier l'esprit de ce qu'il n'étoit 
pas mort dans le bois, il dit que pendant sa marche il 
s'étoit substanté de ces méchants champignons qui vien- 
nent autour du pied des arbres et il assure qu'il les 
trouva fort bons, tant il est vrai que l'appétit donne bon 
goût aux choses qui sont les plus mauvaises. En 1671, 
le même Missionnaire pensa périr par une autre dis- 
grâce, qui fut que venant au Montréal son canot tourna 
sous voile d'un gros vent-arrière, quasi au milieu du 
fleuve, mais par bonheur, encore qu'il ne sçut point 
nager. Dieu le préserva d'autant qu'il se tint si bien au 
canot qu'on eut loisir de le secourir, encore qu'on fut 
loin de lui. Cette dernière année, M. D'Urfé ayant 
fait quelque séjour à un village de notre Mission 
nommé Ganeraaké, il prit résolution d'aller visiter quel- 
ques Sauvages établis à 5 lieues de là, pour voir s'il n'y 
auroit pas quelque chose à faire pour la religion, le 
lendemain de son arrivée une pauvre Iroquoise se trouva 
en mal d'enfant, or comme ces pauvres Sauvagesses sont 

A* 



218 

extrfmoiiKMit hontt'us»'s (|iuiiid elle sont on cet état lors- 
qu'il y 11 des étrangers, cette pauvre i'erame se résolut sans 
on rien tlire d'aller dehors sur les neiges pour cnlanter, 
quoique dans la plus grande rigueur de l'hiver : Kn eliet 
peu de temps après on entendit crier l'eniant, les femmes 
de cette cabanne toutes surprises y accoururent pour 
prendre cet enfant et secourir la mère, M. D'Urfé voyant 
que cette honte avoit i):(t(luit un si fâcheux eliet partit 
au plus vite pour retourner a Ganeraské, et laisser la 
cabane libre, mais le 3' jour il résolut de revenir à cette 
cabane avec quelques françois parce que sa chapelle y 
étoit restée, y étant de retour il trouva cette accouchée 
bien mal, les Sauvagesses lui dirent que depuis son 
départ elle avoit eu encore un autre enfant et qu'elle 
perdoit tout son sang ; trois quarts d'heure après la ma- 
lade criant à haute voix à quelqu'une de ses compagnes — 
•"donne-moi de l'eau" et ell*' mourut au même instant, 
aussitôt après celles qui l'assistoient la poussèrent dans 
nn coin de la cabane comme une bûche et jettèrent au- 
près d'elle ses deux enfans, tous vivans qu'ils étoient, 
pour être dès le lendemain matin enterrés avec leur 
mère ; M. 1) l rfé (|ui étoit ass«'Z proche pour entendre 
mais non pas en commodité de voir ce qui se passoit, de- 
manda ce que c'étoit et pourquoi on remuoit tant, les 
Sauvages lui dirent, — " C'est que cette femme est morte," 
alors ce M. ayant vu de ses yeux la perte de la mère il 
voulut irarantir les deux enfans par le baptême, ce qu'il 
iit incontinant et fort à propos, car il y en eut un qui 
mourut la même nuit, l'autre se portant très-bien le len- 
demain un Sauvage le prit pour l'enterrer tout vivant 
avec sa mère, à (juoi M. D'Urfé leur dit: — "Est-ce là 
votre manière d'agir, à quoi pensez-vous { " Un d'eux lui 
répartit : — " Que veux-tu que nous en faisions, qui le 
nourrira ? " — Ne trouvera-t-on j>as une Sauvagesse qui 



219 

l'allaitera ;" lui répliqua M. D'Urfé.— " Non," lui répartit 
le Sauvage. M. D'Urfé voyant ces choses demande la 
vie de l'enfant auquel il lit prendre quelque jus de raisin 
et quelque sirop de sucre de quoi il laissa une petite 
provision afin d'assister cet orphelin, pendant qu'il iroit 
à Kenté, éloigné de 12 grandes lieues, chercher une 
nourrice, mais il le fit en vain les Sauvagesses par une 
superstition étrange ne voudroient pas pour quoi que ce 
soit au monde allaiter un enfant d'une dé cédée. Ce 
Missionnaire revenant voir son orphelin il le trouva mort 
au monde et vivant à l'éternité, après avoir vécu de ces 
jus et sirop plusieurs jours. Voilà la misère dans la- 
quelle sont réduits ces pauvres Sauvages, ce qui ne 
s'étend pas seulement svir les femmes qui sont enceintes 
dont il en meurt une grande quantité faute d'avoir de 
quoi se soulager dans leurs couches, mais aussi sur toutes 
les malades, car ils n'ont aucun rafraîchissement, et un 
pauvre malade dans ces nations est ravi de la visite d'un 
Missionnaire espérant qu'après l'instruction qu'il lui va 
faire il lui fera présent d'une prune, de 2 ou 3 grains 
de raisin ou d'un petit morceau de sucre gros comme 
une noix. 

" Nous avons eu de temps en temps des adultes que 
Dieu a tellement touchés dans leurs maladies, qu'après 
avoir obtenu le Saint Baptême ils sont morts entre nos 
mains avec d'admirables sentimens de douleur pour leurs 
péchés passés ; où il est à remarquer que les Sauvages 
n'ayant pas reçu comme nous cette grande grâce de l'é- 
ducation chrétienne, ils ne sont pas en récompense punis 
comme nous à la mort de ce grand endurcissement qui se 
trouve ordinairement en nous pour lors, quand nous 
avons mal vécu ; au contraire, d'abord que les gens sont 
abattus du mal et par ce moyen plus en état de refléchir 
sur le peu qu'est cette vie et sur la grandeur de celui qui 



220 

est ainsi le Maître de nos jours, si la Providence dans ce 
temps le met entre les mains d'un Missionnaire, commu- 
nément il meurt dans les apparences d'un crrand regret 
de tout le passé. Il i'uut que je rapporte un exemple qui 
est arrivé cet année (1) sur ce sujet, aussi bien y a-t-il 
quelque chose d'extraordinaire qui mérite bien d'être 
mise au jour Un Sauvage un peu éloigné de nous et qui 
ne se soucioit guère de s'en approcher parcequ'il ne i'ai- 
soit pas grand estime de la religion, fut saisi cet hiver 
d'une maladie languissante et à la fin l'a conduit au tom- 
beau, longtemps auparavant son décès il rêva dans son 
sommeil qu'il voyoit une belle grande maison à Kenté 
toute remplie de Missionnaires et qu'un jeune d'entre'eux 
le baptisoit ce qui l'empêchoit d'aller brûler en un feu et 
le mettoit en état d'aller au ciel ; aussitôt qu'il fut ré- 
veillé il envoya à Kenté chercher un prêtre par sa fem- 
me pour le baptiser, M. d'Urfé ayant vu cette femme alla 
voir ce que c'étoit ; le malade lui ayant dit la chose comme 
je la viens de rapporter, il se mit à l'instruire fortement, 
ce que le malade écoutoit avec une grande attention ; 
après cela M. d'Urfé me vint trouver et j'y allai à mon 
tour, près de 3 mois durant nous lui fîmes successive- 
ment tous deux nos visites, toujours ce malade nous 
écoutoit avec des oreilles si avides que nous étions extrê- 
mement touchés en l'instruisant, ce n'étoit que des regrets 
du péché, des déplaisirs d'avoir offensé Dieu et des sou- 
pirs pour son service, incessamment il nous demandoit 
le baptême afin d'être en état d'aller voir son Créateur 
mais toujours nous différions de lui conférer, soit à cause 
d" la circonspection que nous y apportons, soit à cause des 
grands avantages que le malade tiroit de st?s ferv<'nts désirs 
pour la préparation à recevoir ce sacrement ; Enfin après 

(I) tC72. (J. V.) 



221 

beaucoup d'importunités sur le même sujet nous lui avons 
accordé ses souhaits, lorsque nous avons vu qu'il étoit 
temps de le faire, et depuis avoir été lavé de cette eau 
salutaire ayant édifié un chacun de ceux qui le voyoient 
pratiquer tant de beaux actes de vertu il est mort pour 
vivre plus heureux, allant au lieu des soupirs du dernier 
temps de sa vie ; de pareilles bonnes œu\Tes font la seule 
consolation des missionnaires parmi toutes les peines qui se 
rencontrent dans l'instruction de ces pauvres abandonnés, 
je les appelé ainsi même à l'égard de leurs âmes, parce- 
que très-souvent ils n'ont pas pour le spirituel tout le 
secours qui leur seroit nécessaire, operaravy pauci missi 
veromulta (1). Nous avons 3 Villages dans cette étendue 
de notre Mission, sans compter les cabanes écartées. Il n'y 
pas un de ces Villages ou il n'y eut pour employer un 
bon Missionnaire. Nos principales occupations sont au- 
près des malades ou auprès des enfans qui écoutent vo- 
lontiers les instructions qu'on leur fait et même prient 
bien Dieu en leur langue et se croient bien récompensés 
si après leur instruction le missionnaire leur fait présent 
d'un pruneau ou d'une graine de raisin, ou quelqu' autre 
semblable rafraichissement, ce qui nous sert comme les 
agnus et les images servent en France à ceux qui y 
font le cathéchisme. Les pères et les mères n'ont aucune 
opposition à ce qu'on instruise leurs enfans, au contraire 
ils en sont vains et en prient même souvent les mission- 
naires. Je suis obligé de rendre ce témoignage à la vérité, 
que les Sauvages tous barbares qu'ils sont et sans les 
.lumières de l'évangile ne commettent point tant de 
péchés que la plupart des Chrétiens." 

Voilà un petit crayon de tout ce qui s'est passé dans 
notre Mission, autant que la mémoire me l'a pu fournir, 

(1) Je ne comprends point ce laliu. Et moi, je comprsond qu'on a du 
écrire : — Operarii pauci, messis vro viulta. (J. V.) 



222 

c;ir jamais je me suis appliqué à en faire aiuune remar- 
que, sachant bien que Dieu est une grande lumière et 
que (juand il veut qu'on eonnoisse les choses qui regarde 
sa gloire, il leroit plustôt parler les arbres et les pierres 
Je ne me suis pas fort attaché à décrire les petites peines 
qu'ont pu ressentir les missionnaires de Kenté, ni les 
privations dans lesquelles ils se sont trouvés très-fréquem- 
ment depuis le temps que cette œuvre est entreprise : 
Ce que je puis ajouter à la lettre de M. Trouvé est que 
les missionnaires de Kenté souffriront beaucoup moins à 
l'avenir que par le passé, d'autant que Messieurs du Sé- 
minaire de St. Sulpice ont fourni le lieu de bestiaux, 
cochons et volailles et que Messieurs les Missionnaires 
ont transférés avec beaucoup de peines ; Que si le Roi 
fait faire un jour quelque entreprise sur Nontario, comme 
le lieu semble l'exiger pour tenir les Iroquois dans la 
dernière soumission et avoir toutes leurs pelleteries 
qu'ils viennent faire sur nos terres et qu'ils portent par 
après aux étrangers, ceux qui seront commandés pour 
cette exécution et établissement pourront recevoir de 
grands secours spirituels et temporels tout à la fois de 
Kenté, par le moyen des travaux et dépenses que font 
Messrs. du Séminaire de St. Sulpice en ce lieu : Je ne 
nomme pas en cette histoire ceux de ce Séminaire qui 
font les dépenses du Montréal et de Kenté, quoique 
grandes et considérables, parce que je l'ose pas faire : 
que si ceux qui liront ceci le trouvent à redire, qu'ils 
trouvent bon ({ue je me soumette à leur condamnation 
et que j»' n'encours point la disgrâce de ces Messieurs, 
qui auroit'iii bientôt raturé leur nom, si je le voulois 
mettre sur le papier. 

Ayant conclu cette Relation, on m'a fait voir la lettre 
qui suit, elle est écrite par M. De Courcelles et est adressée 



223 

à Monsieur le Curé du Montréal (1) ; j'ai estimé à propos 
d'en mettre la copie ci-après, afin d'en sceler cette His- 
toire, par ce que j'ai cru ne pouvoir donner plus de poids 
et d'autorité aux vérités qui y sont renfermées qu'en 
usant d'une aussi digne main que la sienne pour faire 
connoitre quels sont ceux dont j'ai entrepris de parler. 

" D.' Québec Ci' 256 7bre., !G72. 

" Monsieur le Comte de Frontenac étant arrivé (2), que 
le Roi a pourvu de ce gouvernement pour me venir rele- 
ver, ayant eu mon Congé de la Cour pour m'en retourner, 
je me prépare à partir, et devant que de m'embarquer je 
suis bien aise de vous écrire celle-ci tant pour l'inclina- 
tion que j'ai pour vous que pour tous vos Messieurs, à 
cause de la fidélité au service du Roi que j'ai toujours 
reconnu en vous, pour vous en témoigner ma reconnois- 
sance. 

" Je vous prie aussi de faire connoitre à tous nos habi- 
tans que je leur rends la justice qui leur est diie, recon- 
noissant qu'ils ont toujours été prêts et des premiers, 
quand il s'est agi du service de Sa Majesté, et qu'ils aient 
à continuer comme ils ont commencé, je témoignerai à 
Messieurs les Ministres, quand l'occasion s'en présentera, 
que Sa Majesté a dans votre quartier de véritables et 
fidèles sujets. 

" Et comme je ne doute pas que les gens qui 
obéissent bien à leur Prince ainsi qu'ils le doivent, 
ne soient des Chrétiens dont les prières sont bien agréa- 

(1i M. Gilles Pérot (d'après autographe), 2me curé de Montréal, du 1er 
Septembre 1664 au 17 Juillet 1680, qu'on le trouva mort d'apoplexie dans 
le Jardin du Séminaire : c'est le 1er jirêtre inhumé dans la vieille église pa- 
roissiale. (J. V.) 

(2) Commission enregistrée à Québec le 12 Septembre 1672. (J. V.) 



224 

blés à Dieu, conviez-les,s'il vous plaît, à le prier pour mon 
heureux retour en France, je demande cette même grâce 
à tous vos Messieurs que je crois qu'ils ne me refuseront 
pas, et à vous particulièrement, de qui j'espère toute as- 
sistance par vos bons suffrages, sur lesquels je vous assure 
je fonde mes meilleures espérances, en vous disant adieu 
je vous prie de croire que je serai toujours de cœur et 
d'affection, etc." 



" Monsieur 



Monsieur Perot curé du Montréal, 

par Monsieur De Courcelles. 



Vraie copie. 

Montréal, Novembre, 11 â 26, 1845. 

Js, Viger. L. J Papineav, 



APPENDICES. 



No. I. p. 25. 

Les A/niales (M>S.) f/e l'Hôtel Dieu de Motitréal ont 
sur ce sujet des renseiunements difierents de ceux-ci et 
fournissent des détails que nos lecteurs pourront 
lire avec intérêt : les voici 

" Made. de Bullion demeura édifiée et très-satisfaite 
de l'entretien de Melle. Mance (à sa 1ère, visite) ; la pria 
d'y retourner pour sa consolation, ce qu'elle lit plusieurs 
fois, et s'ouvrit enfin sur le dessein qu'elle avoit de fonder 
un hôpital dans la nouvelle Colonie : et que, puisqu'elle 
avoit assez de courage et de vertu pour y vouloir aller, 
elle la chargeroit de tout, pourvu qu'elle lui promit un 
secret inviolable; ce qu'elle lit sur le champ 

'• Melle. Mance retourna voir Mde. de Bullion et lui dit 
qu'elle étoit disposée à exécuter toutes ses intentions, con- 
vaincue qu'elle étoit que Dieu la vouloit en Canada pour y 
prendre soin de son hôx^ital. Enlin le contrat se lit dans les 
formes, à la réserve qu'elle ne parut que sous le nom d'une 
personne inconnue qui ne veut point nommer d'autre que 
celle à qui elle coniioit son secret ; laquelle reçut comp- 
tant dans son tablier pour se mieux cacher et à plusieurs 
reprises, — la somme de 60,000liv. ; sur quoi elle assigna une 
pension de lOOOliv. à Mlle. Mance, sa vie durante. Elle 
lui donna en outre phisieurs bijoux de dévotion de grand 
prix, etc." 

" Elle chargea en outre la d. 'Belle. Mance de l'Ad- 
ministration du liien temporel du d. hôpital jusqu'à 



'2-26 

sa mort, ce qu'elle a ext-cuté avec beaucoup de peines 
à cause de ses maladies continuelles qui l'ont obligé de 
garder le lit plusieurs ann»''«'s de suite. Elle ordonna 
par son contrat que la pension de lOOOliv. de Mlle. Mance 
retourneroit après sa mort à l'hôpital, qui a été fondé de 
mille écus de rente; que ce fonds seroit inaliénable, et 
que si à l'avenir l'Isle de Montréal venoit à périr par la 
guerre des Iroquois ou autres accidens, le d. fonds de 
60,000liv., retourneroit à l'Hôtel-Dieu de Paris, qui jouiroit 
de la rente jusqu'au rétablissement du d. Montréal auquel 

elle retourneroit " 

" Mlle. Mance reçut son argent, comme je lai dit, 
à plusieurs reprises ou payments, crainte qu'on ne 
s'en apperçût, ne pouvant pas tout porter à la fois. 
Elle m'a raconté elle-même plusieurs fois agréable- 
ment, qu'elle s'y faisoit porter en chaise et qu'un soir ses 
porteurs lui dirent : — "Mais ! d'où vient, Mlle., que quand 
qus venez ici vous êtes moins pesante que quand vous 
en sortez ? Assurément cette Dame vous aime et vous 
fait des présents. " — Ceci lui donna beaucoup de crainte 
d'être volée et peut-être tuée, ce qui lui lit fort pru- 
demment changer de porteurs et aussi d'heure, pour 
aller voir Mde. de Bullion. Aussitôt qu'elle eut reçu 
toute la somme, elle la mit en fonds de rentes constituées, 
savoir : 2200liv. à l'Hôtel d'Angoulème, qui ont porté peu 
de profit, et point du tout depuis plus de 30 ans, que les 
propriétaires sont morts et leurs biens vendus par dé- 
crets : on nous fait e.spérer cependant que le fonds ne 
sera pas tout perdu, mais il ne produit plus de rente et 
on ne touch»». ri»Mi du fonds (1) ; ce qui obère notre pau- 
vre hôpital notablement et l'auroit ruiné, si notre bon 
Roi ne l'avoit soutenu par ses libéralités, lui ayant donné 



(1) Notre Annalisl»' (^crit ceci en 1697. (.1. 'V^) 



227 

lOOOliv. chaque année, depuis 12 à 13 ans. Mlle. Mance fit 
un autre contrat de 22001iv. sur M. le Baron de Kenty qui 
les prit dans le désir de servir à cette œuvre qu'il aimoit 
et estimoit beaucoup, devant servir à la gloire de Dieu 
et au salut de plusieurs âmes dans le Canada. Il en a 
payé la rente 15 ou 16 ans, puis rendit le fonds qui a 
été employé à soutenir les dépenses de 100 hommes tra- 
vailleurs et artisans que Messr. de St. Sulpice (1) envoy- 
èrent et firent passer de France au Montréal en 1653, à 
quoi Mlle. Mance consentit, à cause, comme elle s'en est 
déclarée plusieurs fois et même par écrit, qu'elle croyoit 
que, sans ce secours, l'entreprise du Montréal auroitpéri 
et échoué entièrement, vu l'état où il étoit alors réduit " 
"Les 16,000liv. restant furent mis sur M. Des- 
bordes qui en a payé la rente jusqu'aujourd'huy .'\A?inaIes 
de r Hôtel-Dieu de Montréal" MS. de la Sœur Blarie 
Morin.) J. V. 
No. II. p. 33. 

Voilà enfin la confirmation (que je cherche depuis 
longtemps) de ce qu'avance Charlevoix sur ce voyage à 
Montréal de M. De Maisonneuve, dès l'automne même 
de 1641, lorsqu'il dit, Tom. I. page 227 de son Histoire 
de la Nouvelle-France : — "M. de Maisonneuve arriva à 
Québec" (en 1641) " avec une fille de condition nommée 
Mademoiselle Manse "..."le Chevalier de Montmagny et 
le Supérieur G-énéral des Jésuites les conduisirent à Mont- 
réal ; et le 15 d'Octobre M. de Maisonneuve fut déclaré 
Grouverneur de l'Isle," Les Sœurs Juchereau, Bourgeoys 
et Morin ne parlent point de ce fait, qu'on me dit être 
cité, pourtant, dans la Relation du P. Vimont (2). 

J. V. 



(1) Non, mais MM. les Associés du Montréal. (J. V.) 

(2) J'ai vu, depuis, cette Relation du Père Vimont. — Je l'ai copiée à la p. 
107 et suivantes du T. II de " Ma Saberdache, Lettre M." C'est un article 



X.). 111. i>. M7. 

L«^ " C^hàt«'au " d()iit])arlt' ici M. Dollicr t-st le syiioiiyiue 
(lu Forl-à-bnstioiis «Mi bois (juc construisit M. île Maison- 
lu'uvo i)tni après sou arriv«''»'. sur les plans et sous la di- 
ri'ction (It* M . i^ouis D'Aillt'honl <lc ('oulonLics ( 1 ). Tous les 
coiitcuiporaius s'accordent à «*n Jixer le site à la pointi', 
depuis appelée, Potn/f-à-Ca/firre, d'ai)rès le chevalier 
Hector de Callière. «rouvenicur (le Montréal, de l(jS4 à 
à lG!>i>. «juil devint (louvcrneur général. • La Jlniso/i- 
du-Forl de M. de, Chouiedey (-)," dit la f^d'ur Morin. "a 
subsisté l'année ItiSli ou '8'^, qu'on acheva de la démolir, 
(luoicju'tdle lu' l'ùt (jue do bois, où est à présent la Mai- 
son de M. de C.illieres ('>), notre ;2(»u\ ('r)icur d aujour- 
d'huy. (lt;'.»Tj." 

Nous avons i)u voir dans notre jeune tenii)s les 
traces d«^ ctMte ancienne Muison foi-lifivt', à la l'ointe 
à Oallière ; elle avait été l>âtie en pierre par son pro- 
priétaire, ei)ncc.s>i()nnaii"c du site <|uellc a\ait «»ccu])é 
par acte notarié du - juillet l»;ss. ( )ii r;i|»pel;iit le 
Ch<Ur(ii(-Citllicri'. tant a cause de ses ailes servant de bas- 
tions, q,ue de riloi-' (jiii l'habitait: on en V(»it le i)lan con- 



oiit-j'i-lail iiit-T-sfanl, 'pK' li- i»*lil vov.ij:»' fi Moiilnnl tlii I*. Viiimnl f\ de 
SCS coiii|»H^'iit)ti.s l'ii l«ii.'. .If (lf(;l,'iri' iiî-lriiL'Mili ()iiii-((M'(u<- II'- Ip lira |MnsnvPc 
jilaisir, IS'it). (.1. V.i 

[Nmis iivi>n>iiii il<-vi»ir lais^t•^ «ftl»- iiotcilatis ^oii iiil<f.'rili'. Klli- iiii.iilr'' 
(lulionl !•• travail (!■• n>vi>iiiii ri tir cniiiriitiii /impiol sr livrait le Ccmi- 
mafi(l''ur Vi?»T ; iHi- fait voir i-nsiiili», «lu'à IV'jmhjuo oh il a coninD'iio*! à 
aniiotfr r«'tl«* ///.«/'(//'»• on n'avait pn< i-îicrtiv imis Jps ronsi'i;.MiennMit<8 <pip 
ri'Ui- «lumii'iil Jiiijtiiird'liiii lii piinpn'>hi"ri c'iMiifiiM<> il<'s ltrliili(in<i. M 
Viç(ir oi) avait copii- Ifs plus rai»--..] 

<!) ViiV'/ aussi pa^'f .'»(». 

r' *. ,.lpTii.--it j." . hn'.Mii .!.' M. Dftjli.-i .1 \ 

iiiliiprnpli»'. (J. \ 



229 

serve dans toute son intéofritr, aux plans de Moiilrral de 
1723 par M. de Catalon-iic, et de 17(51, par M. V. [>al)ros- 

86. 

J. V. 

No. ly. p. 39. 

Chaniplain est venu })lusieurs fois à Montréal et a même 
dressé une carte du lieu (1), où il indique, à ne s'v pou- 
voir tromper, la Pot nfe-à-Calliùre comiae X)oint de son 1er 
dé]:)arqu(anent et de son 1er séjour. Il bâtit quelquc^s 
cabanes pour la traite, y sema des o-raines de jardin 
et y éb'va une petite muraille en briques. Il remar- 
qua à :20 toises de cette Pointe un petit ilet d'enviroîi 
cent pas de loni]^. Il appelle " Place Ruijale," mais jamais 
Monl-Ro/jnl ou Mont-Pi,6al\<i coin de terre qu'il défricha et 
habita ; et il est important, ce me semble, pour lintellioen- 
cèdes événements historiques de ré])<)quede Champlain, 
de bien serapi)eler que dans l'itinéraire des navii>-ateurs 
de ce temps, un " Voyaa'O à ^Montréal," était ap- 
pelé un •■ Voyan'e au Orand îSault ^^t. Louis.'' Au.><si tard 
enfin que ltj()3, on lit à l'acte notarié du Mars, par le- 
quel les As.sociés de ^[ontréal l'ont donation de cette Ile au 
Séminaire (h» St. Sul])i('e de l'aris : — ''l'Isle de Montréal, 
située en la Nouvelle-France sur la Kivière St. Laurent 
au Sault St. Louis, sous le 44(( deu'ré. etc." (2) 

J. V. 
No. V. ]). 113. 

Le documt^nt suivant a le mérite de relever deux 
erreurs du K. V. De C'harlevoix. Cet (\^timable historien 
semble lixcr ;iu In- Se])t. l(!;")t!le coiiibnt où le 1*. L. (lar- 

.! 1)111-^ sn., v.x I..' ■ >i.- Itil 1. .1. \ ., 
-' Voir Eilils ol Onioniiaiicos. Vol. I. |iag'' .S"2. (.1. V.i 



230 

reau fut blessé à mort, et son décès au 4. Le Reg-istre 
de Paroisse contredit ces deux laits, et voici comment: — 
" Anno 1). 1656, die 2 Septembris, circà undeciman 
" noctis horam, animam Deo reddidit P. Leonardus Gar- 
" reau, SacerdosSocietatisJesu, omnibus sacramentismu- 
" nitus, glande plombω percussus ab Irocacis die 30 
" Augusti, dùm Evangelii prœdicandi causa Superiores 
" Regiones peteret. Vir eximiis Dei donis et virtutibus 
" prœditus. Postridie per me Claudium Pijart ejusdem 
" Societatis Jesu iSacerdotem sepultus est in Cœmeterio, 
" Loco Sacerdotibus designato." (Extrait.) 

J. V. 
No. VI. 127. 

Si l'on en devait croire M. Dollier sur son récit, ce petit 
voyage de nos deux hospitalières de Québec n'aurait 
rien que de bien naturel et de bien innocent, et M. de 
Maisonneuve comme Mlle. Mance auraient été joliment 
mystifiés. Ce voyage de nos RR. Mères de la Nativité 
et de 67. Paul se présente pourtant sous un bien différent 
aspect à l'esprit du lecteur, quand il voit le motif qu'en 
donne la li. Mère Juchereau de St. Ignace dans son 
" Histoire de C IIôtel-Dieu de Québec,''' ouvrage publié en 
1754 avec l'approbation sans doute de sa Communauté, 
et toute mystilication disparait à la lecture de ce que 
disent sur ce même sujet les " Annales MS. de V IIôtel- 
Dieu de Montréal." Confrontons nos auteurs avant de 
prononc«'r <'t consultons pour cela, ma " Notice historique 
sur f AJjbé de Queulus.'' 

J. V. 

No. VII. p. 134. 

M. L'Abbé Faillon, Ptre. de St. Sulpice de Paris, a pu- 
blié, pour la 1ère fois peut-être, en 1841, la "Déclaration 



231 

de Melle. Jeanne Mance " par elle écrite et signée, comme 
il y est dit in fine, — " de la même main dont j'ai reçu 
l'usage."— Elle porte la date du 13 février 1659. C'est 
la 2e attestation de cette demoiselle qui en avait donné 
une première le 2d du même mois, jour du miracle. 
(Voir " Vie de M. Olier," Paris, Poussielgue-Rusand, 
1841, Tome II, p. 518.) 

J. V. 

No. VIII. p. 150. 

Extrait du Registre de la Paroisse de Montréal. 

" 1660, Juin 3. Nous avons reçu nouvelles par un Huron 
" qui s'étoit sauvé d'entre les mains des Iroquois qui l'a- 
" voient pris prisonnier au combat qui s'étoit fait huit jours 
" auparavant entre les d. Iroquois qui étoient au nombre 
" de 800 et 17 François de cette Habitation et 4 Algon- 
" kins et environ 40 Hurons, au pied du Long-Sault (1), 
" que 13 de nos François avoient été tués sur la place 
" et 4 emmenés prisonniers, lesquels du depuis nous 
" avons appris par 4 autres hurons qui se sont sauvés 
" aussi, ont été cruellement brûlés par les d. Iroquois en 
" leur pays. Or les noms des d. François étoient : 

" Adam Daulat (2), commandt., Jacques Brassier, Jean Ta. 
" vernier d. Lacochetière, armurier, Nicolas Tiblemont, ser- 
" rurier, Alonce De L'Estre, chaufournier, Laurent Hébert 
" dit la Rivière, Nicolas Josselin, Robert Jurie. (Nous avons 
«' appris qu'il s'est sauvé par les Hollandois et retourné 
" en France,) Jacques Boisseau, Christophe Augier d. Des- 
^^ jardins, Etienne Robi?i dit Desforges, Jean Le Compte^ 
" Louis Martin, Jean Valets, René Doucin, Frs. Crusson d. 
" Pilote et Simon Grenet." 



(1) Rivière des Outaouais. (J. V.) 

(2) Adam DoUard, Sieur Desormeau.x. (J. V.) 



Je remarqurriii qu'aïufs ins.j)t'(ti()U du Ki'uistrr, j ;ii 
pu constater que iJoUarcl était un jmuu' honune dv 2r> 
ans et (jUf tcius les autres, à Ifxeeption de deux qui 
avaient oO et >i\ ans, étaient des jeunes gens de lil à 27 
ans au plus. N'est-il pas extraordinaire que Charlevoix 
n'ait rien dit de cet étonnant fait d'armes ? Les Jésuites 
en parlent amplement dans leur " Relation de lôô!<- 
1660." parle V. Laleur.int. 

J. V. 

^o. VIII. his, p. 151. 

M. Vi'jer avait commencé sur la maison de Ste. Marie 
une note (juil n'a pu terminer. Pour y suppléer nous 
empruntons à l' Jlialoire île lu Colonie Fratiçaise en Ciinada 
t. 11, i>. -M^T. le passaire suivant : " M. de Queylus, avant 
" son déi)art du Canada, avait établi les maisons de ISt. 
'• Crahri<'l et de Ste. Marie. Sil lit ccmstruire cette dernière 
'• dans un lieu éloiiiiié de plus d'une demi-lieue de Ville- 
" Marie, et par conséquent si exposé aux pilleries des Jro- 
" quois, c'est qu'apparemment il y avait-là des g-raiids es- 
■' ]>aces de terres, défrichées autrefois, probablement par 
" les sauvaii'es du village de Tiilona'^iii/. dont i)arle .îac- 
" ques Cartier, et qu'on ])ouvait b's remettre en culture 
" plus aisément et avec moins de dépenses ; car le Tillaî*-e 
" de TulonaLiUN" semble a\ oir été situé dans le lieu même 
"de Sic. Marie (aujourd'hui tMi dehors de Ja barrière du 
" ried-du-Courant), puis(pie, d'a^n-es Cartier, ce village 
" était environ à deux lieues au-dessous des C'hiites d'eau, 
'' appelées ensuite de la Chine, ce ((ui convient tré.s-bien 
" à la position de Sainte-Marie. " 

Ajoutons a cela (|iu' M. haillon rapport»' aux terres de 
St (îabriel et de Ste. Marie ce que M. Dollier dit à la 
paire 128, et <iue le nom de la rue Ste. Marie vient évi- 
demiii-'iit de celui (le la Maison du Sémiiuiire. 



233 
No. IX. p. 161. 

Pas tout-à-fait comme cela. M. l'Abbé de Queylus, 
qui ne voulait pas reconnaître ici l'autorité de Mgr. de 
Pétrée, mais y maintenir celle de l'Archevêque de 
Rouen dont il avait des lettres de G-rand-Vicaire, repassa 
un peu malgré lui, en France, dans l'automne de 1659. Il 
y était à peine arrivé, que le Roi lui fit l'honneur de lui 
écrire la lettre dont suit copie, conservée aux Archives 
du Diocèse de Québec : — 

" M. l'Abbé de Queylus. — Ayant esté informé que 
" vous faisiez estât de partir au plus tost par le premier 
" vaisseau pour retourner en Canada, et ne désirant pas 
" pour bonnes considérations qus vous fassiez ce voyage, 
" je vous fais cette Lettre pour vous dire que mon inten- 
" tion est que vous demeuriez dans mon royaume vous 
" défendant tres-expressement d'en partir sans ma per- 
" mission expresse à quoy m'assurant que vous satisfe- 
" rez : Je ne vous ferez la présente plus longue que pour 
" prier Dieu qu'il vous ait M. l'Abbé de Queylus en sa 
" sainte garde. 

" Ecrit a Aix, ce 27 février, 1660. 

(Signé) "LOUIS." 

et plus bas — (Signé) " Le Tellier." 

Ceci ressemble à une lettre de Cachet, à laquelle 
il ne convenait guère, pour un homme de la robe de 
l'abbé, de ne pas se soumettre. Il ne le voulut pas» 
néanmoins, car le 3 août 1661, M. de Queylus était à 
Québec, en dépit de la défense du Roi. Mgr. de Pétrée 
sachant son arrivée lui fit signifier, dans les formes ec- 
clésiastiques, de ne pas passer outre jusqu'à la venue du 
prochain vaisseau de France, et de n'aller pas surtout à 

C* 



234 

Montroal, — " sans iiostro permission, sous poino de déso- 
béissance et de suspeiitions ab o^irio Sarnrdotis, encourue 
ipso facto'\ — Lettre du 5 août. 

L'Abbé était en trop beau chemin pour s'arrêter, il 
partit, mais de nuit, pour Montréal, et l'Evoque lui écri- 
vit le 6 août, IDtJl : ..." Et d'autant que dei)uis nostre 
" Ordonnance Nous avons appris que non seulement 
" vous vous disposez à partir au plus tost, mais en- 
•' core que le jour d'hyer cinquiesme aoust, vous vous 
" estes embarqué de nuict, nous vous réitérons les dellen- 
'* ses cy dessus, et au cas que vous ne retourniez a 
" Québec pour y recevoir nos ordres et y obéir, nous vous 
" déclarons suspens ab ojjicio mrerdotis, encourue iji^n fnr- 
" to que vous passerez outre. 

'• Ce sixième Aoust mil six cent soixante et un." 

(Signé) " FliANÇOLS." 
" Evesque de Québec." 

Il repartit pour France le 22 octobre 1661, sur Lettre de 
cachet adressée, dit l'Abbé de la Tour, au Baron du Bois 
d'Avauçour, Gouverneur général (Ij 

.T. V. 

No. X. p. 172. 

Marie des Neiges est la première fille iroquoise baptisée 
à Montréal. Voici les entrées faites au Itegistre de Pa- 
roisse sur le baptême et le décès de cette enlant sauvage. 
" 1 658, Août 4.- A esté baptisée Marie, fille de Totinataghé- 
" Agnoron, ce qui signifie les deux Villages, et de Teon- 
" nhetharay, qui veut dire il y a des Pins, ses père et mère. 



(I) " M. l'Abbô de Kéliis re<:>'l l'orflro de n-toumor en France, qu'on lui 
fit «ignilier .'i Monln-al [lar un commandant ol une escouade de soldats.'' 
(Abbo de Bolinout). 



J 



235 

" — laquelle mère étant venue en ce lieu au retour de sa 
" chasse avec d'autres Sauvag-es de son Village, a donné 
" volontairement sa ditte fille, âgée d'environ 10 mois à 
" M. de Maison-neufve, Gouverneur de ce lieu, pour en 
" disposer comme de sa propre fille, lequel l'a acceptée 
" en cette qualité ; et la ditte mère ayant, quatre jours 
" après, la d. donation et acceptation confirmé, promet- 
" tant de ne la redemander jamais, il l'a fait baptiser et 
" en a esté le parain, et la maraine, Damelle. Eliza- 
" beth Moyen, femme du Sieur Lambert Closse, Sergent- 
" Major de la garnison. La dite fille âgée d'environ neuf 
" mois." 

" 1663, Août, 11. — A esté enterrée Marie surnommée 
" des Neiges, âgée de 5 ans et 10 mois, prise à la Congré- 
" gation. Elle étoit Agnierone. Donnée pour fille à 
" M. de Maisonneufve par sa mère, à l'âge de 10 mois." 

J. V. 

No. XL p. 177. 

U Histoire du Montréal nous révèle ici un fait icnoré 
jusqu'à présent (1845). Sur l'afiirmation de Charlevoix 
(Tom. 1er p. 407, édit. in 4 to.) on avait cru que M. de 
Maisonneuve s'était retiré de lui même et que son succes- 
seur immédiat avait été M. Perrot. M. Dollier nous ap- 
prend le contraire, sans cependant nous donner assez de 
détails pour nous permettre de trancher la question. Il 
faut donc l'examiner. 

D'abord, il est certain, comme nous le ferons voir dans 
■ un travail que la Société Historique publiera bientôt, que 
M. de Maisonneuve a souvent été remplacé dans le gou- 
vernement de Montréal pendant les voyages qu'il faisait 
en France. Ainsi M. D'Ailleboust le remplaça en 1652, 
M. Closse en 1657, M. Dupui en 1662, Le remplaçant 



23G 

prenait ordinairement le titre de Commandant ; cepen- 
dant M. D'Aillehoust est désigné comme Gouverneur. 

[Par lettre patente du 13 Fé\Tier 1G44, le lioi avait ra- 
tiiié l'acte de ceission de l'Isle à la Compa^^nie de Mont- 
réal, consenti par M. Jean de Lauson le 7e août ^ 640, et 
celui de confirmation de la dite cession par la " Compa- 
gnie des Cent Associés," du 17 décembre suivant. Ces 
lettres de ratification donnaient en même temps aux 
Associés du Montréal la justice de l'Ile et " le pouvoir 
de nommer le Gouverneur de la nouvelle colonie et d'y 
avoir du canon, etc". Ce pouvoir fut librement exercé jus- 
qu'en 16*33, et M. de Maisonneuve remplacé quelque- 
Ibis, comme nous venons de dire, fut tout le temps 
gouverneur de Montréal ; mais en 1663, M. de Mesy ôta 
au Séminaire et la Justice et le droit de nommer le gou- 
verneur : M. de Maisonneuve reçut de nouveaux pou- 
voirs (1) pour Montréal, de M. de Mesy avec cette clause 
" qu'ils cesseroient quand M. de Mesy le jugeroit conve- 
" nable' . 

Enfin au mois de Juin 1664 M. de Mesy nomma M. 
de Latouche (2) à la placi- de M. de Maisonneuve " et 
*' fit commandement à celui-ci, dit la Sœur Morm, de 
" retourner en France, comme étant incapable de la 

*' place et du rang de gouverneur qu'il tenoit ici 

•' Il repassa en France." 

Il ne paraît pas, cependant, que M, de Maisonneuve 
ait obéi immédiatement. M. Dollier ne met son départ 
qu'en 1660, et on voit son nom à certains actes des regis- 
tres de la paroisse de Montréal aux dates du 6, du 13 et 



(t) Commission du "23 (Jclobr^, 18G3. 

(2) Elienn»; IV-zanl <!.' la Touch»^, Srîipneur «le Chamjiluin. I)o liii sont 
vomis los La Toiich<! rl(* Champlain. dont (jnpl'iiK's-uns no s'iippol'Tont que 
Champlain et crurent avoir d«>s rap|)orts du paronb^ avrc l'illustro fnn<laleur 
de Québec. La commission du gouverneur d« Montréal est du 21 juin. iGG<. 



237 

du 20 avril, 1665. Le titre de gouverneur de Montréal 
lui est conservé dans ces actes. Il a pu être encore à 
Québec lors de la mort de M. de Mesy, 5 mai 1665, 

Il semblerait que l'administration de M. de Maison- 
neuve doive se terminer au 21 juin 1665. Ce n'est pas 
cependant ce que Charlevoix donne à entendre. Cet 
historien ne parle ni des indignités prodiguées à M. 
de Maisonneuve, ni de la commission donnée à M. 
de Latouche en violation flagrante du droit in- 
contestablement admis à la '• Compagnie du Montréal " 
par la lettre de ratification du Roi. " 11 se fit alors (1670,) 
'• dit-il quelques changemens par rapport au Gouverne- 
" ment de Montréal. M. de Maisonneuve ayant souhaité 
" de se retirer, M. de Bretonvilliers Supérieur G-énéral du 
" Séminaire de St. Sulpice, nomma de droit pour le remjda- 
" cer M. Perrot, qui avoit épousé la Nièce de M. Talon. Ce 
" nouveau Gouverneur jugea que la Commission d'un 
" Particulier ne lui donnoit pas un caractère qui con- 
" vînt à un Officier du Roy, et craignit peut-être que les 
" services qu'il rendoit dans ce poste ne lui fussent pas 
" pas comptés. Il demanda donc et obtint des Provisions de 
" Sa Majesté, où il étoit expressément marqué, qu'elles avoient 
" été données sur la nomination de M. de Bretonvilliers." 

Telle est la version de Charlevoix qui tend à établir 
que M. de Maisonneuve a été gouverneur sans interrup- 
depuis 1641 jusqii'à 1670. Voyons celle de M. l'abbé 
Paillon (1): "Un des premiers actes de M. Talon 
" ce fut de rendre au séminaire la justice de l'ile de 
" Montréal. On lui rendit aussi le droit de ?iommer le 
''gouverneur, et sur le choix que fit M. de Bretonvilliers 
" de la personne de M. Perrot (M. de Maisonneuve étant' 



(1) Vie de lu Saur Bourgeois T. 1. pp. 174-175. M. Viger n'a ] as eu con- 
naissance de V IHsloire de la Colonie Française en Canada. 



238 

" trop âgé pour retourner en Canada), le roi expédia des 
" lettres pour ce gouvernement en déclarant qu'il 
" vaquait alors par la démission de M. de Maisonneuve (1); 
" ce qui donnait à entendre que la nomination du Sr. La- 
" touche était nulle, comme contraire au droit des Sei- 
" gneurs." 

Peut-on maintenant dire que M. de Maisonneuve, 
eut pour successeur M. de Latouche ? Je ne le 

crois pas Quelques recherches que j'ai faites au 

Refj^istres de Paroisse, et laissé faire au Greffe de 
cette ville par le patient M. U. Beaudry, on n'a trouvé 
nulle part le nom de M. de Latouche, ni comme simple 
particulier, ni comme gouverneur, de 1664 à 1670. Au- 
cun acte d'administration de sa part n'est encore venu 
au jour. Il n'a donc pas succédé à M. de Maisonneuve, 
selon moi au moins, et je ne saurai le qualifier de 2me 
Gouverneur de 3Iontréal (2).] 

Mais puisque M. de Maisonneuve était absent, et qu'il 
fallait à Montréal une autorité pour maintenir l'ordre, 
sur qui les fonctions de Gouverneur sont elles retom- 
bées ? 

Non pas sur M. de Latouche. Sa commission était du 
20 Juin 1664, et le 18 Juillet de la même année M. 
Souart présentait au Conseil Souverain la copie des 
pièces qui établissaient les droits du Séminaire. Il est 
assez proh)able que le Conseil ne voulut pas troubler M. 
de Maisonneuve jusqu'au moment de la production des 
oritrinaux. Mais suivant M. Faillon, M. de Tracy aurait 
destitué M. de Maisonneuve dès le mois d'Octobre 1665 
et nommé à sa place M. Zacharie Dupui. La commis- 
sion de ce dernier porte cependant : " Ayant permis à M. 



(I) Archives '!<■ la MiniKî. R ^^.slr.-s .k-s l-).'i,è.li.p, 1071, f..l .')'2. 
(î) Extrait du MS. intitulé : (jouveinanml ri Gouverneurs de Montréal, 
par J. Vi^-'cr. Cet opuscule sera prochainement publié. 



239 

" de Maisonneuve Gouverneur de Montréal de faire un 
" voyage en France pour ses affaires particulières, nous 
'• avons jugé ne pouvoir faire un plus digne choix, pour 
" commander en son absence que la personne du Sr. Du 
" Puis" (1). 

Nous avions déjà constaté nous même que M. Dupui 
fût Commandant à Montréal. Il portait encore ce titre en 
1668 à son contrat de mariage devant Eageot, le 22 
octobre. 

Mais en 1669, le commandement parut dévolu à M. de 
Lamotte {Greffe des Audiences, 1669) (2), qui le possédait 
encore le 10 mars 1670, où il est qualifié, dans le contrat 
de mariage du Sr. Abraham Bouat, de : " Noble homme 
Pierre de St. Paul, Sieur de la Mothe, Commandant de cette 
isUr 

Il est probable que M. de Lamotte fut le dernier 
remplaçant de M. de Maisonneuve, les droits de ce der- 
nier se trouvant implicitement reconnus jusqu'à la nomi- 
nation de M. Perrot. 

Il n'est peut être pas inutile de dire que ce dernier prit 
d'abord lui aussi le titre de Commandant du lieu jusqu'en 
1671, qu'il reçut une commission royale. En même 
temps on voit " Messire Sidrac Du Grué " s'appeller 
tantôt Commandant de ce lieu, tantôt Commandant des 
Armes du Roi. 

No. XII. p. 187. 

Voici une anecdote qui trahit notre auteur en nous 
faisant connaître que t Ecclésiastique dont il nous cèle ici 
le nom avec tant de modestie et de circonspection, était 



(1) Histoire de la Colonie Franraiso, T. III, p. 111. 

|2) Des le 14 janvier 1669, M. Dupai est désigne par son ancien titre 
de " Major de ce lieu" (Reg. de la Paroisse.) 



240 

M. Dollier de Casson, lui-même. Voici comment j'établis 
ce iait. 

M. Crrandet, curé de Ste. Croix à Angers, a laissé une 
Notice manuscrite sur M. Dollier : j'en ai une copie et je 
lis ce qui suit : 

'■ Sa charité éclata dans le service qu'il rendit aux 
" troupes françoises en qualité d'Aumônier dans la guerre 
" d'Agnié (1). Ce fut à peu près dans ce tems là qu'il fit 
'■'• un acte de la charité la plus héroïque et digne d'une 
" mémoire éternelle Un soldat s'étoit enfoncé dans la 
" glace sur le lac Champlain et étoit prêt à se noyer. Le 
" trou dans lequel il étoit tombé étoit de très-difficile 
" abord ; les glaces étoient foibles et fort rompues par les 
" efl^brts que faisoit ce soldat pour se sauver, personne 
" nôsoit se commettre à un si grand péril, pour l'en dé- 
" liver. M. Dollier seul, armé du sifi^tie de la Croix, lui 
" tendit généreusement le bras, s'avançant sur le bord 
" du précipice ; et Dieu lui donna, comme par miracle, 
" toute la force, la dextérité et la vitesse nécessaires pour 
" le tirer de l'eau." 

M. Grandet dit en outre de M. Dollier : — " Qu'il a voit 
" une taille avantageuse et une force si extraordinaire 
" qu'il portoit deux hommes assis sur ses deux mains." 

Encore: — " Qu'avant d'entrer dans les Sts. Ordres"... il 
" suivit le parti des armes, fut Capitaine de Cavalerie, 
" servit sous le Maréchal de Turenne, et s'acquit par sa 
" V>ravoure l'estime de ce grand Général d'armée. 

J. Y. 

No. XIII. p. 160. 

Extraits du Ivegistre de la Paroisse pour 1661. 
" 1661, Murs, 28. — Vincent Boutereau, Sébastien Du 
" Tuy, Olivier Martin, Pierre Martin dit Larivière ont 



(1) Expi lition do M. «le Tracy en 1666. 



241 

*' été enterrés, tués le 24 .par les Iroquois, — et Michel 
" Messier, Pierre Cannin dit Le Grand Pierre, Pierre 
*' Pitre, hollendois, et Jean Millet, emmenés prisonniers 
•' le dit 24 Mars." 

" Du depuis, nous avons appris que les Iroquois ont lue 
" le Grrand Pierre, que Pitre s'étoit sauvé d'entre leurs 
" mains, et comme on ne l'a pas revu ici, il y a apparence 
" qu'il est mort dans les bois, et qu'ils ont tué Jean 
" Millet à coups de bâtons." 

" 1661, Août, 24. Jean Pichard, tué à la Pointe St. 
" Charles." 

" Août, 29. Messire Jacques Le Maître, prêtre, 

" Econome du Séminaire, et Gabriel Rié, tués. Les Iro- 
" quois ont emporté la tête de M. Le Maître. Enterrés 
" tous deux le 30 Août." 

" Septembre, 28. François Bertrand, Sr. de la Fre- 

minière, soldat, tué par les Iroquois." 

J. V. 

No. XIV. p. 165. 

Extrait des Registres de la Paroisse. 

" 1662, Mars, 13. Nous avons reçu nouvelle par des 
*' lettres du R.P. Lemoyne, estant en mission à Onontaghé, 
" que Messire G-uillaume Vignal qui avoit été pris par les 
" Iroquois à l'Isle-à-la-pierre, le 25 Octobre dernier 
" (1661), a été tué par eux deux jours après," (c'est-à- 
" dire le 27 ), " et que le Grenadier Claude de Brigard, 
*' Soldat et Secrétaire de M. le Gouverneur, qui fut 
*' pris en la même occasion, âgé de 30 ans, a été cruelle- 
" ment brûlé par eux dans leur Village." 

Extrait des Annales de V Hôtel-Dieu de Montréal. 

" Vers la fin de l'année 1661, M. Vignal fut tué par les 
*' Iroquois, à demi-lieue de V Habitation, en un lieu appelé 
" risle-à-la-pierre, où il étoit allé afin d'en tirer d'une car- 



242 

" riùre qui est en ce lieu-là, pour bâtir le Stminaire, dont il 
" avoit été fait économe après la mort de M. Le Maître. 
" M. Vignal ne lut pas seulement tué, mais ces malheu- 
" Teuxjire/il rôtir ce qu'il avoit de chair en son corps et la 
" mangèrent " (MS. de la Sœur Morin, ItlOT) 

J. V. 

No. XY. p. 177. 

C'est au Fief St. Joseph de nos jours, alors propriété de 
l'Hôtel-Dieu et maintenant celle de THon. F. A. Quesnel, 
que Rolin Bazile lut tué, et Guillaume Jérôme blessé à 
mort par les Iroquois, le 24 avril 1665, et que Jacques Pe- 
tit et Montor furent pris et emmenés par ces Sauvages, le 
même jour. Les Annales de C Hôtel-Dieu disent à cette 
occasion. 

" Malgré toutes les caresses des Iroquois prisonniers 
«' dans notre hôpital, leur Nation ne laissa pas de faire 
'' coup à St. Joseph, qui ne faisoit que commencer à s'éta- 
" blir. De 4 travailleurs que nous y avions il en prirent 
•' deux, en tuèrent un sur la place et blessèrent l'autre à 
" mort : cela dans le désert qui étoit encore bien petit 
•' et tout proche de la cabane où étoit le bonhomme Joi- 
" neau (1), qui apprêtoit le diner comme Maître de la mai- 
" son. Il eut la présence d'esprit de ne point sortir de- 
" hors, mais au contraire ferma sa porte et se mit en devoir 
•' de se défendre, monlrnnt les armes aux ennemis, qui 
" n'osèrent l'attaquer par un efiet de la providence de 
" Dieu toute pure. Quand on vint sonner la cloche et 
" qu'on dit que les ennemis étoient à St. Joseph, je n'eus 



(I) " C'-toil lin vieux pari^nn, assez flévot, rlit la Sœur Morin, qi.i sV-toit 
donné à nous vers lOfil, avoc co qu'il nvoit de bien, savoir : 15 arpent^ 
de terre dont la moitié en valeur, un^ petite grange de bois et une cabanne 
sous lern-, dont la cheminée éloit une souche pourrie : plus, une vache et 
un cochon. (JV.) 



243 

" point d'envie de monter au clocher On dit d'abord 

'• que tout étoit pris et tué, et la maison pillée. La mort du 
" bonhomme Joineau touchoit nos Sœurs plus que tout le 
" reste, par reconnaissance du bien qu'il leur avoit déjà 
" fait et qu'il leur pouvoit faire encore en prenant soin de 
" leurs travaux, et d'un autre côté, pour sa vertu et ses 

" bonnes qualités Joineau vint lui-même apporter 

" la nouvelle qu'il n'étoit ni pris, ni tué, et que la maison 
" étoit encore en son entier, les ennemis n'y étant point 
" entrés. Il en sortit à la faveur de ceux qui étoient venus 

" au secours dont la vue avoit fait retirer les ennemis 

•' Joineau redemanda d'autres travailleurs pour retourner 
«' avec lui à St. Joseph, ne perdant pas courage pour cette 
" perte et le péril qu'il avoit couru. On lui donna 4 autres 
•' hommes, en leur recommandant de se tenir mieux sur 
" leurs gardes." {MS. de la Sœur Morin.) 

J. V. 

No. XYI (1). p. 15. 

Concession par la Compagnie de la N. F. de l'Ile de 
Montréal en faveur de Me. Jacques Girard, Seigneur 
de la Chaussée. 

15 Janvier 1636. 
La Compagnie de la N'^''" France a t. près, et à 
venir Salut — Le désir que nous avons d'accroitre la 
colonie en la N'^'i'? France nous faisant recevoir 
ceux qui peuvent nous assister en cette louable entre- 
prise et voulant afin de les y inciter davantage, les o-rati- 
fier de quelque portion des terres à nous concédées 
par le Roy après avoir été certifié des bonnes intentions 
de Messire Jacques Girard Chevalier, Seigneur de la 



(I) G i'?t par erreur qu'à la page 16G on a oublié de mettre bis à la réfé- 
rence XVI. Pour cette note, voir plus loin No. XVI bis. 



244 

Chaussée, à iceluy pour ces cau/ses et autres à ce nous 
luouvans et en vertu du pouvoir à nous donné par Sa 
Majesté avons donné et octroyé, donnons et octroyons 
par ces présentes l'étendue et consistance des terres 
ainsi qu'il en suit. — C'est à savoir l'Ile de Montréal si- 
tuée en la Nouvelle France dans la rivière St. Laurent 
au dessus du Lac St. Pierre pour en jouir par le dit 
Sieur de la Chaussée ses successeurs ou ayant cause en 
toute propriété, justice et seii^neurie à perpétuité tout 
ainsi et à pareil droit qu'il a plu à Sa Majesté donner le 
pays de la N " ' France à la d. compagnie à la réserve 
toutefois de la foi et hommage que le dit Sieur de la Chaus- 
sée ses successeurs et ayant cause seront tenus de porter 
au Fort St. Louis de Québec, ou autre lieu qui sera désigné 
par ladite Compagnie par un seul hommage lige à chaque 
mutation de possesseurs des dits lieux avec une médaille 
d'or du poids de mi-once et le revenu d'une année de ce 
que le dit Sieur dt> la Chaussée se sera réservé après 
avoir donné en fief ou à cens et rentes tout ou parties 

des dits lieux ressortiront pardevant le Prévost ou 

baillitf qui sera établi par la compagnie en la rivière des 
prairies et par appel au Parlement du dit lieu que les 
hommes que le dit Sieur de la Chaussée et ses successeurs 
feront passer en la N '''" France tourneront à la dé- 
charge de la Compagnie et seront réputés du nombre 
de ceux qu'elle y doit faire passer selon l'Edit de son 
Etablissement et à cet effet ceux qui en feront les em- 
barquements seront tenus de faire tous les ans au Bureau 
de la Compagnie le rôle des hommes qui s'embarqueront 
dans les vaisseaux pour aller au dit pays, afin que la 
dite compagnie en soit certifié sans toutefois que le 
Sieur de la Chaussée ses successeurs ou ayant cause ni 
aucuns qu'ils auront fait passer au dit pays puissent trai- 
ter avec les Sauvages des peaux autrement qu'aux condi- 



245 

tions du dit Edit et en cas que le dit Sieur veuille faire 
porter à la dite étendue de terre quelque titre et nom 
plus honorable il se retirera à cet effet pardevant le Koy 
et Monseigneur le Cardinal de Richelieu pair de France, 
Grand Maître, chef et surintendant général de la naviga- 
tion et commerce de ce lioyaume pour lui être pourvu 
conformément au dit Edit. Mandons au Sr. de Montma- 
gny, chevalier de l'ordre de St. Jean de Jérusalem, Gou- 
verneur pour la dite Compagnie sous l'autorité du Roy 
et de mon dit Seigneur le Cardinal Duc de Richelieu de 
Québec et des autres lieux et place étant sur le fleuve St. 
Laurent que de la présente concession il fasse et souffre 
jouir le dit Sr. de la Chaussée, lui assignant les bornes et 
limites des clauses ci dessus ainsi qu'il appartiendra. 

Fait en l'Assemblée générale de la Compagnie de la 
Nelie France tenue à Paris en l'Hôtel de M. de Lau- 
zon, Conseiller du Roy en ses Conseils, Intendant de la 
dite Compagnie — le 15e jour de Janvier 1636. 

Extrait des délibérations de la Compagnie signée 
par moi A. Cheffault Secrétaire. 



Transport de la concession ci-dessus et de l'antre part à 
Mess. Jean de Lauzon — 30 Avril 1638. 
Aujourd'hui est comparu pardevant les notaires, garde- 
notes du Roy en son Chatelet de Paris soiissignés Jac- 
ques G-irard, Escuyer Sieur de la Chaussée et de la Cal- 
lière demeurant ordinairement à la Gilardie pays de Poi- 
toUjlequel a reconnu et confessé et déclaré n'avoir 
prétendu et ne prétendre aucune chose en la concession 
qui luy a été faite le 15 du mois de Janvier 1636 au dit 
pays de la N''^^'' France, de l'Ile de Montréal, située au 
dit pays de la N'allé France, moyennant et aux charges 
amplement déclarées et mentionnées en la dite conces- 



246 

sion est et upparticnt à Messire Jean de Lauzoïi, Conseiller 
du Roi eu ses Conseils d'Etat et directeur de ses finances, 
n'ayant le dit Sieur de la Chaussée accepté la dite con- 
cession que pour faire plaisir et prêter son nom seule- 
ment au dit Sieur de Luuzon en la possession duquel 
elle est toujours demeurée et en tant Il lait la pré- 
sente déclaration et transport de la dite Concession terres 
et droits y mentionnés au dit Sieur de Lauzon et le su- 
broge en son lieu et droits noms, raisons, actions sans tou- 
tefois aucune garantie pour en jouir et disposer par le 
Sieur de Lauzon, ses hoirs et ayant cause comme de sa 
propre chose et à lui appartenant et acceptant pour le 
dit Sieur de Lauzon Maitre Nicolas Hardin garde et 
juge de la monnoie de Paris et demeurant en la dite Mon- 
noie, paroisse St Germain de l'Auxerrois à ce présent, 
promettant, obligeant &;c., renonçant «&c. 

Fait est passé à Paris en l'Etude des Notaires Sous- 
signés l'an mil huit cent trente huit le trentième jour d'A- 
vril avant midi et ont signé — ainsi — Jacques GtIRard 
Hardin — Huart et Haguenier Notaires. 



Donation et transport de la concession de l'Ile de Mont- 
réal par M. Jean de Lauzon aux Sieurs Chovrier de 
Fouancant et le Royer de la Doversière 

Pardevant le notaire Royal de la ville de Vienne sous- 
hWnv et en présence des témoins soussignés fut présent 
et personnellement établi Messire Jean de Lauzon, Con- 
seiller du Roy en ses Conseils d'Etat et Privé, Intendant 
de la justice police et finances en Dauphiné, lequel de 
son bon gré pure franche et libre volonté a cédé donné 
et transporté purement et simplement sans aucune chose 
en excepter se retenir et se réserver pour et que cy après 
à Pierre Chevrier, Ecuyer Sieur de Fouancant et à Jérârme 



247 

leRoyer Sieur de la Dauversière demeurant en la ville de 
La Flèche en Anjou, le dit Sieur Chevrier absent et le 
Sieur Le Royer tant en son privé nom que comme pro- 
cureur du dit Sieur Chevrier par acte passé au sujet des 
présentes par devant Maître de la Fousse et Jacques 
Gruillier notaires Royaux et tabellions au dit La Flèche 
le 12 de juillet dernier icelle procuration exhibée et jointe 
aux présentes en l'original présent et acceptant et avec 
le notaire soussigné stipulant à savoir l'Ile de Montréal 
située en la N'""*^ France dans la rivière St. Laurent 
au dessus du Lac St. Pierre, tout ainsi qu'elle a été don- 
née et octroyée par Messieurs de la Compagnie de la 
jq'-iie France à Messire Jacques Grirard Chevalier Sei- 
gneur de la Chaussée par acte du 15 janvier 1636 signé 
Lamy secrétaire de la dite Compagnie duquel Sieur Gi- 
rard le dit Sieur de Lauzon a droits de la dite Ile de 
Montréal par déclaration du treize d'avril 1638, reçu par 
Maître Haguenier et Huart Notaires au Châtelet de Pa- 
ris pour en jouir par les dits Sieurs Chevrier et Eoyer et 
autres ayant droit et cause comme de leur chose propre 
et à eux appartenant aux charges et conditions particu- 
lièrement exprimées et contenues au susdit acte du 15 
janvier 1636 lesquelles charges et conditions le dit Sieur 
Royer a promis es d. nom d'acquitter et observer de 
point en point leur teneur et selon leur forme — En sorte 
que jamais le dit Sieur de Lauzon ni les siens en soient 
recherchés : lequel Seigneur de Lauzon a remis et réelle- 
ment délivré au dit Sieur Le Royer le susdit acte de 
concession ensemble la déclaration du Sieur de la Chaus- 
sée pour s'en servir à l'effet des présentes et tout ainsi 
qu'en peut faire le dit Sieur de Lauzon par vertu des dits 
actes et les constitût procureurs irrévocables avec élec- 
tion de domicile suivant l'ordonnance sans toutefois au- 
cune garantie sinon que de ses faits et promesses — Ainsi 



248 

convenu promis el juré par les parties d'avoir le contenu 
ci-dessus agréé ferme stable, observer maintenir et n'y 
contrevenir directement ny indirectement soit en juge- 
ment ou dehors à peine de tous dépens dommages et inté- 
rêts sur les obligations de tous leurs biens présents et à 
venir quelconques, soumissions à toutes cours renonçant 
à tous droits contraires et sous les autres clauses à ce re- 
quises et nécessaires. 

Fait et récité au dit Vienne dans l'hôtel de Maugiron 
où habite le dit Seigneur de Lauzon le 7ème d'août 1640 
après-midi. Présent Sieur Polidor Duteil, Secrétaire du 
dit Sieur de Lauzon et Sieur Marc Justeau, Sieur de la 
Plaine du pays d'Angers, habit, au dit Vienne, témoins 
requis soussignés avec les parties. Ainsi signé — De 
Lauzox — Le Royer — Duteil — Justeau. 



Acte qui prouve que les Sieurs Chevrier de Fancamps 
et Royer de la Dauversière n'ont stipulé qu'au nom 
de la Compagnie de Montréal et comme Membres 
d'icelle. 
Aujourd'hui date des présentes sont comparus par- 
devant les Not : Gard : Not : du Roy notre Sire, en son 
Châtelet de Paris les soussignés Pierre Chevrier sieur 
de f. et nobl. homme Jérôme le Royer Sieur de la Dau- 
versière d»*meurant en la ville de la Flèche étant de pré- 
sent en cette ville de Paris logés ensemblement rue des 
Marmousets en la maison où est pour enseigne la fleur 
de lys paroisse de la Magdelaine de la cité lesquels ont 
déclaré reconnu et confe.';sé que l'acceptation qu'ils ont 
faite de la donation qui leur a été faite tant par Mr. de 
Lauzon, conseiller du Roy en ses Conseils, que par Mess, 
de la Compagnie de la N' "" France de l'Ile de Mont- 



249 

real en la dite N. F. et autres terres au d. lieu par trois 

divers contrats dont l'un passé en la ville de Vienne, 

le second et le 3e signé Lami Secrétaire de la 

Compagnie de la N'" France a été et est pour et au 
nom de Messieurs les associés pour la conversion des 
Sauvages de la N«"f' France dans la dite Ile de Montréal 
auxquels partant ils en font en tant que besoin est ou 
serait cession et transport n'y prétendant aucune chose 
que comme étant du nombre des associés dont et de la- 
quelle présente déclaration les sieurs de Fancamps et 
de la Dauversière ont requis le présent acte aux d. Not. 
pour servir à la d. Compagnie en temps et lieu ce que 
de raison — Ce fut ainsi fait et passé, &c., 25 Mars 
Signé PouRCELLE et Chaussière Notaires. 



Acte par lequel ils se font donation mutuelle et entre- 
vifs au dernier survivant d'entr'eux à l'exclusion de 
leurs héritiers, des forts, habitations et dépendances 
concédés à la dite Société. 
Le 21e jour de Mars 1650, sont comparus par devant 
les d. Notaires les d. Sieurs Pierre Chevrier et Jérôme 
Le Royer, étant de présent en cette ville de Paris logés 
à la fleur de lys rue des Marmousets, paroisse St. Pierre 
aux Bœufs, lesquels ont déclaré que Messieurs les As- 
sociés pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle 
France en l'Ile de Montréal ci-dessus désignés sont : 

lo. Messire Jean Jacques Ollier, prêtre curé de Saint 
Sulpice. 

2o. Mess. Alexandre le Eagois Ecclésiastique. 

3o. Nicolas Barreau aussi Ecclésiastique. 

4o, Messire Roger Duplessis, Seigneur de Liancourt, 
Duc de la Rocheguyon et autres lieux, chevalier des 
Ordres du Rov. 

E* 



2.50 

0. M"' Henri Louis Habort, Seigneur de Montmort, 
Conseiller du lloy en ses Conseils et Maitre des Requê- 
tes ordinaire de son hôtel. 

60. Bertrand Drouart, ïlcuyer. 

7o. Louis Séguior, Sr. de St. Germain, au profit des- 
quels à ce présent et acceptant tant pour eux que pour 
8 et 9 Louis D'ailleboust et Paul de Chaumedy, Ecuyers. 

Les dits Sieurs de Chevrier etiloyer de laDauversière 
font en tant que besoin est ou seroit la déclaration ci- 
dessus à refiet de la plus grande validité d'icelle recon- 
noissant d'abondant iceux sieurs Fancamps et de la Dau- 
versière qu'ils ne prétendent aucune chose en la dite 
Isle de Montréal forts et habitations d'icelle et autres 
dépendances que comme associés avec les d. Sieurs ci- 
dessus nommés et tous ensemble s'en font en tant que 
besoin est ou seroit donation mutuelle et récii^roque irré- 
vocable et entrevifs au survivant les uns des autres en 
cas de prédecedés d'iceux et au survivant et dernier 
survivant de tous en excluant à jamais tous leurs héri- 
tiers et ayant cause pour quelque cause et occasion que 
ce soit donnant pouvoir au porteur en cas qu'il se 
trouvât nécessaire de faire insinuer les présentes partout 
où besoin sera dont ils ont requis acte aux dits No- 
taires à eux octroyé es études des d. Notaires les dits 
jour et a7i que dessus et ont signé — ainsi Chevrier — 
Le Royek, L. Séguier, &c., &c. 



No. XVI. bis, p. 166. 

Voici ce que la Relation de 1661-62 nous apprend de 
la mort de MM. Viirnal et Brigeac. 

"L'autre perte n'est pas moins considérable. C'est d'vn 
"bon ecclésiastique nommé M. Vignal, qui, dans le mois 
" d'Octobre de l'année passée, accomi^agnant des ouuriers 



251 

*' qui alloient quérir des pierres en vne isle voisine de 
"Montréal, comme ils mettoient à terre sans défiance, les 
" Iroquois qui se tenoient cachés dans les bois, se ruèrent 
"à l'improuiste sur eux, auec vn grand cri, et déslapre- 
" miere décharge de leurs fusils, ils en tuèrent trois sur la 
" place, blessèrent les autres, et se saisirent de M. YignaL 
" qui auoit delà reçu plusieurs plaies, desquelles il mourut 
" peu de temps après entre leurs mains. Sa vie estoit 
" d'vne très-douce odeur à tous les François par la prati- 
" que de l'humilité, de la charité et de la pénitence, ver- 
*' tus qui estoient rares en lui et qui le rendoient aimable à 
" tout le monde ; et sa mort a esté bien précieuse aux yeux 
" de Dieu, puis qu'il l'a reçue de la main de ceux pour 
" lesquels il a souuent voulu donner sa vie ; il auoit de 
" grandes tendresses pour leur salut, il s'est offert plusieurs 
" fois de nous venir joindre, quand nous estions à Onnon- 
"taghé, afin de trauailler coniointement à la conuersion 
" de ces Barbares ; et il Tauroit fait, si ga complexion et 
" ses forces eussent correspondu à son courage et à ses 
" ferueurs " (1<| 

" Et, non seulement ceux qui sont auec le Père, ont 
" ces bonnes volontés pour leurs bourreaux ; mais les 
" autres qui sont esloignez de lui, escriuent dans les 
" mesmes sentiments, comme il paroist par vne lettre de 
" l'vn des deux François pris auec feu M. Vignal, et me- 
"né à Onneïout; celuy qui l'escrit, a eu le bras droit 
" cassé dans sa prise, et l'on croit que c'est celuy des 
" deux que ces barbares ont tué, pour n'estre pas plus 
•" longtemps chargez d'vn homme estropié. Voici la te- 
" neur de sa lettre, qiii a de trop bons sentiments, pour 
" n'estre pas couché dans ce Chapitre. Il escrit au P. 



(!) Hdalion cl.' 1061-62 pp. Edit. de Québec. 



"Simon Lt-moiiio, qu'il sauoit estre à Oiinoiitai,''hé, eiiui 
"roii vingt lieues esloigné de luy. 

" Nous sommes deux prisonniers de Montréal à Onne- 
•'lout. M. Vignal a esté tu»' par ces barbares; n'ayant 
"pu marcher que deux iours j)our ses })lessures. Nous 
"sommes arrivés ici le premier dimanche de Décembre» 
• en pauure esquipage : mon camarade a desia deux on- 
" gles arrachés; nous vous prions, pour l'amour de 
'' Dieu, de vous transporter iusques ici, et de faire vostre 
" possible, par présents, de nous retirer auprès de vous, 
" et puis nous ne nous soucions plus de mourir. Nous 
" auons fait alliance de faire et patir tout ce que nous 
" pourrons pour la conuersion de ceux qui nous tuent, 
" et nous prions Dieu tous les iours pour leur salut. 
" Nous n'auons trouué ici aucun François, comme nous 
" espérions ; ce qui nous auroit grandement consolez. le 
•' vous escris de la main gauche. Vostre seruiteur, 
" Brigeac." (1). 

La Relation de DJ64-65 (2) donne des détails circons- 
tanciés sur la mort et les soullrances que les malheu- 
reux compagnons de M. Vignal eurent à endurer. M. 
Viger avait copié ce récit au long parce qu'il était peu 
connu alors ; mais comme les Relations ont depuis été 
imprimées nous y renvoyons nos lecteurs. 



Xo. XVII. p. r>8. (3) 
Beatissimi: Patkk, 

Ad vestrie sanctitatis pedes accedunt humillimi orato- 
res, christianissimi regni, pro conversione inlidelium no- 
vae Francitr solliciti. Et se suaque pro tanto nogotio 
vota fundentes, exponunt. 



(1) Même anriAo, pago 9. 

(2) Rfinlinn (i>- lGGi-65 pp. ÎO-22. Edil. do Québec. " 

(3) Pour la note do la pago 185 voir plus loin No. XVII bis. 



253 

Quartum jam eftluere aiinum ex quo, Deo optimo Ma- 
xime authore, ex prœcipuis Grallia3 ordinibus, quamplu- 
res tara ecclesiastici quam sœculares utriusque sexûs, 
duces, comités, senatores ferè omnes Deo soli noti, seclu- 
so quocumque temporalis commodi, lucri, negotiationis 
intuitu, pro unius Dei gloriâ, fidei ac religionis in Novae 
Franciae plantatione, totque infidelium sainte procnrandâ 
solliciti, societati hinc nomen dedere, nt suis consiliis, cn- 
ris, sndoribns, opibns, elemosynis, transmarinis naviga- 
tionibns in eas nationes fidem indncerent. 

Huic operi promovendo delegit societas locnm, cui 
nomen insulse Montis Regalis quod ipsa videtur natnra 
indidisse, quinquaginta milliarum ambitûs, in 45° latitudinis 
gradu, octoginta nationum barbararum quasi umbilicum 
ob confluentes omni ex parte fluvios alliciendis infîdeli- 
bus proprium, praedicandse autem singulis fidei ob flu- 
vium famosum sancti Laurentii cui trecentarum leuca- 
rum cursus, peropportunum, obque plura vitse huma- 
nae quibus abundat commoda, fovendis, et ad vitam tum 
civilem, tum christianam Ibrmandis infidelibus peropti- 
mum. 

Insulam banc, quam Societas praefata jure possidebat 
propriam fecit immaculatse Deiparse ac sacellum dedica- 
vit, et couversionis infidelium patronam nominavit, om- 
niumque in insulâ habitantium matrem et dominam vo- 
luit, celebrantibus in eo RE,. PP. Societatis Jesu ac sa- 
cramentum divinum custodientibus ; jam ex supe- 
rioribus annis ad septuagenia viros nobiles, équités, ope- 
"rarios transvexit, pluresque etiam nunc transmittit qui 
terram excolant, barbaris ostium fidei ac civilis vitœ ape- 
riunt, sanis et infirmis, xenodochio quod jam extruunt, 
alimenta et pharmaca charitatis et pietatis exempla mi- 
nistrant, Christo eos pariunt, Ecclesiœ sanctœ catholicse 



2ô4 

apostoliccT romanrc et Sanctitatis vostrcr filios faciunt ob- 
sequioiitissimos. 

Hisque ita expositis, et jampridem suœ Sanctitatis nuncio 
in Galliis résidente notis, quâ possunt humilitate, iidem 
oratores supplices à vestrâ Sanctitate ex j)oiinnt, ut concep- 
tum etiam Deo propitio lelicibus successibus approbatum 
negotium omnesque et singulos in eo incumbentes, Suâ 
apostolicâ benedictione faveat, novamque prolem Novœ 
Franciœ in dies per humiles nostrœ Societatis labores 
baptismate sacro tinctam ut pastor totius ovilis foveat. 

Deinde ut societatem pnedictam tam in Galliis quam 
in Nova Franciâ et thesauro ecclesiœ sibi crédite ditare 
dignatur, plenariâ indulgentiâ et remissione omnium 
peccatorum diebus festivis Purificationis et Assumptionis 
Deiparœ, sicut in Gallià existentes, ubivis exstiterint 
ecclesiam visitantes, confessi et sacro pane, in Nova 
Franciâ qui sacellum prœfatum Deiparœ in insulâ Montis 
Regalis prœfatis diebus visitoverint tam nostri quam 
barbari Christiani pro vestrâ Sanctitate, ecclesiîc propa- 
gatione, pace principum et infidelium conversione 
preces fuderint, similiter confessi et sacramento cibati, 
prtpfatam lucrentur indulorentiam quot annis dio))Us 
prirdictis. 

Insuper, pro fœliciori successu fidei, in dissitis adeo 
partibus, ut missionariis in prcefatis regionibus laboran- 
tibus et a domino illustrissimo Nuntio Galliaruni pro- 
batis, eas facultates spirituales concedere dignatur, quas 
iu simili casu missionariis ad infidèles euntibus solet 
elargire cum oœdem subsint rationes. 

Tandem, ne qui in hac vineâ excolendâ accedunt ne- 
cessario careant subsidio, duo altaria privilegiata conce- 
dere placeat, alterum in prrefatâ insulâ Montis Regalis 
in sacello Deipara^, alterum in Parisiis in sacello a socie- 



255 

tate electo et erecto, ubi socii consueverunt de praefatâ 
fidei propagatione deliberare, collectas facere et secum- 
dum. Deum huic operi vacare. 

(Au dos) AU PAPE pour Montréal, Canada. (1) 



No. XVII. bis. p. 185. 

Le Fort Ste. Anne fut construit à l'entrée du lac Cham- 
plain. C'était le cinquième que M. de Tracy faisait bâtir 
depuis son arrivée : il complétait la ligne de défense 
qui devait nous protéger contre les incursions des Iro- 
quois. Aujourd'hui, il n'y en a plus de traces ; mais nous 
savons qu'il s'élevait dans une île qui porte le nom de 
M. de Lamotte, capitaine du régiment de Carignan qui 
dirigea les travaux (2) et qui y commanda ensuite. 

Il ne fut probablement commencé qu'au printemps 
de 1666. D'abord, je n'ai pas vu qu'il en soit question 
avant cette date. M. de Courcelle, au retour de sa mal- 
heureuse expédition, étant déjà vers le milieu du lac 
Champlain, est obligé d'envoyer chercher des provisions 
déposées par prudence dans une cache (3). Mais comme 
les provisions avaient été volées et que ses hommes 
mouraient de faim, il se serait propablement adressé au 
fort St. Anne, si celui-ci avait existé. 



( l ) Ce document a été pris sur la copie des MS. du Parlement, à Outaouais, 
1 vol., 2de. série. Il est intitulé : Mémoire écril au Pape par les RECOL- 
LETS au sujet de l'Eglise de la Nouvelle France, 1644-45. Ce qui a pu don- 
ner lieu à cette erreur c'est que Toriginal se trouve aux Archives Départe- 
mentales de Versailles, dans un carton intitulé : Recollels de St. Denis. 
■ UHist. de la Col. Fran. t. I, p. 468 rapitorte ce document à 1643. Nous 
avons cru néanmoins devoir le placer plus tard parce qu'il dit positivement 

" qu'il s'est déjà écoulé quatre ans depuis, que plusieurs personnes 

" sont entrée? dans le Compagnie," or celle-ci fut formée en 1640. 

(2) Relation de 1666, p. 8, édit. de Québec. 

(3) Journal des PP. JJ, 1666. 



2ÔG 

D'ailleurs, le Journul MS. dfs IT. JJ. semble assez 
précis : " 1666, Juillet, 20. Nouvelle arrive des Forts — 
" delà basfisse du Fort Ste. Anne, dans le lac Champollain, 
" dans une isle à 4 lieues de rem})Ouchure." 

La Relation do 1666 est aussi claire en parlant de l'ex- 
pédition do M. do Tracy : " Le rendez-vous général 
" estoit donné au 28 Septembre au fort Ste. Anne cons- 
" truit nouvellement dans une isle du lac Champlain (1)". 

L'idée de construire un fort sur le lac Champlain 
entrait sans doute dans les plans de M. de Tracy ; mais 
le choix du site aura été vraisemblablement déterminé 
pendant l'expédition de M. Courcelle. 

Pourquoi fut-il appelé Ste. Anne ? La dévotion à cette 
grande sainte était alors en pleine ferveur, et elle était 
justifiée par de nombreux miracles. M. M. de Tracy, de 
Courcelle et une trentaine d'autres personnes, parmi les- 
quelles devaient se trouver plusieurs officiers, venaient 
de faire le pèlerinage de Ste. Anne, à la côte de Beaupré 
(2) : rien de plus naturel, d'ailleurs, que de mettre la navi- 
gation du lac Champlain sous la protection de celle qui a 
toujours été regardée comme la patronne des marins. 

Les travaux n'étaient pas pas encore terminés qu'un 
triste événement vint jeter le deuil dans lapetite garnison. 
Plusieurs officiers, croyant à la paix qui avait été signée 
avec quatre dos cantons iroquois, avaient formé un par- 
ti de chasse sur la terre forme, probablement du côté de 
la rivière Chasy. Uno troupe d'Agniers (3) lessurprit, en 
tua quelques-uns et fit les autres prisonniers. Parmi les 

(1) Itrlalion d" IGf,6, p. S, ('■dit. d'^ Quf-hfC. 

(2) Journal do<! PP. JJ., IfiGH, Mars. 

(3) Marif d»; rincarnalion, l.rllre p. 612 dit qu'ils étaient commandés par 
le lialard-hlaniatid. La Poilicri", Histoire de l'Amrrique, t II, p. 8.i, met à 
leur tile un chfT do la ^alion neutre auquel il danno li^ nom d'Agariata. 



257 

premiers se trouvait M. de Chasy, et parmi les seconds, 
M. de Lerole, tous deux proches parents du Marquis de 
Tracy (1). 

Le nom de M. de Chasy donné à la rivière près de la- 
quelle il tomba deA'ait rappeler la mort prématurée de ce 
brave officier et le souvenir de la perfidie des Agniers. 

Les prisonniers heureusement ne furent pas longtemps 
dans l'incertitude de leur sort : la rapidité de la marche 
de M. de Saurel et de ses hommes, déjà sur le point 
d'envahir le territoire ennemi, força le Bâtard-Flamand 
de ramener sains et saufs M. de Lerole et ses compagnons. 

C'est au fort Lamotte que M. de Tracy avait donné 
rendez-vous à ses troupes pour son expédition de 1666, 
dont on n'a peu su apprécier assez la conséquence. M. 
Dollier qui y assista, en parle assez brièvement pp. 180-81. 

C'est encore à ce fort que se réfugiaient les voyageurs, 
surtout les missionnaires, c[uand ils étaient en route pour 



(1) M. (le Chasy était son neveu, et M. de Lerole, son cousin. 

Quant au nombre et aux noms des autres officiers, il est assez difficile de 
s'en assurer avec précision. 

Le Journal des PP. JJ. à l'endroit cité plus haut ajoute : " Nouvelle 

" de la mort de M. de Chasy avec deux autres, et 4 pris prisonniers, entre 
" autres M. de Lerole cousin de M. de Tracy." 

La Relation de 16G6, p. 7, édit. de Québec : On apprit que '• quelques 

" Frani^ois du Fort St. Anne avoient été surpris par les Agniehrono- 

" nons, et que le Si-.nir de Iraversij, Capitaine au Régiment de Carignan 
" et le Sieur de Chasy en avoient esté tués.' 

M. lie Tracy dans une lettre quil écrit aux commissaires d'Albany, le '22 
juillet 1666 {Documeiis de Paris, traduits en anglais et publiés dans le V. 
î. Col : Hisl : t. III p. 131,) accuse les Agniers d'avoir '■ assassiné Sepl de 
" mes Jeunes gens, parmi lesquels étoient quatre gentilhommes."' 

M. Talon, dans un mémoire à l'occasion de l'expédition de l'été de 16G6, 
(mêmes Documenfs, t. IX. p. bl) dit positivement : " La mort de MM. 
" Chasy et Travery et des Sieurs Chamot et Marin est une preuve, etc." 

La Potherie, Histoire de V Amérique, t, II, p. 85, " Certains guerriers 
" (iroquois) rencontrèrent à la chasse Mrs. de Chasy, de Lerole, de Monlcgni, 
" dont les deux étoient parens de M. do Trasi. Agariata tua Mrs. 'le Chan 

F* 



2ô8 

le pays des Iroquois, surpris par raiiiioiice d'une embus- 
cade ou d'une incursion ennemie (1). Mgr. Laval qui 
courait partout où son zèle voyait du bien à l'aire s'y 
rendit en 1668, pour de là descendre à Tadoussac (2). 

A eehi pri's, se bornent les Annales du fort, qui «''tait cer- 
tainement abandonné en 16H1. 



" et diî Mnntagni, quelriucs autres I'Yan<;ois et emmenèrent M. de Li-role.' 

Perrot, dans ses Mémoire, doiil (Jharkvoix a eu le MS. ot <|ui ont été 

publiés di'puisà Leijjzig \y.\r le P. Taillian, dit pp. Il 1-12 : '• Les Aniez 

" avoienl de nos prisonniers chez eux, entr autres. M. de Noirolle, nepveu 
" de M. de Tracy. M. de Cliasy son cousin, fut tm- au nord du fort de la 

" Motte M. de Tracy lit commamler l'esté suivant un j>arli de troiscents 

" hommes Fraii<;oiset .\.lgonl<ins qui nmconln-rent le Bâtard Flamand ayant 
'' avec luy M. de Noyrolle et trois autn.'s Fran'jois, dont il y en avoit un 
" de ble.ss' au talon que M. «Je (lourcelles recommanda en parlant au Sieur 
" Corlard." 

Charlevoix, Hisluire de la A^«"*'- France, t. II, ]•. 3«i, (-dit. in ilo. in- 
dique comiU'* tués •' MM. de (Jliasy. Cliamol et Marin " et ne parle jjas des 
autres. 

Enlin M. Faillon, lli^t. de la Col. Fran., l. III, j). 135 : " Quelques 

" Français tombèrent dans une embuscade de .«auvages Agniers qui 

" en prirent q»/a/rc, du nombre desquels était M. de lioles et en tuèrent 

" trois, M. de Cliasy, M. de Traversy, capitaine au n-gimentde Carignan et 
" un autre." 

On peut conclure, il me somble, lo. Que le jiarti se composait de sept 
personnes, d'après le témoignage de M. de Tracy, qui devait être bien in- 
formé, et que quatre fup'nl tués, d'après M. Talon, également bien informé; 

2o. Que des quatre gentilliommes et ofliciers deuv furent tués, MM. de 
Chasy et Traversy ; deux faits prisonniers MM. de Lerole et de Montagny, 
quoique la Potherit. dise ce dernier tué ; 

■ 3o. Que des trois autres, qui n'étaient sans doute que de simples soldats, 
deux furent tués : Cliamot et Morin. M. Talon a bien soin de les distinguer 
des gentilliommes ; 

4o. Enfin, que le liàUrd Flamand ram<'na MM. de Lerole, de Montagny 
ot le 3e prisonnier. Le i»' fran'.ai.s de la troujie est fvidenimenl un des 
soldats (jue M. de Courcelle avait dû abandonner pour les faire soigner à 
Albany, à la suite de son <-xiK:'dilion. 

(1) HeUUion IGG8, p. 4, «dit de Québec. 

(2) Idem, p. 23. 



259 

M. de Lamotte me paraît y avoir commandé tout le 
temps qu'on y tint garnison : il méritait par sa bravoure, 
dont N. Perrot fait l'éloge dans ses Mémoires, qu'on lui 
confiât le poste le plus avancé, et partant, le plus ex- 
posé du pays. En 1670, il était commandant à Montréal. 
( Appendice No XI. ) 



No. XVIII. p. 202. 

Ce voyage de M. de. Courcelle n'était que la consé- 
quence des instructions de la Cour {N. Y. Col. Hiat. t. 
IX p. 62.). Fait à l'improviste par une voie encore plus 
difficile que celle du Richelieu, il dut surprendre et il 
surprit en effet entièrement les Iroquois qui virent leurs 
cantons exposés à nos attaques par deux côtés à la fois. 
Ils comprirent plus que jamais qu'il leur serait impos- 
sible de résister à une nation qui ne se laissait arrêter 
ni par les saisons, ni par les obstacles de la route. Mais 
je n'ai encore pu trouver aucun document officiel qui 

confirme que "les Européens voisins" des Iroquois 

conçurent des craintes à l'occasion de ce voyage de M. 
de Courcelle, comme ils en avaient eu dans l'hiver de 
1666 ( N. Y. Col. Hist. t. III, p. 118). Voici cependant ce 
que dit la Mère Marie de Tlncarnation. 

" Les Sonontouans ont remué pour faire la guerre aux 
outaouak, Monsieur nôtre Gouverneur a tellement inti- 
midé les uns et les autres, qu'il les a rendus amis. Néan- 
moins comme Ton ne se peut fier entièrement aux Sau- 
vages afin de leur faire voir, qu'on les pourra humilier 
quand on voudra, il a pris sans faire bruit une troupe 
de François, et s'est embarqué avec eux en des batteaux 
et en des canots qu'il a conduits par des rapides et bouil- 
lons où jamais les Sauvages n'avoient pu passer, quoiqu'ils 
soient très habiles à canoter. Il arriva heureusement à 



200 

Quinte, qui cstuno habitation triliioquois, dont ces lîar- 
bares lurent tellomontellVaie/, qu'après avoir long-teinps 
tenu la main sur la l>ou(ht' pour marque de leur étonne- 
ment, ils s'écrièrent que les Fran(,-ois étoient des Diables 
qui venoient à bout de tout ce qu'ils vouloient et qu'Onon- 
tio «''tait l'incomparable. Monsieur le Gouverneur 
leur dit (ju'il jx-rdroit tous ceux qui leroient révolte, et 
quil i>rendroit et détruiroit leur ]kus quand il voudroit. 
Vous remarquerez qu'avant ces troubles les tSonontouans 
étoient d'intellig'ence avec les Anglois pour leur mener 
les Outaouak, afin de truster la traite des François, ce 
qui eût perdu tout le commerce. Mais les Anij^lois aiant 
appris ce volage de Monsieur le Gouverneur chez les 
Sauvages, ne furent pas moins eftraiez que les Sauvages 
mêmes, et eurent crainte qu'on ne les allât attaquer 
pour les chasser de leur lieu (1)." 



No. XIX. p. 210. 

Les Instrit citons de Mgr. Laval à MM. de Fénélon et 
Trouvé font infiniment dhonneur à la main qui les 
à tracées et au cœur qui les a dictées. (.T. V.) 

" INSTRUCTION pour nos bien aymez en nostre Sei- 
gneur Claude Trouvé et François de Sala- 
GNAC, P-'t's. allants en Mission aux Iroquois 
situez en la coste du nord du lac Ontario. 
" I. Qu'ils se persuadent bien qu'estant envoyez pour 
travailler a la conuersion des Infidelles, ils ont l'employ 
le plus important qui soit dans l'Eglise, ce qui les doit 
obliger pour se rendre dignes instrumens de Dieu, a 
se perfectionner dans toutes les vertus propres d'un 



(I) .Marifl rlo ^Inc.l^niltillrl, Lettres, ]>\i. Gfi'J-TO. 



261 

Missionnaire apostolique, méditant souvent a l'imitation 
de St. François Xavier le Patron et Tidée des Mission- 
naires ces paroles de l'Evangile, — Quid prodest homini 
si universum mundum lucretur, animœ vero suœ detrimen- 
tum patiatur. 

" II. Qu'ils taschent d'éviter deux extremitez qui sont a 
craindre en ceux qui s'appliquent a la conuersion des 
âmes, de trop espérer, ou de trop désespérer ; ceux qui 
espèrent trop sont souuent les premiers a désespérer de 
tout a la veue des grandes difficultez qui se trouuent 
dans l'entreprise de la conuersion des Infidelles, qui est 
plustost l'ouvrage de Dieu que de l'industrie des hommes. 
Qu'ils se souuiennent que la semence de la parole de 
THexi—fructum affert in patientiâ, Ceux qui n'ont pas 
cette patience, sont en danger après auoir ietté beau- 
coup de feu au commencement de perdre enfin cou- 
rage, et de quitter l'entreprise. 

" III. La langue est nécessaire pour agir avec les Sau- 
nages, c'est toutefois une des moindres parties d'un bon 
Missionnaire, de mesme que dans la france de bien 
parler françois n'est pas ce qui fait prescher avec fruit. 

" lY. Les Talens qui font les bons Missionnaires, sont... 
lo. Estre remply de l'Esprit de Dieu, — cet Esprit — doit 
animer nos paroles et nos cœurs. Ex abundantiâ 
cordis os loquitur. 

2o. Auoir une grande prudence pour le choix et l'ordre 
des choses qu'il faut faire soit pour esclairer l'en- 
tendemeut, soit pour fléchir la volonté ; tout ce 
qui ne porte point la sont paroles perdues. 

3o. Auoir une grande application pour ne perdre pas 
les moments du salut des âmes et suppléer a la 
négligence qui souuent se glisse dans les Cathe- 
cumenes, car comme le Diable de son costé, circuit 



2«32 

IdiKjUdiH lei) rugicns (ji/a:n'/is qutm devoret, aiissy 
laut il que nous soyons rij^ilans contre ses eiibrts 
auec soin, douceur et amour. 
4o. N'auoir rien dans nostro vie et dans nos mœurs qui 
paroisse» domontir ce que nous disons, ou qui 
mette de riiidisposition dans, les esprits et dans 
les cœurs de ceux qu'on veut gagner a Dieu. 

5o. Il faut se l'aire aymer par sa douceur, sa patience et 
sa charité et se gagner les esprits et les cœurs 
pour les gagner a Dieu ; souuent une parole d'ai- 
greur, une impatienrc, un visage rebutant détrui- 
ront en un moment ce qu'on auoit fait en un long 
temps. 

60. L'Esprit de Dieu demande un cœur paisible, re- 
cueilly, et non pas un cœur inquiet et dissipé, 
Il faut un visage ioyeux et modeste, il faut euiter 
les railleries et les ris déréglez et généralement 
tout ce qui est contraire a une sainte et ioyeuse 

modestie mode^tid ves.tra nota sit omnibus ho- 

minibus. 

" V. Leur application })rincipale dans Testât présent 
ou ils se trouuent, sera de ne laisser mourir autant qu'il 
sera possible, aucun iSauuage sans baptesme ; qu'ils 
prennent garde néantmoins d'agir tousiours avec pru- 
dence et reserue dans les occasions a l'égard des bap- 
tesmes des adultes, et mesme des enfans hors des dan- 
gers de mort. 

" VI. Dans le doute qu'un adulte aura esté autrefois 
baptisé, qu'il le baptise sous condition et pour asseurer 
d'auantage son salut, qu'il luy fasse faire en outre une 
confession générale de toute sa vie, l'instruisant aupa- 
rauant des moyens de la bien faire. 



263 

" VIL Qu'ils ayeiit un grand soin démarquer par escrit 
les noms des baptisez, des pères et mères, et mesme de 
quelques autres parens, le iour, le mois et l'année du 
baptesme. 

" VIII. Dans les occasions qu'ils escriuent aux Pères 
Jésuites qui sont employez dans les missions Iroquoises 
pour la resolution de leurs doutes et pour receuoir de 
leur longue expérience les lumières nécessaires pour 
leur conduite. 

" IX. Ils auront aussi grand soin de nous informer 
par toutes les voyes qui se présenteront de Testât de 
leur mission et du progrez qu'ils feront dans la conuer- 
sion des âmes. 

" X. Qu'ils lisent souuent ces aduis et les autres 
mémoires des Instructions que nous leur auons donnez 
pour s'en rafraichir la mémoire et les biens obseruer, 
se persuadant bien que de la dépend l'heureux succez 
de leur Mission. 

(Signé) FRANÇOIS, 

Evesque de Petrée (1). 



No. XX. p. 214. 
Les Andastogués (pluriel huron, Andastogueronon) ou 
Andastes étaient de la famille huronne. Les mission- 
naires les désignaient aussi par l'expression générale de 
Sauvages de la Nouvelle Suède, Ils paraissent avoir sur- 
tout habité sur les bords de la Susquehanna, qui est 
quelquefois appelée Rivière des Andastes. Ennemis na- 
turels des Iroquois, ils avaient su se rendre redoutables, 
malgré leur petit nombre. Mais ils durent enfin céder 
à la force toujours envahissante des Cinq Nations. 

(1) Registres de rArchevùché do Québec. 



265 
ADDENDA. 

I p. 15, Note (1). 

M. de Lauson fut d'abord choisi par la Compagnie delà Nelie France, puis 
nommé par le Roi. Le document suivant nous fait connaître aussi les noms 
de ceux qui furent en même temps présentés au choix royal. 

Pkovisions de Grouverneur de la N^He. France pour le 
Sr. de Lauzon. 

Du deuxième jour de Janvier mil six cent cinquante 
un en l'assemblée de la Compagnie de la N'^"'-'- France 
tenue chez le Secrétaire de la compagnie au bureau 
d'icelle. 

Aujourd'hui la Compagnie de la Nouvelle France 
ayant mis en délibération qu'attendu que les trois ans 
du gouvernement de M. D'Ailleboust Gouverneur et Lieu- 
tenant G-eneral pour le Roy en la N«''^ France étoient 
expirés il estoit nécessaire de pourvoir à luy donner un 
Successeur et suivant qu'il est accordé à la compagnie 
présenter au Eoy et à la Eeyne Régente trois associés en 
a d. Compagnie pour par l'un d'iceux faire et exercer la 
d. charge pendant trois ans. Il a esté résolu que les 
Sieurs de Lauzon conseiller ordinaire du Roy en son 
Conseil d'Estat et privé Duplessis Guerbodo etRobineau 
Becancour associés en la d. Compagnie seront présentés 
au Roy et à la Dame Reyne pour être l'un des trois qu'il 
leur plaira choisir pourveu du G-ouvernement de la 
Nelif^. France — Conformément à la faculté accordée 
à la d. Compagnie par l'édict de l'établissement d'icelle. 

Ext. des délibérations de la Comp. de la N^iJe. 
France. 

Ainsi signé. 

A. Chefï^ault, 

Secret, de la Compagnie. 



266 
II. 

La conc'^ssion do terr^ ipii suit parait êln; la |iri>niii>ri' fait"» à Montival : 
conuiii' oUt' eut lieu en IG4s, où l'un It.ilil aussi le |iri'niioi' moulina Mont- 
réal, on pt'Ut la raiiporter ù la page (18. 

PAUL DE CHOMEDEY Escuyer, Sieur de M AISON- 
NEUFYE gouverneur de l'Isle de Montréal et terres qui 
en despendent soubsigné suy vant les ordres que avons 
nous receus de Messieurs les Associés pour la conversion 
des Sauvages de la Nouvelle France en ladite isle de 
Montréal et Seigneurs d'icelle afin de donner et despartir 
les terres et héritages contenus en la dite isle a ceulx les- 
quels auroient affection de s'y establir et y faire leur 
demeure ordinaire afin par ce moyen de procurer l'es- 
tendue de la iby dans le pays, concède par les présentes 
à Pierre Gadoys laboureur, demeurant à Ville Marye, 
quarante arpens de terre mesure du pays savoir cent 
perches pour arpent à dix huict pieds pour perche, (2) 
proche du dit Ville Marye, a prendre pour la longueur 
suivant l'alignement de deux pieux, plantés sur pilotis 
establis su-est quart d'est et nord ouest quart d'ouest, 
le premier des dits pieux estant planté a 23 perches 
du milieu du pont basti sur pilotis proche du fort du 
dit Ville Marye, sur la petite rivière qui passe joignant 
le dit fort (3) ou sur ouest quart d'ouest du dit milieu du 
pont, les dits deux pieux et pilotis ayant été plantés (4) 
pour servir de borne et pour marquer le run de vent 
de la dite concession, et pour la largeur de la concession 
a prendre depuis la susdite borne et allignement susdit, 
a dix perches proche de la dite petite rivière en mon- 



(•2) C'était l'anci-^nne mesure de Paris. Voir Dicl. Universel do Bouillet. 

(3i .Maintenant couvert^ par le niar.'ho Sle. Anne. 

lii Vraisemblablement par le milieu de la rue St. Pierre. 



267 

tant et côtoyant icelle a la ditte espace de dix perches 
jusc|nes a la quantité de vingt perches en droite ligne 
et continuer la dite largeur en tirant vers la montagne 
pour jouyr par le dit G-adoys ses successeurs et ayant 
cause de la dite concession aux charges clauses et con- 
ditions qui s'ensuyvent savoir : Premièrement que le dit 
Gadoys sera tenu et obligé de faire sa résidence ordi- 
naire en la ditte isle de Montréal et a default de quoy 
il ne pourra plus prétendre aucun droit de propriété 
sur les dites terres concédées et lequel cas arrivant 
seront les dittes terres vendues au plus offrant et der- 
nier enchérisseur a la diligence du procureur fiscal en 
la justice du dict Yille Marye et l'argent provenant de 
la ditte vente sera dellivré et mis es mains du procureur 
scindicq des habitans du dict Yille Marie pour estre 
employé au profict de la communauté des dicts habitans 
et dont il sera obligé de rendre bon et fidel conte par 
devant le gouverneur de Montréal ou aultre comman- 
dant en la ditte isle ; Et néantmoins si le dict gouver- 
neur donne un consentment par escript au dict Gradoys 
pour aller faire sa demeure ailleurs qu'en la dite isle, 
en ce cas pourra le dit G-adoys si bon luy semble vendre 
les dittes terres concédées nonobstant qu'il allast de- 
meurer ailleurs qu'en la ditte isle. Déplus le dict G-a- 
doys sera obligé d'avoir une maison dans sa ditte con- 
cession au lieu et place destinée pour la construction 
d'un bourg ou ville, et ne pourra le dict G-adoys vendre 
la totalité des dittes terres cy-dessus conceddées ny par- 
tyre d'icelles sans le consentement par escript du dict 
•gouverneur ou commandant en la ditte isle en default 
de quoy toutes les ventes qu'il pourroit faire seront de 
nul effect et valleur. Sera le dict G-adoys tenu et obligé 
de payer annuellement aux dicts Seigneurs de Mont- 
réal trois deniers de censive pour chascun arpan des 



268 

dittes terres cy-dessus conceddées (5) et en oultre a la 
charge des lots et ventes delaults et amendes, touteslbis 
et quantes que le cas escherra, le tout suyvant et con- 
formément a la coustume de la prevosté et vicomte de 
Paris qui sera observée en la ditte isle de Montréal. 
Sera le dit Gadoys obligé de laisser les terres que le 
gouverneur ou commandant on la ditte isle jugeront 
nécessaires pour les chemins et commodité publicque 
en remplassant au dict Gadoys pareille quantité de 
terre au bout de sa ditte concession proche de la 
monta"-ne, lesquelles terres le dict Gadoys tiendra aux 
mesmes conditions (^ue le surplus de sa ditte concession. 
Pourront les dicts Seigneurs de Montréal, quand bon 
leur semblera pour faciliter la construction d'un bourg 
ou ville au dict Ville Marye reprendre deux arpens de 
terre de la susdittc concession pour chasque habitant qui 
se voudra bastir au lieu destiné pour le dict bourg ou 
ville, à la réserve néanmoins de la maison principale du 
dict Gadois et de deux arpens aux environs d'icelle et 
en ce cas seront les dicts Seigneurs de Montréal obligés 
pour dédommager le dict Gadoys de luy donner pa- 
reille quantité de terres que celles qu'ils auront reprises, 
au bout de sa dite concession vers la montagne, que 
le dict Gadoys tiendra aux mesmes conditions que 
le surplus de sa ditto concession et en oultre seront les 
dicts Seigneurs de Montréal obligés de rembourser le 
dict Gadoys des frais qu'il pourroit avoir faits pour le 
deffrichemont des dittes terres .suyvant !<• dire de gens 
a ce coi^noissans. 

Fait au iort de Ville Marye en l'isle de Montréal eu 
la Nouvelle France le quatriesme jour de janvier mil six 
cents quaranto-huict. 

PAUL DE CHOMEDEY. 

i'). CustHiwIip- lin quart du sou par arpt;nt. 



269 

Pardevant nous Jean de Sainct Père commis au greffe 
et tabellionage de Ville Marye soubsigné est comparu 
en sa personne Pierre Gadoys, laboureur demeurant au 
dict Ville Marye lequel en la présence de Louis Grou- 
deau Mtre. chirurgien du dict Ville Marye et Cezar 
Léger Mtre. taillandyer demeurant au dict Ville Marye 
tesmoins soubsio;nés a reco2:neu et confessé avoir ce- 
jourd'huy accepté la concession cy-dessus dont lecture 
luy a esté faitte aux charges clauses et conditions por- 
tées par icelle auxquelles il s'est obligé et obligé si 
comme, obligeant, etc., renonçant, etc., promettant, etc. 

Faict et passé au dict Ville Marye le quatriesme jour 
de janvier mil six cent quarente huict et a le dict Gadoys 
signé. 

PAUL DE CHOMEDEY. 

P. Gadoys. L. Goudeau. Cezar Léger. J. de St. 
Père (6). 



(6) Cet acte de St. Père porte le No. 1. 



TABLE ALPIIEBETIQUE 

DES 

NOMS PROrRES. 

PAGES. 

Aaouandio 159 

Abraham [Le Patriarche] 115 

Agariata 256, 257 

Agiiiez 111, 192, 240,256, 257, 258 

Arouillon [M"" F] 21, 24 

Ailleboust [D"] de Conlonges 30, 47, 50, 51, 54, 58, 59, 63, 64, 
68, 69, 70, 82, 94, 120,^152, 153, 228, 235, 236, 250, 265 
Ailleboust des Musseaux, voir Musseaux. 

Aix 233 

Albany 257, 258 

Algonquins 43, 44, 144. 147, 150, 197, 231, 258 

Alignon [F] 109 

Allet [L'abbé D] 118, 194, 205 

Andastes 263 

Andastogués..... 214, 263 

Anirers 137. 138, 240,248 

Anglais 177,214, 260 

Anfou 102, 153,247 

Anontaha 94, 144, 145, 147,148, 150 

Archambeault 77 

Arg-enson 152 

Arïentenay, voir Ailleboust de Coulonges. 

Auffier [Christophe] 231 

Auversiiat [Laforet dit.] 45 

Aviiuîrour [Baron du Bois d'] 234 

Barbarie 208 

Barbeau 79 



i 



271 



Barbier [Gilbert] 41 

Bardin, 41 

Barre [Delà] , 54, 58 

Barreau [L'abbé] 41, 249 

Barnque[La\ 107, 108 

Barthélémy 197 

Basset 142 

Bastoin, ow Baston, o?< Bastom 87,89 

Batar [Yves] 104 

Bâtard-Flamand 192, 256, 257 

Baugé 137 

Bazile RoUin 177, 242 

Bazire 112 

Beaudoin 155 

Beaudry, 41 

Beaudry [M. le Juge] 238 

Beaupré [Côte de] 256 

Beauvoir [A. de] du Roure de Combalet 21 

Bellestre [M. de] 141, 143, 151, 174, 175, 180 

Belmout [De] 54, 59, 64, 76, 79, 85, 87, 90, 103 

109, 112, 140, 142, 147 153, 158, 163, 165, 175, 

234. 

Bernard [St.] 68 

Bertrand [Frs. ] 241 

Bizot [P.] 53 

Bochart voir Duplessis. 

Boète [Bernard] 45 

Boisseau (Jacques) 231 

Boissier [Gruillaume] 45 

Bonenfant [Matliurin] Q^ 

Borgne [Le] de fis/e 44 

Boston voir Bastoin. 

Bouat (Abraham) 239 



272 

l'AGKS. 



Boucher [M.] ^^ 

Boudart [Jean] '^"^ 

Boulié, [Marie Renée] roîV Nativité. 

Boullogne [Barbe de] 47 

Boullogne [d H" de] ■*"' 

Bourdon, Gouverneur à Trois-Rivières 68 

Bourgeoys [Sœur] 82, 96, 100, 101, 102, 103, 136, 

139, 171, 227, 237 

Boutereau ^'^^ 

Brassier [Jacques] -^^ 

Brehcuf ""^ 

Brehan voir Galinée ^^^^ 

Bresoles 1'^"^ 

Bretagne 

Bretonvilliers [De] 41, 129, 131, 132, 133, 134, 237 

Brigard ouBrigear [Claude].. 163, 164, 165, 241, 250, 252 

Brisson ^^^ 

Bullion [M- de] 23, 25, 29, 42, 225, 226 

Callière [Hector de] 228 

Carignan 255, 257, 258 

Casson, voir Dollier. 

Cartier [Jacques] -'^ 

Catalogne "*" 

Cannin [Pierre] ""* 

Chahue[M""] ^'^^ 

Chambly [Fort] ^^'^ 

Chamereau roiV Chauveau 

Chamot 257,358 

on Q 
Champacrne [Le sergent] -^"^ 

Champagne [La] -<^' ^^^ 

Champnour [M. doj - 68 

Champlain[M. de] •^«' --;^ 

Champlain [Lac] 18Î, 240, 255, 256 



273 

PAGES. 

Chancelière [Mme. la] 23, 41 

Channeau [R. P.] 12, 13 

Charlevoix 68, 147, 157, 158,181, 227, 229, 232, 

235, 237, 258. 

Charly [André] voir St. Ange. 
Charny, voir G. de Lauson. 

Chasy, [M. de] 257, 258 

Chasy, [Rivière de] 256 

Chaudebonne [M. de] 41 

Chaussée [M. Girard de la] 243, 244, 245, 246, 247 

Chaussière 249 

Chauveau [R. P.] ou Chauvet 12 

Chavigny, voir Peltrie. 

Cheffault 245, 265 

Chesne [Du] 164 

Chevalière [M'"^' la] 23 

Chevrier voir Fancamps. 

Chine [La] 44, 194, 198, 210, 232 

Chiquot [Jean] 77, 78 

Chomedey [Paul de] voir Maisonneuve 
Cicot voir Sicottc. 

Closse [Lambert] 83, 89, 90, 91, 116, 166, 167, 235 

Colson oî( Cosson 181 

Combalet, 21 

Conti [Princesse de] 201 

Corlard [Le Sieur de] 258 

Cosson 181 

Courcelle 179, 181. 193, 200, 202, 203, 211, 212 

222, 224, 255, 256, 258, 259. 

Courpon -. 30, 31 

Crusson [François] 231 



274 

Cuillérior un Cuillorier lt!4, Itîi; 

Dalbocq, ou Dallet ou Dallocq, l'oir Allet. 
DaiiE^ers voir Angers 

Darieniie 187 

Darpeiitig-ny ; roir Ropentig-ny. 

Dauhig-eou 1()1> 

Daulac on Daulat, foir Dollard. 

Dauphiné [Lv] 15, 82, 24(j 

Dauversière [M. de la]. ..12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 25^ 

26, 27, 28, 29, 41, 60, 71, 115, 128, 137, 138,' 

153, 171, 246, 247, 248, 249, 250. 

David 86 

Davost [R. P.] 45 

Dég-uillon voir Aiuiiilloii. 

Dequen 120 

De.sbordes 227 

Desforges voir Robin. 
De.smousseaux voir Musseaux. 
Désormeaux, voir Dollard. 

Dieppe 25, 29, 30 164 

Dirval 41 

Dollard 142, 148, 144, 145, 14H, 149. 155, 231, 232 

Dollier 102,103, 181, 197, 

198, 199, 204, 206, 228, 230, 232, 235, 236, 240, 257 

Dolu 77 

Dominique [St.] 13 

Doucin [René] 231 

Doversiùre, voir Dauversière. 

Drouart [B^-rtrand] 250 

Dubois [L'abbé] 181 

Ducnesne, voir Chesne. 

Duclos [M.] 156 

Dufresne [Jacques] 175 



275 

PAGKS. 

Dugué [Sidrac] 112, 239 

Duhérison voir Le Neuf. 
Duhomeny, voir Haumesnil. 

Duplessis de Liancourt de 249 

Duplessis Bochard 84,85, 265 

Duplessis Guerbodo [le même que le précédent] 

Duplessis Monbar 41 

Dupui 235, 238, 239 

Dupuy, Commandant à Onontahé 1 24 

Dupuy [Sébastien] 240 

Durantaye [De la] 188, 191 

Duteil [Polidor] 248 

Durai [Nicolas] 144 

Espagne [N' ] 49 

L'Espérance [Le vaisseau] 80 

Estre [Alonce de 1'] 231 

FafFart [Françoise] 104 

Faillon [M. l'abbé] 13, 

22, 82, 87, 118, 153, 230 231?. 237, 238, 258 

Falconer, 60 

Fancamp [M. le Baron de] 13, 

14. 19. 25. 27, 41. 246, 247, 248, 249, 250 

Fauls [L'abbé Antoine] 29 

Fauquant, voir Fancamp. 

Fénélon [L'abbé de] 194, 209, 214, 215, 260 

Flamands [Les] 166, 208, 214 

Flèche [La] 12, 125, 126. 127, 129, 130, 135, 137, 138, 

147 153, 154, 247, 248. 

Forestier [M"-'"] 190 

Fouancamp voir Fancamp 

Fousse [M"^- De la] 247 

Foye [Notre Dame de] voir Ste. Foy .' 



■216 

PAKKS. 

France 19, 41, 46, 48 54, 58, 59, 60, 61, 68. 64, 68, 69, 71 , 72, 
80, 82, 86, 96, 102, 114, 117, 119, 129, 141, 143, 
160, 161, 171, 175, 181, 193, 204, 210, 213. 221, 233, 
234, 235, 236, 239. 

Frémont [M. l'abbé] 183 

Frontenac 223 

Gallois [Pierre] 156,264, 267, 268, 269 

Galinée [M. Brehan de] 194, 197, 198,199, 205 

Galinier 118, 124 

Gandafxetia^on 215 

Ganeraské 217, 218 

G-arreau [R. P.] 113, 229, 230 

Gaufifre [M. Le] 41. 69,153 

Gervais 104 

Gilardie 245 

Gilles 175 

Girard, Sieur de la Chaussée 243, 244. 245, 246. 247 

Godé [Nicolas] 67. 122 

Goffre voir Gauffre 

GoudeaufL] ' 269 

GraufT Armée [Ln] 111 

Grand Pierre [Le] 241 

Grandet [M. l'abbé] 246 

Grenet [Simon] 231 

Grenoble 15 

Gué [Sidracdu] 239 

Guide [D' Marg-uerite La] 204 

Guillaume [Jérôme ] 177 

Guillier [M" ] 247 

Habort de Montemort 41, 250 

Haçuenier [M^^"- 246, 247 

Hardin [Nicolas] 246 

Hautmesnil [De] 181 



277 

PAGES. 

Hébert [Laurent] 231 

Hébert [Jean] 79 

Hérisson [ Du ] voir Le Neuf. 

Hcrode 157 

Heth [les fils de] 115 

Hollandais 231 

Hollié voir (Jiier 
Honontaha voir Anontaha. 
Hotaouads voir Outaouais. 

Huart [M'^-] 246, 247 

Huault, voir Montmagny 

Hurons 44, 45, 62, Qb, 70, 72, 73, 74, 75, 76, 94, 95 

116, 144, 146, 147, 148, 150, 201, 231, 

Ile-aux-Oies 108, 109 

Ile-à-la pierre 162, 241 

Iroquois, 9, 31, 32, 38, 39, 40, 43, 44, 45, 46, 50, 51, 53, 
55, 59, 60, 62, 63, Qb, QQ, 67, 68, 70, 72, 73, 76, 77, 78, 
79, 83 84, 85, 88, 89,90, 91, 92, 93, 94, 95, 97, 103, 104, 
106, 108, 109, 110, 112, 113,120, 122, 123,139, 141, 142, 
144, 145, 148, 149, 150, 151, 155, 156, 157, 158, 159, 
162, 163, 164, 165, 166, 168, 174, 175, 176, 177, 178, 
184, 192 198, 200, 201, 202, 203,204, 209, 210, 212, 213, 
216, 217, 226, 230, 231, 232, 241, 242, 250, 251, 258, 
260, 263. 

Isaac lis 

Jérôme [G-uillaume] 177, 242 

Joineau 242, 243 

Josselin [Nicolas] 231 

Juchereau [Sœur] 227, 230 

Judée 157 

Juillet [Biaise] dit Avignon 144 

Jurie [Eobert] 231 



278 



Justeau [Marc] 248 

Kebec, ro/r Québec. 
Kt-lus, voir Queylus. 
Kcnté, t'o/V Quinte. 

Kikapous 70 

Labrosse [P] 229 

Lachapelle 83 

Laforet dit l'Auvergnat 45 

Lalemant [R. P. Charles]... 15, 16, 17, 18, 22, 28, 73 153 

" [Jérôme] 73 

[Pierre] 73 

[Gabriel] 73 

L igauchetière, Lagochetière, Lalochetière 87, 90 

Lamothe voir le suivant. 

Li^motte [M. de] 187, 188, 189, 191, 239, 255, 252, 259 

Limouche 148 

Lamoignon [M. de] 99, 100 

Lamy.^ 247, 249 

Lange vin 1 68 

Langlois [Honoré] voir Lachapelle. 

Langres 20, 28 

Laperle 111 

Laplace [R. P.] voir Place. 

Latouche .^ 236, 237, 238 

Lauson [Jean de] 15, 82, 96, 236, 245, 246, 247, 248, 265 

Lauson [Charles de] Charny 15 

Laval [Mgr. de] 135, 140, 195, 209, 210, 233, 234, 258, 260 

Lavigne [Urbain Tessier dit] 78, 159, 169 

Laviolette 88, 90 

Lebeau[(l.] 53 

Le Ber 174, 186 

Lecompt(^ [Jean] 231 

Leffer 269 



279 

PAGES. 

Leipzic 258 

Le Jeune [R. P.] 16 

Lemaître voir Maître 
Lemoine (voir Le Moyne) 

Le Moyne [R. P.] 159, 166, 241,252 

Le Moyne [Charles] 60, 66,67, 74, 77,78, 79,94, 109, 

110, 143, 156, 176, 180, 186, 203, 

Lerole [M. de] 257, 258 

Le Neuf [Michel], Sieur du Hérisson 93 

Liancourt [Leduc de] 41, 74 

Ligni-en-Barois 163 

Long-Sault 142, 144 231 

Longue-Pointe 175 

Longueuil de [Baronie ] 60 

Loson voir Lauson. 

Loubiat [M. de] 203 

Louis XIV 233 

Louis [sauvage huron] 150 

Loups [Nation des] 176, 177 

Ludde 137 

Lyon 22 

Lyonnais [Le] 15 

Macar [M] 108,111 

Macar [M ■" ] 112 

Macer 237 

Maer voir Macer 

Maignan [Pierre] 175 

Maillet [Sœur] 137 

Maillot voir Maillet. » 

Maine [Le] 120 

Maisonneuve [M. de] 16, 19,27,28, 29, 30, 31,32, 34, 35 
36, 39, 40, 41, 43, 46, 48, 50, 51, 52, 53, 55, 58, 60, 61, 
64, 65, 67, 69, 70, 72, 80, '82, 83, 85, 86, 92, 93, 94, 



280 

KG, 100, 101, 102, 103, 104, 10.3. 107, 109, 110, 114, 
116, 117, 118,119, 126, 141, 143, 14Ô, 151, lô2, 162, 
177, 195, 227 228, 234, 236, 237, 238, 239 250, 
266, 269. 

Maître [M. Le] 137, 157, 158,159, 160, 242, 

Malice (M-"')... 21, 24, 25, 28, 29,30. 31, 36,37, 41,47, 
49, 55, 56, 58, 69, 71, 72, 73, 74, 78, 79, 80, 
83, 84, S5, 86, 92, 93, 96, 98, 100, 101, 103, 105, 
115,117, 118,124,126, 127, 129, 130, 131, 133, 
134, 135, 136.137. 139, 171,175, 189, 225, 226, 227, 
230, 231, 

Margry [M. Pierre] 3, 4, 167, 197 

Mars-uerye [De la] 41,74 

Marie des Neiges 171, 234,235 

Marie de rincarnation 256, 259, 260 

Marin 258 

Marnart [R P] 153 

Marmousets (Rue des) 248, 249 

Martin [Louis] 231 

Martin [Olivier] 240 

Martin [Pierr.-] 240 

Maten ac [.T. ] 53 

MauQfiron [Hôtel de] 248 

Mores Hospitalières 125, 126 

Mcssier [Nîartino] 84. 8.Ô 

Messier [Michel] 241 

Mesy 174, 236, 237 

Metcalfe [Le Gouvorneur] 3 

Metiomècrue 144, 145 

Miireon de Branssart 186 

Millet [Jean] 241 

Minime 40 

Mississipi 197 



281 

PAGES. 

Monmor [De] 41 

Montagny 257, 258 

Montmag-ny [De] 30, 31, 32. 36, 39, 46, 47, 60, 62, 68, 66, 

68^ 227, 245. 
Montmort voir Habert. 

Monter 177, 242 

Montréalistes....57, 63,65, 70, 74, 91, 142, 151, 180, 181 

Morangy 41 

Moriii [Sœur] 227, 228, 236, 242, 243 

Morin ou Marin 256 

Mounier [Mathurin Le] 104 

Mounier [Barbe Le] 104 

Moyen 108, 111 164 

Moyen [M'H'^] 111, 236 

Musseaux [M. C. D'Ailleboust des]... 70, 81, 86, 94, 181 

Nativité [Mère delà] 126, 230 

Népissiriniens 62 

Neuf [Michel Le] Sr. du Hérisson 93 

Noël [Jacques] 122 

Noila [Michel] 103 

Nontario voir Ontario. 

Normanville " 66, 67 203 

Normandie 122 

Notre-Dame [he nQx\T% La] 47 

Ohio 197 

Oleron [Ile d'] 77 

Olier [J.J.] 13, 14, 15, 28, 41, 74, 114 115, 117, 118, 125^ 

126, 129, 131, 132, 133, 134, 157, 217, 23], 249. 

Onneyouth 165, 211,251,252 

Onnontagué 241.251, 252 

Onontaga, Onontaha, voir Anontaha. 

Onontahé 124 

Onontio 260 



'2H-2 

PAGES. 

Oniano r.<5, 198,202,206,222 

Orléans (Ile d') 32, 120 

Osibaiiocho [Jeanne] 177 

Otiiuouais ruir Oulaouais. 

Outaouais, Outaouas 18. 202, 260 

OutaouaisuM Outaouak [llivière des] *J81 

Oiitreouhati l.'îH 

i\ipiiieau [lion. L. J.] 3, 4, 224 

Paris 3,4. 22, 23, 25, 28, 29, 99, 

118, 129, 130, 134. 135, 130, 164, 173, 207, 245 

247. 248, 246, 249, 257 

Punnanda 85 

Pelletrio, voir le .suivant 

Peltrie [>Pnle la] 21, 34,86,37, 39, 4!» 

Pérot [M. l'abbé] 223, 224 

Perrot [Gouverneur] 199, 203, 204, 235, 237, 239 

Perrot ]M"'] voir La Guide. 

Perrot [Nicolas] 258, 259 

Petit [Jacques] l"^?, 242 

Pétrée voii- Laval [Mgr. de]. 
Pi-zard [Etienne] voir Latouche. 

Pichard [Jean] 241 

Picoté, voir Belestre. 

Pii:^eon 1'^^ 

Pijart 230 

Pilote ^1 

Pitié [Hôpital de lu] 207 

Pitre 241 

Pizeau voir Puiseaiix. 

Place [R. P. Jacques De la] 25,26,29 

Plaine [Jnsteau De la] 248 

Plume [La] HO 

Pointe-à-Callière 39. 228, 229 



283 

Poitou 102, 245 

Poncet [R. P.] 93, 120, 121 

Poner, voir Poncet. 

Portugal 199 

Poterie [De la],Gouv. de T. R 68 

Potherie [Le Roy de la] 256, 257 

Pourcelle 249 

Pouteouatamis 200 

Primot [M"*] voir Messier. 

Primot [Antoine] 84 

Princesse [M'"" la] 29 

Prud'homme 88 

Puiseaux 33, 34, 35, 36, 39, 40, 48, 49 

Québec 16, 24, 30, 31, 33, 39, 40, 49, 60, 61, 64, 71, 

74, 82, 83, 84, 91, 92, 93, 95, 96, 101, 102, 109, 112, 
120, 121, 124, 125, 126, 127, 140, 146, 151, 173*, 
174, 177, 179, 200, 202, 205, 207, 233, 236, 242, 
251, 252, 255, 256, 257, 258, 263. 
Quélus, voir Qvieylus. 

Quesnel [Hon.] 242 

Queylus 41, 118, 120, 121, 124, 

126, 140, 160, 194, 195, 197. 198, 204, 205, 21o! 

230, 232, 283, 234 
Quinte [Baie de].... 206, 209, 210, 212, 213, 219, 220, 222 

Rageot JM^' '] 239 

Ragois [Le] 249 

Raguideau 174, 177 

Rapin, voir Rapine 

Rapine [R. P.] 23, 58, 71 

Renty [Baron de] 41, 227 

Repentigny [De] 40 

Richelieu [Cardinal de] : 246 

Richelieu [Fort] 62 



PAGES. 

Richelieu [lies] 146 

Kichelieu [Rivière] 209 

Rié [Gabriel] 241 

Rivière [Laurent La] voir Hrl)ert. 

Robin [Etienne] 2:n 

Robinson de Bécancourt [M. de]. 
Rochejjuyon [De la] voir Liancourt. 
Rochelle [La] 19, 20, 25, 28, 41, 54, 77. 129, 185, 136. 

137, 138, 139, 154, 206 

Rohiario 214, 215 

Rôles [De] voir Lérole 

Rolin [Basile^ 177, 242 

Rome 160 

Roos [Antoine] 86 

Rouen [L'Archevêque de] 120, 233 

Rouillé 168,169 

Roy [Le] 166 

Royer [Le] voir Dauversière. 

Saint André [M. de] 102, 138, 181 

St. Anq-e 83 

St. Charles [Pointe] 78, 241 

St. François 13 

St. François [Lac] 210 

St. Françoi.*? Xavier 261 

St Frcniin [De] 41 

St. Gabriel [Ferme] 39.157.232 

St. Georges 175 

St. Germain de TAuxerroi.s 246 

St. Jean [Fort] 193 

St Jean Bte 157 

St. Jean de Jérusalem 245 

f^^t. Joseph 43 

St. Joseph [Fief] 242, 243 



285 

PAGES. 

St. Jure [R. P. de] 22, 27 

St. Laurent [Fleuve] 39, 59, 120, 212, 229, 244, 245, 247, 

253 

St. Louis [Fort] de Chambly :. 185, 186, 193, 244 

St. Louis [Fort] ou Québec 244 

St. Louis, [Lac] 210 

St. Louis [Sault] 44, 229 

St. Louis [Village huron] 73 

St. Michel [M. de.] 111 

St. Paul [Jeanne Agnès de] 126, 230 

St.Père [Jean] 122, 123, 266 

St. Pierre [Lac] 32, 183, 244, 247 

St. Pierre [Rue] 266 

St. Pierre aux bœufs 249 

St. Simon et St. Jude 212 

St. Sulpice [Séminaire de] 4, 5, 13, 14, 41, 115, 119, 128, 

129, 131, 133,134,138, 139, 140, 157,' 173, 181, 

195, 203, 222, 227, 229, 237. 
Sainte Anne [Fort] 184, 185, 186, 187,189, 

192, 255, 256, 257. 

Ste. Anne [du Nord] 256 

Ste. Anne [Marché] 266 

Ste. Croix d'Angers 240 

Ste. Foy 33, 34, 36 

Ste. Hélène [Ile] 162, 175 

Ste. Marie [Ferme] 151, 168, 169, 232 

Ste. Marie [Rue] 232 

Ste. Thérèse 33 

Ste. Thérèse [Iles] 175^ 17(3 

Sagard , 297 

Salle [M. de la] 198 

Sault Normand '. g7 

Sault St. Louis 229 



286 

l'àCES. 

Saurel [M. de] 180, 181, 257 

Srutio?iton 213 

Si'gnicr [Louis] 250 

Siguin [M"'] (0 41 

Seine [La] 6 

Sicotte 77 

Sillery 93 

Soldat [Le nommé] 168 

Sonoutouans, voir Tsonontouans. 

Sorel [Rivière] 62 

Sorel [M. de] voir Saurel 

Soulard [Mathurin] 144 

Souart [M. l'abbé]... 118, 124,125, 126, 184, 185, 189, 
193, 238. 

Suède [N*^'*] 263 

Susquehanna [Rivière] 263 

Tadoussac 30, 258 

Tailhan [R. P.] 258 

Talon [M.l'Intendant]173. 174, 193, 199,204, 237,257,258 

Tavernier [Jean] 231 

T-llier [Le] 233 

Teonnhethary 234 

Théodore [Michel] dit Gilles 175 

Thibault [Etienne] 86, 87 

Tibl.Mnont [Nicolas] 231 

Totinatajrhé- Aernoron 234 

Tour [L'abbé De la] 12, 30 

Tracy [M. lo Marquis de] 180, 181 

184, 185, 193, 238, 255, 256, 257, 258 

Travery 257, 

Travorsy 257, 258 

T rois-Rivières 68, 83, 84, 85, 

92, 93, 95, 94, 144, 14f;, 151. 174. 183, 184, 203 



287 

PAGES. 

Trottier 111 

Trouvé [M. l'abbé] 194. 209,222, 260 

Troyes 100 

Trudante 168 

Trudeau 168 

Truteau 41 

Tsonontouans 215, 259 

Tureniie [Maréchal de] 240 

Tutonaguy 232 

Vallière [M. de la] 203 

Valets [Louis] 231 

Varenne [M. de] 203 

Versailles 255 

Vienne 15, 246, 248, 249 

Viennois [Le] 16 

Viger [Le Commandeur] 224, 228,232, 227, 238, 252 

Vignal [M. rabbé]139, 162, 164, 165, 241, 241, 250, 251,252 

Vigne [Delà] 169 

Vignerod [Marie Mag:] voir Aiguillon 
Villecerain voir Villersavin. 

Ville-Marie 58,77,266,267,268, 269 

Viller Chavin voir Villersavin. 

Villersavin 22, 29, 41 

Villesavin voir Villersavin. 

Villiers [M. de] 112 

Vimont[R. P.] 36, 37, 227, 228 

Voyer [De] voir Argenson. 

Urfé [M. l'abbé D'] 194, 215, 217, 218, 219, 220 

Wignerod voir Vignerod. 

Fin de la Table Alphabétique. 



TABLE DES MATIERES. 



Un mot d'explication, parSI. Viger 4 

A Messrs. les Infirmes du Séminaire de St. Sulpice 

[Dédicace de l'Auteur) 5 

Au Lecteur 7 

De l'an 1G40 à 1641, au départ des vaisseaux du Ca- 
nada pour France. — Compagnie de Montré- al. — 
M. de Maisonneuve à Québec. — Son premier 
voyage à Montréal et son retour à Québec. — M. 
de Puiseaux 9 

De 1041 à 1642.— M. de Maisonneuve hiverne à 
Québec avec Mlle. Mance. — Ils montent à Mont- 
réal en mai 1642, avec M. de Montmagiiy. — Ire 
messe par le Tv. V. Vimont. — Campement à la 
Pointe-à-Callière, environné de pieux. — Nou- 
velles de France par M. de Eepentigny, etc., — 
Le charpentier Minime et autres colons. — Mme. 
de Bullion 36 

De 1642 à 1643. — Le Fort est achevé et armé de 
canons. — Il est découvert par les Iroquois. — 
Trahison des Hurons. Les Iroquois tuent ou en- 
lèvent 6 Français, puis massacrent les Hu- 
rons. — Eloue de M. de Maisonneuve. — Nouvel- 
les de France par M. de Montmagny, puis par 
M. D'Ailleboust. — M. de Puiseaux.— Made.de la 
Peltrie 43 

De 1643 k 1644.— M D'Ailleboust revêt le Fort de 
bastions. — La chienne Pilote. — Combat de 30 
Français contre 200 Iroquois : bravoure de M. 



,# 



289 

de Maisonneuve. — Bled récolté, — Colons venus 
avec le Sienr de la Barre. — Sa conduite hypo- 
crite. — Libéralité de Mde. Bullion. — L'hôpital 
achcA'é le 8 oct. '44. — Mlle. Mance s'y loge. — Sa 
lettre à Mme. de Bullion 50 

De 1644 à 1645. — Diverses attacjues des Iroquois : 
anecdote. — M. de Maisonneuve passe en France. 
— Le Sr. de la Barre renvoyé. — Mme. de Bullion 
donne 20,000 liv. — M. D'Ailleboust, Gouver- 
neur 57 

De 1645 à 1646. — Paix fourrée. — Fort à 4 bastions 
achevé ; réflexions sur son site. — M. Chs. Le 
Moyne, interprète à Montréal. — M. de Maison- 
neuve reA'ient de France et y repasse de suite... 59 

De 1646 à 1647. — Fort Richelieu brûlé par les Iro- 
quois. — Guerre. — Mauvaise disposition des Hu- 
rons. — Arrivée de M. de Maisonneuve et nou- 
velles qu'il apporte de France concernant M. 
D'Ailleboust 62 

De 1647 à 1648. — Guerre acharnée. — Affaire des 
Iroquois à Montréal avec les Srs. Normanville, 
Le Moyne et Godé. — Moulin bâti. — Fâcheuses 
nouvelles de France. — Garnison renforcée. — M. 
D'Ailleboust, Gouverneur Général 65 

De 1648 à 1649. — Guerre entre les Irocjuois et les 
Hurons. — M. Des Musseaux à Montréal avec 40 
hommes. — Tristes nouvelles de France. Melle. 
Mance y passe en conséquence 70 

De 1649 à 1650. — Défaite entière des Hurons par 
les Iroquois. — Mort des PP. de Brebeuf et 
Lalement. — Retour de Melle. Mance avec bon- 
nes nouvelles. — M. Le Moyne et les Hurons.... 73 

De 1650 à 1651. — Fréquentes attaques des Ire- 



290 

quois sur Moiiirt-al. — Actions viv^oureusos on- 
tr'eux et les Srs. Boudart, Chiquot, Le Moyne, 
Archambault, Lavigne, dans l'une desquelles 
les Iroquois sont repousses avec une grande 
perte. — Melle. Mancesc rt'luiri»* au l'ort. — Olires 
qu elle fait au Gouverneur pour le salut de la 
place. — M. de Maisonneuve va en France, lais- 
sant M. des Musseaux commandant 76 

De lOôl îi 1652. — M. Jean de Lauson, Gouverneur 
Général; sa conduite envers M. de Maisonneu- 
ve et 10 soldats qu'il envoie à Montréal. — Cou- 
ratre de la femme Primot, surnommée Parnmfln. 
— Combat aux Trois-Kivières et mort de M. Du- 
plessis, gouverneur. — Nouvelles de France re- 
çues par Melle. Mance 81 

De 1652 à 1663. — Combat à Montréal du 14e Cet. 
1652: M. Closse et 24 Français défait 200 Iro- 
quois : éloge de M. Closse. — Plaisante aventure 
d'une barque venue de Québec à Montréal — 
Melle. Mance va à Québec — Le P. Poncet pri- 
sonnier. — Blocus de Trois-Rivières. — Il est levé 
et comment. — Paix fourrée. — Arrivée de M. de 
Maisonneuve avec 100 hommes. — Nouvelles 
qu'il donne à Melle. Mance d'après une entre 
vue avec Mme. de Bullion. — Arrivée de la 
Sœur Bourgeoys ; éloge de son Institut. — M. de 
St. André 85 

De 1653 à 1654. — On bâtit l'église de rh6i)ital et 
autres biitiments. — Gervais. — Melle. Mance ren- 
tre dans son hôpital, qu'elle n'habitait plus 
depuis 1651 104 

De 1654 à 1655. — Sentinelle enlevée par un Iro- 
quois. Combat entre La Barriffuc et M. Closse. 



291 

La Barrique blessé et prisonnier : il contribue 
plus tard à la paix. — M. Le Moyne. — La Plume. 

Combat. — Paix. — Echange de prisonniers 106 

De 1655 à 1656. — G-râce à la paix, on avance consi- 
dérablement les habitations. — Les Iroquois en 
guerre avec les Outaouais. — Meurtre du P. Grar- 
reau. — M. de Maisonneuve va en France sollici- 
, ter des Prêtres de M. Olier. — M. Closse com- 
mande en son absence...... " 113 

De 1656 à 1657-. — Melle. Mance se casse un bras. — 
Arrivée de l'Abbé de Queylus et de 3 autres 
prêtres de St. Sulpice : leur réception à Québec. 
—Mort de M. Olier 117 

De 1657 à 1658. — Assassinatà Montréal par les Iro- 
quois. — Légende. — M. Dupuy à Montréal avec 
50 Français venant d'Onontagué. — L'Abbé de 
Queylus résidant à Montréal. — Melle. Mance 
parle de passer en France. — M. de Queylus fait 
venir 2 Hospitalières de Québec : explications 
mensongères. — Départ de Melle. Mance 122 

De 1658 à 1659.— Terres de St. Gabriel et de Ste. 
Marie établies par le Séminaire aux deux extré- 
. mités de l'habitation. — Melle. Mance en France: 
nouvelle à son sujet : sa guérison miraculeuse. 
— Conférences de Mgr. de Pétrée avec les Asso- 
ciés de Montréal. — Chute de Melle. Mance, sans 
suite pour son bras guéri. — Trois Sœurs hospi- 
talières de la Flèche sont désignées pour Mont- 
réal : oppositions faites à leur départ surmon- 
tées. — Melle. Mance s'embarque à la Rochelle 
avec elles, 2 prêtres de St. Sulpice, la Sœur 
Bourgeoys et 22 filles pour la Colonie. — Arrivée 
de Mgr. Pétrée dans un autre vaisseau. — Départ 



292 

de l'Abbé de Queylus pour France. — Arrivée de 
M. de Belestre. — Le vaisseau de Melle. Mance 
infecté 128 

De 1659 à 1660.— Le Sr. Dollard engage 16 autres 
Français à le suivre en parti de guerre contre 
les Iroquois. — Ils vont au pied du Long-Sault 
delà Rivière des Outaouais pour y attendre 
l'ennemi. — Ils y sont joints par 4 Algonquins 
et 40 Hurons. — Cernés ensuite dans leur fort 
par 800 Iroquois et abandonnés par tous les 
Hurons à la seule exception d'Anontaha, leur 
chef, les 17 Français, et les Algonquins soutien- 
nent un siège de 8 jours. — Le Fort est enfin 
emporté. — Dispositions que prend M. de Mai- 
sonneuve, à la nouvelle de la défaite du parti 
de guerre français. — Mort et ebsèques de Mr. 
D'Ailleboust à Montréal : son éloge. — Mort de 
M. de la Dauversière en France 142 

De 1660 à 1661. — Les Iroquois à Montréal en jan- 
vier, février et mars 1661 : ils tuent ou enlèvent 
33 français. — Courage de Beaudoin, Gadois : la 
femme Duclos et Le Moyne. — Détails du meur- 
tre de M. Le Maître, prêtre, tué par les Iroquois : 
merveille. — L'abbé de Queylus à Montréal 
inroirnito : on le fait repasser en France 155 

De 1661 à 1662. — Plusieurs attaques des Iroquois. — 
Bâtisse du 1er Séminaire. — Détails sur le meur- 
tre de M. Vignal, ptre., à Vlle-à-la-piejre, vis-à- 
vis Montréal. — Mr. Briirard fait prisonnier : son 
courairo, sa mort eruelle à ( )nneyouth. — Combat 
du 7 fev. 1662, où Mr. Clo.sse est tué. — Combat 
du 6 mai à la maison Sfe. Marie. — Mr. de Be- 
lestre. — M. de la Vicrno 162 

De 1662 à 1663. — Vovage de Melle. Mance en 



293 

France, à l'occasion de la mort de M. de la 
Dauversière. — Marie des Neiges et 2 an- 
tres petites sanvagesses élevées à la Congréga- 
tion 171 

De 1663 à 1664.— Messrs. de St. Snlpice— Seigneurs 
de l'île de Montréal : ils en prennent posses- 
sion. — Mr. Talon leur rend le droit de Justiciers, 
qu'on leur avait d'abord ôté. — Craintes et gène 
qu'inspirent les Iroquois. — Courage et services 
de M. Jacques Le Ber. — Melle. Mance 

De 1664 à 1665. — M. Le Moyne étant à la chasse, à 
l'île Ste. Thérèse, est surpris par les Iroquois, 
qui le font prisonnier : inquiétude à son sujet : 
il est ramené à Montréal. — Compliment fait à 
sa femme. — Arrivée de troupes à Montréal. — 
M. de Maisonneuve 176 

De 1665 à 1666.— Expéditions de MM. de Courcel- 
le, de Sorel et de Tracy en 1666 contre les Iro- 
quois.— MM. Le Moyne, D'Ailleboust, De Haut- 
mesny et de St. André marchent dans ces expédi- 
tions avec des habitants de Montréal : éloge de 
ces milices. — L'auteur suit M. de Tracy comme 
aumônier. — Il plaisante sur lui-même et sur quel- 
ques autres 179 

De 1666 à 1667.— Voyage de M. Frémont, ptre., à 
Trois-Rivières : incidents. — L'auteur va avec 
fatigue et danger, au fort Ste. Anne dans l'île à 
Lamotte, lac Champlain. — Il sauve, avec l'aide 
de M. Darienne, un soldat tombé à l'eau. — 
Sa réception au Fort : maladie et mortalité 
parmi la garnison. — Le poste est ravitaillé : cha- 
rité de l'auteur envers les malades. — Conduite 
honorable et humaine du chirurgien Forestier. 
Testaments des malades : leur conduite chré- 



294 

tionno. — Vie de ruuiour au fort Ste. Anne. — Le 
Bâtard Flamand, chef Agnier. — MM. de Tracy 
et Talon à Montréal : belle et louable con- 
duite de ce dernier Intendant, — M. Souart va 
en France 183 

De 1667 à 1668 — Nom de La Chine donné à l'une 
des côtes de Montréal. — Arrivéede 4 Sulpiciens, 
compris l'abbé de Queylus. — M. de Fénélon et 
M. Trouvé vont étaV>lir une mission Iroquoise à 
la baie de Quinte. — Les troupes repassent en 
France. — Réflexions politiques de l'auteur 194 

De 1668 à 1669.— M. Barthélémy, ptre. Sulpicien, 
hiverne dans le bois avec les Algonquins, pour 
apprendre leur langue. — L'auteur et M. de Ga- 
linée nommés par M. de Queylus pour aller 
porter l'évangile à 7 ou 800 lieues d'ici. — M. de la 
Salle se joint à eux. Ils partent le 6 juin 1669.. 197 

De 1669 à 1670. — L'auteur, parlant du voyage qu'il 
a fait avec M. de Galinée en 1669, renvoie à la 
relation que ce dernier en a faite. — Mr. Perrot 
gouverneur de Montréal 199 

De 1670 à 1671. — Prisonniers rendus et amenés à 
Montréal par les Iroquois. — Filles Sauvages 
mises à la Congrégation. — La Princesse de 
Conti. — Traite de l'eau de vie : réflexions con- 
tre. — M. de Courcelle à Montréal. — Son voyage 
en bateaux au lac Ontario : il y est accompa- 
gné par MM Perrot, de Loubiat, de Varenne, 
Le Moyne, de la Vallière, de Normanville et 
autres. — L'auteur est du voyage. — Services du 
sergent Champagne. — Mad. Perrot à Montréal. 
— Mort et éloire de de Mr. Dominique Galinier, 
ptre. de Montréal. — Départ pour France de 
l'Abbé de Queylus et de Messrs. D'Alet et de 



295 

G-alinée 200 

De 1671 à 1672. — De la longé^-ité chez les femmes, 
en Canada. — De la facilité donnée à leurs ma- 
riages. — Des fréquentes évasions d'un certain 
prisonnier d'entre les mains de ses gardiens... 206 
Abrégé de la Mission de Kenté pris d'une lettre de 

M. Trouvé 209 

Lettre de Mr. de Courcelle Gouvr. à Mr. Perot 

Curé de Montréal 223 

Appendice No. I 225 

" No. II 227 

No. III 228 

No. IV 229 

No. Y 229 

No. YI 230 

No. YII 230 

No. YIII 231 

No. YIII 6es 232 

No. IX 233 

No. X 234 

No. XI 235 

No. XII 239 

No. XIII 240 

No. XIV 241 

No. XV 242 

No. XVI 243 

No. XVI où" 250 

No. XVII 252 

No. XVII />/.s- 255 

No. XVIII 259 

No. XIX 260 

No. XX 263 

Addenda 265 

Table Alphabétique des noms 285 



ERRATA. 

Page 204, Note 3 : Galinée, lisez G-alinier. 

Il s'est glissé quelques autres fautes d'impres-ion que 
le lecteur pourra facilement corriger. 



OFi^lCîlKllW 



SOCIETE HISTORIQUE DE MONTREAL. 



['ATK0N8 : 

Sih (. K (JAHTIEH ET lIIon. J. (J CHaUVEAU. 

PRÉSIDENT: 

M L'Abui!: h. a. VERUKAU. 

Vice-PréKidenI : Son Hon. M. lk Juge BKAUDRY, 
Secrétaire: H. BELL,EMARE, Ecuier. 
Trésorier: W. MAHCIIAND, Ecuier, 
Bibliolliôcairij: L. A. H. LATOUM, Ecuier, 
Assistant-Secrétaire: J. R. DANIS, Ecl-jer, 



IVIEMOIEES 



r f 



SOCIETE HISTORIQUE 



DE MONTREAL. 



CINQXJliï^MiE lL,IVrtAISOIV. 



REGNE MILITAIRE 



CA^NA_r)^. 




MONTREAL : 

DES PRESSES A VAPEUR DE LA MINERVE 

RUE ST. VINLlîNT, lô. 
1870 



REGNE MILIÏAIRI-: EN CANADA 



or 



ADMINISTRATION JUDICIAIRE DE CE PAYS 



PAR LES ANGLAIS 



DU 8 SEPTEMBRE 1760 AU 10 AOUT 1764 



JIAWUSCBITS BECUEILLIS ET ANNOTES 



LE COMMANDEUR J. VIGER. 



TO^klE 1er. 



UN MOT D'AVIS AU LECTEUR. 



Quoique les -SVa; LeUres nmv-ànies aient déjà vu le Jour, 
je crois néanmoins ne pouvoir me dispenser de les re- 
produire ici. Elles ont été publiées en 1827, de Jan- 
vier à Juin, dans la " Bibliothèque Canadienne, '' sous 
le titre de Matériaux pour P Histoire du Canada. Il n'est 
que juste que je lasse connaître, aujourd'hui, les deux 
habiles et zélés collaborateurs qui ont bien voulu, dans 
le temps, venir à mon aide, et, joignant leurs découvertes 
aux miennes, contribuer aussi puissamment qu'ils Font 
fait, à jeter de la lumière sur cette période — alors si peu 
connue — de notre Histoire. 

" Le Règ-fie Militaire "' est le nom populaire sous le- 
quel nos pères ont cru pouvoir désigner la période des 
quatre années qui ont suivi la prise de Montréal et la 
conquête du Canada par les Anglais, c'est-à-dire l'espa- 
ce compris entre le 8 septembre 1760 et le 10 août 17H4. 

Quoique possédé militairement, durant tout ce temps, 
par ses vainqueurs, le pays néanmoins fut régi par eux 
d'après les lois, formes et usages qui y avaient prévalu 
sous les Français, au moins quant au civil. Mais comme 
l'administration judiciaire fut remise entre les mains des 
Officiers de Milice et des Troupes Britanniques, par suite, 
peut-être, de ce que la plupart des hommes de loi étaient 
alors passés en France, il dut se commettre plus d'un 
acte arbitraire de la part de juges aussi peu. ou 
aussi imparfaitement maîtres des lois du Canada ; de là, 



^aiis doute, le nom <l.»ini.- par nos aiicétivs à cette courte 
période de notre hisK.ire. Voilà, je crois, toute l'intro- 
duction que demandent la correspondance publiée en 
isJT »'t les documens inédits qui la suivent, .s'étendant 
enseml)b' au-delà di* <»' i>remier volume. 

.1 VKIKK 
Montréal, 1er. Mars lH4ô. 



MATERIAUX 

POUR 

L'HISTOIRE DU CANADA. 



I. 

M. BiBAUD, 

Depuis que la Bibliothèque Canadienne est commencée, 
vous avez souvent invité vos abonnés et ceux qui ne le 
sont pas à devenir vos collaborateurs à cet intéressant 
Journal. Cet appel a été suivi d'un succès assez flatteur, 
pour devoir vous encourager dans la tâche patriotique 
que vous vous êtes imposée " d'accueillir et faire con- 
naître les talents de votre pays. " Chacun, devinant votre 
pensée, s'est empressé de répondre à votre invitation, 
en vous adressant des Essais littéraires de tous genres, en 
vous communiquant même des Manuscrits, t^r. Des com- 
mencements aussi heureux doivent vous faire présager 
un certain succès pour votre journal, comme ils de- 
vraient, il semble, porter ceux de vos concitoyens qui 
ne l'ont pas fait encore, à contribuer de tous leurs 
moyens à le rendre de plus en plus utile et honorable 
pour le pays et propre à faire naître chez l'étranger ( où, 
tel qu'il est, il a déjà reçu un accueil favorable ), une idée 
avantageuse de vos compatriotes. Qui peut douter, sous 
ce dernier rapport, que les écrits politiques de votre cor- 
respondant D. (1), toujours reconnaissable quoiqu'il ne 
signe pas toujours, ne soient capables d'ajouter ô la ré- 



(li Llloii. I). B. ViL'..^r. 



8 

putatioii (!«' votro journal ^ Pourtant, il a un dé- 
faut, «lUf i»' ne lui druuiscrai pas il n't'*«rit pas assez 

souvent sur ce sujet. (|u'il traite avec autant d'haliileté 
(juc ([•' sa\(>ir. 

\'(>UN tloniu'Z à vos IccltMirs uiu' • Histoire du Cana- 
da ' : il est l)i«'n connu (juc M. livr/lir/n/ iyArfi<^/éi/ a 
dcjà ras.seniblc de nombreux matériaux sur le même 
Kujet, et que le Dr. Jtirtptes Ltibric, (jui prépare aussi une 
histoire de ce pays, en était, au mois d'août dernier, ren- 
du à réi>o(|ue de la con(|uét»' Quelles consolantes ré- 
flexions CCS entreprises des l'hiftinls du sol ne sont-elles 
pas proi>res à iaive naître dans 1<' ctriir de tous les 
Canadiens ? 

Qui'lques soins que vous et ces Mc.ssi»'urs, vous vous 
soyez donnés, quelques recherches que vous ayez pu 
laire. n"est-il jjas à craindre, que vous ne soyez pas eu 
possession de tous les matériaux nécessaires pour 
<-omi>léter rédilicc dont vous ave/ eu le mérite de 
concevoir le plan et d'entreprendre la construction? 
QuicoïKjue a les plus petits moyens de v(»us aider, doit 
s'empresser de seconder vos uénéreux ellbrts. Pour moi, 
je suis prêt à commencer, de ce jour ; en vous faisant 
part de ce (|ue la tradition m'a appris, i-u \ ous conimu- 
nifjiiaiit (juejijiies piil)lications aneinuics (mi i)i'u con- 
nues au i)ays, en vous adressant des extraits de quel- 
qiu's Mémoires et autr«'s Maintscrils aux([Uels je j)uis 
avoir accès, ou dont./r .s// /.s seul en j/ossessio/t. Parlez, M. 

l)il»au(l, et /n//s mes Irésors sont à \'otre dispositi(»n : 

mais au moins, (jue crhii <jui le peut, en lasse autant 
<|U«' moi. 

Les quatre années (jui suivirent immédiatemenl la 
con(iuéte du Canada, forment une période vuljyairement 
connu»- sous le nom de Rè'^i c Dlililairt : parce que 



durant tout ce temps, la justice fut administrée par des 
tribunaux auxquels présidèrent des Officiera de Milice et 
momo de l Armée, qui pourtant devaient juiivr d'après 
leii /ois, farines et t/sa<:;-es du pays, niais qui n'<'n étant pas 
trop instruits, comme on le peut aisément supposer, du- 
rent plus d'une fois, s'en éloigner pour suivre l'arbitrai- 
re, ou, suivant eux sans doute, /'équité. Je vous dirai 
d'abord ce que la tradition et l'histoire nous ont conser- 
vé de cette époque relativement à ces tribunaux, et 
vous donnerai à la suite un document historique inédit 
qui a particulièrement rapj)ort à leur organisation pour 
le Gouvernement de Montréal, du 13 octobre 1761 au 
10 août 1764. Je pourrais le faire suivre, si vous le trou- 
viez bon, de 12 à 15 autres pièces ég'alement inédites et 
authentiques, qui se rattachent toutes à l'administration 
de la Justice, durant cette période, dans le Grouverne 
ment particulier de Montréal 



DU REGNE MTLrTAIRE. 



l'KNDAN r 



Les Quatre Années on on r scivt la Con- 
quête DU Canada. 1760 — 64. 



Toute personne instruite tk l'histoire de ce pays sait 
({u'après la reddition de Montréal aux armes anglaises, 
le 8 septembre 1760, et la réduction du Canada qui en 
fut la suite, Sir Jeffery Amheraf. Lient. Grénl. et Com- 
mandant en chef des Forces britanniques de l'Amérique 
du Nord, avant son retour à New-York, divisa la partie 
habitée du Canada en troin GonvernemenU militaires, 
savoir, ceux de Québec, de Monfréa/ et des Trots-Rivières ; 
— qu'il nomma pour Gouverneurs, au 1er., le général 
James Murray, au 2d., le général Thomas Gage, et au 
8e., le Colonel Hal])h Burton ; — qu'il établit dans ces gou- 
A''erner.ients des tribunaux ti^uns et ])résiJ'Vs par les offi- 
ciers de milice, qui devaient juger souverainement tous 
procès civils et criminels portés devant eux, avec appel 
aux gouverneurs, — et que t^a Majesté en approuvant, plus 
fard, les arrangements de Sir Jeffery voulut qu'ils eus- 
sent force et effet jusqu'à la paix, et à l'établissement 
d'un gouvernement civil au pays, si le Canada devait 
demeuier à l'Ano-leterre. 



12 

La tradition et Mr. Smif/i (1) sont parlaitomont d'ac- 
cord sur tout ce que je viens de dire, mais Rai/nol difl'é- 
raiit sur lini de ces points, je reviendrai tout-à-rheure 
à cet historien. 

On sait encore que le Canada ayant été cédé à l'Angle- 
terre par letraité déllnitilde paix du 10 lévrier 17G3 (2) 
dont les ratifications lurent échang-ées le 10 mars sui- 
vant, la paix lut proclamée à Westminster et à Londres 
le 20 du même mois ; — qu'information officielle de cette 
cession lut donnée aux habitants de la colonie, au 
moins à ceux du gouvernemenl de Montréal, le 17 
mai de la même année, par une proclamation du Gou- 
verneur Gage (3) ; — et que celle du K(n George III, divi- 
sant les nouvelles possessions de l'Angleterre en quatre 
gouvernements civils, (ceux de Québec, d(^ la Floride 
orientale, de la Floride occidentale et de hi Grenade,) ne 
sortit et ne l'ut publiée à Londres que le 7 octo})re 1763. 

Quoique la nouvelle de la cession du Canada à l'An- 
gleterre eût été signifiée aux ( 'luuiibres dr .lnslice de 
Montréal, le 17 mai 1763, comme je viens de le dire, 
et qu'on pût croire, dès lors ( d'après ce i{\\\ a été dit 
plus haut ) qu'au <^ouvernemen( tnililaire allait immédia- 
tement succéder le gouvernemenl tiri/, néanmoins la l'or- 
me de l'administration du pays et de ses divers tribunaux 
ne lut pas en même temps changée. Les C/ianibres de Jus- 
tice établies le 13 octobre 1761, ( Voir l'Ordonnance ci- 
après ), continuèrent d'exister jusqu'au 10 août 1764 
(4); et les Cours civiles qui les remplacèrent ne leur 



(1) Ilislnry ol Canada, QiU'boc, ,1. Nfilson, 181.'}, 2 V. in 8. 

{1] lia sipnatiirp dps arliclfs itn'liminairos do la paix est du .1 novonibro 
1762, à Fonlaincîblcau. 

(3) ('••llf proclamation ( qiio j'ai maimscrit»» > fnt adr<'.«s*''o danslo temps 
jiar le Gouverneur (iage aux Cltamhrrs dr Juslice Sfuli-ment : c'est ainsi 
qu'on appelait Ifs (iours d'alors dans li- (janverncnieiil de Mnnirval. 

i4) V. l'Ordonnance du Gouverneur et Conseil du 20 septembr»- 1764. 



13 

furent substituées que le 17 septembre de la même an- 
née, par l'Ordonnance de cette date du général Murray 
et de son Conseil, établissant des Co?irs du Banc du Roy 
et desPlaidoyers communs. 

Ce délai peut s'expliquer ainsi. Le Major-général 
J. Murray avait été fait, il est vrai, ' Capitaine-général 
et Grouverneur en chef de la Province de Québec ", le 
21 novembre 1763 ; mais il ne reçut et ne publia sa com- 
mission en Canada, que le 10 août 1764 : il est donc pro- 
bable que quoiqu'il dût connaître depuis longtemps la 
cession faite du Canada à l'Angleterre, il ne se crût pas 
autorisé à rien changer de l'administration du pays, 
avant qu'il eût reçu les instructions de Sa Majesté, et pu- 
blié sa commission. 

Tels sont à-peu-près les seuls détails connus, ou du 
moins constatés par des pièces officielles, qui ont rap- 
port au Règ-nemilifaire. Revenons maintenant à Raynal, 
et parlons des documents ignorés et conservés dont la 
publicité pourrait jeter une plus grande lumière sur 
cette période de notre histoire. 

J'ai dit plus haut que l'Abbé Kaynal différait sur nn 
seul point avec la tradition et Mr. Smith : c'est sur la 
composition des tribunaux établis par Sir Jefïery Amherst 
immédiatement après la prise de Montréal. En effet, cet 
écrivain dit, en parlant de ces tribunaux : " C'étaient des 
Officiers de troupes qui jugeaient les causes civiles et cri- 
minelles à Québec et aux Trois-Rivières, tandis qu'à 
Montréal ces fonctions augustes et délicates étaient con- 
fiées à des Citoyens.'' (1) 

Malheureusement, je n'ai point l'Ordonnance, ou la 
Proclamation (je ne sais quel nom lui donner ) de Sir 
Jeffery, établissant l'ordre de choses qui a existé par 

(l)Hist. Philos. T. VIII. Edition corriif<'^e de 1780. 



! 



u 

tout 1«» pays, ou si'uU'mi-nt à Moutit'al, <'ntr»' lo H sept. 
1760 et le 18 oct. 17H1. Il est clair. m«Mne d'après le 
préambule de !'( )i(loiniaiuM' de ectt»' dernière date, que 
dans ee uouverm'int'iit au inoins, ou a lait (juelque chan- 

îjement à l'ordre de choseK existant avant ITtil Quel 

♦'•tait-il donc ? La publication de l'Ordonnance de Sir 
Jettery pourrait seule donnrr la réponse à cette ques- 
tion ; et s'il est possible de le découvrir, on doit sen- 
tir combien il serait désirable de publier, en toutes 
lettres, ce document intéressant, la première loi que 
nos pères reçurent d«' leurs vainqueurs. Et comme Ray" 
nal est à-peu-près le .»,eul historien qui ait écrit sur cette 
époque de notr»' histoire, il serait aussi facile qu'impor- 
tant de redilier rerreur, s'il y est tombé, parla publica- 
tion d'un document historique qui doit exister en Canada. 
Au rt'ste. r(>rd(»nnance de Sir .Tetiéry ( relativement au 
irouvcrucnient d»* Montréal ), ne ])eut être nécessaire 
que pour ( oiistater quelle a été la forme de l'adminis- 
tration judiciaire du H septembre 1700 au 13 octobre 
ITtjl ; car, à com])ter de cette dernière date jusqu'au 10 
août 1704, les dociiiiieiits oHiciels que je possède ne lais- 
sent amuii (loiite Mir la numiére dont la justice a été ad- 
niiiilNtiie dans Cl* i»ou\ enienieni. 

Le pius lnii)ortant de ces «locuments historiques est, 
sans contredit. lOriloinninrp tlii (îonvrrfffttr (Taire i/ h \H 
nr/dhrf 1701. Le motif (jui y donna lieu fait sans doute 
l'éloi^e du (îéiicial ; mais les détails (hnis les(jU(.ls elle 
entre sur la <livisi<»n du uouvernement de Montréal, en 
ein(| jurisdictiojis civiles et criminelles j>our les canipa- 
içnes, indépendamment de celle de la ville ; sur les cours 
d'appel ambulante.^, qu'elle établit ; sur la classe (non équi- 
vo(jue. ) de citoyens (ju'elle app<»lle à composer les 
'• C'hambre> de .lustice. " comme elle les nomme : tout 



15 

en la rendant précieuse pour l'historien et curieuse pour 
l'habitant du pays, doivent en l'aire surtout désirer la pu- 
blication, dans un moment où notre compatriote, M. L. 
Piamondon, avocat aussi éclairé qu'orateur distingué, 
paraît s'occuper d'approfondir en particulier V Histoire 
légale du Canada (1). 

Je vous dois peut-être et à vos lecteurs, M. Bibaud, un 
mot sur la soiirce à laquelle j'ai puisé le document his- 
torique que je vous envoie aujourd'hui. Je l'ai copié, 
ainsi que quelques autres dont je vous ai dnjà fait offre, 
d'un des Registres (bxiem.^^ : ils sont donc authentiques. 
Chacune des cinq Chambres de Justice de campagne éta- 
blies par l'Ordonnance ci-dessous transcrite tenait un 
semblable registre, dont voici le titre : " Registre de la 

" Chambre de Justice de établie par son Excel- 

" lence Monsieur Thomas Grage, Gouverneur de Mon- 
" tréal et de ses dépendances, &c., le 13 octobre 1761. 
" par son Ordonnance enregistrée sur le dit registre, sur 
'' la page numérotée et paraphée première page, par un 
" des Capitaines de la dite Chambre." En marge de ce- 
lui qu'on m'a communiqué (2) sont les initiales Fr. G. 
initiales du nom du Capitaine de milice François Guy. 
Au haut il est écrit : " 1761, 1\ oct., " et immédiatement 
en tête de l'Ordonance est le signe religieux d'une f 
On n'y parle qu'vme seule langue, le Français 

Montréal, 1er. Décembre 1826. 

-S. II. (3) 



(t) M. L. Piamondon, Avocat, venait d'ouvrir à Qué)ie>cun Cours de lec- 
tures sur le Droit du Canada. { V. Bibliot. Canad. T. 4. p. 36. i 

(2) Ce Registre était dès lor.';, comme il est encore, en ma possession .: c'est 
celui de la Chambre de JuslUe de l.ongueial. Je le tiens avec quelques au- 
tres M^S. anciens, de mon ami M. P. Gauthier, notaire à Bouclierville. 

(3) Pseudonyme de Jacques Viger. 



16 

(JOUVEUNEME.NT ) " ^''- ^'- Exlmit (1) de fOfdon^ 

DE . iianre et Règlement des Chambres de 

MONTREAL. ^ .Justice du Gouveinement île Mont' 

réul, pur S(tn Exiellence Monsieur 

TiidM vs (ÎACE, d'uvrrneur du dit 

Monirval it ses dépendanres, &C. 

• PAR SON EXCELLENCE THO- 
MAS GAGE, Gouvenu-ur de 
Montréal et de ses dépeudau» 
ces, &c., &:c., &c., 

'• ^çavuii : Nouk étant l'ait rendre compte de 1 état ac- 
tuel de l'administration de la justice dans les campagne» 
de notre Gouvernement, et recherchant avec zèle le« 
moyens de la rendre j^Ius pronij)Le, ])1uh aisée et moins, 
coûteuse à ceux qui seront dans l'obligation d'y recourir, 
— Nous avons lait le présent Règlement que Nous vou- 
lons être suivi et exécuté suivant sa forme et teneur. 

• Notre Gouvernement sera divisé pour l'administra- 
tion de la Justice en cinq l^istricts, que nous avons pla- 
cés au centre des campagn»;s de chaque district, afin de 
faciliter ceux qui seront obligés d'y avoir recours. 

'• Pour le premier District, la Chambre d'Audience se 
tiendra à la Pointe-Claire, t't les habitants d»*s Cèdres, 
Vaudreuil, Isle Perrault (2), Ste. Anne, Ste. Gene- 
viève, Sault-au-Récollet, La Chine et St. Laurent seront 
justiciables de cett»* Chambre. 

• Pour le second District, la Chamlire d'Audience se 
tiendra à Longueuil, pour les habitants de Chambly, ChA- 
teauguay, La Prairi»-. Boucherville et "\'arennes. 

" Pour le troisième District, la Chambre d'Audience 
se tiendra à .S7. Antoine, pour les habitants de îSorel. St. 



(Il O mol veuliljrc /''//»(>. 
(2) Perroi. 



17 

Ours, St. Denis, Contrecœur, St. Charles et Verchères. 
" Ponr le quatrième District, la Chambre d'Audience 
^;^' tiendra à la Foinfe-iiux-Trei)ibles,po\u' les habitants de la 
Longue-Pointe, la Rivière-des-Prairies, Ste. Eose, St. Frs- 
<le Sales, St. Yincent-de-Paule. Terrebonne, la Mascou- 
che et La Chênaie. 

*' Pour le cinquième et dernier District, la Chambre 
d'Audience se tiendra à la Valtrie, pour l'Assomption, La 
Nauraie, Repentigny, St. Sulpice, Berthier, Isle Dupas et 
autres isles dans cette partie. 

" Dans chacune de ces Chambres il s'assemblera un 
corps d'Officiers de Milice, tous les premiers et quinze 
de chaque mois ; si ces jours arrivent Dimanche ou F été 
l'audience sera remise au lendemain. 

"Ce Corps d'Officiers de Milice sera composé au 
plus de sept et au moins de cinq, du nombre desquels il 
y aura toujours un Capitaine : s'il s'en trou voit plu- 
sieurs, le plus ancien présidera. 

" Les Officiers de Milice de chaque District s'assem- 
bleront avant toutes choses dans les paroisses ci-men. 
tionnées, pour le 24 octobre, afin de régler leurs assises 
aux Audiences à tour de rôles, afin qu'ils se trouvent 
toujours à leur tour le nombre de sept. 

'' Chacune Chambre aura soin de tenir un Registre 
numéroté par première et dernière page, paraphé à cha- 
que page d'un des Capitaines de la Chambre ; dans le 
quel registre seront enregistrés tous les jugements de la 
dite Chambre et les Ordonnances qui seront par Nous 
rendues 

" Lorsqu'il conviendra parvenir à quelques ventes par 
décrets ou retraits, il faut qu'elles soient faites dans les 
manières accoutumées. 

3 



'• Dans Ifs aHiiircs où il v aura ik Li'.->it(' «l'avoir dos 
témoins, la partit» (|ui succomln'ra serateiiut» d»' les payer 
à raison do 3 liv, j)ar jour, ft si la distanco excède •) 
lieuos, les dits témoins seront payés (J liv. par jour. Les 
plaideurs de numvaise loi seront contraints de payer les 
dépenses de leurs parties adverses, suivant l'arbitraire 
qui en sera lait par les dites Chambres. 

" Chacune Chambre est aulori.sée à l'aire i)aroitre les 
dits témoins malgré qu'ils demeurent dans un autre dis- 
trict, à peine contr»' chacun des témoins qui reluseroni 
d'obéir, de ô piastr»»s d'amende pour la 1ère lois, et de 
10 en cas de ré< idive. 

• Lorsqu'il y aura des procès entre des particuliers de 
différents districts, le demandeur s'adressera à la Cham- 
bre d'où dépendra le défendeur. 

" Nous exceptons cependant les habitants de Mont- 
réal, à qui Nous conservons le privilég-e de faire venir 
à leur Chambre les particuliers des campag-nes. 

" Nous fixons le délai ])our ai)pt'ler des juiienients de 
chaque Chambre à un mois du jour qu'ils seront ren- 
dus, passé lequel temps tous les dits ju<;-ements seront 
exécutés ; en conséquence les Officiers des Chambres 
assemblés donneront ordre au Cap taine du perdant de 
le contraindre par corps ou par saisie de ses biens. 

" Atin de décider sur les ap]>els qui seront faits, Nous 
prévenons que tous l(\s vinirt de chaque mois, il s'a«sem- 
Hlera un Consril ffO(^in'prs rfes Trnufies de Sa 3/<^(/V.n7^, sa- 
voir, un à Montréal, pour le 1er district, un autre à Va- 
,enne> pour h» 2e. et 3o. district, et un autre à St. S'/l/n'rr 
pcmv le 4e. et .îe. district. 

" Les i>arties qui voudront encore ai>peller du jutre- 
raeni des dits Olhciers, seront tenues de le faire dans la 
quinzaine, pardevant Nous, et à cet effet elles remettront 



]9 

leurs pièces en Notre Secrétariat dans le dit délai, lautc 
de quoi elles n'y seront plus reçues. 

" Lorsqu'il se trouvera dans quelques ]:)aroisses des 
•uens sans aveu ou des scélérats, ils seront conduits de- 
vant la Chambre du district où ils seront pris, laquelle 
les condamnera, soit au fouet, prison ou amende, suivant 
l'exigence du cas. 

" S'il se commettoit quelques crimes atroces, comme 
assassin (1), viol ou autres capitaux, chaque Officier de mi- 
lices est autorisé à arrêter les criminels et les complices et 
les faire conduire, sous bonne et sure garde, à Montréal 
avec l'état du crime et la liste des témoins. 

" Lorsqu'il s'agira de procès qui n'excéderont pas 20 
liv., chaque Officier de Milices pourra seul les décider, 
et les parties ne pourront appeler de leurs décisions 
qu'à la Chambre du District seulement. 

" Pour indemniser les Officiers de Milice des Cham- 
bres de chaque district, de la perte de leur temps, aban- 
don de leurs travaux, entretien de leur Chambre, et sub- 
venir aux dépenses d'icelles pour bois et chandelles né- 
cessaires, — Nous leur allouons ce qui suit : — 

" La partie qui aura succombé dans un procès de la 
valeur de 20 liv. jusqu'à 50 liv., payera une demi-piastre 
— depuis 50 liv. jusqu'à 100 liv., une piastre — depuis 100 
liv. jusqu'à 250 liv. une piastre et demie — depuis 250 liv. 
à 500 liv. deux piastres et demie — -de 500 liv. à 1000 liv., 
quatre piastres — de 1000 liv. à 3000 Ha., six piastres — de 
8000 liv. à 7000 liv., huit piastres— de 7000 liv. à 10,000 
liv., dix piastres — et au-dessus de 10,000 liv., vingt pias- 
tres. 

" Les amendes que les particuliers auront encourues, 

■ I i) Mot employé yoyiJ' os sassinat dan> Xous. les MS S. du temps en ma 
possession. 



•20 

l'autt» d'avoir satisfait à Nos Ordoiiiiaiiccs, lour seront al- 
louées. 

'■ C'haque Chambre uoninitra un trésorier qui touche- 
•ra l'arj^ent des i)arties et des ditos amendes, en tiendr;i 
un eompte exact et en rendra compte, tous les trois mois, 
aux olïiciers des dites Chambres, t'utre lescjnels le total 
sera p.irtaiçé eu éy;^ard au nombre de leurs assises aux Au- 
diences, et à la distance du chemin qu'ils auront l'ait : 
les frais de l'entretien dt' b'ur Chambre préalabliMnenl 
déduits. 

" Nous ne pouvons trop recommander aux dits Olii- 
ciers de Milices de maintenir le bon ordre dans leurs 
compag-nies, d'accommoder autant qu'il leur sera possi- 
ble tous lesditl'érends à ramiablc. enfin de tenir la main 
à l'exécution du présent Règlement, lequel sera enre- 
gistré en tête de leurs Registres. (1) 

MANDONS que Notre présente soit hic. publié»» et af- 
fichée es lieux accoutumés. 

" Fait à Montréal. le 18e. octobre ITtll. Signé de No- 
tre main, scellé du sceau de Nos armes et contresigné 
par Notre Secrétaire. 

TIIOS. GAGE 

■ J^(ir >'f'// K.rcrlleticr, 

G. M.\TrKiN 



(l) C]es mots m /f'/c <i'' leurs llnjislns indiquant bion la Ut»* o)»«>rnlioii 
il'un tribunal <lo noiivt^le cnvifion. Qwls cUiifiil donc les tribunaux ant'- 
rieurein'rnl tixislaiil»; ? La I'rni:lainnliou ou Onlonuanc»' di; Sir.l. .\nilior>r 
le iW-ail voir. Il l'sf doii<- birrià d'^sir'-i' qu'on lar<Mid<* publi<|U<*. 



21 



II 

M. BiBAUD, — J'apprends que la publication de mon 
premier écrit, ou plutôt de V Ordonnance et Règlement qu'il 
accompagne, a eu le bon effet de piquer la curiosité 
publique et de porter, de suite, plusieurs Messieurs du 
Barreau de Montréal, des Trois-Rivières et de Québec, à 
faire des recherches, dont quelques-unes ont été couron- 
nées du plus heureux succès. J'ai déjà reçu de Québec 
des documents précieux relatifs à l'organisation des 
Cours de Justice de ce Gouvernement {!), durant la pé- 
riode entière du " Règne Militaire, "' et qui datent d'aussi 
loin que du 31 Octobre 1760 : je vous les communique- 
rai prochainement. 

Je ne désespère pas de recevoir aussi ceux qui ont 
rapport au Gouvernement des Trois-Rivières, sans trop 
oser m'en flatter néanmoins. 

Quant à Montréal, je sais qu'un Monsieur de cette 
ville, dont la modestie égale le patriotisme et les lumiè- 
res, et que sa profession rend plus propre que bien d'au- 
tres à traiter ce sujet, a également eu le bonheur d'a- 
voir dernièrement accès à des Registres perdus de vue 
depuis longtemps (2). Cette découverte le mettra à mê- 
me, m.'a-t-on dit, de fournir quelques renseignements 
sur l'administration de la justice dans ce gouvernement, 
depuis 1760 jusqu'à 1761 : c'est exactement-là la partie 
du Rèsçne Militaire qu'il s'agit de faire connaitre, parce - 
que l'absence de tous documents officiels y relatifs la 
tient encore dans l'ombre. 



(1) Pai M. J. F. Pen-ault, Protonotaire, dès le ô Janvier. 

(2) M. Dominique Mondelet, Avocat alors, et maintonanl .Jur/e aux Trois 
Riv. 



Pour moi. M. Bilniud, toul»'8 les inrorniations que jr 
puis vous il»)un»»r d»' jilus. aujourd'hui, ft toujours rela- 
tiviMUont au CicuvrinpnifHt th Mtnitiinl, consistent en 
cf (jui suit : 

Montréal l'Ut deux ( î<>u\<i)ii'urN dur.mt le rè'j'Uf mi 
litaire. 

M. Thomas (raii«*. iKannii- aussitôt ajtrès la reddi- 
tion de Montr«''Ml. le lut jns(ju'en octi>lii<' 1T<!-"). 

Durant ce temps il publia !> (nf/otntanres, '2 réi^lfineiit^ 
et 1 iniKlumaliun : je parle d'après !•• titre même dos piè- 
ces que j'ai en ma possession 

M. lîalph {Ra/f/iaë/) Burtoii, d'ahord CJouverneur des 
Trois-Kivières, fut nomme à Montréal le 2^> octobre 1763. 

ÎI demeura dans cette charufe jusqu'au 10 août 1704 ; 
époque à laquelle le rèi^tte //li/i/aire cessa, et où le général 
.1. Murray tut proclamé " (louverneur en chef de la 
Province de Québec. " 

Durant son administration. M IWirtun publia :» o/vA;//- 
iKiiires et 1 iilnrunl. 

Vai\u\, Maitre Panet. notaire, lui nommé et ai>il com- 
me " Cî-relHer d»' Montréal. 

Suivent les date, titre et sommaire des diHérents do- 
cuments plus haut mentionnés. (1) 

S'il est aucune de ces pièces. M. llibaiid. qu'il vous 
plaise publier, ou que qu<'l<|at.* jurisconsulte désire con- 
naître pour l'aider dans ses rc(lier<hessur Y histoire lé*^ole 
lia CaïKidn, et ai)puyer ses opinions sur ce sujet intéres- 
sant, je vous l'ai déjà dit et je vou^ !•• répet.', elles sont 
toutes à votre di8positi<»n. 

Montré;)]. 1er. l"<vricr 1S:27. 

(1) Ji- ne 'TOis pas nrc''j»snire d»- n'copifr i<i cfU».' lislr, ^ u qu'on trouvera 
c> s pièces IrHiiscritPs au long »n p^u pins loin. \ <iir l'irrrs flfprlrllr\, p. 88. 



23 



III 

Per^'e quo cepisti pede. 
M. BiBAUD, 

Permettez-moi de vous féliciter sur rintérét croissant 
qu'acquiert votre Bibliothèque Canadienne^ depuis quel- 
ques mois ; car. sans parler de votre Histoire ""énérale 
du pays, où les faits sont aussi bien choisis que fidèle- 
ment relatés, vous nous y avez donné plusieurs pièces 
qui feront conserver soigneusement votre livre, et lui 
donneront une place permanente dans toutes les biblio- 
thèques Canadiennes, et probablement aussi dans celles 
de nos voisins et ailleurs C'est surtout de la Saherdarhe 
et des Matériaux pour V Histoire que je veux parler. 

Et pour commencer par la Saberdache (1), quelle délica- 
tesse dans les pensées, quelle élégance, quel enjoùment 
dans le style des lettres qu'elle contient ; qtte l'arrange- 
ment des faits y est naturel ! que la narration en est cou- 
lante ! que de goût dans les compliments î Pouvait-on 
mieux dire sur des sujets de ce genre ? Non, jamais deux 
amis ne furent plus capables de se rendre justice dans 
un commerce de lettres ; jamais personne ne mania 
mieux le badinage. Je vous assure, M. Bibaud, que sans 
la certitiide de l'histoire, qm m'apprend que Mme. De 
Sévigné est morte depuis plusieurs dixaines de lustres, 
je me serais livré à l'illusion de la croire Avenue rendre 
visite aux parages rustiques de notre Colombie Britan- 
nique. * 

Au reste, il n'y a pas que cette correspondance qui 
nous plaise dans la Saberdache : toutes les anecdotes 
qu'elle contient respirent un air du pays qui doit les 

(Il Ma !<aberdacfu'. nom donnt^ par Mr. .1. Viger à sa colle'-lion de do- 
cuments historiques. 



24 

it'iulrt' rln'it's à tous ses habitants. C'o «ont autant de 
traits (jui (l«nt»t«'nt K'uv carat't('ri' et peuvent nourrir 
en eux laniour de tout ce qui est l)on, juste, noble et 
diiiue de louanj^es. C'est en montrant ce qu'ont été nos 
ancêtres, que l'on peut inspirer à la uénération présen- 
te, comme à celles qui la suivront, le désir de l«*s imiter 
dans ce tpi'ils ont l'ait df ])ien et de remarcjuahle. 

Ivien ne pouvait venir plus à propos (|ue les Maté- 
riaux piun- /'liisfoire du Canada, dans un temps, où, sortis 
depuis peu de leur condamnable apathie pour les choses 
de leur pavs, les canadiens semblent vouloir l'aire oul)lier 
leur néa:li«j;ence passée, par la diligence qu'ils apportent 
nuiinti'nant à en rechercher les plus minutieux détails : 
la pu))lication de l'Ordonnance de M. Thomas (rage, 
l>réiédée des remarques qui lui servent dintrodution, 
convenait admirablement à la présente conjoiulure. J'en 
dis autant des matéiiaux que vous donne/ au No. II : 
tout cela jette des lumières sur l'histoire légale et politi- 
([ue d'une époque sur laquelle nous nous sommes, je 
crois, grandement trompés et (jue nous semblions avoir 
condamnée à l'oubli, par cela seul que son titre de " Mi- 
litairi' " paraissait devoir nous rendre peu curieux d'en 
divulguer les événements. Sous ce rapport, nous avons 
les plus grandes obligations a M. .S. R. 

Quant à moi, M. l'Editeur, je n'ai pas le boniieur d'a- 
voir mis la main sur aucun document df l'imporlance 
de ceux que s'est procuré votre corresi)ondant S. R. ; 
mais J'ai réiléchi sur ceux qu'il nous a communiqués, et 
c'est du résultat d« mes observations, comparées avec 
quelques jui!:ementsdes "Cours Martiales tenues à Mont- 
réal, dans les années ITOl et ITOJ. ' que je \ eux vous 
entretenir aujourd'hui ; atin de parvenir, s'il est po.ssible, 
à une conclusion qui nous ai)prenn»*. d'une manière 
sure : 



'Zo 



lo. Quelle était l'étendue des pouvoirs donnés par 
rordonnance aux Chambres de Justice ; 

2o. D'après quelles lois et quels princi])es on y ju- 
ueait ; 

3o, Où se portaient les causes qui n'étaient pas de leur 
compétence. 

D'abord. " Quelle a été l'étendue des pouA'oirs, &:c. ? " 
Sur ce chapitre, l'ordonnance est assez claire ; toute 
action pour dettes, compensation en dommages, exécu- 
tion de marché, ikc, pour un montant quelconque, était 
assurément du ressort des (h ambres de Justice ; elles 
étaient un vrai substitut aux " Cours Royales " que ve- 
nait d'interrompre la conquête. Elles avaient encore 
une certaine jurisdiction criminell*^ ; car il est dit à la 
clause 19e de l'ordonnance : — " Lorsqu'il se trouvera 
" dans quelques paroisses des gens sans aveu, ou des 
•' scélérats, ils seront conduits devant la Chambre du 
•• District où ils seront pris, laquelle les condamnera soit 
" au fotiet, prison ou amende, suivant l'exigence du 
" cas." — Pour déterminer jusqu'où s'étendait la jurisdic- 
tion comprise dans cette clause, il faudrait voir les regis- 
tres des différentes Chambres de Justice, et y examiner 
les jugemens qui y sont consignés. Cet examen nous 
apprendrait, d'une manière rapprochée de la vérité au 
moins, quels délits se portaient devant les chambres. 

Pour moi, je serais porté à croire qu'elles firent rare- 
ment usage de leur jurisdiction criminelle ; et la raison 
qui me range à cette opinion, c'est que n'ayant point 
de prison pour confiner les criminels, soit avant, soit 
après le jugement, non plus que d'exécuteur public, 
pour rapi)lication du fouet, quand elle aurait été ordon- 
née en conformité de l'ordonnance, il leur eût été assez 
inutile de condamner des gens auxquels ils n'avaient pas 



•J() 

les luoyoïis <rinlliiit'r lt\s punitions iiktiIits. Il »•«! bien 
])lus prol):il)lo (ju.' pour les pi^tits dt-lits, comme pour 
les grands, les olhciers de milice, seuls ou réunis en 
chambre, renvoyaient les coupables aux jurisdictions de 
la ville, où l'on avait toute lacililé de mettre les jug-e- 
mens à exécution. Nous en (lonn«»rons quehjues preu- 
ves, après avoir examiné la seconde (question, par la- 
quelle on demande " d'ai)rès quelles lois et quels prin- 
cipes on ju^-eait dans les chambres de justice." 

La lie clause do l'ordonnaïK'e de M. Gag-Cidit: " lors- 
'* qu'il conviendra parvenir à quelques ventes par dé- 
" créts, ou retraits, il faut qu'elles soient faites dans les 
" manières accoutumées ; " ce qui signifie que l'on devait 
observer les mêmes formalités et les mêmes précautions 
que l'on observait, quand les tribunaux franvais étaient 
en opération : n'étant permis d'y dévier que pour cer- 
taines choses, énumérées dans les autres sections de l'or- 
donnance. Et comme il n'y est point donné de direction 
sur la manière de procéder dans les i)oursuites, soit en 
jjrand, soit pour un petit montant ; ei qu'il n'y est pas 
non plus mentionné comment devait s'eti'ectuer la vente 
des meubles, quand les chambres l'ordonneraient, on 
doit en conclure que le gouverneur ne prétendait faire 
à l'ordre de choses établi avant la conquête, d'autres 
changemens, que ceux que requerraient les circonstances 
où se trouvait le pays, privé comme il l'était, de ses 
gens de loi, qui étaient j)t)ur la ])lupart re])assés en 
France avec M. de Vaudreuil. 

Il laissa donc subsister les anciennes lois, aussi bien 
que la procédure ; et, de fait, si nous examinons bien sa 
position, nous trouverons qu'il n'était point en son pou- 
voir de faire davantage : car de tous les principes qui 
servent de règle à la conduite des nations (tivilisées, il 



27 

n'en est point de plus universellement respecté que ce- 
lui qui prescrit de laisser à un peuple conquis ses lois et 
ses institutions locales, et de se contenter de son alle- 
u-oance (1). Si le souverain conquérant se permet d'y 
taire quelques changemens, ce doit être avec la plus 
grande réserve, et jamais avant de s'être assuré que ces 
changemens seront du goût et ]30ur l'avantage certain 
de ses nouveaux sujets, dont il ne peut gagner l'estime 
et la fidélité, qu'en se montrant favorable à leurs préju- 
gés nationaux, quand bien même il ne les regarderait 
pas comme tout-à-fait raisonnables. Il doit en agir à cet 
égard avec lenteur et prudence, et leur laisser leurs lois 
et leurs coutumes, jusqu'à ce cj[u'ils soient eux-mêmes 
convaincus du besoin d'y faire des changemens. Que 
de flots de sang ont arrosé les plaines de l'Angleterre et 
de l'Irlande, pour avoir adhéré à des principes diffé- 
rents de ceux-ci ! La première dut son salut à l'énergie 
de ses habitans, qui contraignirent enfin leurs monar- 
([ues à s'en départir : la seconde est peut-être pour tou- 
jours destinée à languir dans la misère et dans l'anarchie 
qu'y entretient la mise en pratique de ces principes, 
aussi erronés qu'ils sont inhumains et se ressentent des 
temps de barbarie où ils ont pris naissance. 

Dans le cas du îrouvernement de Montréal, M. Crage 



(1) " There is not a maxiin ofthc cninmon law more certain, tlian that a 
•• coiiqui red people ri'lain th''ir aiicit'iil custom?. till Ihi' comjui'ror shal'. 
'• déclare new laws. To change at once the law? anil manners of setlled 
'• counlry. must be atlended witii liardship and violence: and llierefore 
■• wise conqnerorï;, having provided l'or tlic security of their dominions, 
•• procced genlly, and indnlge their conquered subjects in ail their local 
•' customs. which are in their o\\ n nat\u-e indifl'erent and which hâve been 
•• received as rules of property, or hâve attained the force of laws. 

•' It is the more mat^rial that this policy be pursued in Canada, because 
'• il is a great and ancient cnlony, long settlod." \c. 

(Extrait d'un rapport adressé aux Lords du Commercr cl dfs Plantations, 
par M. York, Avocat -Général, et \Vm. DeGrey^ SoUidtnir-Général 
d'Angleterre, le 14 d' Avril 1776.) — L. 



28 

n'aviiit point rautorit»- du roi pour y inlroduir.» di' uon- 
velles lois, et, quiind il l'eut eue, la mesure n'en eut pas 
été moins illéirale ; ciir If roi n'ayant point le pouvoir de 
statuer si»ul. ne pos.sédant même <e droit qu'en commun 
de eonet'rt avec les deux Chamhres du Parlement, il ne 
pouvait le transmettre à son (rouverneur. Ce dernier 
dut donc laisser subsister les anciennes lois ; elles seu- 
les, en autant au moins qu'elles furent connues des ju- 
ges, durent tonner dans les chaml)n's de justice la règ-le 
des décisions qui s'y rendirent ; et s'il fallait une nou- 
velle preuve pour nous confirmer dans cette opinion, 
nous la trouverions dans le choix que l'on fit des officiers 
de milice, pour v faire les fonctions de Juges. 

En etfet, à l'époque dont nous parlons, les places de 
capitaines et d'olliciers de milice, dans les campasfues 
du Gouvernement de Montréal au moins, étaient crénéra- 
lement occui)ées par les seii^neurs et autres personnai^es 
notables qui y faisaient leur résidence ; et ces person- 
nes étaient les plus instruites, celles qui avaient le plus 
de connaissances générales et même légales. Après le 
départ des g-ens de loi, on ne put donc mieux faire que 
de les choisir pour administrer la justice ; et d'ailleurs, 
c'était aussi la chusse d'hommes que le vainqueur avait 
été plus à même d'ai)précier ; les ayant vus braves mili- 
taires, il put leur supposer l'honneur, inséparable de 
cette profesbion ; et par cons quent l'équité, nécessaire 
à des juges et qu'il savait faire h' partage ordinaire des 
cours et des conseils militaires. L'événement prouva qu'il 
ne s'était jioint trompé, car les chambres de justice don- 
nèrent une satisfaction assez générale à tous les habi- 
tans ; tellement que lorsque, quelques années plus tard, 
ils se décidèrent à redemander à leur nouveau souve- 
rain le rétablissement de leurs anciennes lois, qu'on 



i 



29 

leur avait si cruellement otées, à l'époque de l'institu- 
tion du gouvernement civil, ils ne le firent qu'après 
avoir exprimé combien ils avaient été heurevix, quand 
leurs i^ropres concitoyens, leur avaient administré la jus- 
tice sous le Règne Militaire. Ecoutons-les eux-mêmes 
parler ; ils vont nous dire quelles lois furent en force et 
de quelle manière ils furent jugés, sous ce prétendu rè- 
gne militaire. — " Loin de ressentir, au moment de 

" la conquête, les tristes eifets de la gène et de la capti- 
" vite, le sage et vertueux général qui nous a conquis, 
" digne image du souverain glorieux qui lui confia le 
" commandement de ses armées, nous laissa en posses- 
" sion de nos lois et de nos coutumes. Le libre exercice 
" de notre religion nous fut conservé et confirmé par le 
" traité de paix ; et nos anciens citoyens furent établis 
" les juges de nos différends civils. Nous n'oublierons 
" jamais cet excès de bonté : ces traits généreux d'un si 
" doux vainqueur seront conservés précieusement dans 
" nos fastes ; et nous les transmettrons d'âge en âge à 
" nos derniers neveux." (Extrait de V Adresse des Cana- 
diens au Roi, pour demander le rétablissement de leurs 
lois, en 1773.) 

Ce langage est positif et décide péremptoirement c|ue 
les Chambres de Justice du Grouvernement de Montréal 
jugèrent d'après les lois et usages anciens du pays, et 
non d'après les lois anglaises ou l'équité simplement, 
comme le prétendent ceux qui croient que tout fut pu- 
rement militaire dans les quatre années qui suivirent 
immédiatement la conquête. Dans quelques jours, M. Bi- 
baud, je tâcherai de vous prouver que, quoique la jus- 
tice fut rendue à Québec par les officiers des troupes, 
les mêmes lois et usages du pays n'y firent pas moins 
la règle de leurs décisions ; et cela en conformité même 



no 

nux (lict.'fs il»' l;i capitulation, coinni»' J\'sp«'r<» 1»' de- 
montror. Tour aujourd'hui, nous passerons, si vous vou- 
lez bien, à notrt' troisième question, qui est celle-ci : '• où 
se portait'Ut les causes (|ui n't'-taient point de la compé- 
tence des CMiaml)re^ d»' Justice, oi (quelles ('«taient ces 
causes ? " 

L'article "20 d«» l'ordonnance réserve (quoique indirec- 
tement) aux tribunaux de la ville la connaissance des 
«grandes félonies ; mais quels étaient ces tribunaux ? 
Etait-ce la chambre de cette ville ? Lui avait-on accor- 
dé i)lus de pouvoirs ([u'à celles des campai^nes ? C'est ce 
([ue ne nous apprcmifut point les documens qui nous 
sont jusqu'ici parvenus par la voie de l'impression, et 
c'est peut-être «-e que les registres de cette chambre 
pourraient seuls nous faire connaître d'une manière cer- 
taine. Nous invitons donc M. S. R. à continuer là-dessus 
ses recherches : en attendant qii'il nous en communique 
le résultat, nous transcrirons ici quelques juiremeus des 
Cours Martiales tenues à Montréal dans les années 1761 
et 17<>2 : ils ont, trouvons-nous, beaucoup de rapport à 
la (|U»'stion qui nous reste à résoudre, et s'ils ne la déci- 
«b'iit pas complèteiMt'iit. ils iorm«'nt au moins de trè.s- 
lirandes probabilités en faveur de l'opinion <pie nous ne 
tarderons pas à émettr»' comme résultat de la teneur de 
ces juuemens. 

Extraits (Inhhu'ls) d' un •' Lirrt iForiIrv." ((uinnrHff- à 
M nu tri' ni nn \f'r (le Jn/trirr 1 T<il . 

■] Juin. — '• Cour martialr iiénérajc : rrésidcnl. Li«'Ut.- 
Col. r/w///' 

Jean Mnn luni'l, de llouchcrvill»'. poursuivi pour le 
nifurtre de Jnseph ( 'nr/n-nlifr. Caïuidien, est acquitté. 

" Cour Martiale de irarnison : rrési«b»nt le Capitaine 
Mnrtin " 



31 

Mardi, le 30 Juin — William Bewen, accusé d'avoir eni- 
vré des soldats, et vendu du rum sans licence, est trou- 
vé coupable, ayant été accessoire à son associé Isaac Law- 
rence, lequel a pour habitude de vendre du rum aux sol- 
dats. Condamné à recevoir 200 coups de fouet et à être 
chassé de la ville au bruit du tambour. 

La sentence approuvée par le général est exécutée le 
lendemain, 1er Juillet, par les tambours de la garnison, 
à la garde montante 

Sibenberger,hahii-ànt de la ville, accusé d'avoir insulté 
une sentinelle, est acquitté. 

1er Juillet. — Isaac Laivrenre, associé de Bewen, est 
convaincu de la même ofFence que lui et condamné à la 
même punition, mise à exécution le lendemain, 2 Juillet. 

" Cour martiale générale : Président Major (1) 
Munster." 

6 Août. — Joseph Lavallé et François Herpin, habitans de 
la ville de Montréal, poursuivis pour vol, sont acquittés. 

Joseph Burgen, un de ceux qui sont venus à la suite 
de l'armée, est accusé et convaincu de vol : condamné 
â être pendu par son cou jusqu'à ce que mort s'ensuive : 

Le général approuve la sentence mais lui pardonne, 
à la condition qu'il laisse sans délai ce Grouvernement. 

" Cour martiale de^-arnison : Président, le Capitaine 
Martin.'' 

13 Août. — Jean Eté. Lebr un, ^ouxsxxixi pour avoir blessé 
Charles Fishburg, avec un sabre, est trouvé coupable et 
condamné à payer le compte des chirurgiens, ainsi que 
8 francs au dit Fishburg, pour l'indemniser de la perte 
de son temps et des douleurs que cette coupure lui a 
causées. 11 lui est fait défense de porter le sabre sous 
le gouvernement anglais. 



(1) Il portail le lilre de Baron Munster. (H. V.) 



32 

Geof'^e Skip/ter cl Be/luir, l>'julaiii^ors. accusi's et tra- 
duits j)ar le Capitaine Disney, pour avoir vendu du pain 
i|ui n'avait p;i.s le poi<l> requis, sont acquittés. 

lô Sf/iffhihrr. — Jarqiifs Banift^er. (peut-être ont-ils 
voulu dire licllaiti^ r), autrement dit Laurier, Canadien, 
accusé d'avoir vendu des liqueurs fortes sans licence : 
c«)ndaniné à cinq louis sterliu'.; dainende. »'t m la pristni 
s'il ne i>av«' tout de suite. 

•• Cour martiale de L'"arnis<)n : Président. Capitaine 
Martin de l'Artillerie Royale.'" 

19 Septembre. — Jean Charlelte et un nommé Lameure, 
Canadiens, sont traduits, pour avoir sollicité Joseph 
Mt/rt/, taml)Our. à déserter. Charlefte est acquitté, Lameu- 
re, trouvé coupable, est condamné à recevoir 800 coups 
de l'ouet. Le Général lui pardonne. 

13 Décembre. — Wm. Morris, accusé d'avoir tenu une 
maison de dé})auche, condamné à cinq livres sterling 
d'anieiide. 

•24. — Deux Canadiens sont poursuivis pour avoir eu 
des outils du roi en leur possession. L'un est acquitté ; 
l'autre, trouve coupable, est condamné à recevoir 400 
(•oui>s de fouet. 

Le Crénéral approuve la sentence, mais réduit les 
<-oups de fouet à ÔO ; il les reçut, le jour suivant.de la 
main du bourreau. 

ITtrJ. 
" COUR MVWTl \i.i:.' 

.;i Janvier. — John Raab et Daviil Kiw^, domestiques 
du NL\j<>r Chrisfir. accusés d'avoir laissé le service de 
leur maître sans permission, d'avoir passé la nuit hors 
de chez lui. et «lavoir olft-rt de .^«'enrôler dans les réîçi- 
mens, nawX trouves coupables et <(»ndamnés à recevoir 
chacun 300 coups de fouet. 



33 

Le Grénéral approuve la sentence, mais leur remet la 
moitié de la peine : ils reçurent l'autre moitié, le lende- 
main, par les tambours de la garnison. 

" Cour martiale générale : Major Munster, Président." 
26 Février. — M. Grant et Edward Chinn, Marchands 
de Montréal, accusés d'avoir insulté et assailli l'Enseigne 
Nott, du 4e bataillon du 6e régiment, ou Royal Américain, 
sont trouvés coupables et condamnés: M. Grrant à <£30 
d'amende et M. Chinn à ,£20 ; " lesquelles sommes Le- 
" roient employées, d'après la direction du Grénéral, au 
" soulagement des pauvres malheureux du gouverne- 
" m.ent de Montréal, et aussi à demander solennellement 
*' pardon à l'Enseigne Nott, en présence de la garnison 
" de Montréal, dans les termes suivants, savoir : 

" Enseigne Nott, je suis très-fâché de m'être rendu cou- 
" pable d'assault à votre égard, et je vous en demande 
" très-humblement pardon. " 

Le Grénéral approuve la sentence, mais réduit l'amen- 
de de M. arant à £2.0, et celle de M. Chinn à .£13. 

Un M. Forrest Oaks fut aussi poursuivi à la même cour, 
pour pareille offense, et condamné de même à deman- 
der pardon à l'Enseigne Nott, et à souffrir 14 jours d'em- 
prisonnement. 

Le Grénéral réduisit l'emprisonnement à 24 heures 
et exempta M. Oaks de demander pardon, parce qu'il lui 
parut que les injures avaient été réciproques. 

Je m'arrête ici, M. Bibaud : si ces extraits vous parais- 
sent mériter insertion dans votre Bibliothèque, ÏQ conti- 
nuerai dans quelles jours de vous donner la suite de 
ceux qui furent rendus, depuis la date de mon dernier 
extrait jusqu'au 10 Août 1764. 

Quant à la conclusion que l'on doit tirer des extraits 
ci-dessus, elle me paraît fort aisée : les Chambres de 



84 

Justice ju2:eaient dos affaires purement civiles ; mais les 
délits, tant petits que u^rands, d'une nature criminellef 
se portaient au conseil de ifuerre, autrement dit Cour 
Martiale : c'est-là.pouvons-nous assurer, que se jugeaient 
les affaires qui ressortissent maintenant à nos îSessions de 
Quartier et à nos Cours criminelles du Banc-du-Roi : 
nous en serons pourtant i)lus certains, en continuant 
notre examen des jusremens de nos cours marlialos : ce 
que je ferai volontiers, M. Bibaud, si vous accueillez 
cette communication. L. (1) 



(I) Pseudonyme du Dr. Jacques Lahrie. 



35 

IV. 

Inventes illic et facta domesticn vobis ; 

Sœpe tibi pater est, sœpe legendus aviis. — Ovid. 

M. BiBAUD, 

Les recherches que l'on fait tous les jours sur l'his- 
toire du pays, et dont les résultats sont si satisfaisants 
dans l'intérêt de nos droits politiques, comme dans celui 
de notre honneur national, ont donné la preuve non- 
équivoque que notre goût se forme, et que nous avons 
le bon esprit de mettre dans l'ensemble des connaissan- 
ces que nous travaillons à acquérir, une méthode qui 
fait honneur à notre discernement et à notre cœur. Est- 
il, en eifet, une étude qui, dans l'ordre de nos occulta- 
tions, doive précéder celle de l'histoire de notre patrie ? 
S'il n'en était pas ainsi, nous mériterions ce reproche : 

Qui manet in patriâ et patriam cognoscere temnit, 
/s mihi non civiSj sed peregrinus erit. 

Pour n'en pas partager la honte, permettez que je 
contribue, autant qu'il est en moi, à dissiper les nuages 
qui, dans des temps reculés, ont obscurci notre horizon 
politique, en vous faisant part de quelques renseigne- 
ments capables de jeter de la lumière sur une ma- 
tière qui semble ne présenter que des notions dou- 
teuses et contradictoires. Si mes recherches et mes 
observations vous paraissent dirigées dans un sens uni- 
que et trop exclusif, n'en accusez que mon état, qui m'a 
dû porter à traiter ainsi le siijet, pour le faire d'une 
manière plus facile pour moi; persuadé, comme je le 
suis, que vous et a^os lecteurs éclairés saurez faire des 
faits relatés une application aussi étendue qu'il convient. 

Connaissant quelques monumens où sont consignés les 
actes des premiers tribunaux qui administrèrent la jus- 
tice, aussitôt que le Canada eut changé de souverain, je 



86 

ne fais que remplir un devoir eu m'ompressaut de 
publier les extraits que j'«ui ai laits. Si dans les 
observations qui les accompagnent vous n'appercevez 
pas le talent qui caractérise les spéculations ingénieuses 
de votre correspondant L. ni l'esprit admirable d'obser- 
vation auquel rien n'échappe, d'un autre collaborateur 
non moins éclairé, pardonnez au moins en faveur de ma 
bonne volonté. 

Dans l'histoire du Règne militaire de 1760 à 1704, le 
dernier de ces correspondants (.S. R.) se plaint avec raison 
de l'absence d'une pièce importante : " Malheureuse- 
*' ment, dit-il, je n'ai point l'ordre général, l'Ordonnance 
"ou la Proclamation, ( je ne sais quel nom lui donner), 
'* de Sir Jeti'ery Amherst, établi-sant l'ordre de choses 
" qui a existé par tout le pays, ou seulement à Montréal, 
" entre le 8 septembre 1760 et le 13 octobre 1761. Il 
" est clair même d'après le préambule de l'Ordonnance 
" cy-après, " (Ordonnance du Gouverneur Gage du 13 
octobre 1761,) " que, dans ce gouvernement au moins, 
" on a fait quelque changement à l'ordre de choses 
" préexistant à 1761 : quel était-il donc ? La publication 
" de l'Ordonnance de Sir .Telfery pourrait seule donner 
" la réponse à cette question, s'il était possible d'y 
" avoir accès." 

Déplorant avec S. R., l'absence de ce document cons- 
titutit de quelques-uns des tribunaux établis après 
la conquête, je tâcherai d'y suppléer par une autre 
Ordonnance d'une date subséquente, ainsi que par des 
extraits des procédés des cours qui siégèrent immédiate- 
ment après la réduction du pays, et dont l'autorité éma- 
nait, il n'en faut pas douter, de quelque acte formel, et 
consigné en quelque endroit du pouvoir suprême. 

L'inspection de sept registre^ déposés au greffe de 



37 

Montréal et auxquels j'ai eu accès, prouve que, dès l'ori- 
gine, le gouvernement de Montréal a été divisé en un 
nombre inconnu de Districts : (l'Ordonnance du Gouver- 
neur G-age du 13 octobre 1761, le divisa ensuite en 5 
districts pour les campagnes, indépendamment de celui 
de la ville). A chacun de ces districts était préposé un 
" commandant militaire, " auquel on appelait des " Cham- 
bres de Justice, " et de ce commandant de district au 
gouverneur lui-même. On y lit des jugements rendus 
en première instance par des capitaines de troupes com- 
mandant dans certaines paroisses, telle que Lachine, St. 
Yincent de Paul, etc., dont l'appel se fait au gouver- 
neur. Quant à Montréal, la justice y était administrée 
par des ojftciers de milice, tous capitaines, siégeant tous 
les mardis, (sans compter les audiences extraordinaires) 
avec appel directement au gouverneur. Indépendam- 
ment de ces cours, le gouverneur s'attribuait juridiction 
originaire dans certains cas. 

1er registre. 
Sur la période de 1760 à 1764, nous trouvons dans un 
registre intitulé : " Registre pour servir à enregistrer le 
sordonnances de Son Excellence le Grouverneur de Mont- 
réal, les sentences qui seront rendues par le Conseil des 
Capitaines de Milice, pourvus d'autorité, &c., commencé le 
4 novembre 1760, etjini le 22 août 1761,"-d'abord l'Ordon- 
nance suivante du Gouverneur Gage, au 1er feuillet de 
ce registre. 

" Par Son Excellence THOMAS GAGE, Colonel d'un 
Hégimeîit d'Infanterie de ligne, Brigadier-Général des 
Armées du Roi, dans f Amérique Septentrioncde, Gou- 
verneur de Montréal et de ses dépendances. 
Sçavoir faisons, qu'il est défendu à tous habitans, ou 

autres, de garder chez eux aucuns déserteurs, ou favori- 



88 

sor Itnir iuite.sous peiiu' d»» ving-t écus d'amende. Il leur 
est enji)iiit de dénoncer tous ceux (ju'ils .soui)(,'onneront 
pour tels devant le Capitaine de Milice, ù qui il est or- 
donné, par ces présentes, de les l'aire conduire, sous 
nuiiii-lorte, devant l'oliicier commandant le bataillon de 
la ville. 

" Il est aussi déi'endu à toutes personnes d'acheter ou 
troquer avec les soldats, leurs armes, habits, souliers, 
guêtres, fournitures, ch;ii>eaux'. ou autres choses fournies 
par le roi, sous peine aux contre veiians de 20 écus d'a- 
mende, et de punition corporelle, en cas de récidive. 

" Qiic par Ir Placard du 2'2 Septembre, 1rs Officiers de Milice 
dans chaque paroisse sont rtmnis d'autorité de ti rminer les diffé- 
rends ([in pourraient survenir parmi les habituas de leurs parois- 
ses, mais que les parties intéressées pourraient raijpder de leurs 
juycmens pardevant les o/ficiers commandant les troupes du roi 
dans le dislricl ou canlonnemcnt uà les parties résident, et que 
non contens de celle seconde dérision. 1rs parlirs auroirnt droit 
d'en rappeler pardevant Nous. 

" Nous faisoits sçavoir, en rnnséquriirr, qur laus appris faits 
pardevant Nous doivent être rédifjrs par écrit, et remis entre 1rs 
mains de notre Secrétaire : et Ir jour que naus drsfinrrnns à 1rs 
écouler et déterminer sera publié et nffu'hé, auqarijour les parties 
intéressées, arec leurs témoins. sero)it ouies. 

"•• Nous dn)iiions avis à tous les habita as de Muntréal. (fur les 
Officiers de Milice de la ville .s'assembleront un jour de la semaine, 
SCaVOir. ''■ oinrdi. junir délriiiiinrr linilis Ciiiilrstitliiuis ili s niir/i- 
culiers. 

" Etant nécessaire de faire des arranircmens qui re- 
«.^ardi'nt la police de la ville, Nous ordonnons que les pro- 
priétaires et locataires des maisons serout tenus de faire 
ramoner leurs cheminées, une fois par mois, à jx-ine de 6 
livres d'amende. Si le feu prend à quelque cheminée 
après le mois de ramonage expiré, le propriétaire sera 
condamné à 12 livres d'amende : si le feu i)rend avant le 



39 

mois fini, le ramoneur sera condamné à la même peine. 
Que tous les charpentiers de la ville et faubourgs se 
trouvent avec leurs haches,(au premier) annonce du feu, 
où il sera, à peine de 6 livres d'amende. Que tous les 
habitans sont tenus, en cas de feu, de s'y trouver, et de 
porter avec eux chacun une hache et un seau, à peine 
de 6 livres d'amende. 

. " Que chaque particulier ait soin, quand il viendra 
de grands abats de neige, de la faire ôter, de manière 
que les chemins soient de niveau audevant de leurs 
maisons, à peine de 10 livres d'amende; et que chaque 
particulier ait soin également d'entretenir, le long des 
murailles de sa maison, un chemin de deux pieds de 
large, sous la même peine 

" Que chaque particulier soit tenu, chacune jour, de 
faire ramasser audevant de son terrain, les fumiers, im- 
mondices et ordures qui s'y trouveront, les mettre en tas 
et les faire transporter au bord de l'eau, pour être jetés 
dans la rivière, à peine de 10 livres d'amende au con- 
trevenant. 

" Que chaque particulier ait soin de tenir leurs che- 
mins et ponts en bon ordre. Où il se trouvera des che- 
mins et ponts impraticables, faute de les raccommoder, la 
paroisse sera condamnée à 20 écus d'amende, et chaque 
paroisse pourra choisir son Voyer ou inspecteur de grands 
chemins. 

" Il est défendu à tous marchands, ou autres, d'acheter 
ou troquer pour leurs marchandises, les denrées de la 
campagne, pour les revendre en ville ou ailleurs. Les 
troupes ont ordre de s'emparer de ceux qui contrevien- 
dront, dont les marchandises seront confisquées. Ils 
seront de plus condamnés à un mois d'emprisonnement. 
Que toutes les denrées seront portées sur la place du 



40 

marché. Ceux à qui il :irrivora d'aller au-dovaut des 
canots, voitures ou habitans portant l«'urs denrées au 
marché, seront condamnés à 10 écus d'amende. 

" Voulons et entendons que notre présente d'Oron- 
nance soit lut», publiée et affichée ès-lieux accoutumés. 
En foi de quoi nous avons siirné ces présentes, à icelles 
fait apposer le sceau de nos armes, et contresigné par 
notre Secrétaire. Fait à Montréal, le 28 octobre, 1760. 

THOS. GAGE. 
" Par Son Excellence, 

G. Maturin. 

On voit que cette Ordonnance embrasse des objets di- 
vers : l'établissement de certains tribunaux évidemment 
civils, leur pouvoir étant "de déterminer toutes les con- 
testations des particuliers, " et des règlements sur la po- 
lice correctionnelle et municipale. 

Il ne parait pas que les chambres des milices aient 
exercé aucune juridiction criminelle. Dans le Registre 
dont je viens de parler, on lit, au ISe. feuillet, une ordon- 
nance du Gouverneur Gage du 14 déc. 17G0, enjoignant 
à toutes personnes d'arrêter un individu comigné chez le 
Prévôt j)our cas de vol, et qui s'était échappé. Cette or- 
donnance est marquée, " signée, /nir ordre fie Son Excel- 
lence, G. Maturin, " et est signée plus bas par les Capi- 
taines de Milice. Que conclure de la présence de cette 
ordonnance dans le Registre des Capitaines de milice ? 
Rien autre chose, ce me sf^mble, sinon que c'était un 
moyen que l'on prenait de donner de la publicité à ce 
document 

Tous lesjugements de ce registre de 107 feuillets, con- 
tenant 570 entrées, (presque chacune étant une procé- 
dure complète, composée de la demande, de la défense, 
de l'instruction et du jugement) et deux ordonnances, 



41 

sont rédigés en assez bon style, et motivés avec assez de 
clarté, probablement par Maître Pierre Pmief, notaire et 
g-refiier de cette cour Leurs dispositions sont assez gé- 
néralement équitables, et se fondent assez souvent iiur 
les lois positives. Les régies de la procédure n'y sont que 
rarement -v-iolées d'une manière essentielle, lorsque des 
femmes sous puissance de mari, ou des procureurs, sont 
portés à un procès, les premières sans l'assistance de 
leurs maris, et les seconds sans qu'ils agissent conjointe- 
ment avec leurs commettans (1). 

Il ne faut pas une pénétration bien grande, pour se 
persuader, après avoir parcouru ces registres et presque 
tous les monumens judiciaires de ce temps, que les gou- 
verneurs de cette époque n'avaient rien tant à cœur que 
de nous attacher à eux, en conservant nos usages 
et nos lois. L'on n'apperçoit nulle pair la préten- 
tion dïntroduire les lois anglaises, et encore moins celle 
déjuger suivant la loi martiale : car si ces juges tombent 
parfois dans l'arbitraire, il faut bien se garder d'en con- 
clure que la cause s'en trouve dans leur adhésion à une 
loi qui n'est faite que pour des soldats, mais seulement 
que leur désir d'atteindre à la justice particulière de 
chaque cause les force à violer quelquefois les principes 
çfénéraux des lois. Ces cours n'avaient de militaire que le 
nom, qu'elles avaient pris des juges qui y présidaient (2). 



il) Au reste, celte irrégiilariti' ne serait pas propre à ces IriJiunaux pou 
éclairés. Dans la Prévoté de Québec, sous la présidence de deux hommes 
de loi, MM. André DcLcigne et Daiii. deux des plus éminens lieutenans 
civils et criminels, suivant M. Perrault. Ton voit plusieurs exemples de 
semblables violations des premières régies. V. Extraits <?r.v registres Or Ju 
Prévôté de Québec, par/. F. Perrault, écr.. pp. 3i, etc. 

(2) L'on s'abuse étrangement sur Tacception des termes iuilttaij'e et »?«/■- 
/ifl/ employés ici, de même que sur l'autorité de ces tribunaux composés de 
militaires et d'officiers de milice. Si l'on n'était bien convaincu par plu- 
sieurs actes du gouverneur Gage d'une volonté bien prononcé':' de donner 
à tous c^^s tribunaux les anciennes lois du pavs pour rèsrle de décision 
6 



\-2 

(^u«»i(]iu' jt' puisse luuniir tl»'s preuves iuuhi])liéos à 
l'appui de ees opinions, je me honierai à (|U«'lques ex- 
traits, eu suivant rordir du registre. 

Au f't'uilUl 4. se irouve l'inventairt- du 17 novembre lï^iO, 
du mobilier d'un individu dont le?» héritierKKont absents, 
et r«''tablissement d'un uardien à c»»s ejf'ets, jKtur la cou- 
seri'titiofi i/t' .sv'.s- hit'fi:i /njur ses lurilicrs (thsc/its. C'est un 
des capitaines do milict-, jui^e du tribunal, qui est prépo- 
sé à cette tâche, qui' remplissaient en l'rance " les i^e/is 
du roi.' 

Aux l'fiiilhls. 1.') et 17, est une procédure en licita- 
tiou, des :20 et 'Id décembre 17G0. Elle est dans les for- 
mes les plus strictes voulues ])ar les lois. L'interlocutoire 
qui ordonne la visite d'experts pour constater si l'héri- 
tage est parlay^eable commodément et sans détérioration, 
est motivé en lanuage précis et technique. 

On lit encore an feuillet 17. 

•• Audience /'•//(/' ,uir l/l/. Dicdimi/iir. Ilnrirur. frh'ni. (iiij/. 
(îiiinrlin, }i''Zhn\ l\rinnni\ t.r ('iiiiitf-l)iiiir '■. Fuiihlanr/i/' 
ri Hiui'h/, II- .U) ilrrrinl/i'- I7ii(l. 

"Entre M. D i/lh-hnttl, prêtre, missionnaire de Re- 
'• p'Mitiirtiy, demandeur, comi^arant par Damoiselle fJail- 
" lebnut (le la Mn'lehiine, l'cjiidée de son pouvoir, d'une 
" part, et Monsieur Daillehoul <lv Péri'^ny, Ecuier. déf'en- 
'' deur. comparant par Dame Corrtutlf-Lfirôfe, son épouse, 
" d'autre part. Après que la dite Damoiselle de la Ma- 
" delaine pour le dit Sieur demandeur a dit, (qu'elle nous 
" sui>plie de condaiinH-r b- dit Si«'ur Di* Périuiiy n lui 

l'on n'**n floul<^rail jiliis apW's avtiir lu fniolfiuoç-uns (h» cps jupf'm<'ns. Onx 
qui ont intf'p'-t ù uionlifr «pi*- nos voinqUfMirs vonlnipnl nous fli^pouillnr 
fie loiil cf quf nous a\ions<|i' cb<T, pourraient «lire que ces lrii>unAux 
n'avaient aucune réKl" «'•* f'oniluite, avec plus de \Tais«>mblancc |iful-ùlre, 
en ju^r-anl sur quelques cas parliculi'-rs, que d'en fuirc les irilor[»rètes de 
la loi martiales, qui a des n-^les llxes. el <jui n'a rien de commun avec la 
jurisprudence de celle époque. — \'nir lifllu' o\\ Mililui i) Imw, ]». '2i. — 



4^5 

'' payer la somme de 150 liv., pour une année de la rente 
'' de son titre clérical qu'il lui doit, échu le 1er Nov. 
" dernier : la dite Dame épouse du dit Sieur de Périgny 
" a dit comme en son écrit non signé, dont lecture a été 
" faite. Nous, parties ouïes, attendu que suivant r usage 
'' ordînairej il n'y a compensation que de liqnide à liquide, 
'• condamnons le dit Sieur de Périgny à payer au dit 
'■ Sieur demandeur, en espèces sonnantes, la somme de 
" cent cinquante livres', pour une année do la rente de son 
" titre clérical, qu'il lui doit, échu au premier novembre 
'' dernier ; sauf au dit Sieur de Périgny son recours con- 
" tre le dit Sieur Daillebout. ainsi ciu'U avisera, pour rai- 
" son des comptes de la succession de feue Délie. Anne de 
" Musseau, avec dépens taxés à trente sols." 

A la fin de chaque audience, le plumitif, ou plutôt le 
registre, est signé par tous les juges et le greffier. 

Au feuillet 18, et en maint autre endroit, demande en 
insinuation d'actes portant donation, accordée par la 
cour. 

Feuillet 50. — "Entre la Dame épouse et procuratrice 
'• de M. Têtard, {Montigny, en interligne et d'une encre 
'• différente), écuier, Capt. d'Infanterie du roi très-chré- 
" tien, demandeur, d'une part, et Antoine Leduc, défen- 
'■ deur, d'autre part. A^^rès que la Dame demanderesse 
" nous a supplié de condamner le dit défendeur à lui 
" faire et parachever la maison qu'il lui a entreprise, et 
" dont il a reçu le paiement d'avance, conformément au 
" marché passé devant Me. Dauré, notaire, le 22 juin 
" 1760 ; le défendeur a dit que le fléau de la guerre l'a 
'• voit empêché de pouvoir satisfaire au dit marché ; 
" qu'il y avoit commencé à travailler, mais que par les 
" commandemens qu'il étoit obligé de faire à toute force 
" pour le service, en qualité de sergent, l'avoient em- 



" pôfh«» di' pouvoir travailler; qu'il fst hors d'état de 
•• pouvoir fontinuor la dite bâtisse, dans ruidii^tMice où 
" il t'st réduit : pourquoi ollro d'abuiidoiiin'r à la dite 
" Dame Moiitiiiuy les pièces de bois qui sont sur son 
" terrain, de perdre le temps qu'il a employé, et de lui 
" rembourser les ordonnances <ju'ellc lui a données. 
*' Nous, parties ouies, attendu (jUi' 1" dit défendeur n':> 
" pu être «Tarant des évènemens qui sont arrivés d'après 
" la passation de son marché, et l'impossibilité manifeste 
" où il a été de travailler aux dits ouvra<>es à cause des 
' commandemens, avons décliarrré le dérend<Hir de l'en- 
" treprise par lui liiite, en par lui. suivant ses ollres, 
'• abandonnant à la dite Dame de Montisfuy les pièces 
•' de bois qui sont sur son terrain et lui remboursant, en 
" ordonnances, la somme de quinze cents livres, au 
" moyen de quoi le dit marché demeurera nul: le con- 
*' damnons aux dépens, taxés à trente so]-^. 

" Mandons, etc." 

Dans un jui>"ement, motivé aw feuillet 12, on trouve b's 
expressions suivantes, qui peuvent donner la mesure 
des connaissances léi^ales de cette époque. 

" Et attendu que conformément aux décisions des 
" lérrislateurs et particulièrement de Ferrière, dans la 
" srienie jKtrftiite des nof (lires,"" etc. 

Le feuillet 10(î contient une sentenee d'ordre et de 
distribution. 

OMF.^ 3MF. p.p 4MK REGISTRES. 

Je viens de rendre compte, M. Bibaud, du 1er Regis- 
tre du " Conseil des Capitaines de MiHce de Montréal," 
commencé le 4 novembre, 17H0, se tenuinant le 22 août, 
17 'Jl ; et je dois ajouter qu'il est accompai^né de trois 
autres, qui contiennent les procédures ultérieures de ce 
même tribunal (aussi appelé ''Chambre de Justice'' qï 



45 

*' Chambre de Milice de Montréal,''') du 25 août 1761 au 26 
avril 1764. 

Ces trois derniers registres, comme le premier, sont 
entièrement écrits en français. Les noms anglais y sont 
écorchés pour les franciser. 

5ME -prj, gMK REGISTRES. 

J'ai également eu accès à deux registres, peu volumi- 
neux, renfermant les sentences rendues en appel, durant 
le Règne mi/itaire, tant par le " Conseil " ou la " Chambre 
Militaire de Montréal," que par le " Conseil " ou la 
" Chambre Militaire de St. Sulpice." C'étaient des tri- 
bunaux qui siégeaient le 20 de chaque mois, en vertu 
de l'ordonnance du gouverneur Grage du 13 octobre 
1761, (V. Art. 18e.) et qui n'étaient composés que d'Offi- 
ciers de /'Armée, toujours au nombre de cinq. On appe- 
lait à eux des jugemens rendus par les chambres de mi- 
lice de districts, et on appelait d'eux au gouverneur. 

Leurs jugemens étaient qualifiés d'Arrêts, comme on 
le voit par le titre de l'un de ces deux registres (1). De 
81 arrêts rendus par cette cour de Montréal (du 21 nov. 
1763 au 21 juillet 1764,) présidée tout ce temps par le 
capt. Thos. Fa/coner, du 44e régiment, 5 seulement sont 
en anglais et dans des causes où les parties, ou l'une 
d'elles, sont d'origine anglaise. Le registre du Conseil 
Militaire de St. Sulpice, dont le 1er feuillet manque, se 
compose de 62 pages, et, commençant le 20 février 1762, 
se termine le 20 août 1763. Il contient 68 arrêts, dont un 
seul est en anglais, dans une cause entre un officier de 
l'armée et un canadien. M"^" C. F. Caron, notaire roval, 
et MM. Daquilhe et Demoulin ont successivement été les 
greffiers de ce tribunal. 



(l) " Plumitif pour servir aux Arrêts par extrait du Conseil Militaire de 
Montréal," 



iùi partouniiit e«'s ciiuj cU'rnior.s rejjistios. on vomi 
<jii«* K's observations (jui' j'ai laites sur le premier leur 
sont ai>plic'ahles. 

""* KKdlSTlCK. 

Le septième registre don! jai eu communication nu 
irreile de Montréal, fst lelui des ■ Appels au Gouver- 
neur." 

Il est de 'Z'2'2 pages in-lolic» et contient 2i»î' jugemens 
par le irouverneur Gti'^t, et Oô i>ar le gouverneur Buriott 
Ces juiiemens sont qualiliés à'ChdoiinuHces et Arrêts ; 
les jugemens en dernier ressort prenaient ce titre en 
France; ceux des cours dont l'appel était interjette : 
Seiitenres. 

Le 1er arrêt du u(>u\erneuv Crage est du tl décembre 
ITtJU. et conlirme une sentence de la ' Chambre des 
Milices de Montréal" du 2 du mém«* Mois; le dernier 
arrêt est du '1\ octobre IT'I-). 

L»* Ter arrêt ou ordonnanc<' du gouverneur lUirion 
ot du -n octo})re IT»'.:^ : le dernier du 10 août 17G4. 

Ce reffistre contient, consétiuemment, tous les appels 
du i;(»uvt*rneraent de Montréal pendant le i?<'gwf inili- 
l<iir> 

Des -VU ordonnances ou arrêts reiulus par ces deux 
LTOUverneurs. du «i décembre 17G0 au 10 août 17G4, trois 
seulement I ont été par le 'gouverneur et son Conseil""; 
tous les autres par le gouverneur seul. l.ie langage de 
ce retristre est encore le français; toutes les causes sont 
pour atiaires civiles, aucune pour affaires criminelles. 

Je termiiu' par un seul extrait des jugemens d'appel, 
qui donnera de nouvelles lumières sur la jurisprudence 
de ce temps. 



47 

" 1762, 15 mai. j • Par Son Excellence 
Entre Charle:^ Rohidon [ THOMAS GAGE, etc. 

et Jacques Robidou." ) " Entre Charles Kobidou, rap- 
pelant d'une sentence rendue par le Conseil Militaire de 
cette ville, du 20 avril 1762, d'une part, et Jacques Robi- 
dou, défendeur, d'autre part. Après que le dit deman- 
deur nous a supplié de casser la dite sentence rendue 
par le dit conseil, qui condamne les dites parties à payer 
par égale portion la somme de 45 liv. pour les frais 
qu'elle alloue pour un procès intenté par esprit d'animO' 
site, et les condamne en outre à payer chacun six pias- 
tres d'amende. 

" Il nous auroit été fait en outre des représentations 
par les Sieurs officiers de milice du district de la Pointe- 
Claire, qu'ils auroient été également condamnés par la 
dite sentence à payer les frais mentionnés aux pièces 
qu'ils nous ont présentées, où il est spécifié qu'ils ont 
iugé — " selon leurs lumières, n'ayant jamais étudié le 
droit ; " — et qu'en outre ce n'a été qu'à la jiersécution 
des parties qu'ils ont ouï tant de témoins. 

" Nous, parties ouïes, vu la justification des sieurs offi- 
ciers de milice et en outre l'extraordinaire qui n'est que 
suivant les intentions de notre placard de justice, et les 
papiers à Nous présentés, avons ordonné ce qui suit : 

" Sçavoir, que les articles mentionnés dans ladite sen- 
tence qui condamne les dits officiers à des frais, sont 
cassés et annulés, ainsi que l'article qui spécifie de faire 
enregistrer la dite sentence sur le Registre de ta Pointe- 
Claire. Et pour à l'égard de Charles et Jacques Robidou 
avons ordonné ce qui suit : 

" lo. Chaque partie payera les témoins qu'il a menés 
à la chambre de la Pointe-Claire et les significations des 
ordres donnés aux dits témoins, et les deux piastres par 



48 

la ilitt' chainUr.^ >.M(Hit i):i\ <••'> par nioitii' aux dites 
parties. 

'• lu. Lo> huit piastres d aiu-'iidc coïKlaimn'i' par lu 
chamhrt» il»' la Pointe-Claire, (jui doivent s«'rvir à payer le 
teins des oiHciers asseni}>l«''s. aill^i (pif !«• lireliier. seront 
pavées par Jacques Uohidou. /tour tiroir eu île si nxmvdis 
///•(irédés roiitre le demnmieiir. 

" 3o. Charles Robidon payera un»' pia.viic d amcudi'. 
pour n'avoir point ex ''cuté les ordres du Capitaine pour 
tracer les chemins. 

" Et pour les six piastres d'amende (IohI les parties 
sont éaalement condamnées à payer par le Conseil mili- 
taire, ordonnons qu'ils n'en payeront que chacun trois, 
pour les raisons y contenues, et (iéfenihns à l'avoiir niir 
fiites /mrdes de s'i//frtffrr f'/nir à l' m/Ire (im-un /n'ocrs .s7///v ffes 
misons so/iffes. 

•• >Ian<lons, etc. 

'• Donné au ChAte;ui d-' Montréal. K' lô mai 170l'. 

THOS. (JA(rE. 

•• rnr >(>// Errcllfnre. 

.1. MATUltl.V." 

Si ce juq'ement contient des sinirularités, on ne peut 
.sempecher d'y voir un désir bien prononcé de réprimer 
le despotisme de la -'Chambre Militaire." 

Aveitissrnwnl el siiina/ement d'un n'enre siiiirulier qui 
.se trouve dans le • Ueiiistre des Appels," avec quelques 
autres. 

" Le nommé Truieis, < harrelit'r à Québec, a iissassiné 

•" au dit lieu, le 20 du présent mçis, le nommé Sf, Louis. 

" Ce Travers a cinq pieds de haut, les cheveux châtains, 

" menu du corp.s, le nez croche, les yeux creux, barbe 

*• rousse. visaq"e affreux, et àpré de '50 ans ou environ. 

RALPH BUUTON. Etc.. Etc. 



49 

" Ordre circulaire à tous les capitaines de milice et 
" autres officiers du gouvernement de Montréal. 

'• 11 vous est ordonné de faire appréhender et saisir 
" par corps le dénommé ci-dessus, en quelqu'endroit 
" qu'il se trouve dans le gouvernement de Montréal, et 
" de le faire conduire, sous bonne et sure garde ès-pri- 
" sons royaux de cette ville. 

" Mandons, etc. 

" Donné à Montréal, le 26 avril, 1764." 

[Nun signé.) 

En voilà bien long, M. Bibaud ; mais il convenait de 
réunir tout ce qui avait rapport à VHistoire légale du 
règne militaire, à laquelle il ne semble plus manquer que 
le " Placard du '22. septembrt^ 1760." 

Montréal, 2 avril 1827. 

E. T. (1) 



(1/ P^fudonymti (Jp: .M. Iioiiri/u'qw .l/oyirfr/f^ alors avocat à ^^ontl■éal, et 
maintenant juge aux Trois-Rivières. On verra le " Placard du 21 sept. 
1760." dont il est ici parlé, aux Pièces Officielles, Gouvernement des Trois- 
Riiiièrcs, sous la dat<' du ■ lt>r oct." — .T. \'. 



50 

\ . 

• Le [tnys doit i fiiiorrici' M. Ri- 
li.iiid t't ses nirn>s|i<iiitlauls d'avoir 
fait part i\r its litirufiimls au piildir- 
Ils iioiiiiont sf'ivir à ndfvcr j)lii- 
si«Mirs assertions mal foiiU^'cs et à 
(•oriif:t'rt|iud(]iH»s inexactitudes sur 
tes matières, eausées jiar réloif,'ne- 
meiil des leiiijis et riiicerlitudo dos 
cniuiaissaiices purement liadilinii- 
nelles." — Lu Minrrrr. 

Toi ost, M. Bibaud, le ju^-omc'iit porté par le patriotique 
éditeur de La Minerve (1) sur la correspondance relative 
au lièij^ne Militaire. Etait-il possible d'être, à la fois, 
plus poli, plus mesuré, plus concis, qu'il Ta été dans 
cette saçe critique si l)ien pensée et si convenable- 
ment exprimée ? S'il est persuadé (pie le travail de vos 

correspondans L. E. T. et iS. R. doive être 

utile ; s'il a le îroiit de l'analyse, comme il me paraît en 
avoir le talent, qu'il se charg-e d'indi(juer à l'histgrien 
" comment et de quels faits doit se composer, à l'avenir, la 
page véridique de C histoire légale du Canada" d'après les 
mouumens historiques fournis par votre Journal. Ce 
pourrait être une tâche «jui lui conviendrait, et dont il 
s'acquitterait, sans doute, avec honneur pour lui-même 
et pour son pays. 

Je vous adresse aujourd'hui les derniers doiumms en 
ma possession, tant sur le Clouvernement de Monlrtal, que 
8ur celui de Québec : il n'y a rien à avoir sur celui des 
Trois-Ilirières, [(^n donnerai bientôt la raison. L. et E. 
T., ne paraissent pas avoir fait de nouvelles découvertes 



(1( A. N. Monn, Ecr.. Avural. 



51 

depuis mars et avril (1). Il conviendra donc de résumer 
au prochain numéro. Je laisse à L., et E. T.^ de le 
faire, en les priant d'agréer mes remercimens pour leurs 
précieux essais, publiés à mo>i aide dans ce journal, et 
pour les honnêtetés qu'ils m'y ont personnellement 
adressées. 

Pourquoi me demandera-t-on, peut-être, faut-il un 
résumé ? Pourquoi faut-il qu'un autre le fasse ? — Le 
voici : 

lo. Un résumé est nécessaire ; — pour constater en 
quoi et jusqu'où le but qu'on s'était proposé est, en effet, 
rempli : pour faire res.sortir, par la confrontation que 
l'on y doit faire des textes ou autres autorités, "les as- 
sertions mal-fondées qu'on a relevées." — •' les inexacti- 
tudes que l'on a eu le bonheur de corriger," preuves qui 
se font en citant alors, en raccourci, les piècet justificatives 
publiées tout au long sous les signatures L. — E. T. — 
S. R., ou autres. Il est nécessaire : pour convaincre le 
lecteur, dans le moins de mots possible, qu'il a dû ac- 
quérir, par la lecture de ces pièces justificatiiies^ des no- 
tions certaines et positives, autres que les notions 
vagues et mensongères qu'il avait auparavant. — Il est 
nécessaire : pour mettre en garde contre certain écri- 
vain inexact, et en faire apprécier un autre en qui, peut- 
être, l'on n'avait pas la même confiance. Il est surtout 
nécessaire ici, et dans ce moment plus particulièrement : 
afin de prévenir contre l'erreur ou l'incertitude ceux de 



fl) Votre correspondant E. T., en a fait une très-importante ; c'est celle 
d'un extrait du Placard du Tl Sept., 1760 (page 38 plus haut).— 

Sait-on si le général Amherst était en Canada à cette date? Smilh 
donne au moins à entendre qu'il y était encore le 17. Ce placard serait- 
il de ce général, et celui par lequel il établissait ses tribunaux de justice? 

Oui; on verra ce Placard, trouvé en 1845, parmi les Pièces Officielles, 
Gouvernement des Trois-Rivières, 1 Octobre 1760. 



52 

nos rnni/Kifn'titt'^ q\ii s'occuppnt à t'-orin» VfJis/oirr t/u 

( \imifnl. 

'_'<». lin :iuti»^ (jiU' iiioi (l<»il se cliaru^»-!" de lain' <•♦' rcsu- 
nir : parr»' qu'un autre (|U«* inoi le Irva l>it*n «'t que jt» le 
ferais mal. Qiie peut-on m'opposera cette raison ! Quelle 
autre t'xii^era-t-on apr^s celle-là ? Qu'on examine les 
fnih jusqu'alors icrnorés ou perdus de vue. (si l'on sup- 
pose (juils t'taieut seeretement connus de quehjaun, au 
pays), ([ue les essais de L. et /J. T. ont lait ecomaitre ou 
reparaitre au jour, et (|ui ont donn»'- une tout autre di- 
rection aux re<'herches que d'abord j'avais en vue. 
Vove/ Tordre (ju'ils ont mis tous deux dans le sujet par- 
ticulier ({uils <»nt trait»' 1 le parti (ju'ils en ont su tirer, 
le premier comme politique et comme historien, le se- 
cond en jurisconsulte méditatii' et »''clair«'', et tous deux 
comme Canadiens, amis de leur pays. Knlin, la question, 
tell.' (ju'elle est actuellement devant le public, ^ràce au 
point de vue sous lequel ces messieurs ont eu le talent 
de la voir et de l'agiter, doit provoquer d'intéressantes 
observations, de plus d'un uenre, particulièrement sur la 
jouissance non interrompue de nos lois, de nos usag-es, 
de notre lanirue, etc., que nous avons toujours dû conser- 
ver, à compter de la Ca/fif/zlufion mt'me de Montréal^ 
dont on verra bientôt qu'on peut s'étayer, pour prouver 
<iue la possession de ces droits nous «'-tait «garantie par 
elle. 11 faut donc absolument (ju'un autre qu«' moi tra- 
vaille au r«''sumé en question: outre le talent, c.rtuins 
matériaux nécessaires me manquent. 

Tas.sons maintenant aux derniers documents dont jai 
«lit plus haut, que je vous ferais part aujourd'hui. 

lo. (ÎOT'VEUNEME.NT DE MONTREAL. 

En vous envoyant, M. Bibaud, le 1er février, une liste 
de certaines ordonnances, etc., des Gouverneurs Gage et 



53 

Bnrton, alors en ma possession, j'ignorais qne j'en avais 
d'autres. J'ai trouvé ces papiers depuis lors. (î) 

Toutes ces pièces, annoncez-le, M. Bibaud, sont comme 
les autres, au service de quiconque voudra y avoir accès 
pour l'avantage public. 

Encore un document, qui montrera comment un Gou- 
verneur d'alors prenait possession de son gouvernement, 
et par quelle autorité il était nommé dans ces temps. 

" Ralph Burton, Ecuier, Brigadier- 
" Général, Colonel d'Infanterie, C4ov- 
" verveur de Montréaf et de ses dépen- 
" danres, etc. 

" Sa Majesté ayant jugé à propos d'appeler à la Nou- 
velle-York, pour le bien de son service. Son Excellence 
M. le Majjor-Grénéral Gage : 

" Nous faisons sçavoir à tous bourgeois, marchands et 
habitants quelconques de la Ville et Gouvernement de 
Montréal, qu'il a plù à Son Excellence M. le Génl. Am- 
herst, de Nous nommer Gouverneur de cette A'ille et 
gouvernement (2). 

" Vovilons que tous les Ordres et Règlements pour le 
bon ordre et la police de ce gouvernement, ci-devant 
donnés et publiés par Son Excellence, M. le Général 
Gage, soient exactement suivis en tous points et sous 
les peines y portées, à moins d'un ordre de notre part 
au contraire. 



(1) Je me dispenserai de copier ici cotte lislr, vu qu'on doit tronv-'r ces 
Ordonnances, etc., transcrites en leur entier, un peujilus loin, Pièces Offi- 
cielles, etc. 

(2) Le général Amherst, alors à New-York, partait pour l'Angleterre, 
sous congé, et appelait le général Gage pour le remplacer dans le •' com- 
mandement en chef des troupes de 1" Amérique du Nord", comme on le peut 
voir par un Ordre général daté de New-York, le 17 Novembre 176.3. 



54 

l'iileiuloiis ([Wi'Vd justice livile continuera à être admi- 
nistrée imrdevont /es Clninihres «le Milice et Militaires, et 
par ajijicl /larf/cvunt Xoits, accc les mi'mcs formes que ci- 
lle va ni . 

" La présent»' Ordonnauor sera lue, publiée et affichée 
en la manière accontuniéc, afin qu<* personne n'en pré- 
tend»' (^aiise d'i«rnorante, slirn»- de notre main, scellé du 
sceau dt' nos armes et contresii^né par notre Secrétaire. 

Mandons, etc., Doiii».' au Chaleau de Montréal, le 2î» 
o.'tohre 17G'Î. 

• RALPH lUlRTON 

■ Par Mi)N<irur le (iouverneur, 

J. r.RWYÈRES." 

Cette Ordonnance ou Proclamation, offre bien une 
preuve certaine (jue \a Justice criminelle n'était point du 
ri's.sort des "Cliambres de Milice", lomme Ta déjà établi 
votr»' correspondant L. 

L*0. Ool'VERNEMKNT DK QUKBKC. 

Les Documents inédits que j'ai reçus de Québec et qni 
ont rapport <\ ce Gouvernement, sont au nombr»"! de trois. 
Je suis rt'ilcvable do ces copies authciiti(|ues à la poli- 
tesse obli'jfeante de M ./. /'\ Perreault, nn des protono- 
taires du District de Québec, et qui, en cette qualité, est 
le dépositaire du Uej;-istre d'où ils sont copiés. 

Il parait que le, lan<^a<z:e de v;ette Ccur. civile et crimi- 
nelle à la fois, était le français ; que sa première séance 
est du 4 Novembre 1760 et sa dernière du 4 Août 1764 ; 
et qu'il n'y a point eu de " Chambres de Milices" dans 
ce Gouvernement (1). Voilà tout ce que je puis ajouter, 
pour le moment, aux connaissances que tout autre peut 
puiser, comme moi, dans les documens mêmes que je 

>h Hayval <'Si 'loue «îio' l, «n Smilh '-ti (i<^raiii 



55 

vous envoie, et sur lesquels je m'abstiendrai de faire 
aucune observation. Mais je me flatte qu il se trouve- 
ra, à Québec, un autre E. T. qui voudra bien entrepren- 
dre un travail semblable au sien, et communiquer en- 
suite au i^ublic les détails intéressants sur VHistoire 
légale de ce Gouvernement, durant le " Règne Militaire, " 
qu'il aura pu puiser dans le Registre en question. 

Extrait d'un Registre déposé dans les Archives de 
Québec, intitulé : 

" Re(;istre du Conseil iiuIiJaire <(e Qafbec, conlfiianl les Ordon- 
nances, Règlements, sentences et Arrêts de la dite Cour de 
Justice el autres arlfs îles Notaires. " 

"De la part de Son Excellence Monsieur Jacques 
MuRRAY, Grouverneur de Québec, etc. 

" Notre principale intention ayant été, dans le Gou- 
vernement qu'il a plû Sa Majesté Britannique de nous 
confier, de faire rendre la justice à ses nouveaux sujets, 
tant Canadiens que François, élablis dans la Ville et 
Côtes de ce Gouvernemetit. Nous avons cru également né- 
cessaire d'établir la forme de procéder ; de fixer le jour 
de nos audiences, ainsi que ceux de notre Conseil Mili- 
taire que nous avons établi en cette ville : afin que cha- 
cun puisse s'y conformer, dans les affaires qu'ils auront 
à faire juger en nos audiences, ou celles que nous juge- 
rons nécessaire de renvoyer au dit Conseil. A ces cau- 
ses, nous avons réglé et ordonné par le présent Règle- 
ment comme suit: 

" Art. 1er. — Toutes plaintes ou aflTaires d'intérêt civil 
ou criminel nous seront faites par placets ou requêtes 
adressant à Nous, lesquels seront remis néanmoins à M. 
H. Cramahé, notre secrétaire, qui les répondra, pour que 
les assignations soient ensuite données par le premier 
huissier, aux parties adverses, aux fins de comparoître 



.)0 

pour d«''l«'iulit' iii iiotir aiuiioiuri' suivant U-ts délais 
iuai(iu»''> eu t'uanl a la di.slaïut* dt's li»'iix. 

.1/7. 'liiin. — L»'s jour.s d«' nu> au<li«'ini's «eront 1«* 
uiardi <l»' t hat|iu' M'inuiiU'. dfpui.s pi Ih-uits du mutin 
jusquà midi. »'l .«so tieudrout l'U noln* Uohl, à cummen- 
otT mardi prochain. 4 \o\fml»rr 

•■ Arl. '-\iiir. — Les plueets ou requeteis (]Ui auront été 
répondus par notre Secrétaire, dans la form»* expliquée 
par l'Article 1er signifiés aux parties adverses, et le dé- 
lai de l'assiu-nation expiré, seront remis à notre secrétai- 
re, la v»'illed«' l'audienee, c'est-à-dire le lundi, ])Our Tau- 
ilienct' du mardi : sans quoi, elles ne seront point ju- 
gées. »'t remises à la prochaine audience. 

" Ail. Xiiir. — Les parties adverses, qui auront quelques 
papiers ou écritures servant à la dél'ensede leurs causes, 
seront pareillement tenues de les remettre à notre se- 
crétaire la veille de l'audience, sin<»n. sera laii droit sur 
la demande de la partie. 

Ail. ônif . — .Si les parties assignées n"oni a\icune écri- 
ture à produire, elles seront tenues de comparoître en 
notre audience, au jour de rassijriu'ment, soit en person- 
ne ou par procureur, sinon il ne sera donné aucun 
déiaut. et sera pareillement l'ail droit sur la .seule assi- 
gnation tjui leur aura été donnée ; alin d'éviter la loii- 
irueuv <l«'> procédures et la multiplicité des Irais. 

Al/. *)nitf. — Si la trop uramle (jiuintilé d'aHaires ne 
pou\<>it permettre de les juuer toutes, dans une seule 
audience, elles seront remises à la i)rochaine, et les 
parties tenues d'y c:<ymj)ar<)iti f, sans aulïe assignation. 

Ail. ~iiu'. — Les jugemeiis <jui seront rendus en notre 
llùtel, à l'audience, .seront exécutés sans appel, et les 
parties contraini«'s d'y satislaire suivant ce qui sera pro- 
noueé ; a rexce]»tir »ii des alFaires «pie nous jui^erons à 



propos de renvoyer au Co/tseï/ hiilitairc pour être jugées ; 
lesquelles seront remises à un des Conseillers que nous 
nommerons, qui en fera son rapport au Conseil, pour sur 
ieelui être fait droit à qui il appartiendra. 

" Art. Sme. — Le Conseil de g-uerre s'assemblera les 
mercredi et samedi de chaque semaine, et se tiendra en 
la maison de M. de Beavjeu, rue St. Louis. 

Art. 9me. — Les jugemens rendus en notre audience, 
ainsi que les arrêts militaires, seront inscrits sur le 
registre, par le greffier que nous avons commis pour cet 
effet, et les expéditions par lui délivrées aux parties. 

" Art. lOme. — Tout ce que dessus sera exécuté, tant 
pour la ^-ille que pour les campagnes; à l'exception 
néanmoins des différents que les habitants des côtes 
pourroient avoir entr'eux pour raison de clôtures, dom- 
mages, ou autres cas provisoires, dont nous renvoyons 
la connaissance au Comninndant de la troupe, dans chaque 
côte., qui les jugera sur le champ; sawî Appel au Conseil 
Militaire, si le cas y échêt et qu'il y ait matière. 

" Et sera le présent Règlement lu.publié et affiché, tant 
dans les lieux et endroits accoutumés de cette ville, que 
dans chaque côte de ce gouvernement ; à ce que per- 
sonne n'en prétende cause d'ignorance, et ait à s'y con- 
former ; interdisons toutes autres Cours et jurisdictions 
qui auroient pu être établies tant dans la ville, que les 
faubourgs et campagnes (1). 

(i) Je crois devoir faire observer ici: Que Québec ayant capitulé le 18 
Septembre, 1759, cinq jours après la bataille dans laquelle Wolfc et Mont- 
ca/m perdirent la vie el gagnèrent l'immortalilé, le général TownsJundTprM 
possession de cette, ville le môme jour : que le Général Murray, qui lui succéda 
dans le commandement, demeura maître et Gouvertuur de cette place jus- 
qu'à la reddition entière du pays, le 8 Septembre 1760 ; qu'il dût y main- 
tenir, pendant tout ce temps, les tribunaux qu'il y trouva existants, ou en 
établir île sa façon, puisqu'on a de lui un Règl ment du 15 Janvirr 1760, 
(que SmWi, qui nous l'a conservé, qualifie de Proclamalion), conçu et ré- 
dige dans les formes usitées par les gouverneurs du Règne mitituwe, — par 
lecjuel il lixe le prix du pain et de la viande, etc., et que c'est peut-être 
aux tribunaux par lui établis que le général fait ici allusion par cette or- 
donnance. 



58 

*' Fuit et doniu , .ous notr»» sccl vi \o ('oulroseing; de 
notre socrôtairo, à Qut'«})t»c. le '.U ( )i'to])r«' 1700. 



.Ia. MlTliRAY. 



Par Son ExrtUfni'f, 

II. T. Ck.\m.\iik." 



" Jacques Murrav, Ecuy»*r, Colonel d'infanterir, Bri- 
" gadier-Général des armées de S. M. B., Gouver- 
" neur de Québec et dépendances. 

" Ayant établi une Cour et Conseil Supérieur à Québec, 
" pour rendre Li justice aux habitants de notre Crouver- 
*' neniHiit, coiiroriiiriiK'iil à Yarlicle 42 «le la cajiilitlation 
" générale de la lolonif, Il est nécessaire, pour compo- 
" ser ce Conseil, de commettre des Conseillers, pour don- 
" ner leurs voix délibératives dans les affaires qui se 
" présenteront à juger. A cet effet, étant pliMiiement 
" et suffisamment informé des bonnes vies, mœurs et 
" capacités de Messrs. le Major Augustin Prévost, les 
" Capitaines Hector Théophile Cramahé, Jacques Baz- 
" hiill, Ivichard Ji(n'/lie, Ilughvs Camcron, Edouard Malo- 
" ne, Jean Brairn h's avons nommés par ces présentes 
" pour Conseillers ; pour par eux jouir dfs droits, pré- 
*' émin«'nc<"s, prérogatives et honoraires attachés aux 
" dit«'s charges. Et ont, les dits sieurs Augustin Prévost 
*' Hector Théophile Cramahé, Jacques Bazbult, Richard 
" Baillie, Hugh»^s Cameron. Edouard Malone, Jean 
" Brown, l'ait serment rn nos mains, sur les Saints Evan- 
'• giles, de s'acquitter fiddenn-nt et noblement de» dites 
" charges : eu loi de (ju<ii nous leur avons délivré la 
** présente Commission. <jue nous avons signée de notre 



•• main, à icelle fait apposer le cachet de no>< armes et 
•' fait contresigner par notre secrétaire. 

" Ja. MURKAY. 
'' A Québec, le 2 NoA^embre 1760. 
" Par Son Excellence, 

H. T. Cramahé." 



" Jacques Murray, Ecuyer, 

" Colonel dlnfanterie, &c. 

" N'ayant rien tant à cœur que de rendre une prompte 

•' et bonne justice aux habitants de notre gouvernement 

•' nous avons à cet effet étabU une Coter et Conseil Supé 

i; rieur, dans la dite ville de Québec, ronforjnément à 

• / article 42 de la Capitulntum générale de cette colonie (1) 

• et comme nous .jugeons avantageux pour la œ«.m;a/.oJ 
de, bien, des minems et absents, de commettre, dans Pé- 

• tendue de notre gouvernement deux Procureurs, dans 
• a dite Cour et Conseil, l'un pour la Côte du Nord, l'au- 
- tre pour la Côte du Sud, faisant fonction de Commissai- 

re a l apposition et reconnaissance des scellés, inventaire 
•' et procès-verbaux de vente des biens qui pomront apparies 
'' mr aux mineurs qui n'auront point de tuteurs, ou aux ab. 
•• sents, et aussi pour pourvoir à Ventretien des chemins 
ymbhcs dans les dites Côtes de notre gouvernement- 
'• a cet effet, étant suffisamment informé des bonnes vies 
;• mœurs et capacité en fait des lois de Mons. Jacques Bell 
' court de la Fontaine, nous l'avons commis et nommé le 
" commettons et nommons, par ces présentes, Procureur^ 
■ General en notre dite Cour et Conseil Supérieur, et 
' Commissaire à l'effet de procéder dans toute retendue de 

il) Gai.ilulat!on Wp Moiun-al, du S s..'pt,,m[.re 1760. 



" ladite Côte du >«</ de notre dit cfouvtMiitMinMit. à toutes 
" appositions de scelh's et reconnoissance d'icfux. dans 
" lesquels actes il se l'era assister de notre Grellier en 
'* CheTou du (îrel'Her par lui eommis, dont il délivrera 
"commission: sera loisiMc à mou dit sieur Delà Fon- 
" taine, en cas d'éloiyfnemtMit des lieux, et pour rviter à 
" frais, de subdélé«^uer une personne capable ; lui don- 
" nous pareillement pouvoir de rendre les ordonnances 
" qu'il jugera convenables pour l'aire faire les chemins 
" publics nécessaires, lentretenemenl d'iceux, dans l'éten- 
" duc de la dite Cote du Sud ; pour par mon dit sieur De 
'• h\ l'ontaine jouir des dites charges, droits, honneurs, 
" prérogatives et honoraires y attachés ; et a mon dit sieur 
" De la Fontaine fait serment, entre nos mains, sur les 
" Saints Evanirib'S, de s'a<(|uitter bien et lidelement des 
" dites charges; en loi de quoi, lui avons délivré les pré- 
" sentes, que nous avons signées de notre main, à 
" icelle lait apposer le cachet de nos armes et lait con- 
" tresiirner par notre secrétaire. 



.Ta. MUKUAY. 



" A Québec, le 2 nov. ITtJo. 

l*<li' Siifi l-l.rrrlhncf. 

H. T. CllAMAHK.' 



Mriii.' commission, ajoute M. Perrault, a été donnée 
à M Mtre J()sr/)/i IClienne Cuij^net, pour la Côte du Nord: 
même date. 

Et une commission a été donnée à Mtre Jean Clnitde 
Panel de (rrr/fier en ihefde la Cour l<u//érieure de Québec 
et Justice en déj)endant, Dé/tositaire des Minutes, Actes 
et Papiers du (louvernenienl : même date. 



61 

3o. GOUVERNEMENT DES TROIS-RIVIÈRES. 

Les Registres de ce aouvernement qui ont rapportai! 
Règne Militaire, n'ont pas encore pu être consultés. 

L'Ordonnance du Gouvr. Murray et de son Conseil. 
du 17 septembre 1764, — " pour rés^/er et établir les Cours 
de Justice, Jug-es-de-Paix, Séance de Quartier, Baillis et 
autres matières touchant la distribution de la Justice dans cette 
Province " de Québec, ayant temporairement aboli le 
Gouvert. des Trais-Rivières, et divisé la province dans 
les deux seuls districts de Québec et de Montréal, dont 
la rivière Godefroy au sud, et celle St. Maurice au nord 
du fleuve St. Laurent, devaient faire la ligne de sépa- 
ration (1) ; il paraît que les registres furent dès lors 
transportés à Québec et déposés au secrétariat de la 
Province. Je n'ai pu encore y avoir accès, faute d'en 
avoir sollicité communication. Au reste, les documens 
cités plus haut, de Québec, établissant la i?er«czYe de E-aynal 
et l'inexactitude de Smith, il est permis, ce semble, de 
croire, en l'absence de ces registres, ce que dit le pre- 
mier de ces écrivains relativement aux tribunaux qui 
ont dii exister aux Trois-Rivières, de 1760 à 1764. 

Les Colonels Ralph Burton et Frederick Haldimand 
paraissent avoir été les deux gouverneurs des Trois-Ri- 
vières, durant le "Règne militaire." 

S. R. 



(l)La raison do l'abolition temporaire du gouvernement des Trois-Ri- 
vières, alors nommé Dislrict, est donnée dans ces termes mêmes : " Et 
" comme, à présent, il n'y a pas un nombre suffisant de sujets protestants 
" faisant leur résidence dans le District projeté des Trois-Rivières, quali- 
" fiés à être juges de Paix et tenir des séances de Quaitier ; il est ordonné, 
"etc." — Le Dislrict des Trois-Rivières a été rétabli en 1790, par or- 
donnance de Lord Dorchester et Conseil, du 1 2 avril de cette année. (Voir 
ordonnance de la 30e G. 3, ch. 5.) 



r,2 

f*i>sfrn'/)//nti. — Le pH-uiitT jt>uni;i| JUlMif ;iU l';iyfsll0 
(laie (|iit' (lu iM Juin lT<î4 ; c'«»st la (nizrlh- île Qt/éhei\ 
alors lii propriéiô de M»'ssrs. Ilrnin/ ci (Hh/iorr. Ello ne 
dit rifu tlii UfiriH' militair»'. ]j'A/nmii/ I\r*rt's(f)\ Mnsères, 
Ciirvcr, Du Calvct, luunsai/ Jlfniof t't (quelques autres 
[mblic'istos, historiens et voyajj^r'iirs qui ont écrit sur le 
Cîiniula t't ([\\i' j'ai consultés, se taisent ép-alenicnt sur 
cette période de notre histoire. 

Tout ce que je connais de /mh/ié sur le "Kéjrno mili- 
taire " consiste dans les trois seuls Extraits ci-dessous. 
Je crois qu'il convient de les consii^ner au lon^; dans ce 
journal ; ce sera le moyen de réunir ensemble "toutes 
les pièces du j^roces." D'ailleurs, tout lecteur n'a pas les 
ouvraL'cs dont ces extraits sont tirés : Le j)reniier en 
particulier est assez rare. 

\rr. Ij.rtinil 

■ C'oMiuie a la eduquelc de ce pays, le coiuiMandant 

• en chef des troupes de Sa Majesté en Amérique (Am- 

• heist) ordonna et ré^^la (|ue la justice seroit adminis- 

• trée aux habitants d'icelui par des cours établies dans 

• les dilléreiifs irouvernements en lesquels cette l'ro- 

• vince étoit pour lors diA'isée, dont Sa Majesté, par un 

• de ses secrétairi's d'étal, sinniiia son aj>i>robation roya- 

• le et commanda la continuation de cet arranirement 

» 

•'jusqu'à ce fju'on ju'J<»At a j)ropos d'y établir le irou- 

• veruennMit civil. "' etc. (]). 

Va ]i1us bas : — '■ Tons 1rs ordres, juuemens ou décrets 
•• du ('o)iscil militaire <!.• C^uébce (2), comme de toutes 

I Ij (JfUf i>r<ioiiiiJiiKM- (Ju (,'•■"' Amltcrsl il s>on n/jHdbalinn parti Uni 
î'onl«'n'"«ir«»«|t's <lf)CiinH'nsf|iii noii"^ mnnqufnl ft dont on iiPf'onnait point l<»s 
Jalfs. (■) 

(•) Voir, CH-rm (tntdiUrH, (invt. du T. H. !•) Murs 1702, lettre de Lord Egremnnt 
du 12 !'<■<• inb i Lut Ahlr J. Aiobenit, (MontréMi, avril IMâ.) 

■1\ (J'fst 'O nifiiii'- " 0;nsril niilttairo fie (^iif^boc " que le niéin« général 
Mirray niipollo missi. ronim»' on a jm k remaripifT plu« haut. " Conseil 
de |/ucrr«', " i'.\ " Cour cl Conseil •«Ufx'Ti^'iir. ' 

\ 



V-i 

" les antres cours de justice dans le dit gonvernment, 
" ou dans les gouvernements de Montréal et des Trois- 
" Kivières, etc." (F Ordonnance dv 20, Ibrc 1764 du 
Gouverneur Murray et de soti Conseil, poii^e 17 du " Re- 
cueil. ") 

2nte Extrait. 

" Immediately on the réduction of Montréal (8 sept. 
" 1760) gênerai Amherst established a military govern- 
" ment for the préservation of the publie tranquillity, 
" and divided the country into three districts, of Québec 
" Montréal and Three-Rivers ; over the first was placed 
" gênerai James Murray, gênerai Thomas Gage at the 
" head of the second, and Colonel Ralph Burton as 
" commandant of the third division. Within thèse dis- 
*' tricts he established several Courts of justice, compo- 
" sed of militia officers of the country, who decided 
" causes brought before them in a summary way, with 
" an appeal to the commanding officer of the district. 
" The order which constituted thèse courts was appro- 
" ved of by his Majesty, with a command that they 
" should exist iintil Peace was restored, and civil go- 
" vernment (on the event of Canada being relinquished 
" by France to G-reat-Britain) could be established. " 
{History of Canada, &c.. by "Wm Smith, Esq. Vol. 1er, 
p. 375.) 

?ime Extrait. 

" Pendant quatre années, (1760-1764), cette Colonie 
" fut divisée en trois gouvernements milii aires. C'étaient 
" des officiers des troupes qui jugeaient les causes civiles 
"• et crimhielles à Québec et aux Trois-Rivières, tandis qu'à 
" Montréal, ces fonctions augustes et délicates étaient 
'' confiées à des citoyens. Les uns et les autres iuno- 
" raient également les lois. Le commandant de chacjue 



«4 

" Distritl aiujiu'l on pouvait apin'hiv do l«Hirs .senten- 
'• ces, ne les eonnaissait i)a.s davantasT»' {llai/nal, Hist. 

Montrt-al. Lm. mai 1.S2T. .S. R. 



à 



I 



65 
VI 

M. BiBAUD, — Dans ma communication du mois de 
mars dernier, je vous avais promis quelques nouveaux 
extraits du Livre d'ordre qui m'était tombé dans les 
mains ; alors je pensais que cela pourrait être nécessaire 
pour compléter la preuve de la proposition que j'avais 
émise au sujet du tribunal qui jugeait des délits crimi- 
nels, sous le Règne jnHitaire, dans ce gouvernement. 
Mais les extraits, faits des Registres des Cours des Capi- 
taines par votre correspondant E. T ayant mis hors de 
doute que ces cours jugeaient des affaires civiles, et les 
cours martiales des affaires criminelles, je crois inutile, 
ici, de grossir ma communication de nouvelles citations 
de jugements, qui. vu leur sévérité, ne pourraient qu'é- 
veiller en nous des sensations désagréables et mortifian- 
tes en même temps. L'esprit se révolte et s'indigne à 
la vue des deux domestiques du Major Christie, condam- 
nés à recevoir chacun 300 coups de fouet, pour s'être ab- 
sentés une nuit de chez leur maître et avoir offert de 
s'enrôler dans les troupes. 

Il n'est guère plus consolé, lorsqu'il voit un honnête 
canadien condamné à 400 coups, parce qu'un hazard, 
dont il ne peut rendre compte, fait trouver dans sa Cour 
quelques chétifs outils du Roi, lesquels ne valaient peut- 
être pas autant de deniers qu'on le condamne à rece- 
voir de coups de fouet. Eloignons donc notre vue. et 
notre attention d'objets si propres à faire abhorrer ceux 
qui gouvernèrent Montréal durant cette époque sous d'au- 
tres rapports si intéressante pour nous. Ne nous attachons 
qu'à l'examen des nouveaux documens que nous four- 
nit S. R. dans votre dernier No.; et disons, avec les plus 
intelligens de vos lecteurs, qu'en même temps qu'ils font 
le plus grand honneur au zèle et au patriotisme de ce- 



66 

lui qui vi»^nt de les faire connaître, ils constatent un f:iit 
(|ui notait lï-uère que supposé par plusieurs, et iiit- par 
le plus «rrand nombre ; ils nous (U'couvr«Mit la manière 
dont nous devons entendre le 42e arlirle de la capitulation 
générale, en nous montrant le sens qu'y attachaient ceui- 
mêmes qui l'avaient accordée : savoir, les irénéraux 
Amherst, Mitrrai/, Gni^e et autres qui commandèrent aux 
trois districts, dans les quatre années qui suivirent im- 
médiatement la conquête — Il est vrai que nous n'avons 
pas encore beaucoup de rensein;nements sur le district 
ou «rouvernement des Trois-Rivières ; mais, comme le 
remarque trés-})ien votre correspondant iS. /t., l'autori- 
té de Raynal qui est correct quant aux deux autres gou- 
vernements, doit suffire pour nous convaincre que les 
choses s'y passèrent comme dans celui de Québec ; au 
moins, en ce que les officiers des troupes y furent les ad- 
ministrateurs de la justice, en respectant toutefois et en 
suivant même les procédures, les lois et les usages an- 
ciens de la colonie, autant qu'ils les connurent, ou que 
le permirent les circonstances où elle se trouvait. 

Pour s'en convaincre, il suffit de comparer les tribu- 
naux du pays, leur procédure, et les lois qu'ils obser- 
vaient avant la conquête, avec les tribunaux établis par 
M. Murray, leur procédure, et les lois d'après lesquelles 
on y administrait la justice. 

" .1 Qweôef, la cour inférieure portait le nom de Cour 
de Prévoté, et se composait d'un Lieutenant-Général, d'un 
Lieutenant-particulier, d'un Procureur du Roi, et d'un 
Greffier en Chef. Cette Cour siégeait deux fois par se- 
maine, le mardi et le vendredi, et la juridiction s'éten- 
dait au Criminel comme au Civil. 

" Aux Trois-Rivières, cette Cour était connue sous le 
nom de Juridiction Royale, et siégeait aussi souvent qu'à 



67 

Québec ; mais elles n'avait point de Lieutenanl-particu- 
lier. 

" Procédures dans les Cours inférieures. — Le Procureur 
du Roi donnait ses conclusions, de vive voix dans des 
causes sommaires, et en écrit dans les autres. C'était 
pour lui un devoir de les étayer des points de lois, ou 
ordonnances du royaume, ou du prononcé des édits, 
déclaration ou ordonnances du roi, signifiés par lui être 
en force en ce pays. Les jugemens de cette juridiction 
étaient rendus par le Lieutenant-général, conjointement 
avec le Lieutenant-particulier, qui pouvaient se confor- 
mer aux conclusions prises, ou en diiférer. Les causes 
plaidées le mardi étaient jugées le mardi suivant : il 
fallait de grandes raisons pour qu'il fût accordé de plus 
longs délais. 

" Devoirs des Procureurs. — Le Procureur-général, dans 
le Conseil Supérieur, et ses substituts les Procureurs du 
Roi dans les cours inférieures, étaient obligés de plaider 
gratuitement pour le pauvre, la veuve, l'orphelin et les 
mineurs. Chargés de faire administrer la justice crimi- 
nelle, ils poursuivaient la condamnation des accusés; 
mais le Procureur-général avait droit d'appeler à minimâ 
au Conseil Supérieur, dans tous les cas qui entrainaient 
des punitions corporelles, ou la peine de mort. 

'• On appelait des juridictions inférieures de Québec 
et des Trois-Rivières ainsi que de la Cour Royale de 
Montréal au "Conseil supérieur de Québec," institué 
pour toute la province, et composé de douze conseillers 
{dont les deux tiers devaient être des gens de loi) et 
d'un Procureur-Général. En sa qualité de chef de la jus- 
tice, V Intendant présidait cette Cour, dans laquelle le 
Gl-ouverneur et l'Evêque avaient droit de siéger. 

" Des Conseillers-assesseurs et des Rapjwrteurs. — On 



ajouta encore à «x^tlt» cour suprénu' di's ('(tnsfi/lers-assrs' 
seurs ; hommes versi's ilaiis la connaissance des 
lois et qui n'avaient au Contseil que voix coiiBultative, 
excepté les cas où ils a«;iKsaient comme Rapporteurs, 
ayant alors une voix délibérati\ e. iJans tous les can qui 
n'rtaient pas somnuiireis, les causas, jiiirties ouïes, se don- 
naient par le Président aux Conweillerb, ou aux ames- 
seurs, pour que, dans un temps lixé, ils lissent leur rai>- 
port par écrit au Conseil. Ces rapport«*urs devaient 
faire un extrait de tous les papiers })roduils dans lu 
cause, ainsi que des plaidoyers des parties, et le commu- 
niquaient ensuite au l'rocureur-Général, pour lui faci- 
liter les moyens de tirer ses <:onclusions. Quand ce pro- 
cureur le leur avait remis, ils y écrivaient leurs conclu- 
sions, autrement dit leur opinion, fondée sur les lois et 
autorités applicables à la question. On lisait alors publi- 
quement le rapport et les conclusions tant du Rappor- 
teur que du Procureur-Général, et le jugement suivait, 
conforme à leurs conclusions ou en ditféraut, suivant 
qu'il paraissait juste aux Conseiiiiers chargés de le pro- 
noncer. Lorsque leur jugement s'accordait avec les con- 
clusions du Rapporteur, celui-ci le sij^nait à la minute : 
en différaient-il ? c'était le Président qui y mettait sou 
nom. Le Conseil supéri^nir siégeait tous les lundis, les 
vacances exceptés. Il fallait cinq juges pour les causes 
civiles et sept pour les criminelles, à part du Procureur- 
Général qui ne manquait jamais de donner ses conclu- 
sions. 

" Outre les appels qui lui venaient des trois cours in- 
férieures de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières, 
le conseil supérieur jugeait des causes où se trouveaient 
concernés le roi, les communautés et certains individus 
qui, ayant le droit de commiltimus au Conseil, n'étaient 



69 

pas tenus de comparaître en première instance dans les 
cours inférieures. 

" De Vlntendant. — L'Intendant, qui était toujours un 
homme de loi, comme " Chef de la justice et police, " 
pouvait évoqiier ou amener devant lui toutes les causes, 
tant civiles que criminelles, commencées dans les tribu- 
naux inférieurs ; et prononçait (à l'exclusion de tous les 
autres), dans toutes les affaires où le Roi se trouvait in- 
téressé, et qui n'avaient pas été portées devant le conseil. 
Il réglait la police intérieure du pays, ainsi que toutes 
les difficultés qui s'élevaient entre les seigneurs, ou en- 
tre les seigneurs et leurs censitaires, et vice versa. 
Comme chef de la justice, il établissait, par ses commis- 
sions, des subdélégués de son choix : il nommait de 
même des juges inférieurs et des conseillers, qu'il char- 
geait de décider, d'une manière sommaire et sans frais, 
toutes les petites causes, depuis une livre (de 20 sols) 
jusqu'à cent, et aussi maintenir la police. On appelait à 
lui de leurs jugements. 

" Dans les affaire de commerce, l'Intendant pouvait, 
sur réquisition de l'une des parties, juger toutes les cho- 
ses y relatives, à la manière du Juge Consul ; et alors il 
s'entourait de quelques marchands instruits, qui lui 
servaient d'Assesseurs. S'agissait-il d'affaires de fief? 
ce devoir était rempli par trois ou quatre conseillers, et 
le Procureur -Grénéral donnait ses conclusions. 

" Toutes les juridictions de l'Intendant ne causaient 
aucuns frais aux plaideurs. Ces derniers exposaient eux- 
mêmes leurs causes, sans l'intervention d'aucun avocat, 
et les jugemens, que signait le Secrétaire, se rendaient 
gi'atis. 

'' Du Conseil Supérieur on pouvait appeler au Roi en 
son Conseil d'Etat. Dans l'absence de l'Intendant, le 



70 

Conseiller en chel présidait le const'il ; et quand ce der- 
nier manquait, c'était le premier conseiller (1)." 

l'assons maintenant à l'examen de ce qui se fit sous 
le gouvernement prétendu militaire de M. Murray ; 
voyons quels rapproehemeiis on i)eut laire d'un état à 
l'autre ; et si nous trouvons que le f^ouverneur anglais 
8e soit efforcé d'imiter les français, tant dans l'établisse- 
ment de ces cours, que (l:ins la fixation de leurs procé- 
dures et des lois d'après lestjuelles elles rendaitoit leurs 
jugemeus, alors nous pourrons justement conclure que 
le gouvernement du général Murray n'était rien moins 
que militaire ; que l'opinion qu'on en a eue jusqu'ici est 
erronée, en même temps qu'elle l'ait injure à la mémoire 
de ce premier gouverneur, dont nous sommes loin, au 
reste, d'avoir l'opinion défavorable que plusieurs person- 
nes semblent en avoir. Il ne faut pourtant pas s'atten- 
dre à trouver l'ordre de choses qu'il établit parfaite- 
ment semblable à celui qu'il remplaçait : comment cela 
eût-il été possible, dans un pays que presque tons ses 
hommes de loi venaient de quitter, et où le gouverneur 
put à peine trouver les grelliers et les procureurs néces- 
saires à l'administration de la justice, sur le plan qu'il le 
voulait. jKjur la satisfaction des Jiouveaux sujets de son 
maître ? 

Nous trouverons cept;ndant qu il lit beaucouj) pour se 
rapprocher de la pratique française ; et si quelqu'un 
veut se donner la peine de liiire l'examen des registres 
de ces cours, il pourra, je pense, porter jusqu'à l'évidence 
les preuves de ce que j'avance ici sur l'autorité seule des 
trois pièces qui leur ont donné l'existence. 

La rareté des hommes de loi fut, sans doute, ce qui 
engagea M. Murray à supprimer la " Cour de Prévôté : " 



ih Smilh's Hislory of Canada. Vol. I. A|)pyrKlice. pp. 8-11 — L. 



71 

— il semble s'y être substitué, en prenant en même temps 
sur lui les principaux devoirs de l'intendant, et en s'at- 
tribuant la connaissance des aiiaires qui étaient de la 
compétence de cet officier. C'est au moins ce que nous 
croyons pouvoir inférer des six premiers articles de l'es- 
pèce d'ordonnance qui crée les tribunaux (1). Ce général 
n'y parle que de lui en première instance. Ce n'est qu'à 
fart. 7e. qu'il fait mention du Conseil Militaire, pour dire 
qu'il lui renverra certaines afiaires à juger ; ce qui nous 
porte à croire que ce conseil était destiné à tenir lieu du 
Conseil Supérieur, comme le prouve encore la teneur de 
la seconde pièce (2), où M. Murray dit qu'il a établi une 
Cour et Conseil Supérieur, à Québec, pour rendre la jus- 
tice aux habitans de son gouvernement. Le style même 
et l'énoncé de ce document comportent l'idée de quelque 
chose de plus grand, de plus noble, et de plus perma- 
nent qu'une simple Cour Martiale, que l'on convoque et 
qu'on dissout d'un jour à l'autre, comme cela se prati- 
quait à Montréal. Les Conseilliers étaient choisis et nom- 
més, pour donner leurs voix délibéraiives dans les affaires à 
iuger, et ils devaientyoMtV des droits, préémine7ices, préro- 
gatives et honoraires attachés aux dites charges ; ce qui ré- 
férait évidemment à un ordre de choses déjà connu des 
gens et du pays auxquels le gouverneur s'adressait, ou 
pour lesquels il dictait les nouveaux arrangemens. Yoilà 
donc le " Conseil Supérieur " réprésenté par le '' Con- 
seil Militaire ou de Guerre, " car c'était, pensons-nous, 
la même chose. En limitant le nombre de ses membres 
à sept, il complétait le plus haut quorum requis dans 
l'ancien conseil : comme là, aussi, un des Conseillers, sur 
choix du gouverneur, (qui y fesait probablement le de- 



(1) V. page 5â. 

(2) V. page 58. 



voir de Préaidenf ,) devait y agir comme Rapporteur. Vn 
firreffier, qui t«Mi!iit le registre tant de la Cour du gou- 
verneur que d»» (.'elle du Conseil, y inscrivait les jugi'- 
mens, et délivrait aux parties les expéditions sig-nifiées 
par le Premier Huissier. 

Ces dispositions s'adressaient à la ville et aux cam- 
pagnes : mais à celles-ci il fut jugé expédient de donner 
de nouvelles facilités, pour éviter les frais qui seraient 
résultés de l'éloignement, dans les affaires relatives aux 
clôtures, fossés, chemins, dommages, ou autres ras provi- 
soires ; dont la connaissance fut renvoyée au " Comman- 
dant de la troupe dans chaque côte, " avec appel néan- 
moins au " Conseil militaire, " lorsque la matière en li- 
tige serait de nature à le justifier. Tel est le sens de 
l'article 10e au moyen duquel il nous paraît que ce 
commandant'de côte représentait ceux auxquels l'Inten- 
dant cou fiait autrefois le soin de régler les petites affai- 
res, dans les campagnes éloignées. 

Il est donc clair que, sous le rapport des tribunaux et 
des moyens d'obtenir justice, les canadiens n'eurent rai- 
son de regretter l'ancien régime, qu'en autant que les 
nouveaux juges étaient moins éclairés que les anciens ; 
mais ce mal même ne fut pas laissé sans remède, puis- 
qu'il y eut de nommés deux Procureurs versés dans les 
lois (lu pat/s et familiers avec la langue que parlaient ses 
habitants (1), pour les éclairer et les guider dans leurs 
décisions. 

De la procédure instituée par le général Murray. — Pas- 
sons à la procédure. Sous l'ancien régime, le mode de 
procéder était simple et les frais extrêmement modi- 
ques. Les plaideurs n'étaient point astreints à em- 



1, MM. Zy« la Fontaine ri Cugnel «laieiil memluo- ilii Cunseil Supe- 
r itur. à la daie de la capitulation de Québec. .1. V. 



73 

ployer d'avocats ; aucun délai de formes ni de termes 
n'interrompait le cours des affaires ; la décision d'une 
cause quelconque prenait rarement plus de huit jours. 

Il en fut de même sous M. Murray. Lorsqu'on vou- 
lait instituer un procès, on lui présentait une requête, 
ou placet adressé à son secrétaire ; lequel sortait l'ordre 
d'assignation, pour qu'il fût signifié à la partie adverse 
par le Premier Huissier dont le rapport, ainsi que tous 
les papiers concernant l'affaire tant ceux du deman- 
deur que ceux du défendeur devaient être remis au 
Secrétaire, la veille du jour où devait se tenir l'au- 
dience. Si le demandeur commettait, sous ce rapport, 
quelque défaut, sa cause était remise à l'audience sui- 
vante ; une pareille négligence de la part du défendeur 
n'empêchait pas de procéder et de faire droit ( arts 3 et 
4 ) soit qu'il fût présent ou absent, qu'il eût fait, ou non, 
ses défenses, ( Art 5 ). 

De même qu'il ne parait point y avoir eu d'appel des 
jugemens rendus par l'Intendant, ainsi Mr. Murray ne 
semble point en avoir permis dans les causes qu'il déci- 
dait, comme l'indique assez Vart 7, où il est dit : — " Les 
" jugemens qui seront rendus en notre hôtel, à l'audience 
" seront exécutés sans appel, et les parties contraintes d'y 
" satisfaire, suivant ce qui sera prononcé. " 

Il avait cependant prévu que, dans certaines causes 
il pourait trouver bon de ne point prendre sur lui seul la 
responsabilité de la décision : dans ces cas, il s'était ré- 
servé le droit de les renvoyer devant le Conseil, où il 
voulut qu'on procédât à-peu-près de la même manière 
qu'on le fesait au Conseil Supérieur, avant la con- 
quête ; suivant que nous l'indique la seconde partie de 
VArt. 7e qui prononce que " ces affaires seraient remi- 

" ses à un des Conseillers qu'il nommerait lui-même, le- 

lU 



74 

" quel devait en faire son rapport au Conseil, pour sur 
" icelui <Hre fait droit " Au rt*ste, si le crouverueur Mur- 
ray n'entre point là-dessus dans de LTands détails, c'est 
(^u'il voulait laisser subsister les anciennes formes de 
procédés, que tout le monde connaissait. 

Il en lit de même à ré«?ard des lois qu'on serait ohligé 
de suivre, et qu'il ne désiyrnc (|u'en référant au •42me 
article de la capitulation, comme suit : " N'ayant rien 
" tant à cœur que de rendre une bonne et prompte jus- 
•' tice aux habitants de notre gouvernement, nous avons 
" à cet effet éta}>li une cour et conseil supérieur dans la 
" dite ville de Québec, conformément à l'article 42e de la 
" capitulation <j;énérale de cette colonie^ Mais que dit 
cette clause ? Quelles lois désigne-t-elle comme devant 
être en force après la capitulation ? Disons-le sans 
crainte d'errer, elle désigne les loii> en usage avant la con- 
quête ; car voici comment s'y exprime M. deVaudreuil 
pour toute la colonie. 

" Art. 42me. — Les François et Canadiens continue- 
" ront d'être gouvernés suivant la coutume de Paris et 
" les lois et usages établis pour ce pays ; et ils ne pour- 
" ront être assujettis à d'autres impôts qu'à ceux qui 
*• étoient établis sous la domination françoise. " 

Remarquons ici que la seconde partie de l'article était 
nne demande absurde, pleine d'inconséquence, et qui 
méritait un r«^fus formel. Elle provoqua les paroles sui- 
vantes : " Répondu par les articles précédents, et particuliè- 
rement par le dernier. " Or, voici cet article : 

Art. 41 me. — Les François, Canadiens et Acadiens qui 
'* r('st«'ront dans la colonie, de quelqu'état et condition 
" qu'ils soient, ne seront ni pourront être forcés à pren- 
'• dre les armos contre sa Majesté très-chrétienne, ni ses 
" alliés, directement ni indirectement, dans quelque oc- 



7.5 

" casion que ce soit, le gouveTiiement britannique ne 
" pourra exiger d'eux qu'une exacte neutralité. " 

Il est difficile d'imaginer que Mr. de Vaudreuil fût sé- 
rieux, lorsqu'il faisait cette demande ; on ne voit pas, au 
moins, sur quels principes du droit public il pouvait en 
montrer la plausibilité : chaque couronne doit pouvoir 
commander à ses sujets et exiger d'eux les services que 
requiert la sûreté commune. Aussi, le général Amberst 
sut-il le faire sentir à M. de Vaudreuil, en lui répondant 
fort à propos et avec une grande modération : 

" Ils deviennent sujets du Roi ; " c'est-à-dire qu'ils par- 
tageront le sort des autres et qu'ils serviront comme eux 
quand le bien de la colonie pourra le requérir. Cette 
réponse, si juste et si méritée, convenait également bien 
à la seconde partie du 42me. article, où le gouverneur 
français faisait une autre demande déplacée S'applique- 
rait-elle avec autant de raison à la première moitié de 
cet article ? Qu'on me permette de me déclarer pour la 
négative, y ayant plusieurs bonnes raisons pour justi- 
fier cette interprétation. 

En effet, par le 37me. article, il était stipulé : " Que 
" les Canadiens conservaient leurs propriétés. — Or, com- 
" me d'après l'opinion des plus savantsjurisconsultes, — 
" conserver ses propriétés signifie conserver les lois qui les 
" régissent (1), il s'ensuit que l'espèce d'indépendance 
" que comportait la réponse : Ils deviennent sujets du Roi, " 
n'était point appliquable à la demande des lois, pour 
signifier qu'on les refusait, mais seulement pour dire 
qu'on réservait à Sa Majesté et à son parlement le droit 
d'y faire pour la suite des changements, s'ils le trou- 
vaient juste, La réponse convenait encore mieux à l'ex- 
ception demandée de servir et de payer les impositions. 

(1)" Voir page 81 — l'opinion de M. Masères. L. 



76 

Et il faut bien <ju»' les jGfénéraui rententlissent de même 
puisque, quelques jours après, ils s'accordèrent tous à 
établir des tribunaux et à nommer des officiers, pour 
l'administration de ces mêmes lois qu'avait demandées 
M. de Vaudreuil. 

>5upposerons-nous que M. Murray, qui était présent à 
la capitulation et qui dût être consulté sur les réponses 
à faire à chacun des articles, n'en entendait pas la vraie 
signification ? C'est impossible. Les faits parlent d'une 
manière trop péremptoire. Les canadiens devenaient 
sujets ancflais et dans cette qualité obtenaient des droits 
à la protection que leur devait le gouvernement : mais 
quelle protection eût été celle qui les aurait privés 
de leurs lois, les seules qu'ils entendissent, les seu- 
les qui fussent adaptées à leur position, et qui pus- 
sent leur être de quelque utilité ? Sans aucunes notions 
de la langue anglaise, n'ayant pas la moindre idée des 
lois de l'empire, n'eût-ce pas été au contraire uji acte de 
vraie tyrannie que de les y assujettir ? En le faisant, les 
vainqueurs n'auraient-ils pas prolongé, envenimé même 
d'avantage la haine que leur portaient les canadiens ? 
Reportons pour un instant notre imagination sur cette 
époque, représentons-nous la position respective des 
deux peuples, également braves, également susceptibles 
aux impressions du malheur ou de la bonne fortune ; 
l'un le cœur ulcéré, accablé par le poids de son infor- 
tune, l'autre lier et exalté de ses succès, mais lamémoire 
encore pleine du souvenir des pertes qu'ils lui ont coûtées. 
Que de passions en jeu ! qu»' de craintes formées ! que 
d'espoirs anticipés ! que de conjectures inquiétantes ! Ne 
fallait-il pas la plus grande sagesse et une prudence 
consommée, pour appaiser tant d'agitations, tranquili- 
ser les esprits, faire naitre l'espérance du mieux 



77 

chez les-uns, restreindre les excès chez les autres ? 
Convenons-en, il fallut aux généraux vainqueurs une 
mesure plus qu'ordinaire de prudence et de modé- 
ration ; pour le bonheur de nos ancêtres, pour celui de 
leurs descendants, ils s'en trouvèrent doués ; et, loin 
d'ôter au pays ses lois et ses usages, ils les lui laissèrent 
dans toute leur force et avec leurs formes et leurs at- 
tributs, établissant des tribunaux et nommant des offi- 
ciers pour les administrer, comme le démontre l'aveu 
même des canadiens dans leur " Requête au Roi " en 
1773 (1), et comme le prouve très-bien le registre du 
conseil, dans les trois documens que nous a communi- 
qués S. R. Car, à part de ce que nous avons déjà cité, 
nous y trouvons encore qu'il fut nommé deux Procu- 
reurs, l'un pour la " Côte du sud," M. Jos. Belcourt de la 
Fontaine, l'autre pour la " Côte du Nord," M. Jos. Et. Cu- 
gnet (2). Comme leurs prédécesseurs dans cet office, 
ces deux Messieurs devaient, dans tous les cas, prendre 
leurs conclusions, et étaient spécialement chargés de 
défendre la veuve et l'orphelin, ainsi que de veiller à 
la conservation des biens des mineurs, des absents et 
autres personnes pauvres et privées des moyens de 
faire valoir leurs droits. Leur charge était d'autant 
plus importante, que sur eux devait rouler toute la be- 
sogne, et que de leurs conclusions dépendaient le plus 
souvent les décisions du conseil, composé, comme nous 
l'avons vu, de personnes étrangères aux lois et aux usa- 
ges du pays. En réalité, ils étaient les juges destinés à 
conduire et surveiller l'administration de ces mêmes 
lois et non d'aucun autre code 

Par la même raison, on dut aussi placer la charge de 



(1) V. page 29 

(2) y. page 59. 



78 

Greffier dans lot; mains d'un canadien ; et M. Jcan- 
Claiult' Pantt, (jui fii l'ut trouvé di<z;nt', devint le déposi- 
taire (/es winule^, iicies et pa/iiers du Gouvernement (1), tous 
écrits en français, comme h* lurent auHsi les a«si«rnations 
des parties et autres procédés des cours de justice : nou- 
velle marque du rtspect des vainqutuirs pour la lan«rue 
des vaincus et pour tout ce (jui avait rapport à leurs 
habitudes (2). Résumons. 

M. Murray, ainsi que les autres Lrénéraui anglais qui 
avaient assisté à la capitulation, avait sans doute été 
consulté sur les réponses à lairt' aux articles dont elle 
se compose; il savait donc, comme eux, en quel sens il 
fallait entendre l'article 42me, or, comme en y réi'é- 
rant, M. Murray établit des cours et des oflSciers pour 
administrer les lois françaises du pays ; comme il l'énonce 
dans le préambule de la commission des deux procu- 
reurs ; comme dans la prati<|ue il y adhéra; il s'en suit 
donc, et l'on doit regarder comme vérité constante, (jue 
par la capitulation — le pays avait la promesse de n'être 
point privé de son code civil. 

En vain l'on objecterait que les ministres de Sa Ma- 
jesté britannique n'entendaient pas ainsi la capitulation, 
puisque, dès l'année 1764, ils substituèrent les lois an- 
glaises aux françaises. Je soutiens que ce raisoniuMuent, 
si c'en est un, ne prouverait rien contre la plausiinlité de 
ma proposition, appuyée, comme elle l'est, sur les faits 
et sur les autorités que j'ai citées. 

Eblouis par l'avantage apparent d'établir un système 
uniforme dans toutes leurs colonies, les ministres et le 
roi même, purent croire que cette mesure contribuerait 



(1) Voir pape 60. — li. 

(2) Voyez à la siiilo do ccUo communicalion l'cxlrail d'une IrUro 
de Québec, qui vinnl ù l'appui des observations judicinusos de notre cor- 
respoDdanl L. — {Note de l'Editeur il'' la Hibliolhècjuu (^nadi^nno.) 



79 

à l'avancement du Canada, comme elle leur semblait 
avoir contribué à celui de leurs vieilles provinces. D'ail- 
leurs, les anciens sujets qui avaient déjà émigré ici, ou 
qui se proposaient d'y émigrer prochainement, sollici- 
taient fortement l'adoption de la mesure , il leur parais- 
sait que sans cela il n'y aurait pour eux ni accès ni con- 
tentement dans ces parages lointains, dont plusieurs 
n'avaient encore qu'une idée imparfaite et confuse : on se 
rendit donc à leurs vœux, et, en 1764, l'on imposa sur ce 
trop malheureux pays toute la masse ruineuse des codes 
civils et criminels de la métropole. 

Muse de l'histoire, tire le rideau sur la surprise ex- 
trême où cette nouvelle jeta tous les nouveaux sujets de 
Sa Majesté, déjà revenus de bien des préjugés, déjà 
portés d'inclination pour un gouvernement qui s'était, 
pour ainsi dire nationalisé par quatre années d'une ad- 
ministration qui avait su respecter ce qu'ils avaient de 
plus cher et de plus précieux, leur religion, leur langue 
et leurs lois civiles : dérobe à nos regards les sensations 
déchirantes qu'éprouvèrent nos ancêtres, lorsque Thé- 
mis commença à leur parler un langage inconnu; lors- 
que ses oracles ne furent plus appuyés que sur des 
principes et des statuts entièrement ignorés de ceux 
qu'ils affectaient, sans être complètement connus de 
ceux qui les rendaient : répands des ombres sur cette 
partie affligeante des fastes du Canada, et n'expose à 
notre vue que les suites consolantes du retour des mi- 
nistres à la parole de leurs généraux ; à ces promesses 
en vertu desquelles nous derions jouir de nos propriétés 
et des lois qui les régissaient. Ce retour, il est vrai, fut 
un peu tardif; il fallut du temps et de la réflexion, pour 
persuader ces ministres de l'inconvenance d'une mesure 
qu'ils avaient adoptée dans la bonne foi de bien faire, 



80 

quoi qu'elle fut inique en elle-même et désastreuse 
pour les Canadiens. Telle est la marche de l'esprit ; il 
est prompt pour le mal, lent pour le bien. Mais enfin, 
les maux que soutirait ce pays étaient trop grands et trop 
sensibles, pour ne pas être connus au-delà des mers; pour 
ne pas frapper l'oreille d'un monarque ambitieux d'être 
appelé le jinre de ses sujetx. 

Il avait ici un serviteur lidele, à qui rien n'échappait 
et qui ne lui cachait rien de ce qu'il savait. Amateur 
de la vérité, ce grand homme mit tout en œuvre pour 
la connaître, et, lorsqu'il la connut, ce fut toujours pour 
la faire servir au profit des nouveaux sujets de son maî- 
tre. Ami des canadiens, qu'il aimait parce qu'il s'était 
appliqué à les connaître, Carleton ne négligea aucune 
occasion de parler en leur faveur, et de faire valoir ce 
qu'il considérait comme une chose qui leur appartenait 
de droit. S'il n'eut pas été sans cesse contredit par 
les méchants, si les anti-Canadiens d'alors n'eussent 
pas cherché tous les moyens de le contrecarrer, le pays 
n'eût pas été dix ans sous la pire des oppressions, — 
celle qui s'exerce au nom de la justice et par les 
tribunaux qui la dispensent. Mais, à la fin, les fausses 
représentations cédèrent à la vérité. Grâce à l'acti- 
vité et à la constance du vertueux général, les ministres 
furent éclairés ; et le roi, convaincu des désastres qu'a- 
vait causé au Canada l'introduction des lois anglaises, 
iil passer dans les deux branches de son Parlement le 
premier de nos actes constitutionnels, celui de la 14me 
année de son règne ; Quoique cet acte ne soit pas sans 
défaut, il est précieux pour nous et généralement honora- 
ble à la mémoire de ses auteurs et, en particulier, à 
celle de l'immortel gouverneur qui en avait fait le sujet 
de ses plus instantes sollicitudes. 



81 

L'opinion de Mr. Masères, Avocat G-énéral de la Pro- 
vince de Québec (1), depuis 1766 jusqu'à 1769, vient à 
l'appui de ce que j'ai avancé plus haut. S'adressant 
au Roi, il dit : 

" On doit considérer les lois de tenure comme déjà 
" accordées par votre Majesté à vos nouveaux sujets 
" canadiens, par cet article de la capitulation générale 
" de 1760, où le génréal de V. M. leur accorde la jouis- 
" sance de leurs biens-fonds, tant les nobles que les rotu- 
" riers, ainsi que par la permission que vous leur avez 
" donnée de continuer de les posséder et d'en jouir, dans 
" le traité définitif de 1763; ces lois étant absolument 
" nécessaires à cette possession et à cette jouissance. De 
" cette description sont les lois relatives aux rentes sei- 
" gneuriales, aux lods et ventes, au droit de préemption 
" (de retrait,) et à ceux d'aubaine, lesquels forment la 
" principale partie des propriétés seigneuriales." 

Puis parlant un peu plus bas des lois qui règlent l'hy- 
pothèque, il dit: "qu'il ne les regarde pas comme aussi 
" nécessaires à la jouissance des biens-fonds ; cependant 
" il conçoit qu'elles ont beaucoup de rapport avec les 
" lois de tenure, et qu'elles en dépendent assez, pour ne 
" pouvoir pas souffrir de grands changemens, sans dimi- 
" nuer considérablement la valeur de ces mêmes biens- 
" fonds, au moyen des difficultés qui résulteraient, dans 
" la pratique des nouveaux modes de les transférer qui 
"seraient substitués aux anciens." Il dit, "qu'il faut 
" faire revivre ou continuer en force les lois françaises à 
" ce sujet, ne fût-ce que pour empêcher l'introduction 

" des lois anglaises qui y ont rapport et cela, parce 

" qu'elles sont remplies de tant de subtilités et de va- 



(1) C'est une erreur de L. Le Baron Francis Masères ne fut pas Avocat- 
Général, mais Procureur Général du Roi, dans la Province de Qué- 
bec, de Septembre 1760 à Septemlire 1769. — J. V. 

il 



82 

" riétés, que, si elles étaient introduites dans cette pro- 
" vince, elles en jetteraient tous les hahitans, sans même 
" en excepter les avocats anglais, dans un labyrinthe 
" dont il leur serait impossible de savoir comment se 
" tirer" (1). 

Pour les lois qui règlent le douaire, l'héritage des 
terres et la distribution des biens après la mort, il ne les 
considérait point comme liées aussi étroitement à la jouis- 
sance et à la valeur des propriétés: on ne pouvait donc 
pas, suivant lui, les regarder comme comprises aussi im- 
plicitement que les précédentes dans les articles précités 
de la capitulation et du traité de paix définitif. Il pen- 
sait néanmoins qu'il n'était point encore temps de les 
changer; et que si on en venait jamais là, il ne faudrait 
le faire que par degré et lentement, ayant la précaution 
d'avertir ceux des habitans qui n'aimeraient pas le ré- 
sultat de ces changemens, d'y obvier par des testamens 
qui conserveraient l'ancien ordre de choses. 

L 

Montréal, 4 Juin 1827. 



ExTUAiT (TiDie lettre de Québec du 10 Juin 1827, adressée à 
notre correspondant S. R. 

Je crois, mon cher monsieur, avoir trouvé la solution 
du problème qui vous occupe depuis quelque temps : 
•' Sur quelles lois les tribunaux militaires établis en ce 
pays, après la conquête, ont-ils fondé leurs jugemens ? " 
— Sur les lois en force en ce pays, lors de la capitula- 
tion. — J'ai pour témoins du fait que je vous mentionne 
les juges Pierre Panet, Mabane et Dunn, dont le pre- 
mier a été greflier d'une de ces cours (2), et les deux 

(h Voyz rc Happorl loiil au lonj? danslos " Québec Commissions," pp. 
50-57, et plus particulièrement les pages 6i cl 55, dont co qui précèdo est 
extrait ou traduit. 

(2) A Monlrt-ai— J. V. 



83 

autres avaient vécu avec les juges militaires, Yoici 
comme ces messieurs s'expriment dans un Mémoire 
adressé à Sa Majesté Britannique, au sujet de l'adminis- 
tration de la justice en ce pays, signé le 15 octobre 1787. 

" Though Canada was conquered by His Majesty's 
" arms in the fall 1760, the administration in England 
" did not interfère with the interior government of it, 
" till the year 1763. It remained during that period 
" divided, as formerly, into three districts, under the 
" separate command of military oflB.cers, who established 
" in their respective districts, military court, under 
" différent forms, indeed, but in which, according to the 
" policy observed in ivise nations towards a conquered people, 
•' the laivs and usages of Canada were observed in the 
" rules of decisionr — C'est-à-dire — " Quoique le Canada 
ait été conquis par les armes de Sa Majesté, dans l'au- 
tomne de 1760, l'administration en Angleterre ne s'occu- 
pa de son gouvernement interne qu'en l'année 1763. 
Durant cet intervalle, le pays demeura divisé, comme il 
l'avait été auparavant, en trois districts (gouvernemens) 
sous le commandement séparé d'officiers de l'armée, qui 
établirent dans leurs différents districts des cours mili- 
taires, sous différentes formes, à la vérité, mais dans 
lesquelles, d'après les règles observées par les nations sages 
à regard d'un peuple conquis, les lois et usages du Canada 
servirent de règles de décision^ 

Ce document est d'une grande importance ; il décide 
une question sur laquelle il y avait des doutes. Je l'ai 
extrait pour vous d'un ouvrage intitulé : Québec Papers. 

Yotre serviteur et ami, 

S. N. (1) 
A M. & R. 



(1) Pseudonyme de M. Louis Plamondon, avocat de Québec. 



PIECES OFFICIELLES 



PLACARDS, REGLEMENTS, ORDONNANCES, Etc. 



PUBLIEES PAR LES 



GOUVERNEURS DE MONTREAL 



DURANT LK 



REGNE MILITAIRE 



â^8© a â^®^, 



DOCUMENTS INEDITS 



Extrait des Registres de V Epoque. 



LEGISLATION 



DU 



O0UyERXEj\IEXT DE MONTREAL 



DURANT LE 



REGNE MILITAIRE 



1760. 

22 Septembre. 
Placaed de Son Excellence Monsieur le 
Grénéral Amherst. 

Ce Placard que M. D. Mondelet cite, page 38, ne 
se trouve point aux Registres de Montréal, mais on le 
voit, en son entier, aux Registres du Grouvernement des 
Trois-Rivières ; on le trouvera plus loin, Gouvernement 
des Trais-Rivières, 1er Octobre 1760." C'est bien là la 
première loi que nos pères reçurent de leurs vainqueurs 
et la première institution de Cours poui l'administration 
de la justice dans les deux gouvernements de Montréal 
et des Trois-Rivières, car il ne paraît pas qu'il fut adressé 
au Grénéral Murray, Grouverneur de Québec. Voici les 
titres et qualités que prend le général Amherst en 
publiant ce Placard, qu'il date de Montréal: — " Par Son 
" Excellence Jeffery ^Im^ers/, Ecuier, Maréchal de Camp, 
" Commandant en Chef les troupes et forces de Sa Majesté 
" le Roy de la G-rande Bretagne dans l'Amérique Sep- 
■" tenirionale, son Gouverneur-Grénéral pour la Province 



17G1 88 

" lie Virginie, &c. &c., &:c." Il le signe seul et sans 
coutreseinî^ de secrétaire. 



28 Octobre. 
Ordonnance du Gouverneur Tiios. Gage, sur divers 
sujets, ou concernant les déserteurs, Vachat des 
armes, ^'c, des soldais, les appels à lui être faits, la 
Chambre de Milice de Montréal, la Police correc- 
tionnelle et municipale 

Cette ordonnance étant transcrite tout au Ioul--, pp. 
37-40 je ne la recopie i^as ici. 



1 7G 1. 
13 Octobre. 

Ordonnance et Règlement des Chambres de Justice 
du Crouvernement de Montréal, par S. E. Mons. 
Thomas Gage, Gouverneur du dit Montréal et ses 
dépendances, etc. 

C'est l'ordonnance qui divisait les campagnes du gou- 
vernement en cinq Districts, et qiii établissait un nouvel 
ordre de choses relativement à l'administration de la jus- 
tice, que l'on trouve copiée au long, plus haui, pp. IG- 
20. J'y renvoie le lecteur. 



8 et 17 Octobre. 
Règlement du " Conseil des Capitaines de Milice de 
Montréal," approuvé par e Gouverneur, le 17 
Octobre 1761. 
Nou.s, Capitaines de Milice de ^Montréal, établis par 
Son Excellence le Gouverneur, pour administrer la jus- 
tice, — Etant nécessaire de perfectionner la justice dont 



89 1761 

S. E. nous a confié l'administration et pourvoir à des 
choses absolument utiles, sous son bon plaisir, Nous 
avons fait le présent Kèglement. 

1— Nous administrerons la justice gratuitement ainsi 
que nous l'avons fait parle passé, demandant seulement 
comme une faveur à Son Excellence, qu'il luy plaise 
nous exempter du logement de gens de guerre, ainsy que 
de tous tems nous avons été exempts. 

2.— Nous continuerons nos assemblées dans la cham- 
bre du greffe, qui sera destinée à cet effet. 

3.— Comme il faudra que cette Chambre soit échauffée 
pendant l'hyver, il sera pris sur les amendes la somme 
nécessaire pour achepter six cordes de bois. 

4.-Etant juste que M. Panet, notre greffier, soit dé- 
dommagé de ses travaux, ne jouissant plusdesavantao-es 
qui 1 en récompensoient, il luy sera payé trente-sols par 
chaque sentence, prix qu'il avoit cy-devant. 

Les sentences qui par leur nature exigeront du tems 
seront taxées eu égard à leur longueur. 
^ 5.-Comme nos sergents de milice ne sçavent point 
écrire, ou ne le font qu'imparfaitement, et par cette rai- 
son, ne peuvent point mettre nos jugemens à exécution 
Nous choisirons deux sergents capables, auxquels Nous 
teronsun tarif de leurs ouvrages capable de les faire vi 
vre sans molester le public. 

Nous aurons chaque jour de nos audiences un de nos 
sergents de milice qui appellera les causes, et luy sera 
alloué deux sols par chaque appel de cause suivant le 
passage. 

6.— Les amendes seront remises ès-mains de M Panet 
dont l'employ sera fait par la chambre pour les serments' 
qui seront employés tant pour ce qui regardera leurs 
corvées pour le service, que pour la justice. 

12 



ITiil î>0 

7. — Ayant dt-libéré «ur lu ch«M*té du bois, et craignant 
qu'il ii'uugmtMite encore, sur le rapport à Nous fait par 
M. Ilervieux des sentiments de Son Excellence à ce su- 
jet, — Nous croyons qu'il est indispen.sablement nécessaire 
de le taxer à neuf livres la corde de bois Irunc. Nous 
la supplions d'interposer son autorité à cet ell'et, pour 
faire publier cette taxe, et ceux qui excéderont ce prix 
seront coiulainnés à douze livres d'amende, avec confis- 
cation de leur bois. Laquelle :iin.')i.l.' ;iur:i pareillement 
lieu contre les achepteurs. 

Fait à Montréal, le 8 Octobre ITiJl. 

(8i-né) R. DECOUAGNE. 

J'approuve les propositions cy-dessus de Messrs. les 
officiers de milice. Comme leur greflier no se croit pas 
suffisamment récompensé par les réglemens cy-menti(jn- 
nés, il est à ces messieur- de faire quelque changement 
à son égard, s'ils le jugent nécessaire. Au Château de 
Montréal, lo 17 Octobre 17G1. 

TllOS. GAGE. 



27 NovEMiiUi:. 

OUDuN.XAN'CE contre les marchands qui, sans permi.s- 
sion du Gouverneur, alloient vendre des marchan- 
dises et boissons dans les campagnes. 

Par Son Excellence THOMAS Gage, Gouverneur 
de Montréal et de ses dépendances i^-c, Sçc, Sçc. 

.S'v/ro/r, sur les représentations qui nous ont été faites 
que plusieurs personnes se retirent dans les campagnes 
avec des marchandises et des boissons, sous prétexte de 
les vendre en gros, et voulant interdire l'abus qui pour- 
roit .s'v introduire. 



91 1762 

Nous ordonnons en conséquence à tous Capitaines de 
Milice des Côtes que lorsqu'il se présentera quelque 
nouveau marchand pour résider dans leurs paroisses 
sans une permission signée de Nous, de le faire avertir 
d'en sortir sous six jours, à peine de 200 livres d'amen- 
des et de 300 livres en cas de récidive, et s'il n'en est 
point sorty les six jours expirés, ils seront traduits de- 
vant la chambre du District. 

Nous permettons cependant à tous maichands qui 
sont anciennement établis dans les campagnes d'y conti- 
nuer leur commerce tels qu'ils ont toujours eus. 

Nous ordonnons pareillement à tous officiers de milice 
de faire arrêter tous pacotilleurs qui se présenteront en 
pacotille dans leurs environs, sans une permission signée 
de Nous, et les faire arrêter et conduire avec leurs mar- 
chandises confisquées à Montréal. Mandons, &c. 

Fait et donné à Montréal le 27 Novembre (1761.) Signé 
de notre main, scellé du sceau de nos armes et contresigné 
par notre Secrétaire, 

THOS. GAGE. 
Par So?i Excellence, 

Gr. Matukin. 



1762, 13 Janvier. 

Ordonnance en explication de la dernière ; et en ou- 
tre, prohibant le débit des boissons tant avx soldats 
qiCaux sauvages, et fixant la quantité qu'il en sera 
permis de vendre, à la fois, aux habitants. 

Par Son Excellence Thomas G-age, &c. 

Sçavoir, — Comme nous avons été informez :me plu- 
sieurs marchands et officiers de milice des côtes inter- 
prettent notre Placard du 27 Novembre dernier tout au 



1762 92 

contraire de nos intentions et de l'esprit du d. Placard au 
sujet des Boissons — étant spécifié que tous marchands 
ancionut>ni«Mit établis dans les cfttos peuvent y conti- 
nuer leur commerce tel qu'ils ont toujours eus. 

Nous faisons sçavoir, en conséquence, que cet article 
n'est uniquement que pour les marchandises sèches, et 
pour à l'ég-ard des Boissons, Nous doffendons à tout mar- 
chand d'en débiter au dessous d'une Velte aux habitants 
n'y d'en vendre n'y en gros n'y en détail sous aucun pré- 
texte au soldat, sous peine de 300 livres d'amende, et de 
double et d'emprisonnement au cas do récidive. Il leur 
est aussy dellendu ainsy qu'aux aubergistes et autres, 
d'en donner n'y vendre aux Sauvages, à peine de con- 
fiscation de liqueur et de pareilles amendes cy-mention- 
nées. Mandons, &c. 

Fait et donné au Chat«^au do Montréal, le 13 Janvior 
1762. Signé de notre main, scellé du sceau de nos ar- 
mes et contresigné par notre secrétaire. 

THOS. GAGE. 
Par Son Excellence, 

G. Maturin. 



23 Maks. 

Ordonnance concernant les Perdrix. 

Par Son Excellence Thomas Gage. &c. 

Srnvoir. — Ayant trouvé à propos, pour le bien de cette 
colonie, de laisser multiplier le nombre des Perdrix qui 
dégénèrent de jour en jour par la chasse que l'on en fait 
dans le temps de leur accouplement, nous défendons 
en ronsiV|Uonce à toutes personnes quelque qualité et 
condition qu'elles soient, de tuer et faire tuer, achepter, 



93 . 1762 

prendre au collet ou à la tonnelle des perdrix, depuis le 
quinze du présent mois, jusqu'au quinze Juillet de cha- 
que année, sous peine de 100 livres d'amende, applica- 
ble moitié au Dénonciateur et l'autre moitié aux pau- 
vres de la paroisse sur lesquelles elles auront été prises, 
tuées ou emportées. 

Mandons que notre présente soit lue, publiée et affi- 
chée ès-lieux accoutumé. 

Fait à Montréal le 23 Mars 1762. Signe, &c. 

THOS. GrAGrE. 
Par Son Excellence, 

Gr. Maturin. 



\ 



15 Avril. 
Ordonnance au sujet des contributions que font 

payer aux miliciens divers officiers de milice. 
Par Son Excellence, Thomas GtAGE. 

Sçavoir. — Qu'il nous auroit été porté des plaintes que 
plusieurs officiers de milice de différentes paroisses au- 
roit fait payer contribution à leurs miliciens, sous diffé- 
rents prétextes. 

Nous deffendons en conséquence à tous officiers de 
milices et autres que puisse être, de faire payer à l'ave- 
nir aucune taxe ni impositions sous aucun prétexte, 
sans en avoir une ordre positive signé de Nous et affiché 
dans les paroisses, à peines de deux milles livres d'a- 
mende, sans toutefois préjudicier aux amendes des 
Chambres. — Mandons, etc. 

Fait à Montréal le 15 Avril 1762. Signé, etc, 

THOS. GAaE. 
Par' Son Excellence, 

Or. Maturin. 



17C2 94 

12 Mai. 

RlgleuE'ST pour le bois à fournir aux troupes can- 
tonnées daus les nnupa fortes, eu hiver et en été. 

Par Son Excellence, ïiioMAS Gage, etc. 

Faisons Sçavoir — (|u';iy;int jugr à propo.s de faire un 
Règlement pour les fournitures des Bois qu'ils doivent 
être faites aux troupes dans les campagnes, Nous avuns 
ordonné ce qui suit : 

Sçavoir : 

Que chaque particulier fournira à rofficit,-!- ou .«soldat 
logés chez-lui un feu. 

Chaque paroisse sera tenue de fournir i>oar l'utilité 
de la garnison de leur endroit proportionnément au 
Eéglement ci-dessus. 

Pour le court de riiiver. 

A chacpie garde où il y aura un officier, pour son feu 
et celuy des soldats il 

< OHDFS DE HOIS 

Sera fourni, par semaine, 3 

Celles commandées par sergent ou caporaux, H 

Pour l'hôpital 2 

Pour l'ordinaire des officiers, par semaine : 

A un lieut.-colonel commandant, 3 

A un major, 2 

A un capitaine, 1 

Pour les officiers subalternes de chaque compagnie 1 

Pour l'aumônier, 1 

Pour le chirurgien et son garçon, 1 

Pour l'adjudant et cartier-raaitre, 1 



95 1762 

Pour VEté. 

Cordes de Bois. 

Il sera fournie à l'hôpital, par semaine 1 

Au lieut-colonel,, 1 

Au major, 1 

An capitaine, -| 

Aux officiers subalternes de chaque compagnie,... | 

h l'aumônier, | 

Au chirugien et son garçon, | 

A l'adjudant et Quartier-maitre, | 

Le chauffage de l'hiver commencera le 1er Novembre 
et finira le 30 Avril. 

Celui de l'été commencera le 1er. may jusqu'au 31 
Octobre. 

Les officiers qui ont des commissions doubles ne pour- 
ront exiger du bois que pour une ; il n'en sera fourni 
même que pour le nombre des oflS.cierâ présent. Il sera 
permis à un Major commandant au Régiment de s'en 
faire fournir comme Lieutenant-Colonel, et un capitaine 
commandant un corps comme Major. Dans les endroits 
où les compagnies seront divisées dans différentes parois- 
ses, chaque paroisse fournira à l'officier commandant une 
corde l'hiver et demy l'été, par semaine. 

Sy l'hôpital, l'Etat-major et l'ofîicier-commandant se 
trouv oient dans la même paroisse, laquelle par un sem- 
blable accident seroit trop surchargée des fournitures de 
bois qu'elle seroit obligée de faire, l'officier commandant 
est autorisé de la soulagé en faisant contribuer le« pa- 
roisses voicines. La corde de bois sera de 8 pieds de 
lono: sur 4 de hauteur et de lars^eur. 

Mandons que le présent Règlement sois ponctuelle- 
ment exécuter et de ne faire aucune autre fourniture 
de bois sous aucun prétexte, sans un ordre de Nous. 



17G2 DC 

Fait à Montréal, le 12 de Mai 17G2, Signé de notre 
main, &c. 

THOS. GAGE. 
Par Son Excellence, 

G. Maturin. 



22 JUILLKT. 

Lettre à MM. les Capitaines de Milices do la 
Chambre, à Montréal, concernant MM. les ïSei- 
g-ncurs do l'Ile de Montréal. 

Messieurs, 

Il nous a été représenté par Mrs. les »Seif^nours de 
risle de Montréal, que dans les contributions qu'on avoit 
coutume cy devant de lever pour le bien du uouvorne- 
ment, que le Roy de France ayant eu égard à leur qua- 
lité do Seigneur et membre du Clergé, avoit eu la bonté 
de les taxer luy-mème pour leur coste-part, et d'ordon- 
ner que le Supérieur du Séminaire, ou un délégué de 
Ba part, assisteroit aux assemblées qui se tiendroient 
pour la répartition qui seroit à faire sur les peuples, et 
ces Mrs. espèrent que nous voudrions bien avoir les 
mesmes bontés pour eux, et nous prient d'avoir égard à 
la convenance et à la justice de leur demande et aux 
usages cy devant observés, et d'ordonner que dans les 
répartitions publiques qui surviendront dans noire gou- 
vernement, ils seront obligés de supporter en leur parti- 
culier une taxe égale à celle des quatre plus riches Bour- 
geois. 

Souhaitant dans ce temps d'incertitude de ne rien de- 
ranger des anciens usages, qui ne sont point opposés au 
service du Roy, Nous ordonnons que Mr. le Supérieur 
du Séminaire sera invité à assister aux assemblées qui 



97 1762 

se tiendront pour les répartitions publiques, et pour me 
mettre en état de bien juger de la taxe qut- Mrs. les sei- 
gneurs doivent supporter en leur particulier, aujourd'huy 
vous aurez la bonté de nous instruire des taxes que ces 
Messrs. ont supporté dans toutes les répartitions laites 
en diftérentes occasions et pour différents usages. 
Je suis, Messieurs, 
Votre très-humble serviteur, 

TFOS. OAaE. 

Au Château de Montréal, | 
le 22 Juillet, 1762. \ 



26 Juillet. 
Ordonnance concernant la A-aleur de la monnaie 
françoise. 
Par Son Excellence Thomas G-age, Colo7iel d'un régi- 
ment d'infanterie légère, Maréchal des camps et des 
armées du Roy, Gouverneur de Montréal, et de ses 
dépendances, etc. 
Sur les représentations qui nous ont été faites que la 
monnaie françoise avait été moins estimée que sa valeur 
dans notre gouvernement de Montréal, ce qui a porté 
les particuliers à la faire passer à d'autres endroits où la 
valeur de la dite monnaie était plus haute, à l'inconvé- 
nient et le préjudice que cela cause à tous les négo- 
ciants et autres particuliers du dit gouvernement par 
la rareté de l'argent et surtout de la petite monnaie. 

A ces causes après avoir mûrement examiné les dites 
représentations et pris toutes les connaissances et éclair- 
cissements les plus exacts, qui nous ont été possible, les 
avons trouvé juste et équitable, en conséquence ordon- 
nons que l'Ecus français de six livres tournois passera 

13 



J7»;l> 98 

prt'stMih'ment et sera reçue dans tous les payements qui 
se feront dans notre dit q-ouvernemenl de Montréal à 
commencé du jour de la datte de Notre présente ordon- 
nance ù huit schelings et dix sols nionnai»' de Montréal. 
Le sol marqué vieux à une coppe et demi et le sol mar- 
qué neuf à dt'ux coppes juste. 

ICnjolirnons par notre dite ordonnance à toute personne 
(lu (lit i^otivernement de s'y conformer sous peine de 
désobéissance. Mandons, etc., 

Donné au CMulteiiu de Montréal, le 2() Juillet 1702, 

k^i^né, etc., 

TirOS. GAGE. 
Pur Son Excel lenre. 

Ci. M.VTl'HIN 



Ml .luiLI.ET. 

Ordonnance concernant la réjiarnfion de l'enceinte 
de la ville de Montréal. 
Par Son Excellence ÏIIOMAS CJagk, Colonel du 22e. Re- 
nient (Flnfanlerie, Maréchal des camps, etc., 

Etant informé qu'il avoit été fait une imposition de 
six mille livres, par un arrêt de 8a Majesté le roi de 
France, rendu le b mai 171 »J, et renouvelle le 1er. du d. 
mois 1743, sur les habitants de Montréal, dont 2000 li- 
vres à payer par le Séminaire de St. Sulpice, établis en 
cette ville, j)our être la dite somme de GOOO livres em- 
ployé»' au remboursement des fonds avancés i^ar sa dite 
Majesté pour les dépenses de l'Etablissement de l'en- 
ceinte de cette dite ville, sur laquelle somme de COOO 
liv. étoit pris les fonds nécessaires pour l'employé de 
l'entretien d'icelle, et que la dite imposition a toujours 
continué dans la mesme forme jusqu'à l'année 17G0. 



I 



99 1762 

En voyant aujourd'huy la dite enceinte tomber en 
ruine et qu'il seroit nécessaire de pourvoir à ses répara- 
tions et à y faire quelques ouvrages, ou changement 
pour le bien publique, et voulant dans ce temps d'incer- 
titude suivre les anciens usages qui ne sont point oppo- 
sés au service du Roy. 

Nous ordonnons, qu'il sera imposé tous les ans, à com- 
mencer la présente année 1762, une somme dont le tiers 
sera payé par le dit Séminaire de St. Sulpice qui a des 
emplacements dans la dite ville de Montréal, dont il 
est seigneur direct aussi bien que de toute l'Isle du 
mesme nom, et les deux autres tiers restant, par les 
communautés régulières et ségulières, et les habitants de 
ladite ville de Montréal ; pour être la dite somme em- 
ployée à faire les réparations nécessaires à la dite en- 
ceinte, qui commenceront le printemps prochain ; mais 
que la porte à laquelle l'on travaille sera faite et parfaite 
cette année. Et que la dite imposition, dont les deniers 
seront remis à une personne nommée par la chambre des 
milices du dit Montréal, ne passera pas la somme de 
6000 liv. par chaque année, et sera continuée jusqu'à 
l'entière réparation de la dite enceinte, à la fin desquel- 
les réparations la présente ordonnance demeurera nulle 
et sans effet. Les rolles de la dite imposition et taxe d'i- 
celle, seront fait par la dite Chambre de Milices et le su- 
périeur du Séminaire, ou un délégué de sa part. Les 
quelles rolles nous seront présentés pour être par nous 
arrestés. 

Enjoignons à la dite Chambre et au dit S. Supérieur 
du Séminaire, qu'ils se trouveront présents aux marchés 
et redition des comptes faits des dits ouvrages ; et que 
la présente ordonnance sera exécutée nonobstant oppo- 
sitions ou appellations quelconques dont si aucuns in- 



1762 100 

tervionnent, nous nous réservons la connoissance. Sera 
onroufistrr au (irt'llt» <\o lu dit»* Chamhr»', soit lm\ pu- 
bliée *»t alfiehé partout ou hesoiii sera. Mandons, etc. 

Donné au Chatt-au df Montr''al, le trentf-un Juillet 
mil sept cent soixante deux. Siûfué d«* notre main, et 
celle du sceau de nos anm-s et c(nitresi«_;n<' par notre Se- 
crétiiiro. 

rilOS. (iA(JK. 
P(ir San E.r(f//e/irf\ 

G. M\Tui;i\. 



•î Août. 
OuDtjN.NA.NCK réglant que les marchandises se 
vendront, à l'avenir, à la veriçe. 

Par Son Errrihnre TlloMvs (r.4GE Colonel, du 22e. 
Kes;. etc. 

Sur les représentations qui nous ont été faites, (jue 
plusieurs personms dans le commerce à Montréal, se ser- 
voit de diflTérentes mezures pour vendre, tant qu'en gros 
qu'en détaille, des marchandises sèches, à l'inconvénient 
et le préjudice que cela cause, tant pour les fraudes qui 
peuvent se glisser dans le dit commerce ; que la dilFiculté 
que cela occasionne au négociant anglois résidant en cette 
ville, pour la redition de leurs comptes avec leur com- 
mettant en Angleterre ; qu'il est ordinaire et mesme de 
nécessité dans toutes les villes d'avoir une seule et mesmo 
mesure, établie et hotorizé par justice, à laquelle tout le 
monde est obligé de se conformer pour la facilité du com- 
merce. En conséquence et pour oln-ier à l'avenir aux abus 
et difficultés qui pourroient subvenir à ce sujet. Ordon- 
nons que l'on fera usage en cette ville de Montréal, de la 
Kerg-e dAn};lelerre, conformément à un étalon qui sera 



101 1762 

déposé chez le Major de la Place, auquel étalon tous les 
négociants et marchands seront obligés de faire étalon- 
ner leur verge ou mezure, et pour ce. donnons vingt 
jours pour toute préfixion et delays, à compter du jour 
de la publication de notre présente ordonnance Faisons 
dès à présent comme dès lors inhibition et defïence à 
tous négociants et marchands qui vende de se servir 
d'autre mezure que de la d. verge étalonnée, à peine 
par le contrevenant d'une piastre d'amende et en cas de 
récidive de plus grande peine. 

La présente ordonnance sera enregistrée au greffe de 
la chambre de cette ville. Lue, publié et affiché où be- 
soin sera. Mandons, etc. 

Donné au Château de Montréal, le 3 Août 17«]2. Si- 
gné de notre main, scellé du sceau de nos armes et con- 
tresigné par notre secrétaire. 

THOS. GAGE. 
Par Son Excellence, 

G. Matuhin. 



12 Août. 

Ordonnance défendant à d'autres qu'rtw proprié- 
taire du Bac entre Montréal et Longueuil, de 
traverser à prix d'argent. 

Par Son Excellence Thomas G.A.GE, &c. 

Sur les représentations qui nous ont été faites derniè- 
rement par le Mtre. du bac entre Montréal et Longue 
que plusieurs habitans contrevenants au Règlement que 
M. Çhrisiie, Maréchal des logis des armées du roy, avoit 
fait publier par nos ordres en datte du 22 juin der., traver- 
soient tous les iours à Montréal les allants et venants en se 



17(Î2 102 

luisant payer au pri' judice que cola cause au mtre. du cl. bac 
qui est obliii;é d'entretenir du inonde pour lairo les dites 
traverses, ou pasages, et à qui nos ordres ont été donnés. 
En conséquence pour obvier à l'avenir à pareils contra- 
ventions faisons très expresses inhibitions et defienses à 
tous les habitans ou autres personnes, de traverser en pa- 
yant aucun des dits allants et venants, sous(|uelquo pré- 
texte que se puisse être, sans un ordre expressément don- 
né, à peine d'une piastre d'amande, qui sera payé après 
preuve laite par serment du dénonciateur, devant au- 
cun Capitaine de Milices où le cas arrivera, la dite 
amande applicable au Mtre du dit bac, et au cas de ré- 
cidive, de plus grandes peines, n'entendant point 
toutefois empêcher les dits hal^itans ou autres de se tra- 
verser comme à l'ordinaire, gratis. Enjoignons aux Capi- 
taines et autres officiers de milice du dit lieu de tenir la 
main à l'exécution de notre présente ordonnance, qui 
sera lue, publiée et affichée en la manière accoutumée. 
Mandons &c. 

Donné au Chilteau de Montréal, le 12 Août 1702. Si- 
gné, cv:c. 

TIIOS. GAGE. 
Par Son Excellence, 

G. Maturin. 



12 Octobre. 

Ordonn.wce défendant aux officiers de milice do 

se porter pourvoyeurs des officiers des Troupes. 
Par Sun Excellence TllOMAS Gage, &c. 
Sur les plaintes qui nous ont été porté par les habi. 
tans de Notre Gouvernement, que les capitaines et au- 
tres officiers de Milice, sans aucune authorité, alloient 



103 1762 

chez eux leur faire donner des provisions pour les offi- 
ciers des Troupes en quartier dans les différentes i:)a- 
roisses du dit gouvernement. 

Nous ayant égard aux dittes plaintes faisons très ex- 
presse inhibition et défence aux officiers des d. milice 
•qui seront établie pour le service du Roy de se porter 
pourvoyeur des offici'^rs des dittes troupes sous peine de 
désobéissance, Mrs les officiers étant daijà avertis de se 
servir de leurs domestiques pour jïourvoyeurs. — Man- 
dons &c. 

Donné au Château de Montréal, le 12 Octobre 1762. 
Sig"né &c., 

THOS. GAGE. 

Par Son Excellence, 

G. Maturin 



18 Octobre. 

RÈGLEMENT ET ORDONNANCE fixant le prix auquel 
les Boulangers vendront le pain. 

Par Son Excellence Thomas GtAGE &c., 
Sur les représentations qui nous ont été faites que les 
13oulangers de cette ville vendent leur pain sur le pied 
lie Tannée dernière, quoique la récolte de cette année 
soit de beaucoup plus abondante que la précédente. En 
outre que dans les années qui ont précédées la redition 
du païs le Bois étoit monté à un prix exorbitant les d. 
Boulangers faisoient payer la fabrication du pain aux 
particuliers qui faisoient boulanger leur farine à raison 
de quatre livres le quintal, que depuis notre ordonnan- 
ce rendue pour la taxe du d. bois à neuf livres la corde, 
les d. Boulangers ont toujours continué à fabriquer sur 
le mesme pied de 4 Ib. le quintal de farine. A quoi 



17r,2 104 

ayiint tgard, et sur les certitudes que nous avons de 
r«''tut de cette Kécolte, voulant remédier ù pareil abus 
afin de soulager les citoyens de cette ville, il nous a paru 
convenable de taxer le pain «'t la Tabrication d'ycelui à 
un prix raisonnable. 

liln consrquence les boulaimi r> de i-riiv ville iburni- 
ront le pain, à compter du 20 du présent mois jusqu'au 
premier Janvier prochain, sur le pied cy-i^près, — sça- 
voir : — 

La pain blanc du poids de 4 livres pour 10 coppes, à 
raison de deux coppes et demy la livre. 

Le pain bis-blanc du poids de 6 livres, pour 12 coppes, 
à raison de deux coppes la livre. 

Le quintal de farine converty en pain à raison de deux 
schelins dix coppes de façon par quintal de farine. 

Ordonnons aux dits boulangers de se conformer au 
présent règlement sous peine de confiscation du pain 
qui se trouvera de faux poids, et de trente piastres d'a- 
mende pour le contrevenant. 

Mandons au Major de la place et aux Srs. Capitaines 
des Milices de la chambre de Montréal de tenir la main 
à l'exécution du présent règlement, qui sera lue, publiée 
et afïïchée en la manière accoutumée, et registrée au 
greffe de la dite chambre. 

Donné au château de Montréal, le 18 Octobre 1762, 
Siirné de notre main, etc. 

THOS. GAGE. 

Par Son Exrdfenre, 

G. Maturin 



105 1762 

15 Novembre. 
Ordonnance concernant la Douane de Montréal. 
Par Son Excellence THOMAS G-age SfC. 

D'autant que les Très-Honorables Seigneurs les Com- 
missaires du Trésor Royal ont par leur ordonnance déli- 
béré et enjoint à Messieurs les Commissaires des 
Douanes de Sa Majesté, qu'il seroit à propos pour le bien 
de l'état et du bon ordre, d'établir une Douane dans la 
ville de Blontréal, et pour y parvenir ont les dits Srs Com- 
missaires jugés à propos de nommer et d'établir le S. 
Thomas Lamhs, Ecuier, en qualité de Directeur, et le S. 
Richard Oakes, visiteur de la dite Douane à Montréal : En 
conséquence ordonnons à tous les citoyens du dit Mont- 
réal et de ses dépendances, de regarder et reconnoître les 
dits Srs. Thomas Lambs et Richard Oakes en la dite 
qualité. 

Mandons à tous officiers civils et militaires de prêter 
main-forte, toute fois et quand il en sera requis par les 
dits Srs. pour le dit service, et de les appaïer de toute 
leur authorité, conformément à nos ordres. 

Tous armateurs et autres intéressés dans le commerce 
sont avertis que tous les bâtiments venant d'Europe ou 
des Colonies, chargés pour le compte des négociants de 
Montréal, et autres qui voudront y venir en commerce, 
pourront suivre leurs destinations jusqu'au dit Montréal, 
sans être obligé de décharger et recharger leurs marchan- 
dises à Québec, sous quelque prétexte que ce puisse être, 
à moins qu'ils ne soient soupçonnés de porter des mar- 
chandises de contrebande, dans le dessein d'y faire un 
commerce prohibé. 

La présente ordonnance sera lue, publiée et affichée 
en la manière accoutumée et enregistrée au greffe de la 



17C-2 10() 

chambre des Milices de Montréal, — sigiK- de notre main, 
scellé du sceau de nos armes, etc. 

Donné au Château de Montréal, le là Novembre 17G2. 

THOS. GAGE. 
Par Son Ezceltetice, 

G. Matukin. 



20 X(A'E.MIÎUE. 

i'uoc'L.vMATi" i\ à l'occasion des prélimniairt's do la 
paix, et de la cessation des hostilités par mer et 
par t'Tn'. 

De par le Koy. 

Ordonnance. 

GEORGE lU) Y. 

D'autant que les préliminaires pour rétablir la paix 
furent signés à Fontainebleau, le 3e jour du présent mois 
de Novembre, par nos ministres, ceux du Roy très-chré- 
tien et du Roy catholique, et pour mettre fin aux cala- 
mités de la «guerre, aussitôt et aus.si loin qu'il est possible, 
il a été convenu entre Nous, Sa Majesté très-chrétienne 
et Sa Majesté catholique, comme suit, c'est-à-dire, qu'aus- 
sitôt que les préliminaires seroient sig-nés et ratifiés, 
toutes les hostilités cesseroient par mer et par terre. 

Et pour prévenir toutes les occasions de plaintes et 
de disputt'S qui pourroient naître au sujet des navires, 
marchandises et autres ellets qui peuvent être pris par 
mer, on est convenu mutuellement que les navires, 
marchandises et effets qui seront pris dans la Manche et 
dans les Mers du Nord, après l'espace de douze jours, à 
être comptés du jour de la ratification des prés«'nts ar- 



107 1762 

ticles préliminaires. Et que tous les navires, marchan- 
dises et effets qui seront pris six semaines après la dite 
ratification au-delà de la Manche et Mers du Nord aussi 
loin que les Iles des Canaries inclusivement, soit dans 
l'Océan où la Méditerrannée, et pour l'espace de trois 
mois des dites Iles des Canaries jusqu'à la ligne Equi- 
noxtialc ou Equateur; et pour l'espace de six mois au- 
delà de la dite ligne Equinoxtiale ou Equateur, et dans 
toutes les autres parties du monde sans exception ou 
autres distinctions plus j)articulières de temps ou de 
lieu; seront restitués départ et d'autre. 

Et d'autant que les ratifications des dits articles préli- 
minaires ont été échangés à Versailles, dans toutes les 
formes, par nos plénipotentiaires, ceux du Roy très- 
chrétien et dii Eoy catholique, le 22 de ce mois de No- 
vembre, duquel jour les termes respectifs cy-dessus 
mentionnés, de douze jours, de six semaines, de trois 
mois et de six mois pour la restitution de tous les navires, 
marchandises et autres effets pris sur mer, doivent être 
comptés. Nous avons jugé à propos, par l'avis de notre 
conseil privé, de notifier la mesme à tous nos fidèles 
sujets, et nous déclarons que tel est notre bon plaisir et 
volonté royale, et nous donnons ordre par ces présentes 
et nous commandons à tous nos officiers de mer ou de 
terre, et à tous nos autres sujets quelconques de faire 
cesser tous actes d'hostilités soit par mer ou par terre, 
contre Sa Majesté très-chrétienne et Sa Majesté catho- 
lique, leurs vaisseaux et sujets, depuis et après le temps 
res^Dectif cy-dessus mentionné, sous peine d'encourir 
notre plus haute disgrâce. 

Fait et donné en notre Palais de St. James, le 26e 



1763 108 

jour de Novembre dans la troisième année de notre 
rècrne et dans l'an de notre Seicrneur 1702. 

DiKr CONSERVE LE V\.n\ . 

Pour n>/)ir, (r. MaTURIN. 



1703. 
7 Janvier. 

lvi:<'>l.E.MENT dt'leiulant d'aller an iriaiid iroi dans 
les rues et faubourgs de Montréal, etc. 

Par Son Excellence Thomas Ga(}E, Colonel, etc. 
Sur le compte qui nous a été rendu qu'an préjudice 
des différents règlements de police, les charretiers et 
autres personnes de cette ville, et mesme les habitants 
de la campagne qui y viennent, mènent leurs traines 
et cariolles avec une si grande vitesse que les gens de 
pieds, à qui ils ne donnent pas le temi:)S de se ranger, 
sont exposés à être dancrereuscmeut blessés, comme 
aussy les jours de dimanche et fêtes, la plus grande 
partie des personnes qui ont des voitures les laisse à la 
porte des églises pendant le service divin, avec une si 
grande confusion que ceux qui n'en ont point sont ex- 
posés, en sortant, à être estropiés par les chevaux. Et 
étant nécessaire de remédier à de pareils accidents, qui 
peuvent être fîicheux comme on l'a déjà vu. 

Nous fai.sons deffence à toutes personnes qui condui- 
ront des cariolles, ou autres voitures, ou qui seront sur 
leurs chevaux, de les faire galoper ou trotter au grand 
trot, dans les rues et faubourgs de cette ville, ni de les 
tenir aux portes des églises. Leur ordonnons, lorsqu'ils 
trouveront des gens de pied dans leur chemin, de s'ar- 
rêter et mesme de se détourner, afin de leur donner le 



109 1763 

temps de se retirer. En. outre, aux charretiers et habi- 
tants qui ont des voitures à deux chevaux, d'avoir des 
cruides ou cordeaux, à chacun des dits chevaux, afin de 
les conduire sans aucuns accidents, Le tout à peine de 
20 livres d'amende, payable sans déport, applicable 
moitié aux pauvres et l'autre moitié au dénonciateur, et 
de plus grandes peines en cas de récidive. Mandons 
au S. Major de la place et aux officiers de la chambre de 
Montréal de tenir la main à l'exécution de la présente 
ordonnance, laquelle sera lue, publiée et affichée en la 
manière accoutumée, à ce que personne n'en prétende 
cause d'ignorance, Signé de notre main, scellé du sceau 
de nos armes et contresigné par notre secrétaire. 
Donné au Château de Montréal, le 7 Janvier 1763. 

THOS. GrAGrE. 
Par Son Excellence, 

Gr. MaTURIX. 



13 Janvier. 

Ordonnance contre l'exportation des farines et du 
bled hors du G-ouvernement de Montréal. 

Par Son Excellence Thomas G-age, «S:c. 

Sur le compte qui nous a été rendu de la dernière ré- 
colte. Nous avons lieu de penser qu'il y a suffisament 
du bled pour faire subsister les habitants du Gouverne- 
ment, mais pour ne pas courir les risques de retomber 
dans une pareille disette que l'on a essuiez ses années 
dernières, que le gouvernement de Montréal ayant 
beaucoup souffert par la quantité que l'on en a tiré pour 
soulager les autres gouvernements. Il est à propos de 
ne pas en laisser sortir les bleds et farines afin de n'être 
pas dans le cas par la suite d'une seconde disette. 



17G3 110 

rourquoi Nous fuisoiis tn-s expresse inliiKiiiou et 
deflenso à tous partieuliors qui auront dessoiu de iïibri- 
quer des l'urine ou biscuits pour le commerce, non- 
seulement de les faire sortir du dit Gouvernement pour 
leur compte, l'Eté prochain, mais encore de les vendre 
à des capitaines de navires qui seront dans le cas d'en 
taire commerce. 

Faisons pareille deflfencc à tous voituriers, Mtre. de 
barque ou autrt^s battiments de chargé des dits farine 
ou bleds dans quelque endroit que ce soit du dit g"ou- 
vernement de Montréal pour le transporter à Québec 
ou ailleurs par mer on par terre, sans une permission de 
nous par écrit, à peine par les dits particuliers, voitu- 
riers, Mtre. de barque, de cent piastres d'amende et de 
six mois de prisons, et contre les propriétaires des dits 
bleds et farine de confiscation d'yceux et de pareil 
amende de cent piastres et de six mois de prisons. 

Sera la présente ordonnance enregistré au grefie de 
la chambre de cette ville, lue, publiée et affichée en la 
manière accoutumés. Signé de notre main, scellé du 
sceau de nos armes et contresigné de notre secrétaire. 

Mandons, etc. 

Donné au Château de Montréal, le 13 Janvier 17G3. 

TIIOS. GAGE. 
Par Son Excellence, 

G. Matuimn. 



4 Avril. 

Ordonnance établissant une Douane à Montréal. 

Par Son Excellence Tlloi^fAS Gaoe, Colonel du 22e 
rés^ivient, etc. 

D'autant que Sa Majesté auroit par son ordonnance 



111 1763 

jugé à propos, pour le bien de l'Etat et du bon ordre 
d'établir une Douane dans la ville de Montréal, pour 
l'imposition des droits d'entré et sorties du Gouverne- 
ment du dit Montréal, et que tous les navires et autres 
bâtiments venant d'Europe, Iles de l'Amérique, des 
Provinces voisines de ce continent, ou mesmes de Qué- 
bec et des Trois-Rivières, qui seront destinés pour cette 
dite ville ou pour autres endroits du dit Grouvernement, 
seront obligés d'aborder au port du dit Montréal, pour 
y faire dans les vingt-quatre heures de leur arrivée, au 
Bureau de la dite Douane, leurs déclarations des mar- 
chandises de leur chargement en entier, et d'y repré- 
senter les connoissemens et acquits à caution des diffé- 
rents ports de leur département. En conséquence Or- 
donnons aux capitaines de navires et autres bâtiments 
venant des ports mentionnés cy-dessus de faire au 
Bureau de la dite Douane, dans les vingt-quatre heures 
de leur arrivée au port du dit Montréal, une déclaration 
générale, exacte et fidèle de leur chargement en entier, 
tant de ce qui est sons connoissem.ent que sans connois- 
sement, et de tous les articles chargés dans les dits 
navires pour leur compte particulier et celuy de leurs 
officiers. Faisons en outre très expresse inhibition et 
deffence aux dits Cai)itaines, officiel «^ matelots et autres 
de descendre à terre, ou vendre à bord, le Ions- des 
costes du dit gouvernement, des marchandises, ou bois- 
sons, dans le dessein de frauder les droits imposés sur 
ycelles, avant la déclaration cy-dessus mentionnés. Le 
tout à peine par les contrevenants de confiscation des 
marchandises non déclarées et de cinquante piastres 
d'amende. Sera notre présente ordonnance lue, publiée 
et. affichée où besoin sera, afin que personne n'en j^ré- 
tende cause d'ignorance. Mandons aux Srs. Directeur 



17G3 112 

de la dite Douane et Capitaines de Milices de Notre 
Gouvernement, de tenir la main à son exécution. Sign6 
de notre main, scellé du sceau de nos armes et contre- 
signé i^ar notre secrétaire. 

Donné au Château de Montréal, le 4 Avril 17G3. 



TIIOS. GAGE. 



Par Son Excellence, 

G. Matuihn 



17 Mai. 



PuocL.vMATioN dc l'avtictc JV du Traite de Paix concernant la 
cession du Canada à S. Mté. Dritanni(iuc^ cl d'une Déclara- 
tion dc M. dc Choiseul par rapport aux dettes durs aux 
Canadiois. 

Par Sun Excellence Thomas Gage, colonel du 22e. Régi- 
ment d'Infanterie, Maréchal des camps et armées du Roy, 
Gouverneur de Montréal, et de ses déj/endnnces. l'ifc. 

D'autant que le traitté deffinitifde Paix entre leurs 
Majestés Britannique, très chrétienne, catholique et très 
fidèle, a été conclus et signé le dix février passé, et les 
ratiiications échangées le dix mars dernier. Et d'autant 
que par le dit traité, sa Majesté très chrétienne ayant cé- 
dé le Canada et toutes ses dépendances en plain droit de 
propriété à Sa Majesté Britannique. 

Nous en conséquence, pour que tous le monde soit ins- 
truit de la dite cession, alin que ceux qui se trouvent le 
plus intéressés puissi;nt être averti au plutôt, et être en 
état dc prendre leur arraiigementà ce sujet. Nous avons 
jugé à propos de faire publier le quatrième article du dit 
Traité dont la teneur suit: 



113 1763 

Quatrième Article du Tiaité. 

" Sa Majesté très chrétieiiue renonce à toutes les pré- 
" tentions qu'elle a formé autrefois, ou peut former à la 
" Nouvelle-Ecosse ou VAcadie, en toutes ses parties, et la 
" garantit toute entière et arec toutes ses dépendances au 
" Roy de la Grande Bretagne. De plus, Sa Majesté très 
" chrétienne cède et garantit à Sa dite Majesté Britanni- 
" que, en toute propriété, le Canada, avec toutes ses dé- 
" pendances, ainsy que l'Isle du Cap Breton et toutes 
" les autres isles et costes dans le golfe du fleuve St. 
" Laurent, et généralement tous ce qui dépend dés dits 
" païs, terres, isles et costes, avec la souveraineté, pro- 
" priété, pocession, et tous droits acquits par traité ou 
" autrement par le Roy très chrétien et la couronne de 
" France ont eus jusqu'à présent sur les dits païs, 
" isles, terres, lieux, costes et leurs habitans, ainsy que le 
" Roy très chrétien cède et transporte le tout au dit Roy 
" et à la Couronne de la Grande Bretagne, et cela dans 
" la manière et dans la forme la plus ample sans restiic- 
" tion et sans qu'il soit libre de revenir sous aucun pré- 
"' texte contre cette cession et garantie, ni de troubler 
" la Grande Bretagne dans les possessions susmen- 
" tionnées. 

" De son costé, Sa Majesté Britannique convient d'ac- 
" corder aux habitans du Canada la liberté de la religion 
"catholique: en conséquence Elle donnera les ordres 
" les plus précis et les plus efiectifs pour que ses nou- 
" veaux sujets Catholiques Romains puissent professer 
" le culte de leur religion selon le rit de l'église romaine, 
" en tant que le permettent les lois de la Grande 
" Bretagne. 

" Sa Majesté Britannique convient, en outre, que les 

" habitans françois ou autres, qui auroient été sujets du 

15 



I7t);î 1 1 1 

" liuy tii-i clirôtirii en Canada, puuriont .se retirer en tou- 
" te sûreté et liberté, où bon leur semblera; et pourront 
" vendre leurs biens, pourvu que ee soit à des sujets de 
" Sa Majesté Britannique, et transporter leurs eflets 
" ainsi que leurs personnes, sans être gênés dans leur 
" émigration, sous quelque prétexte que ce puisse être 
" hors celuy de dette ou poursuite criminelle. Le terme 
" limité pour cette émigraiion sera fixé à l'espace de 
• dix-huit mois, à comi^ler du jour de l'échana'e du 
•• dit Traité." 

Nous voulons bien aussy informer les canadiens, que 
Sa Majesté toujours attcntil'au l)ien de ses sujets, a fait 
fair«' par son Embassadeur Monseigneur le Duc de Bed- 
t'ord, des r»'montrances les plus fortes auprès de Sa 
Majesté très chrétienne, par rapport aux dettes dues par 
la France à ses nouveaux sujets de Canada, fin consé- 
quence. Monseigneur de Choisei/l, Dur de Prasli?/, dîie- 
ment autorisé par Sa Majesté très-chrétienne, a fait, an 
nom du Ti,oy son maître, la déclaration cy-après. 

" Dcr.laration du Plénipotentiaire de Sa Majesté 
" très-chrétienne par rapport aux dettes dues aux 
• Canadiens. 

" Le Roy de hi Grande Bretagne aiant désiré que le 
•* payement des lettres de change et billets qui ont été 
" délivrés aux canadiens pour les fournitures faites aux 
" troupes françoises, fût assuré, Sa Majesté très-cliré- 
*' tienne très disposée à rendre à chacun la justice qui 
" luy est légitimement due, a déclaré et déclare que les 
" dits l)illets et lettres de change seront exactement 
" payés d'après liquidation faite dans un temps conve- 
' nable, selon la distance des lieux et la possibilité, en 
" évitant néanmoins que les billets et lettres de change 
" quo los sujets françois pourroient avoir au moment de 



115 1763 

" cette déclaration ne soient confondus avec les billets 
" et lettres de change qui sont dans la possession des 
" nouveaux sujets du Ko}'- de la Grande Bretagne. 

" En foy de quoy Nous Ministre Soussigné de Sa Ma- 
" jesté très-chrétienne, à ce dûement autorisé, avons 
" signé la présente déclaration et à ycelle fait apposer le 
''' sceau de nos armes. 

" Donné à Paris, le 10e février 1763. 

(Signé), " CHOISEUL, Duc de Pr.a.slin. 

Le présent sera lu, publié et affiché en la manière 
accoutumée, et registre au G-reffe de la Chambre de 
cette ville. Signé de notre main, scellé du sceau de 
nos armes et contresigné par notre secrétaire. Mandons, 
etc. Donné au Château de Montréal, le 17 Mai 1763. 

THOS. GAGE. 
Par Son Excellence, 

Gr. MaTURIN. 

27 Mai. 

Règlement des Capitaines de milice de Montréal concernant 
le recouvrement des dettes cy-dessus mentionnées. 

Nous Capitaines de milice ie Montréal, administrant la 
justice en vertu du pouvoir de Son Excellence Monsieur 
le gouverneur, &c. 

Sa majesté très-chrétienne ayant rendu un arrêt le 24 dé- 
cembre dernier, pour obliger tous propriétaires et por- 
teurs de Lettres de Change et ordonnances du Canada d'en 
faire leur déclaration, et par le Traité de Paix ayant pro- 
mis de jîayer aux nouveaux sujets canadiens de Sa Ma- 
jesté Britannique ce qui seroit légitimement dû. Pour 
entrer dans ces vues, Nous avons cru indispensable de 



iim 11»; 

conuoitrL' à quelle isomiuo iiionto la moniioie d»; papier 
restée dans ce Gouvernoineiit, pour à quoy parvenir le 
présent Kéglemeiil enlin sous le ])()ii plaisir de Son Ex- 
lence. 

Article \tr. — Tous les partieuliers et habitants de ce 
Gouvernement sont avertis de remettre, depuis le 1er. 
juin jusqu'au 30 du dit mois inclusivement, ès-mains de 
Me. Tanet, Notaire et Greffier de Montréal, qui «'st commis 
à cet eilet, les lettres de change, Ordonnances, cartes et 
certiiioats visés de l'Intendant ou son subdélégué enCa. 
nada, qu'ils ont entre leurs mains, avec deux bordereaux : 
après cela, on n'en recevra plus. 

Article 2nd. — Chaque bordereau ne contiendra que ce 
qu'il ai^partient à une seule personne. Il sera fait men- 
tion des noms, ([ualité, domicile des propriétaires et mé- 
me du dépositaire ou commisionnaire. On y donnera 
par chaque nature de papiers les divers enseignements 
indiqués au modèle qui est mis à la fin des présentes. 

Article 3p. — L<' dit S. Panet remettra aux propriétaires 
ou porteurs, au bas du double de leurs bordereaux, son 
certificat des lettres de change, Ordonnances, cartes ou 
certificats y contenus ; lesquels, après vérification, leur 
seront remis à l'instant. Il gardera par devers lui un 
bordereau dont il fera Registre par Extraits. 

Article 4e. — Le dit S. Panet est autorisé à faire prêter 
serment aux porteurs et propriétaires, que la monnaye 
qu'ils apporteront leur appartient et qu'ils ne prêtent 
leurs noms pour personne. Ceux qui tomberont dans 
ce cas seront poursuivis extraordinairement comme 
faussaires. 

Article be. — Pour indemniser le dit S. Receveur de ses 
écritures et travaux immenses qu'une telle opération 
exigera, chaque particulier sera tenu de lui payer en es- 



117 1763 

pèces cinq sols par chaque mille livres ; les cinq sols se- 
ront payés au prorata. 

Article 6e. — On recevra depuis 7 heures du matin jus. 
qu'à midy, et depuis 2 heures après-midy jusqu'à 5. 

Article 7e.— On sait assez que les jours de dimanche et 
fête ne sont point compris dans les jours pour recevoir. 

Article Se. — Si un même particulier a diverses sortes 
de papiers, comme Ordonnances, lettres de change, Car- 
tes et Certificats, il aura soin que les bordereaux soient 
distincts et séparés par chaque nature de papier. 

Sera le présent Règlement lu, publié et afB.ché à l'issue 
de la messe paroissiale de chaque Eglise de ce Grouver- 
nement, afin que personne n'en ignore. 

Fait à Montréal, le 27 may 1763. 

R. Decouagne, L. Prudhomme, Le Comte Du^n-»'' 
Ignace Gamelin, Hervieux, Hery, Mésières, Ne- 
veu Sevestre, Jacques Hervieux, &c. 

THOS. aAGE. 



5 Août. 

Ordonxaxce (Ufendant de transporter dans les pays d'en hauL 
aux sauvages., aucunes marchandises., munitions de guerre^ 
(kc, vu que ces sauvages avaient faits des incursions aux 
dits pays. 

Par Son Excellence, Thomas GrAGE, &c. 

Sur les avis que nous avons reçus des incursions com- 
mis par les sauvages dans les païs d'en haut ; et voulant 
leur couper toutes voies possibles de pouvoir continuer 
leurs brigandages, en les privant de tous secours. Nous 
faisons très expresses inhibitions et defienses à tous né- 
gociants, marchands, voyageurs, ou autres personnes, de 
transporter dans les dits païs aucunes marchandises, mu- 



17C3 118 

îiitions de g-ucrrc et de bouche, ou autres ed'ets à leurs 
usaçes, ny mesme y contribuer en prêtant quelques 
secours directement ou indirectement à ceux qui auroicnt 
dessein d'y passer, sous peine de j)unitions exemplaires. 
Mandons et ordonnons ù tous ofliciers civils et militaires 
de tenir la main à l'exécution de notre présente ordon- 
Jiance, laquelle sera lue, publiée et affichée partout où 
besoin sera, et registrée au greffe de la Chambre de cette 
ville. kSigné de notre main, scellé du sceau de nos armes 
et contresigné par notre secrétaire. Fait et donné au 
Château de Montréal, le ô Août 17G3. 

TIIOS. GAGE. 
F(ir Son Excellence. 

(î. Maturix. 



18 Août. 

OnDûNNANcE défendant de vendre., dans les iiies et sur lex 
ijrèveSj des marchandises et autres effets ; excepté dis oxi- 
vraijes de terre cuite, ^r. fabrif/iiis par les artisans du 
pays. 
Par Son E.crellencc, TiioMAs tÎACE, &:c. 

»Sur les représentations qui nous ont été laites par les 
négociants et marchands de cette ville, qu'au préjudice 
des anciens règlements de police, plusieurs artisans, 
journaliers et autres sortoient de leur estât, pour vendre 
journellement sur les places publiques de cette ville, 
dans les rues d'ycelle et sur les grèves, des marchandises 
et autres effets ; engageoient les habitants à acheter leur 
pacotille à des prix souvent au-dessous du cours, ce qui 
occasionne qu'ils ne vont plus que très-rarement dans 
les magazins de vos exposants, qui voient par là étein- 
dre leur commerce : en outre, les mettent dans le cas, 



119 1763 

i^ous les jours, de payer la main d'œuvre à des i)nx exor- 
bitants, par la rareté des joiirnalliers. Nous aïant égard 
aux dites représentations et voulant mettre ordre à un 
abù aussy préjudiciable au commerce qu'à la police, fai- 
sons très expresse inhibition et deffense à tous particu- 
liers de quelque estât qu'il puisse être, de vendre à 
l'avenir sur les places publiques de cette ville et dans 
les rues d'ycelles, mesme sur les g-rôves et ba'nlieux, au- 
cunes marchandises, sous peine de confiscation d'ycelle ; 
à l'exception toutefois des ouvrages de terres cuites, &c. 
fabriqués par les artisans du pais. Mandons au S. Major 
de la place et aux Capitaines de la chambre des milices 
de cette ville, de tenir la main à l'exécution de notre 
présente Ordonnance, laquelle sera lue, publiée et affichée 
partout où besoin sera, en la manière accoutumée, et re- 
gistrée au grefîé de la Chambre de cette dite ville. Signé 
de notre main, scellé du sceau de nos armes et contresi- 
gné par notre secrétaire. Donné au Château de Mont- 
réal, le 18 Août 1763. 

THOS. GAGE. 
Par Son Excellence, 

Gr. MaTURIN. 



16 Septembre. 

Ordonnance concernant certains terrains incultes dans les 
banlieues du Gouvernement dont on demandait la conces- 
sion. 

Par Son Excellence Thomas GtAGE, &c. 

Plusieurs personnes nous aïant représenté que des 
étendues de terre considérables restoient incultes dans 
les Baulieux du Grouvernement, faute d'être concédées, 
et sur ce nous ont supplié, sous le bon plaisir du Eoy, 
■de leur accorder des concessions en fief et sei^rneurie. 



1763 320 

Nous aïant éûarJ luix dites représentations et voulant 
satisiaire à leurs denuuules, pour l'établissement et 
agrandissement de la colonie. Faisons sçavoir à toutes 
personnes qui ont des titres de concessions en fief, rele- 
vant cy-devant de Sa Majesté très-chrétienne et sur 
lesquels il n'y a encore aucun défrichement, ou qui en 
ayant eu ont été abandonnés pour causes de guerre ou 
autres événements, de les présenter en notre secrétariat, 
sous un mois de la datte des présentes pour toute préfixion, 
pour les présens en ce Gouvernement, et six semaines 
pour ceux qui résident dans les autres gouvernements 
de la colonie, sous peine d'en être déchu ; afin que dans 
les nouvelles concessions qui seront expédiées, l'on 
puisse éviter les employs qui pourroient porter préju- 
dice aux anciens concessionnaires. 

En conséquence Ordonnons que la présente sera lue, 
publiée et alfichéc partout où bcooin sera, afin que per- 
sonne n'en prétende cause d'ignorance, et registrée au 
Grefl'e de la chambre de cette ville. Signé de notre 
main, scellé du sceau de nos armes et contresigné par 
notre secrétaire. 

Mandons, etc. Donné au Château de Montréal, le 10 
Septembre 17G3. 

THOS. GAGE. 
Pur Son Excellence, 

G. Maturin. 



121 1763 

15 Octobre. 

Lettre du Général Gage, lors de sa démission de 
Gouverneur. 

A Messrs. les Capitaines de la ) 
Chambre de Milices de Montréal, \ 

Montréal, le 15 Octobre 1763. 
Messieurs, 

Je ne dois pas garder le silence sur la satisfaction que 
j'ay toujours eu en votre conduite, depuis que j'ay eu 
l'honneur d'être votre chef; et il m'importe, avant que 
de quitter votre païs, de vous témoigner ma A^ve recon- 
naissance pour les services que vous avez rendus au 
Roy et à la Patrie. Continués les mesmes soins pour le 
bien publique, qui vous ont daijà acquis tant de réputa- 
tion parmis vos compatriotes, et qui ne manqueront 
certainement pas de vous attirer la bienveillance et la 
protection du Itoy. 

Acceptés, Messieurs, mes remerciments pour l'adresse 
aftectionnée que vous avez eu la bonté de me présenter ; 
et je vous prie d'être persuadé que je suis et que je serai 
toujours, 

Messieurs, 

Votre très-humble 

et obéissant serviteur. 

THOS. GAGE. 



16 



29 Octobre. 

Ordonnanck par la II utile le Uiiijadicr Géniial RALPH HL'IiTON 
annonce 711"// remplace le ip'nèral Thns. Oaijc dans le Uou- 
verncmenf de Monirral ri Je ses dcpendances. Du "29 Octo 
l.îv ITii:^ 
On trouvera cotte ordoniuiiice on son entier, aux pj) 
ô3 et 54, c'est pour cela que je ne crois pas devoir la re- 
copier ici. 



NoVEMliRE. 
IvÉciLEMENT/fxa/i/ le prix du pain et de la viande. 

Ralph BurtoN, Ecuicr, Colonel tC Infanterie, Bri'^ailier 

Général des Armées du Ho//, (loarernenr de Montréal 

et de ses dépendances, 6çc. 

Sur les représentations qui nous ont été faites, que les 

prix du pain et de la viande augmentent dans cette Aille 

sans aucunes raisons apparentes, Nous aïant égard au 

bien général et en particulier à celui des pauvres à qui 

ces provisions sont indispensablement nécessaires, avons 

ordonné que la chambre s'assembleroit et consulteroil 

sur ces chel's, et nous feroit rapport de leur délibération, 

vu, lesquelles, en conséquence avons lait le Réglemeni 

qui suit. 

ScAVoni : 

Que les Bonlanii;ers de cette dite ville fourniront le 
pain, à compter du quinze, présent mois, jusqu'au 1er. 
février prochain, sur le pied cy-après. 

Le pain blanc du poids de 4 livres, pour 7 sols, à rai- 
son d'un sol neuf deniers la livre. 

Le pain bis-blanc du poids de G livres, pour 9 sols, à 
raison d'un sol six deniers la livre. 

Les Bouchers fourniront la viande de bœuf, à raison d»' 



123 1763 

3 sols 6 deniers la livre, à commencer le dit jour quin- 
ze du présent mois jusqu'au 1er. Avril prochain, et de- 
puis le dit jour 1er. Avril jusqu'au 24 Juin suivant, a 
raison de 4 sols 6 deniers la livre. 

Ordonnons aux dits Boulangers et Bouchers de se 
conformer au présent Kéglement, sous peine de trente 
piastres d'amande par le contrevenant. 

Mandons au S. Major de la place et aux Capitaines 
des milices de Montréal de tenir la main à l'exécution 
du dit Règlement, qui sera lu, publié, et affiché en la ma- 
nière accoutumée, et registre au greffe de la chambre 
de Montréal. Signé de notre main, scellé du sceau de 
nos armes et contresigné par notre secrétaire. 

Donné au Château de Montréal, le 9 Novembre 1763. 

R. BURTON. 
Par Monsienr le Gouverneur^ 

J. Bruyères 



20 DÉCEMBRE. 

Règlement renouvellant celui du 7 Janvier 1763. 

Ralph Burton, Ecuier, Colonel cVInfanterie, Sçc. 

Aïant à cœur de maintenir les Règlements de police 
cy-devant faits et en particulier ceux mentionnés au 
Placard du 7 .Janvier dernier. Nous ordonnons que les 
charretiers de cette ville et autres qui ont des voitures, 
et mesme les habitans de la campagne fassent attention 
à ne point galoper ou trotter au grand trot dans les rues 



t'I i'aiihour^^s do cotte villo, ot de no point tenir leurs voi- 
tures aux portos dos ôiilisos, pendant le seivice divin, 
les jours de dimanches et lotes. Voulant pour éviter 
la contusion aux portes des dites Eglises à la sortie, que 
les dites voitures ne se présentent qu'une à une, en Ibr- 
mant un cercle et observant de tenir la porte de l'Eglise 
sur leur droite. Ordonnons aux dils charretiers et ha- 
bitants qui ont des voitures à d«'ux clievaux davoir des 
cordeaux, ou guides, à chacun des chevaux, aiin do les 
conduire plus suroniont, et en outre pour obvier aux ac. 
cidents (^ui pouvi-nt arriver dans les rues de cette ville. 
Voulons que toutes les voitures qui se rencontreront ti. 
rent l'une et l'autre sur la droite, au moyen de quoy ils 
éviteront de s'entrechoquer. Le tout à peine de 20 li- 
vres d'amande payable sans déport, applicable moitié 
aux pauvres et l'autre moitié au dénonciateur, et de plus 
grandes peines en cas de récidivo. 

Mandons au S. Mnjor de la place ci aux Capitaines di' 
la chambre de cotte ville de tenir la main à l'exécution 
de la présente ordonnance, laquelle sera lue, publiée et 
affichée en la manière accoutumée, afin que personne n'en 
prétendo cause d'ignorance. Signé de notre main, scellé 
du socaii do nos armes et contresigné par notre secrétai- 
ro. 

A Mont irai, le 20 Décembre. 1763. 

K. BURTON. 
Far Monsifi/r le Gouverneur, 

.T. Bruyères. 



125 1763 

29 DÉCEMBRE. 

RÈGLEMENT concernant la Police de la ville. 
Ralph Burton, Ecuier, Sfc 

Sur les représentations qni nous ont été faites, que 
les voitures pour éviter les neiges, prenoient souvent 
leur route, dans les rues de cette ville, le long des pavés, 
et couroient risque de blesser les gens de pied, comme 
on a déjà vu. 

En conséquence, pour éviter pareils accidents et pré- 
venir mesme les disputes cj[ue souvent cela occasionne, 
nous ordonnons aux charretiers, habitants et autres c[ui 
ont des voitures, de tenir leur route au milieu des rues, 
et leur faisons très-expresses deffences de passer avec 
leurs voitures le long des pavés, afin de les laisser libres 
aux gens de pied. Ordonnons pareillement aux gens de 
pied de tenir leur route sur les pavés, leur defiendant 
très-expressément de se tenir au milieu des rues, afin de 
laisser les j^assages libres aux voitures. Le tout à peine 
contre les contrevenants de six livres d'amande, laquel- 
le sera remise entre les mains du S. Major de la place. 
Mandons au dit S. Major de la place et aux Capitaines 
des milices de cette ville de tenir la main à l'exécution 
de la présente ordonnance, laquelle sera lue, publiée et 
affichée en la manière accoutumée, afin c|ue i)ersonne 
n'en prétende cause d'ignorance. Signé de notre main, 
scellé du sceau de nos armes et contresigné par notre 
secrétaire. 

Donné au Château de Montréal, le 29 Décembre. 1763. 

R. BURTON. 

Par Monsieur le Gouverneur, 

J. Bruyères. 



12G 
I 
5 Janvieu 
Ordonnance concernant la /tondre à tirer. 
Halph Burton, Ecnier, iVr. 

Sur l»\s rapports certains qui nous ont été faits que 
quelques marchands, Bourgeois et autres de cette ville 
avoient actuellement dans leurs maisons, voûtes ou ma- 
uasins de la Poudre à tirer. Nous aïant égard à la sûreté 
publique et au ])ien du service, Ordonnons par ces pré- 
sentes à tous marchands et autres personnes quelcon- 
ques qui ont de la poudre à tirer en leur possession eu 
telle petite ou grosse quantité que ce soit, de la faire, 
sous trois jours de la publication des présentes, porter à 
la poudrière, pour y être logée et enregistrée sous leurs 
noms. Faisons en outre très-expresses deffenses à tous 
marchands et autres de vendre, débiter ou troquer à qui 
que ce soit de la poudre à tirer, à commencer du jour de 
la i)remière publication des présentes, sans une permis 
sion à cet effet signée de Nous, ou par notre ordre, sous 
peine par les contrevenants de cinq cents livres d'aman- 
de, monnaye de la Nouvelle- York, dont trente livres 
seront payées, preuves faites, au dénonciateur, et d'estre 
bannis de ce Gouvernement. Dellendons pareillement 
à tous voituriers, canoteurs et autres, de sortir de la pou. 
dre de cette ville, sans une permission signée de notre 
main, sous peine de punition corporelle et de six mois de 
prisons contre les dits voituriers et canoteurs, de confis- 
cation des voitures, chevaux et marchandises ; et en 
outre à l'amande et peine cy-dessus portée contre les 
propriétaires, au profit de >Sa Majesté. Et pour que per- 
sonne n'on ignore, voulons que les présentes soient lues 
et publiées dans les endroits accoutumées, pendant trois 



127 1764 

jours consécutifs, et ensuite affichées ainsy que de cou 
tume. 

Mandons au S. Major de la place et aux Capitaines de 
la chambre de cette ville, de tenir la main à l'exécution 
de la présente Ordonnance. Signé de notre main, scellé 
du sceau de nos armes et contresignée par notre secrétai- 
re. 

Donné au Château de Montréal, le 5 Janvier 1764. 



E. BURTON. 



Tar Monsieur le Gouverneur, 

J. Bruyères. 



11 Janvier. 

Ordonnance à reffct de réunir au Domaine de la Seigneurie 
de Montarville^ plusieurs terres concédées^ faute par les te- 
nanciers d'avoir tenu feu et lieu. 

IIalph Burton, Ecui/er, Colonel, Brigadier-général des 
■urmées du Roy, Gouverneur de Montréal et de ses Dépen- 
dances, Sçc. 

Yù l'ordonnance rendue par Son Excellence le Géné- 
ral Gage du 21 Janvier 1763, sur la Kequête à lui pré- 
sentée par le S. De LaBrûères, Ecuyer, Seigneur et pro- 
priétaire de la Seigneurie de MontarviUe, contenant qu'il 
auroit concédé des terres dans la dite Seigneurie aux 
nommés Fierre Denis, une terre de deux arpents de 
front sur vingt cinq de profondeur,^/e. Décardon?iet idem, 
le S. Houtelas idem, Louis Languedoc idem, le Sr. Montar- 
viUe, quatre arpens sur idem, François Denoyon quatre 
arpens sur idem, les héritiers de Pierre St. Germain idem» 
François St. Germain idem, Jos. Bourgois idem, les héri- 
tiers de Jos. St. (Ter«2a?« idem, les héritiers Frenière idem 
Augustin Refiaud dit St. Jean idem, les héritiers Joseph 



ITGl 128 

Bernard icloni, les héritiers Lt<;cr Martin idem, les héri- 
tiers Simon Ladcroute idem, les héritiers de T/u>s. Onliam 
idem, les héritiers Charles Langevain idrin, Ju^e pli Robert 
idem, Joseph Reguindean idem, la veuve et les héritiers 
de Pierre De nia n quatre arpens sur idem, Louis Quintal 
deux arpens sur idem, Louis Reguindeau idem, Vcron- 
neau idem, Louis Délorier idem, Berlin père, idem, An- 
toine Ménard idem, Louis Robert idem, Charles Robert 
idem, François Mcnard idem, Charles Ménard idem. Les- 
pérance idem, Jean Robin idem, Miehel Viger trois arpens 
sur idem. François Laframboisc deux arpens sur idem, 
Marie Duludc trois arpens sur idem, Lahontc idem, Jos. 
Deniers dit Chedeville idem, Henri Deniers dit Chedeville 
idem, les héritiers François Poirier six arpens sur idem, 
les héritiers Charles Lebeau trois arpens sur idem ; par 
laquelle Ordonnance il auroit été accordé aux hahitans 
dénommés cy-dcssus un delay jusqu'au i^remier Janvier 
do la présente année.pour par eux se conformer à l'Ordon- 
nance et tenir feu et lieu sur les terres à eux concédées, 
et faute par les dits habitants de satisfaire à la dite Ordon- 
nance dans le delay cy-dessus et icelui passé, il seroit 
procédé définitivement à la réunion de leurs dites terres 
au domaine de la Seig-neuric de Montarville, sur les cer- 
tificats des Capitaines de Milice du dit lieu : Comme 
les dits habitants n'auroient tenu compte de profiter du 
delay à eux accordé par la dite Ordonnance, ni tenir feu 
et lieu sur les terres, il auroit été ordonné que la dite Or- 
donnance seroit publiée à la porte de l'éa-lise paroissiale, 
par trois dimanches consécutifs, à l'issue de la Messe pa- 
roissiale, afin que les dits habitants n'en prétendent cause 
d'iî^norance, le Certificat de Rarirot, serg-ent de la dite pa- 
roiîïse en date du 18 février 17C3 comme il a été publié 
en la dito paroisse la dite Ordonnance par trois diman- 



129 1764 

ches consécutifs, autres Certificats du dit jour dès Srs. 
Lebeaii et Robin, Capitaines de Milice comme la dite Or- 
donnance a été publiée comme dit est cy-dessus, antres 
Certificats du 4 Janvier présent mois du dit Robin et 
Paul Cristin, Capitaines, d'eux signé par laquelle il paroit 
que les dénommés cy-après n'ont point profité du delay 
qui leur étoit accordé pour tenir feu et lieu sur les dites 
terres, Sçavoir Pierre Denis, Bte. Décardonnet, le Sr. 
Houtelas, Louis Langedoc, le Sr. Montaryille, François 
Denoyon, les héritiers de Pierre St. G-ermain, François 
St. Germain, Joseph Bourgis, les héritiers ou ayant cau- 
se de Joseph St. G-ermain, les héritiers ou ayant cause de 
Freniôre, les héritiers d'Augustin Renaud, les héritiers 
de Joseph Bernard, les héritiers de Léger Martin, les 
héritiers de Simon Ladéroute, les héritiers ou ayant cau- 
se de Thomas Ouliam, Charles Lange vain, Joseph Ro- 
bert, les héritiers de Joseph Eeguindeau, la veuve et les 
héritiers de P. Deniau, Louis Quintal, Joseph Yeronnean, 
Charles Robert, Frs. Laframboise et Michel Viger. 

Le tout considéré. Nous, en vertu du pouvoir à Nous 
donné, avons déclaré les nommés Pierre Denis {et autres 
noms ci-contre jusqu'à et compris celui de) Michel Viger, 
bien et duement déchus de la propriété des terres à eux 
concédées par le dit S. La Brùere, faute i)ar eux d'y avoir 
tenu feu et lieu dans le temps prescrit par l'Ordonnance 
de Sa dite Excellence le Général Gage sus datée, et icel- 
les terres avons réunies au domaine de la Seigneurie de 
Montarville. 

Permettons au Sr. La Brùere de les concéder à d'autres 
habitants ainsi qu'il avisera bon être, et sera la présen- 
te Ordonnance lue et publiée à la porte de l'église parois- 
siale- du dit lieu, afin qu'aucuns des dits habitants n'en 

prétendent cause d'ignorance. 

17 



17(54 130 

Si<riu'' de notre inain, scellé du .scoaii de nos armes et 
contreKiî^né par notre Secrétaire. 

Mandons. &c. Donné an Chati^au de Montréal, le 11 
Janvier ITT)!. 

1^ nURTON. 
Fur Ordre de Monsieur le lioiiverneiir, 
.T. Bkuyères. 



22 Fkvkiek. 

OiiDO.NNANCL il(' fciiiliDil <lr . ventlvr (hf. riomlfs aiUnirs qiir 
sur le Morcli'\ 

Kalph Burton, Kruirr, Gouvemevr de Montréal fi de 
ne a Dépendances, i^'c 

Sur les représentations qui nous ont été faites, que les 
Bouchers et habitants négligeoient de garnir le Marché 
de cette ville de bœuf et autres viandes, comme ils le 
fesoient cy-devant, et qu'ils en disposaient clandestine- 
ment, Nous aïant égard aux dites représentations laisont 
deffenses aux dits Bouchers et habitants d'en disposer 
autrement que sur le Marché publique de cette ville, en 
la manière accoutumée, sous peine de saisie des dites vian- 
des et amende suivant l'exigoance du cas. Et afin d'en- 
courager les dits Bouchers et habitants à se conformer à 
la présente Ordonnance, Nous avons infirmée et infir- 
mons notre Ordojinanee du Novembre dernier au 
chef qui regarde le prix de la viande de V>oucherie seu- 
lement, qui se trouvoit par ycelle taxée à Ss. 6d. la livre. 
Mandons au S. Major de la place et aux Capitaines des 
Milices de la chambre de cette ville, de tenir la main à 
l'exéution des présentes, laquelle sera liie, publiée et 



131 1764 

affichée en la manière accoutumée, signée de notre main, 
scellée du sceau de nos armes et contresignée de notre se- 
crétaire. Donné à Montréal, le 22 février 1764. 

R.BURTON. 

Par Monsieur le Gouverneur, 

.T. Bruyères. 

26 Mars. 

Hki>ukskntation d'en Capilaiiies dr M/lire, coiiccnuiiU la inaaic- 
re accoutumée de procéder à la Liquidalion et vente des 
Biens des Mineurs et Absents^ à laqueUe le vendeur-public 
apportait r/uelque obstacle ; et Réponse du Gouve)-neuf. 

A Son Excellence Ralph Burton, Ecuyer, Colonel d'In- 
fanterie, Brigadier Gréneral des Armées du Roy, 
Grouverneur de Montréal et ses Dépendances &c.&c. 

Les Capitaines des Milices de Montréal y administrant 
la Justice prennent la liberté de représenter avec le plus 
profFond respect à Votre Excellence, que de tout temps' 
il a été d'usage, à l'ouverture des successions où les Mi- 
neurs et héritiers absents sont intéressés, de procéder 
par encan à la vente des Biens en dépendants ; 

Les premiers Juges ont eus toujours le droit d'ordon- 
ner ces sortes de ventes, et la permission de les faire an- 
noncer au son de la caisse n'a jamais été refiusôe. 

Aujourd'hui qu'il s'agist de liquider plusieurs succes- 
sions de cette nature, et de faire procéder à la vente des 
Biens meubles en dépendants, il se trouve un obstacle : 
le Sieur vendeur-public se croit en droit de retirer une 
rétribution de 5 p. o/o. sur le produit de ces sortes d'en- 
cans. 

Les Représentants croyent qu'il est de leur devoir de 
combattre une telle prétention Et pour y parvenir ils 



suplioiit Votre Excellonco de vouloir bien observer qu'il 
ne s'agint point de l)imf]ueroute, où le Veiid«>ur public 
est nécessaire, mais de simples arrani^ements de Inmille ; 
que le dit Vendeur i)ublic n'est point en état de tenir un 
procès-verbal de vente en l'rançais dr lu vmte de ces 
meubles ; ([u'il luy laut un huissier, ce qui aULMuente 
considérablement les frais ; Enfin les Keprésentants, 
jaloux de conserver des prérogatives qu'ils ne tiennent 
que de vos bontés et de celles de votre prédécesseur, 
sont flattés que personne n'y donne atteinte. 

Les Keprésentants se feront toujours un devoir de sui- 
vre ponctuellement tout ce que Votre Excellence voudra 
leur prescrire Le devoir est bien doux, quand il est 
accompagné de l'attachement. 

li. Deroua<Jcn(', L. pYtulhimime, Ilervieux, Ifçnave Game- 
lin, Ile.ry, Reaiane, Neveu. Sevestre, Jacques Ilervieux, Sf. 
Cleori^e Dujtré, Clieneville. 



Uammi Burtox, iScc. kQ. &c. 

Lu la Requête des autres parts, — Ordonnons que lors- 
qu'il s'agira de la vente des effets de succession, proposée 
et faite à l'amiable par les hériters, pour arrangement 
d'affaires de famille, il sera par les tuteurs, héritiers ou 
autres parties principales fait serment pardevant Messrs, 
les Capitaines de la Chambre des Milices de cette ville, 
leur audience tenante, par lequel sermc-ntil sera déclaré 
que la vente demandée n'est point pour cause de Ban- 
queroute, et consistera des effets réellement appartenans 
à la succession, sans autre mélange, et sur l'attestation 
du dit serment signé d'un de Messieurs les Capitaines, 



133 1764 

il sera par Nous ordonné que ladite vente sera faite sans 
aucune molestation. Donné à Montréal ce 26 Mars 1764. 



R. BURTOX. 



Par Monsieur le Gouverneur, 

J. BRUYÈREt 



13 Avril. 

Ordonnance prohibant le commerce avec les sauvages encov 
en guerre. 

Ralph Burton, Ecuier, Gouverneur de Montréal et de 
ses dépendances, SfC, SfC, SfC. 

Les outrages et les hostilités commises par les sauvages 
des pays d'en haut, pendant le cours de l'année derniè- 
re, doivent arrester nécessairement, pour le bien du ser- 
vice de Sa Majesté et suivant les usages de la guerre, le 
commerce qui se fait avec les différentes nations qui les 
composent, jusqu'à ce que la paix soit établie, et que le 
commerce avec ses sauvages soit libre et ou"\*ert ; ce que 
j'aurai le plaisir d'annoncer publiquement à tous les su- 
jets de Sa Majesté dans ce Grouvernement, aussitôt que 
je serai suffisamment autorisé pour le faire. 

Mais afin que le commerce intérieur de cette Colonie 
pratiqué avec les sauvages domiciliés ne souffre point de 
cette interruption ; 

On fait à sçavoir à tous marchands et autres, que pour 
la plus grande sûreté et la facilité du dit commerce inté- 
rieur, Il nous a plû établir un poste à Carillon, dans la 
G-rande Rivière, et un autre aux Cèdres, sur le fleuve 
St. Laurent, jusqu'où et en deçà desquels il est permis à 
tous les sujets de Sa Majesté de commercer et de trafi- 
quer avec les Sauvages librement et ouvertement, sans 
qu'il soit nécessaire de se munir de passeports à cet effet, 



17«'.4 134 

et sans néanmoins préjudicier aux droits resp3ctit's des 
t^eiirneurs et particuliers établis dans les différentes côtes 
do l'intérieur des dites postes. 

Il est très expressément deir<'ndù à toutes personnes 
taisant ce commerce de vendre ou détailler aux sauvages 
et autres, aucune poudre à tiror. armes à l'eu et boissons, 
sous peine de confiscation de toutes les marchandises <?t 
effets qui se trouveront dans le canot, ou les canots, bat- 
teau ou batteaux de ceux qui seront pris sur le fait, ou 
convaincus d'avoir contrevenu au présent ordre, à moins 
d'une permission expresse signée de Nous à cet effet ; 
déclarons que la moitié des marchandises ainsy confis- 
quées sera aplicaV>le à Sa Majesté, et l'autre au dénoncia- 
teur. 

Faisons pareillement très-expresse detfence à tous mar- 
chands et autres quelconques, de passer les postes éta- 
blis et cy-dessus mentionnés, à moins d'être munis d'un 
passeport à cet efi'et signé de notre main, à peine de con- 
fiscation moitié au proffit de Sa Majesté et moitié au 
profRt de ceux qui arresterontles dits canots oubatieaux, 
et autres peines portées aux placards cy-devant publiés 
au sujet du commerce avec les sauvages. 

Et enfin nous faif-ons soavoir à tous marchands et au- 
tres qui ont actuellement des effets et marchandises à 
Chounffain, (1) que, sur la demande qu'ils nous en feront, 
accompagnée d'une liste des dits effets, il leur sera permis 
de faire descendre les dits effets gratis dans les batteaux 
du Roy, lorsqu'ils reviendront de ce poste pendant cet 
Été. Los dits effetset marchandises seront rapportées en 
droiture jusqu'en cette ville, sans déballer le long de la 
route, ne leur étint pas permis de trafiquer ou d'échan- 
L-^t r aucunes marchandises avec les sauvages. 

(Il Ecrivons C/n'.vVuf <(.'>> l .'Osw 'go ilo< \n éAcaini^,\ac Uniano. .1. V. 



135 1764 

Sera le présent lu, publié et affiché en la manière 
accoutumée. 

Mandons &c. Donné à Montréal, sous le sceau de nos 
armes, le treizième jour d'avril 1764. 

R BURTON. 

Par ordre de. Monsieur le Gouverneur 
J. Bruyères 

26 AVRIL. 

Ordre cnjoiynanl à tous Canadiens et François qui se propo- 
sent de quitter le pays et de se retirer en France^ ati.r ter- 
mes et dans les délais portés dans le traité de paix^ de si- 
gnifier au secrétaire leur intention de ce faire^ sous trois 
semaines de ta date de cet ordre. 

Ralph BuRTON, Ecuier, Gauvemeur de Montréal et de ses 
dépendances, &c. &c. &c. 
En conséquence d'une Lettre de Mylord Halifax, iSe- 
crétaire d'Etat, datée de St. James le 14. janvier 1764, on 
fait à sçavoir à tous les Canadiens et François de Tun et 
de l'autre sexe, résidans actuellement dans la ville et 
Grouvernement de Montréal, qui se proposent de quitter 
ce pays et de se retirer en France, aux termes et dans 
les delays portés au 4. Art. du Traité définitif de la 
paix, ratifié entre les couronnes de la G-rande-Bretagne 
et de France le 10 mars 1763. Qu'ils aient à envoyer 
sans faute, et sous trois semaines de la date du présent 
ordre, au bureau du Secrétariat de cette ville, leur décla- 
ration de l'intention qu'ils ont de passer en France. Cette 
déclaration contiendra leurs noms, noms de baptêmes, 
profession (c'est-à-dire, Ofîicièr, Grentil-homme, Bourgeois 
Marchands ou Habitants,) femmes, nombre d'enfants 



I 



1TG4 I3ti 

mâles ou lemelles, ot nombro de doinestiques-mriles ou 
femelles, et si ces derniers sont nés Canadiens ou Fran- 
çois, qu'ils se proposent d'emmener avec eux, afin (juil 
en soit fait et tenu un Kegistre exact. 

Et afin que personne n'en prétende cause d'ignorance, 
voulons que le présent soit lu, publié et affiché, tant à la 
ville, qu'à la campairne. en la manière accoutumée. 

Mandon.< cS:c. «.Vc. iJcc. Fait et donné à Montréal, le]2G 
avril 1704 

\l. l'.URTON. 
/V//- M<i//siri/r If (!(un'erncur. 



!t MAI 
!■'(. \(;.\ui) // / ('//r/ ilr fnirc IV part r Irs r/irmins. jkuiIs il fnssi'a. 

K.\I,I'II BuRTON, Ecuier, Co/onel (C Infanterie. Brigadier 
(rénéral des armées du Ru//, Gouvernef/r de Montréal 
«l dp se.s Dépendanees, &c. 

L'utilité du public en général et la commodité des 
voyageurs requiert que les chemins, ponts et chaussée- 
soient raccommodés et établis, maintenant que les se- 
mences et travaux du printemps doivent être finis. 

Nous ordonnons trés-expressement à tous les Capitai- 
nes et officiers de Milices dans toute l'étendue de ce 
Crouvernemeait de commander incessamment, après la 
publication du présent Placard, que les chemins soient 
raccommodés, les ponts relevés et rétablis tant pour i' 
passage des ruisseaux que les mouillères et savannes, et 
que les fossés soient recallés ou de nouveaux faits par- 
tout où besoin .sera, chacun dans leur différent District 
ou Paroisse, et ce en la manière accoutumée, sous peine 



137 1764 

d'une amende arbitraire contre les Capitaines ou offi- 
ciers de Milice des Paroisses qifi auront négligé de faire 
raccommoder les dits chemins et rétablir les ponts dans 
leurs districts, lors de la visite dans un mois après la pu- 
blication de la présente. Voulons que les faubourgs et 
banlieue de Montréal soient compris dans la présente 
ordre. Mandons &c. Donné à Montréal, sous le sceau 
de nos armes et contreseing de notre secrétaire, le 9 may 
1764. 



R. BURTON. 



Par ordre de Monsieur le Gouverneur. 
J. Bruyères. 



7 Juin. 

Ordonn.\nce contre les proprictnires franimaux qui seront 
ari'ètcs sur les terres de In Banlieue de Montréal. 

Ralph Burton, Ecuier^ Gouverneur de Montréal et de ses 
dépendances, &c. 

Sur les représentations qui nous ont été faites par 
plusieurs particuliers de cette ville, propriétaires de 
Terres dans la banlieue d'icelle, qu'au préjudice des an- 
ciens réglemens de police qui defFendent à toutes person- 
nes de laisser courir indifféremment sur les dites Terres, 
des chevaux, bœufs et vaches, il s'y en trouve continuel- 
lement que les particuliers auxquels ils apartiennent, ne 
veulent pas retenir enfermés, ou enfergés; Pourquoy 
ils nous suplient de vouloir bien pourvoir à ce désordre 
qui leur fait un tort considérable. 

Nous ayant égard aux dites représentations, ordonnons 
à toutes personnes quelconques qui n'ont point de terres, 
de loiier des parcs pour y renfermer leurs animaux et y 
enferger leurs chevaux. Faute de quoy, condamnons 



1704 138 

dès à présent comme des lors les propriétaires des ani- 
maux qui seront arresté^sur les Terres de la Banlieue 
de cette ville, en l'amende de dix livres pour un cheval, 
et de trois livres pour un Ixinil' ou vache, aplicable au 
propriétaire de la terre sur la(|uelle ils seront pris, en 
outre aux dommages que les dits animaux auront pût 
faire sur la dite Terre, suivant l'estimation qui en sera 
faite pur arbitres ; Et faute par les propriétaires des ani- 
maux retenus, de les retirer dans deux jours après leur 
prise : il en sera vendu un ou plusieurs s'il est nécessai- 
re, m la manière accoutumée, pour sur le«provenû être 
déduit les amendes et dommages encourues, ainsy que 
les Irais de vente, et le surplus remis aux propriétaires 
des dits animaux. 

Mandons aux Srs. Capitaines des Milices de la cham- 
bre de cette ville, de tenir la main à l'exécution de la 
présente ordonnance, qui sera lue, publiée et affichée 
partout où besoin sera, et registrée au (irellede la cham- 
bre de cette dite ville. Donné au Château de Montréal, 
sous le sceau de nos armes et le contreseing de notre 
Secrétaire, le 7 Juin 1764. 

R. BURTON. 
Far Monsieur le. Gouverneur. 

J. Bruyères. 



139 

PROCLAMATION. 

Aote. On trouve encore dans les Registres du temps du Gcuvernement 
de Montréal, mais sur des feuilles volantes, une Copie de la Proclamation 
royale du 7 octobre 1763, par laquelle George III. établissait la " P?o- 
vince de Québec" et lui donnait un gouvernement civil, 4c. Cetle copie 
porte, pour marque sans doute de son authenticité, la signature " 7?. Bur- 
lon," sans addition aucune qui indique quand elle a été communiquée ou 
promulguée par ce Gouverneur aux habitans de Montréal. Ce document est 
long, et si bien connu, que je ne crois pas devoir le recopier ici. Voilà donc 
toutes les pièces authentiques que les Registres du temps nous ont conser- 
vées concernant l'administration législative du Gowrrutmeni de Mont- 
réal, durant le Règne militaire. 

Vraies copies. 



Montréal, Mars 1845. 



J. VIGER. 



LEGISLATION 



liV 



GOUVERNEMENT DE TROIS - RIVIERES 



DURANT I.K 



REGNE M l L 1 T A I R E 



LETTRES ET PLACARDS AFFICHÉS 



GOUVERNEMENT DE TROIS-RIVÎÈRES 



EN 



1760, 1701. 176-2. 1763. 1764 



143 



DEUX MOTS D'AVIS. 



Comme on a pu voir par tout ce qui précède sur 
Montréal et Québec, écrit et publié dans la Bibliothèque 
Canadienne en 1827, les Registres des Trois-Rivières se 
trouvoieut adhirés; eh bien, les voici, trouvés en 1845. 

Le manuscrit, grand in-folio, sur lequel j'ai fait la copie 
suivante, n'est lui-même qu'une copie, mais exacte et fi- 
dèle, du MS original, qui se trouve adhiré ; ou, du 
moins, qui ne se retrouve point au greffe du District des 
Trois-Rivières, où certainement il aurait dû être déposé 
en 1764. J'en dois la communciation, à moi faite en 
mars 1845, à l'Honorable Matthew Bell, du ci-devant 
Conseil Législatif du Bas-Canada, ancien habitant de la 
ville des Trois-Rivières et longtemps Fermier des For- 
ges de St. Maurice. Q>q..MS. lui appartient, comme lui 
ayant été donné par feu M. Munro, son associé pour un 
temps dans le commerce, et l'exploitation des Mines de St. 
Maurice. 

M. Bell ne sait pas ce qu'est devenu le MS. original, 
et dit qu'il tient de son ancien Associé, " que la Copie 
" qu'il en possède a été faite sous ses yeux et par ses or- 
" dres, et qu'elle est fidèle à sa connaissance personnelle." 
M. Bell n'a pas pu me dire quand cette transcription avait 
été faite pour M. Munro. 

Montréal, Avril, 1845. J. VIGER. 



144 
II 

Par uiio ('.oiiicidtMice assez sint,aiiit'io. an moment où 
nous livrions à l'impression les actes olliciels des Gou- 
verneurs de Trois-Kivières, notre ami, A. Garneau, Ecr., 
découvrait, à Québec, le registre oripnal dont M. Vi«^er 
rei^rettait la perte. 

Ce registre nous parait original et ollieiel. D'abord, on y 
trouve, en plusieurs endroits, des corrections entre ligne 
ou à la marge : ce qui fait voir qu'une première rédaction 
a été ju2:«'e imparfaite, et retouchée. En second^lieu, il 
est facile de se convaincre que plusieurs ordonnances 
sont de l'écriture de M. Gugy, secrétaire du Gouverneur 
Haldimand ; que d'autres portent la signature autogra- 
phe de Haldimand : la dernière, même, est écrite toute 
entière de sa main. 

Le cahier dans lequel ces ordonnances sont transcrites, 
avait été acheté en France, à Bordeaux, ainsi que l'indi- 
que une placjuette collée à l'intérieur du couvert. Les 
Anglais, en ellet, ne pouvaient trouver ici, au lendemain 
de la conquête, que des articles du commerce français. 

Le nom de M. M. Bell, qui se trouve aussi à l'intérieur 
du couvert, me fait croire que c'est là le cahier sur le- 
quel M. Viger a travaillé et qu'il a pris pour une copie. 
Ou pourrait objecter qu'en plus d'un endroit, on recon- 
naît la main calme et régulière d'un copiste. Mais 
chacun sait que dans les liurcaux les pièces oflicielles ne 
sont entrées dans les registres qu'après une rédaction 
complète, et le plus souvent par un clerc. 

Voilà ce qui a pu tromper, d abord M. Munro, et en- 
suite MM. liell et Viger. 

Quoiqu'il en soit, la Société Historique a été heureuse 
de faire l'acquisition de ce précieux manuscrit. 

Montréal, Novembre 1870. II. V. 



LÉGISLATION 



DU 



GOUVERNEMENT DES TROIS-RIVIERES 

DURANT LE RÈGNE MILITAIRE. 



" Lettres et Placards ailichés dans 
" le Gouvernement des Trois-Ri- 
^' vières, 1760, 1761,176?, 1763'et 
'' 1764," 



1760. 

19 Septembre. 

.4 tous les Capitaines de Milice, pour empêcher qu'il )ie soit 
vendu aux passants aucune sorte de denrées. 

b' par Son Excellence Monsieur h' Colonel Burton. Gouvern'ur 
des Trois-Biricres. 

La molle Complaisance des habitans de ce Gouverne- 
ment, qui se Laissent persuader à se défaire de leurs mou- 
tons, volailles et autres choses nécessaires à la vie en fa- 
veur des passants qui traversent le gouvernement, pour- 
roit tirer à conséquence et épuiser le pays de ces rafrai- 
chissemens ; il est donc expressément défendu par ces 
présentes aux habitans du gouvernement des trois-Ri- 
vières, de se défaire de leurs volailles, moutons et autres 
choses nécessaires à la vie en faveur des passants, de 
telle qualité ou sous quelque prétexte que ce soit, sans 



un orcln- sii^iir d»' Son Kxct'lltMifo, jusqu'à ce qu'il luy 
l>laiso d'eu ortlounor iiutremtMit. S'il arrivoit que l'ou 
usa de force pour les obliger à déisobéir à la préseute 
Ordonuauce, il leur est enjoint de faire connoître les 
contrevenans, en les dénonçant au Capitaine de Milice, 
qui aura soin d'en faire son rapport, pour (ju'ils soient 
punis avec rigueur. 

Donné aux Trois-lvi\i<Tt's, le TJ Septembre 17GU. 

(Signé) lî. r.TMÎTOX. 



21 Septembre. 

()|U)UK à lintslcs Cujnliiiiirs ilr Milirr dr In rnir du siitLiniiir 
inrltrr Ixix 1rs aniirs ri jirrirr Ir srr)iiriil ilr /iilt'litr. 

Monsieur le Gouverneur des Trois-Kivières ne tarde- 
ra pas, Monsieur, à envoyer des officiers nommés par luy 
pour iaire passer en revue les miliciens de toute la côte 
du sud de son Gouvernement, pour leur faire mettre bas 
les armes et prêter le serment de fidélité ; il m'a en consé- 
quence ordonné de vous avertir de tenir prest 1 • lîolle 
de votre compagnie et celuy des haliitans de la Paroisse 
et de faire sçavoir à tous vos Miliciens qu'il aient à se 
tenir prests au premier instant à paroitre à l'arrivée des 
dits otficiers. 

Vous ferez passer la présente de paroisse en paroisse 
dans toute l'étendue du Gouvernement des Trois-Rivie- 
rcs sur la côte du sud. Je suis très sincèrement, Mon- 
sieur, votre très-buml)le serviteur. 

(Signé) .T. Bruyère. (1) 



Il II signait Iliii}i.'i<-> ; j'ai son nulogi-a|ili<\ .1. V 



147 1760 

22 Sei'tkmhrk. 

OuDRK // Idus 1rs l\ijiiliiiiics (le Milice^ pour de/fendre à leurs 
habilans de recevoir ou donner en payement les Caries et 
Billels d'()rdnnn(inr/\ ref/ai'drs ranime monnaie imaginaire. 

Monsieur, — Je suis extrêmement surpris d'apprendre 
que malgré les déclarations publiques et publiées de 
Monsieur le Grénéral Murraij, et toutes les précautions 
prises pour faire connoitre aux Canadiens la non-valeur 
de leur monnoie de papier, depuis l'Edit du Roy de 
France datte le 15 8bre dernier, qu'il se trouve encore 
des habitans assez aveugles sur leurs interests particu- 
liers pour recevoir cette monnoie imaginaire en échange 
pour des marchandises réelles et utiles. Ce ne peut être 
que par mauvaise foye et ignorance de part et d'autre ; 
que cet argent est employé par les vendeurs et les ache- 
teurs, et comme j'ay résolu très fermement de ne pas 
souffrir le premier vice dans mon Grouvernement, et que 
je regarde comme j)artie de mon devoir d'éclairer ceux 
à qui l'ignorance feroit commettre des erreur. 

Je vous donne ordre de faire assembler votre compa- 
gnie et les habitans de la paroisse, pour leur lire la pré- 
sente, et leur faire sçavoir de ma part, que je leur dé- 
fend de recevoir ou de donner, en payement pour leurs 
effets ou marchandises, les cartes, ou monnoie de papier 
connue sous le nom de Billets D'ordonnance, et que je 
ferai punir, dans toute l'étendiie de mon Gouvernement, 
ceux qui en imposeront à la crédulité des habitans, et 
les forceront de se contenter de ce payement fraudu. 
leux. 

Vous ferôs passer la présente au Capitaine de milice 



17C0 148 

le plus voisin, qui ou lora autant, jusqu'à co que la 
Lettre ait passé dans toute l'étandue de notre province. 
Je suis, Monsieur, Votre ali'ectionné Serviteur. 

(signé) K. BUKTOX. 



22 Septembkk. 

OiutiiK ù M. la fnnnboisr, ('iij)il(iiiti\ tic ftiin asscniblir les 
hahifans, pour li ur fiiirv nirttrf bas les aniies^ el prt^ter 
le si'riiK II! lie fuli'lit-'. 

A M. la fraiiiboisr^ l'npitaini dis inilins di la villr ilrs ',\ 
nirii'irs. 

11 vous est ordonne de la part de Monsieur le Colonel 
Burton, gouverneur des trois Rivières, de faire avertir 
Messieurs les Cî-entils-honimes et autres personnes habi- 
tants cette ville des trois Rivières, non incorporés dans 
le Rolle de vos milices, de se rendre avec leurs armes 
dans Le parloir des recollets de cette ville demain matin 
à 9 heures, pour y prêter Le serment de fidélité et de 
soumission Du à îSa Majesté Britannique Georges Second. 

Donné au gouvernement, ce 22, 7bre 1760. 

(Signé,) .T. Bruyère. 



1 Octobre. 

OiiDUi-; // M'jnsieur Cou'val^ pour lu réf/ie tirs t'ori/rs. 
A. M. Courrai^ aux for(,cs. 

Monsieur, — Son Excellence M. le Colonel Burton m'a 
ordonné de vous faire sçavoir, qu'en conséquence des 
instructions qu'il a reçu de Monsieur le général Amherst, 



149 1760 

il juge à propos de faire exploiter à Loisir La fonte qui 
est déjà tirée des mines, et pour Cette Effet voudroit re- 
tenir sur Le même Pied que ci-devant Les ouvriers 
dont vous trouvères les noms à la suite de la présente. 
Le Charbon étant un article indispensable, et dont les 
forges sont actuellement mal pourvues, et son Excel- 
lence ayant appris qu'il y en a plusieurs fourneaux 
déj à préparés ; il vous j)laira d'engager en qualité de 
journaliers Les Charbonniers et autres que vous jugerés 
absolument nécessaires pour faire La Cuisson et autres 
ouvrages dépendants de cette partie là. 

Yous tiendrés, s'il vous plait, un compte exacte des 
gens que vous Emploirés, du temps que durera leurs 
travaux et de quantité de charbon qu'ils feront. Yous 
prendrés sur vous Le soin de faire graisser et relever les 
soufflets des forges, en un mot de faire les petites ré- 
parations qui sont absolument nécessaires pour mettre 
Les forges en état d'exploiter peu à peu la fonte dont il 
est parlé Ci-dessus. 

J'ay l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et 
très obéissant serviteur. 

(Signé,) J. Bruyèke. 

Noms des ouvriers retenus aux forges par ordre de 
Son Excellence M. le Gouverneur : 

Delorme, Robiclwn, Marchand, Humblot, Terraut, Mi' 
rJielin, Belu. 



171J0 150 

1 ocToinii:. 

I'lacaUT </<■ s. m Kixcll'itcr Monsinir Ir lintirnl Aiiihrrsl. 

r„r S>n Ecrellence JRFFERY AMIIERf^T, Eniyer, 
inircch'il de camp, Commui'lant en chef Les troupes el for- 
ces de ^a Majesté le roi/ de hi 'grande Bretagne dans La- 
mirique Septentrionale, et son Gouverneur Général /lour 
lu Province de Virginie, i\c. ^^-c. Sf-r. 

SçAVOiR raisons, quo nous avons constitué et établi 
Monsieur GAfJE, Bri^-adier des armés du Koy, (rouver- 
neur de la ville de Montréal et de ses dépendances : et 
que nous avons pareillement étably Monsieiir BuiîTON, 
Colonel des troupes de Sa Majesté, Gouverneur des trois 
Iviviéres et de ses Dépendances. 

(^ue tous les hahitans du Gouvernement des trois-lvi- 
vières qui n'ont pas encore rendu les armes ayent à les 
rendre aux Endroits nommés par Monsieur Burton 

(^ue pour D'autant mieux maintenir Le bon ordre et 
La police dans Chaque paroisse ou District, il Sera rendu 
aux officiers de milice leurs armes ; et si par La suite il y 
avoit quelques-uns des habitans qui Désireroient en 
avoir, ils devront en demander la permission au Gouver- 
neur, signée par le dit Gouverneur ou ses subdélégués, 
afin que L'ollicier des troupes, commandant au District 
ou ces haVjitans seront résidens, puisse sçavoir qu'ils r.ut 
Droit de porter les armes. 

<^ue par nos instructions les gouverneurs sont auto- 
risés de nommer à tous employs vacans dans la milice, 
et de débuter par sicrner des commi.s.sions en faveur de 
Ceux qui en ont d<'rnièrement joui sous Sa Majeslé très- 
Chrétienne. 



loi 17t)0 

Que pour terminer autant qu'il sera j)Ossible tous dii- 
ferens qui pourroient survenir entre les habitans à l'a- 
miable, les dits Grouverneurs sont enjoints D'autoriser 
l'officier de milice Commandant dans chaque paroisse, ou 
District, d'écouter toutes plaintes, et si elles sont de natu- 
re qu'il puisse les terminer, qu'il ait à le faire avec toute 
La droiture et Justice qu'il convient ; S'il n'en peut pro- 
îioncer pour lors il doit renvoyer les parties devant l'of- 
ficier des troupes Commandant dans son district, qui sera 
pareillement autorisé de décider entre eux, si le cas n'est 
pas assés grave pour exiger qu'il soit remis devant le 
gouverneur même, c^ui, dans ce Cas, comme en tout au- 
tre, fera rendre Justice où elle est due. 

Que les troupes, tant dans les villes que dans leurs 
Cantonnemens sont nourries par le Roy en nature, et 
qu'il leur est ordonné expressément de payer tou